Le problème du mal peut être résolu en abandonnant l'une des trois propositions du trilemme : la bonté divine, la toute-puissance divine, ou la réalité du mal[2].
Certaines réponses philosophiques et théologiques tentent ainsi de défendre la permission temporaire du mal, l'altérité des valeurs divines, ou l'indifférence divine, ce qui remet en cause l'idée de bonté (déismes). D'autres réponses présentent la conception d'une divinité évoluant en continuité avec l'univers, sans pouvoir absolu, ce qui remet en cause l'idée de toute-puissance (théologies processuelles). Enfin, d'autres réponses tentent de montrer que les maux apparents seraient strictement nécessaires à l'existence d'un bien supérieur, ce qui remet en cause l'existence du mal, son caractère véritablement mauvais ou indésirable (théodicées).
Enfin, le problème ne se pose plus dans le cas où un tel Dieu n'existe pas (athéismes), ou encore s'il est impossible de comprendre la nature de Dieu, de ses intentions et d'avoir des certitudes les concernant (agnosticismes, mysticismes).
Les sections qui suivent détaillent ces différents types de réponse au problème du mal.
La réponse au problème du mal par l'inexistence du mal peut être illustrée par les idées du philosophe Gottfried Wilhem Leibniz. En effet, dans ses Essais de Théodicée, celui-ci reconnaît que le problème du mal se pose dans le cas du mal moral comme du mal physique. Plutôt que de risquer de rendre Dieu responsable du mal, ou de renoncer à sa toute-puissance, Leibniz cherche alors à répondre au problème du mal en montrant que ce que nous interprétons comme le mal physique et la possibilité du mal moral (comme la possibilité du péché), ne sont en réalité pas des maux du point de vue éternel et parfait de Dieu. En effet, selon Leibniz, si un Dieu créateur existe, il a nécessairement créé le meilleur des mondes possibles (l'existence de Dieu, et les attributs de toute-puissance et de bienveillance, sont ici pris comme des présupposés, qu'il faut justifier par ailleurs).
Leibniz pose les bases d'un enchaînement logique des événements, déterminant pour Dieu les mondes qui sont possibles et ceux qui ne le sont pas. Parmi tous les enchaînements possibles, un Dieu créateur, omnipotent et omniscient devrait alors nécessairement choisir le meilleur. Leibniz démontre aussi pourquoi le meilleur des mondes possibles doit nécessairement être unique. L'argumentation de Leibniz peut être résumée de la manière suivante[4]. D'abord, il définit Dieu comme un être omnipotent, omniscient, bon, libre créateur de l'univers et de tout ce qu'il contient. Ensuite, il établit que les choses auraient pu être autrement ; autrement dit, il y a d'autres mondes possibles. Ainsi, Leibniz propose d'imaginer que ce monde ne soit pas le meilleur de tous les mondes possibles (autrement dit, le monde pourrait être meilleur). Si ce monde n'est pas le meilleur, l'une des propositions suivantes est vraie : soit Dieu n'est pas suffisamment puissant pour créer un meilleur monde ; soit Dieu ne savait pas comment ce monde allait évoluer après sa création ; soit Dieu ne voulait pas créer le meilleur monde ; soit Dieu n'a pas créé le monde ; soit il n'y a pas d'autres mondes possibles. Or, tous les cas proposés sont contradictoires avec les prémisses relatives à l'existence de la toute-puissance de Dieu, et au fait que le monde aurait pu être autrement. En conséquence, par l'absurde, ce monde doit être le meilleur des mondes possibles, parce que Dieu n'a pas d'autre choix que de créer le meilleur des mondes. Selon les propriétés de Dieu présupposées et la contingence des mondes, Leibniz conclut qu'un Dieu parfait doit créer le meilleur des mondes, et que la perception du mal doit être une forme d'illusion due aux limites du jugement humain.
Cette thèse des mondes possibles est une solution potentielle au problème du mal en ce qu'elle articule l'omniscience divine, qui sait que le monde actuel est le meilleur des mondes possibles, et la présence apparente du mal dans ce meilleur des mondes. La thèse résout le problème en supposant que pour l'intellect divin, toute souffrance trouve sa justification dans un plus grand bien, et que les morts, les cruautés et destructions sont, en vérité, des biens.
La théorie des mondes possibles de Leibniz a souvent été simplifiée comme une tentative de montrer que nous vivons dans un monde sans aucun mal réel, disqualifiant le vécu du deuil, le sentiment de révolte et la nécessité d'agir contre la souffrance évitable, comme cela est caricaturé dans le roman comique de Voltaire, Candide ou l'Optimisme[5].
Selon le philosophe Nicholas Hadsell, la théodicée de Leibniz peut être rangée parmi les défenses de l'inexistence ultime du mal, si son raisonnement métaphysique est jugé convaincant, ou parmi les défenses de la faiblesse divine et de son indifférence, si ce même raisonnement est jugé peu convaincant[6].
Dans un autre registre, certaines doctrines théologiques chrétiennes comme l'Arminianisme ou le Molinisme tentent de justifier l'existence du mal moral comme un corrélat regrettable du libre-arbitre donné aux créatures, qui serait un bien supérieur pour Dieu. Encore une fois, ces réponses au problème du mal moral ont pour conséquence indirecte de faire du péché et de la souffrance des parties nécessaires du plan de Dieu. Par ailleurs, ces raisonnements théologiques ne prennent pas en compte la possibilité logique qu'un Dieu parfait ait pu créer des créatures réellement libres, tout en les éduquant parfaitement pour éviter le mal. En effet, dans la conception habituelle d'une éducation réussie, la possibilité non réalisée du mal ne viole pas le libre-arbitre des enfants ou des adultes. Dans le cas spécifique du mal moral, ces défenses "par le libre arbitre" se rapprochent donc des théodicées qui tentent de justifier l'existence du mal comme le corrélat nécessaire d'un plus grand bien du point de vue de Dieu[7].