Pollution à l'arsenic au Bangladesh
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La pollution à l'arsenic au Bangladesh est une catastrophe environnementale, constituant un problème majeur de santé publique, identifié pour la première fois en 1993.
Un bassin sédimentaire contenant de l'arsénopyrite, les multiples catastrophes naturelles, telles que les inondations, et l'utilisation d'engrais phosphatés et de pesticides seraient les facteurs de la contamination par l'arsenic des nappes phréatiques du pays. Cette situation constitue, selon le bulletin de l'OMS publié en 2000, la plus grande intoxication collective connue de l'histoire humaine avec plus de 60 millions de personnes exposées.
L'ONU et le gouvernement du Bangladesh ont lancé des programmes d'information et de décontamination.

En 1983, une première série de patients présentant des lésions cutanées par arsenicisme (intoxication chronique à l'arsenic) est identifiée à Calcutta. La plupart des malades viennent du Bangladesh.
En 1993, une contamination à l'arsenic est détectée dans quelques puits artésiens de la région frontalière du nord du Bengladesh (district de Nawabganj )[1]. Ces eaux contenaient de l'arsenic à un taux pouvant aller jusqu'à plus de 0,3 mg par litre, alors que la norme du Bangladesh pour l'eau potable ne doit pas dépasser 0,05 mg (50 μg) d'arsenic par litre[2], la norme de l'OMS étant 0,01 mg (10 μg) par litre[1].
On a d'abord cru qu'il s'agissait d'un problème local, mais dans les douze ans qui suivent, on découvre qu'il existe une contamination des eaux souterraines sur tout le Bangladesh (62 districts sur 64). Une étude nationale indique que 15 % des villages sont concernés avec plus de 80 % de leurs puits contaminés. La plus forte concentration d'arsenic dans l'eau potable a été de 4,7 mg par litre[2].
En 1998, une étude britannique portant sur 41 districts estime que le nombre de personnes exposées à une concentration supérieure à 50 μg par litre d'eau potable au Bangladesh est de l'ordre de 21 millions de personnes, et deux fois plus si l'on se réfère à la norme de l'OMS. En 2000, cent à deux cent mille personnes présentent des troubles cutanés d'arsenicisme, le risque de mourir d'un cancer lié à l'arsenic étant de 1 % pour les consommateurs d'un litre d'eau potable par jour contenant plus de 50 μg d'arsenic[1].
En 2022, la population à risque du Bangladesh, exposée à l'eau potable contaminée, se situerait entre 35 et 77 millions de personnes[3].
Contexte géographique

Le Bangladesh est bien connu pour ses eaux de surface et ses eaux souterraines.
Le Bangladesh se situe dans le plus grand delta du monde dans une plaine inondable dont 75 % des terres se trouvent à moins de 3 m au-dessus du niveau de la mer. Ce delta constitue l'embouchure de trois fleuves qui se jettent dans le golfe du Bengale : le Gange, le Brahmapoutre et le Meghna, en rassemblant trois systèmes d'affluents de plus de 230 rivières[2].
Cette plaine alluviale s'est formée au cours du pléistocène et de l'holocène par des roches sédimentaires provenant de la chaîne de l'himalaya au nord du Bangladesh. Ce pays représente près de 150 000 km2 où vivent près de 160 millions d'habitants, principalement en zone rurale[2].
Causes de contamination
Les habitants du Bangladesh ont toujours utilisé leurs eaux de surface ou des puits circulaires de faible profondeur. La plupart de ces eaux sont souvent biologiquement contaminées (environnement saisonnier et péril fécal), et par conséquent cause fréquente de maladies diarrhéiques dont le choléra[2].
Au début du XXe siècle, les eaux souterraines (à partir de quelques mètres au dessous de la surface du sol) ont été considérées comme biologiquement sûres. D'où l'idée d'installer des puits tubulaires de plus grande profondeur, de type artésien. Le premier au Bangladesh est construit en 1928[2],[1].
Puits tubulaires

Il a fallu plusieurs décennies pour convaincre les populations d'abandonner les eaux de surface et d'installer ce nouveau système d'approvisionnement en eaux, à cause de leurs croyances et perceptions traditionnelles (eau impure religieusement, goût, aspect , etc.) Le nouveau système se développe dans les années 1940, suivi de l'appui d'organisations internationales comme l'OMS et l'UNICEF, dans des campagnes d'accès à l'eau potable afin de réduire la morbidité et la mortalité des maladies diarrhéiques[2],[1].
Dans les années 1980, le secteur privé prend le relais pour installer des millions de puits supplémentaires. En 1997, l'UNICEF annonce que plus de 80 % de la population aura accès à l'eau potable en 2000. Malheureusement, ni les organisations internationales, ni le secteur privé, n'ont effectué un contrôle chimique (taux d'arsenic) de ces eaux[2],[1].
Origines de l'arsenic
L'arsenic (minerais et métalloïdes) est naturellement présent dans les sols terrestres à des concentrations variant de 1,5 à 3 mg/kg selon l'origine du sol[3]. L'arsenic présente 4 états d'oxydation en se présentant sous deux formes : inorganique (la plus dangereuse pour la santé humaine[2]) et organique[3].
Le mécanisme exact conduisant à la présence d'arsenic dans les eaux souterraines n'est pas clair. Trois hypothèses sont en discussion, pas forcément exclusives l'une de l'autre, la troisième étant la moins étayée[2],[3] :
- Les roches sédimentaires contiennent des minerais de type arsénopyrite. La construction de puits tubulaires profonds a permis une entrée d'oxygène atmosphérique dans les nappes phréatiques, avec oxydation de ces arsénopyrites et libération d'arsenic. Cet arsenic se retrouve dissous dans les eaux remontées à la surface.
- Le métabolisme microbien de matières organiques dans le sous-sol entraine des réactions chimiques de l'arsénopyrite, comme la réduction de l'oxyhydroxyde de fer, avec libération d'arsenic dans les eaux souterraines.
- Les anions d'arsenic minéral ont été déplacés et dissous dans les eaux souterraines par échanges compétitifs avec des anions phosphate. Ces phosphates peuvent provenir d'une pollution par engrais phosphatés, par pesticides[4]organophosphorés, d'une fermentation de matières organiques (tourbière)[2], etc. Un processus analogue peut se produire avec des anions sulfure[3].
Quel que soit le mécanisme, il s'agit bien d'une catastrophe environnementale d'origine humaine (installation de puits profonds sans contrôle chimique suffisant des eaux)[2],[1].

