Prophétie AIMA
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La prophétie AIMA est une prophétie en circulation durant le règne de l’empereur byzantin Manuel Ier Comnène (1143–1180), qui a pu motiver certaines actions politiques.
Elle prétend annoncer que les initiales des noms des empereurs de la dynastie des Comnène forment le mot aima (αἷμα), le terme grec pour « sang ». Jusqu’alors, les empereurs de la dynastie sont, dans l’ordre : Alexis Ier Comnène (1081–1118) (alpha), Ioannes II Comnène (1118–1143) (iota) et Manuel Ier (mu), dont l’accession est inattendue puisqu’il est le quatrième fils d’Ioannes/Jean. Convaincu que le nom de son successeur doit commencer par un A, Manuel fait attribuer le nom Alexis à Béla, fiancé de sa fille Marie et héritier désigné entre 1168 et 1169, jusqu’à ce que sa seconde épouse donne naissance à un fils, nommé conformément à la prophétie Alexis II Comnène (1180–1183), et non Ioannes/Jean comme l’exige normalement la tradition byzantine[1]. Manuel attribue également ce nom à un ou peut-être deux de ses fils illégitimes.
Le règne d’Alexis II ne dure que trois ans, avant qu’il ne soit déposé et assassiné par son cousin Andronic Ier Comnène (1183–1185), avec lequel la séquence AIMA semble recommencer. En conséquence, Andronic doit être suivi à son tour par un empereur dont le nom commence par un I. Pour cette raison, il écarte son fils aîné Manuel Comnène au profit de son cadet Ioannes, couronné coempereur en 1184[2]. Andronic craint également de perdre le trône au profit d’un autre cousin, Isaac Doukas Comnène. Étienne Hagiochristophoritès, le logothète du drome, soupçonne un autre Isaac, Isaac Ange (1185–1195, 1203–1204), aperçu à Constantinople. Le 11 septembre 1185, Hagiochristophorites se rend auprès d’Isaac Ange pour l'arrêter. Isaac Ange le tue d’un coup d’épée et se réfugie dans la basilique Sainte-Sophie. L’insurrection qui s’ensuit porte Isaac au trône, tandis qu’Andronic est renversé et exécuté quelques jours plus tard.
La séquence AIMA se poursuit toutefois à partir du fils aîné d’Andronic, Manuel, puis de ses descendants — la seule branche masculine des Comnène à survivre au XIIe siècle — les empereurs « Grands Comnènes » de Trébizonde : Andronic Ier Comnène, Ioannes (comme coempereur), Manuel, héritier légitime, et son fils Alexis Ier de Trébizonde (1204–1222), fondateur de l’Empire de Trébizonde. La séquence réapparaît ensuite avec Andronic Ier Gidos (1222–1235), Jean Ier Axouch (1235–1238), Manuel Grand Comnène (1238–1263) et Andronic II Comnène (1263–1266)[3].
| Les empereurs ayant respecté la séquence AIMA | |||||||||
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Notes et références
- ↑ Magdalino 2002, p. 200.
- ↑ Varzos 1984, p. 521, 529–530.
- ↑ Varzos 1984, p. 527.
- ↑ L'identification de ce personnage, figurant dans le manuscrit Vat. Gr. 1851, à Alexis II n'est pas certaine. Elle est due à Ioannis Spatharakis ((en) Ioannis Spatharakis, The Portrait in Byzantine Illuminated Manuscripts, Brill, , 210–230 p. (ISBN 9004047832, lire en ligne)). D'autres historiens comme Cecily Hennessy l'ont identifié à Andronic IV Paléologue voire à Andronic II Paléologue.
- ↑ L'identification de ce personnage, figurant dans le manuscrit Vat. Gr. 1851, à Alexis II n'est pas certaine. Elle est due à Ioannis Spatharakis ((en) Ioannis Spatharakis, The Portrait in Byzantine Illuminated Manuscripts, Brill, , 210–230 p. (ISBN 9004047832, lire en ligne)). D'autres historiens comme Cecily Hennessy l'ont identifié à Andronic IV Paléologue voire à Andronic II Paléologue.
Sources
- (en) Paul Magdalino, The Empire of Manuel I Komnenos (1143-1180), Cambridge, Cambridge University Press, , 584 p. (ISBN 978-0-521-52653-1, lire en ligne).
- (en) Rustam Shukurov, « AIMA: the Blood of the Grand Komnenoi », Byzantine and Modern Greek Studies, vol. 19, , p. 161-181
- (grk) Konstantinos Varzos, « Η Γενεαλογία των Κομνηνών [La généalogie des Comnènes], vol. B », Centre for Byzantine Studies, University of Thessaloniki, (consulté le )
- Konstantinos Varzos, « La politique dynastique des Comnènes et des Anges, la prédiction AIMA (Sang) et l'héritage des Grands Comnènes de Trebizonde et de Anges-Comnènes-Doukas d'Epire face aux Lascarides de Nicée », Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, vol. 32-2, , p. 357-358



