Point Oméga
croyance spirituelle et une spéculation scientifique
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Le point Oméga est le terme ultime de l'évolution cosmique et spirituelle d'après le philosophe et théologien Pierre Teilhard de Chardin.

Présentation
Le point Oméga est pour Teilhard le point ultime du développement de la conscience vers lequel se dirige l'Univers[1]. Il lui a donné le nom de la dernière lettre de l'alphabet grec, Oméga, pour indiquer ce sens ultime. Teilhard de Chardin est ainsi finaliste, il considère que tout ce qui existe existe en vue d'une fin.
D'après sa théorie, exposée dans L'Avenir de l'homme et Le Phénomène humain, l'Univers est en constante évolution vers des degrés toujours plus hauts de complexité et de conscience[1], le point Oméga étant l'aboutissement mais aussi la cause finale de cette évolution[1]. En outre, Le point Oméga existe d'une manière suprêmement complexe et suprêmement consciente, étant transcendant par rapport à l'Univers en devenir.
Les cinq attributs du point Oméga
Dans Le Phénomène humain, Pierre Teilhard de Chardin décrit les cinq attributs du point Oméga :
1) Il a toujours existé : c'est seulement de cette façon qu'il est possible d'expliquer l'évolution de l'Univers vers des niveaux plus élevés de conscience.
2) Il est personnel : une personne et non une idée abstraite. La complexité de la question n'a pas seulement conduit à des formes supérieures de la conscience, mais aussi à une plus grande personnalisation, dont les humains sont les formes les plus élevées de l'Univers personnalisé. Ils sont entièrement « individualisés », c'est-à-dire les centres d'activités libres. C'est en ce sens qu'il est dit que l'homme a été fait à l'image de Dieu, qui est la plus haute forme de la personnalité. Teilhard de Chardin maintient expressément que, lorsque l'Univers deviendra un, il n'y aura pas l'élimination des personnes, mais plutôt une super-personnalisation. La personnalité sera donc infiniment plus riche. En effet, le point Oméga unit la création, et, par le fait même, l'Univers se complexifie et augmente sa conscience.
3) Il est transcendant : le point Oméga n'est pas le résultat de la complexité et de la conscience. Il existe avant l'évolution de l'Univers, puisqu'il est la cause de cette évolution vers une plus grande complexité. Cela signifie que le point Oméga est situé en dehors du contexte dans lequel évolue l'Univers : c'est en raison de son attraction magnétique que l'Univers converge vers le point Oméga.
4) Il est indépendant : illimité dans l'espace et le temps.
5) Il est irréversible et il doit fournir la capacité d'être atteint.
L'identification du point Oméga au Christ
Après avoir argumenté en faveur de l'existence du point Oméga, Teilhard l'identifie au Logos chrétien, c'est-à-dire au Christ, considéré comme principe et fin de l'univers. Selon, le le symbole de Nicée, le Christ est « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », avec l'indication : « et par lui tout a été fait ». Cette identification a cependant suscité de fortes réserves au sein l'Eglise catholique. En 1962, le Saint-Office publia un monitum mettant en garde contre plusieurs ambiguïtés et erreurs doctrinales jugées présentes dans l'œuvre de Teilhard de Chardin, notamment concernant le péché originel, la rédemption, la distinction entre Dieu et le monde, ainsi que la place du Christ dans l'économie du salut. L'ensemble de sa théorie n'est cependant pas formellement condamnée et ses livres n'ont pas été mis à l'index. Son interprétation évolutionniste du Christ continue ainsi de faire l'objet de discussions au sein du catholicisme.
Postérité de la théorie du point Oméga de Teilhard
A la suite de Teilhard, cette théorie a été reprise par d'autres auteurs, notamment l'écrivain John G. Bennett (1965) et le physicien Frank Tipler (1994), ou plus indirectement le physicien David Deutsch (1997)[2],[3],[4].
Le point Oméga et le principe anthropique
Le physicien Frank Tipler, dans l'ouvrage de cosmologie qu'il a signé avec John Barrow intitulé The Anthropic Cosmological Principle, accorde une importance capitale au Point Oméga de Teilhard de Chardin en le considérant comme étant le seul cadre intellectuel susceptible de combiner la dynamique du cosmos avec la signification ultime de la réalité[5]. Dans The Physics of Immortality, Tipler développe davantage l'idée de Teilhard, en lui donnant un fondement plus solide en matière de cosmologie et de physique théorique, tâchant d'en faire une véritable hypothèse scientifique. Il développe une « cosmologie du point Oméga » selon laquelle l'évolution de l'univers conduirait à une intelligence finale disposant d'une puissance de calcul virtuellement infinie qui permettra la résurrection des morts. Tipler n'hésite pas à identifier cette intelligence ultime à Dieu. Deutsch considéra avec intérêt cette hypothèse de ressusciter les personnes décédées à l'aide d'ordinateurs quantiques, tout en prenant ses distances avec les conclusions théologiques de Tipler et s'éloignant ainsi davantage de Teilhard.
Le point Oméga et la singularité technologique
Teilhard est aujourd'hui l'objet de relectures par des théoriciens du transhumanisme, le concept de « singularité technologique » ayant été rapproché de celui de point Oméga. La singularité technologique désigne en effet un point hypothétique de l'histoire où le progrès de l'intelligence artificielle deviendrait si important qu'il transformerait radicalement la condition humaine. Comme le point Oméga, cette théorie soutient une accélération de l'évolution et l'émergence de formes supérieures d'intelligence. Toutefois, il n'y a pas de dimension religieuse chez la majorité des théoriciens de la singularité technologique.
Dans la fiction
- Le roman Moi, Omega de Erwan Barillot, publié en 2022, relate l'épopée d'un étudiant de Harvard qui, inspiré par la prophétie de Teilhard de Chardin, devient en 2064 le « Point Oméga » concrétisé par la technologie, et en particulier par l'internet des objets.
- Dans le roman Endymion de Dan Simmons, troisième volet du cycle Les Cantos d'Hypérion, Paul Duré, prêtre et archéologue, devenu pape sous le nom de Teilhard I, tente de s'unir à Dieu au « Point Oméga » de la spiritualité.