Préhistoire de l'Afrique du Nord
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La préhistoire de l’Afrique du Nord couvre la période allant aux premières présences humaines dans la région jusqu’à l’émergence progressive de l’historicité à l'Afrique du Nord durant l’Antiquité classique. Cette région a livré des témoignages archéologiques majeurs permettant de retracer l’évolution humaine et culturelle du Paléolithique, Mésolithique et Néolithique sur plusieurs millions d’années. Les découvertes de sites anciens ont livré des outils lithiques datés de plus de 2 millions d’années, placent l’Afrique du Nord parmi les plus anciens foyers connus d’occupation humaine. La vallée du Nil, à travers l’Égypte antique, a joué un rôle majeur dans le développement du Néolithique, de l’Âge du bronze et de l’Âge du fer dans l’Ancien Monde, aux côtés du Proche-Orient ancien.

L’occupation humaine de l’Afrique du Nord a été fortement influencée par le climat du Sahara (actuellement le plus vaste désert chaud du monde), qui a connu d’énormes variations entre périodes humides et périodes sèches au cours des derniers centaines de milliers d’années[2]. Ce phénomène est lié à un cycle de 41 000 ans de l’obliquité de l’axe terrestre, au cours duquel l’inclinaison varie entre 22° et 24,5°[3]. À l’époque actuelle (2000 apr. J.-C.), nous sommes dans une période sèche, mais on estime que le Sahara redeviendra vert dans environ 15 000 ans (vers 17 000 apr. J.-C.).
Au cours de la dernière période glaciaire, le Sahara était beaucoup plus étendu qu’aujourd’hui, s’avançant plus au sud que ses limites actuelles[4]. La fin de cette période glaciaire entraîna un accroissement des pluies dans le Sahara, entre environ 8000 et 6000 av. J.-C., peut-être en raison de zones de basses pressions liées à l’effondrement des calottes glaciaires au nord[5]. Une fois ces calottes disparues, le nord du Sahara s’assécha. Dans le sud du Sahara, cette tendance fut d’abord compensée par la mousson, qui apportait des pluies plus au nord qu’aujourd’hui. Mais vers 4200 av. J.-C., la mousson se retira vers sa position actuelle[6], ce qui entraîna la désertification progressive du Sahara[7]. Aujourd’hui, le Sahara est aussi aride qu’il l’était il y a environ 13 000 ans[2].
Ces conditions sont à l’origine de ce que l’on appelle l'Effet de pompe du Sahara. Durant les phases humides ou de « Sahara vert », le désert se transformait en une savane herbeuse où la flore et la faune se développaient. Lors des phases arides, la région redevenait désertique et les espèces étaient contraintes de se replier vers le nord, dans l’Atlas, vers le sud, en Afrique de l’Ouest, ou vers l’est, dans la vallée du Nil. Ce processus entraînait l’isolement de certaines populations animales dans des milieux climatiques différents, les poussant à s’adapter, ce qui a pu conduire à des cas de spéciation allopatrique.
Paléolithique
Paléolithique inférieur
Les plus anciens habitants de l’Afrique du Nord centrale ont laissé d’importants vestiges. Sur le site d’Aïn Hanech, dans la wilaya de Sétif (Algérie), des traces d’occupation hominidienne remontent initialement à environ 200 000 av. J.-C., tandis que des recherches plus récentes ont révélé des indices de la technologie Oldowayen, datée entre 2 000 000 et 1 470 000 av. J.-C.[8]. Des fouilles de 2004–2005 ont mis au jour des outils lithiques datés d’environ 1,8 million d’années (Ma)[9].
Le site voisin d'Aïn Boucherit, fouillé par le CNRPAH et des équipes étrangères, a livré les plus anciens outils lithiques connus en Afrique du Nord et des ossements animaux portant des traces de découpe, attestant une présence humaine il y a environ 2,4 millions d'années (Ma)[10],[11],[12],[13]. Ces deux sites constituent les témoins les plus anciens de l’occupation humaine dans la région et illustrent la diffusion précoce des technologies lithiques en Afrique du Nord.
Paléolithique moyen

Des Homo sapiens sont attestés à Djebel Irhoud, dans l’actuel Maroc, il y a environ 300 000 ans[14].
En Égypte, des groupes humains de Nazlet Sabaha pratiquaient déjà l’extraction du silex il y a environ 100 000 ans, probablement pour la fabrication d’outils[15].
Dans le Sahara, les Atériens campaient près des lacs, rivières et sources, et pratiquaient la chasse (antilopes, buffles, éléphants, rhinocéros) ainsi que la cueillette[16]. À la suite d’un épisode d’hyperaridification du Sahara, contemporain de la glaciation de Würm en Europe, ces chasseurs-cueilleurs atériens auraient migré vers des zones d’Afrique tropicale et les côtes atlantiques[16]. Plus précisément, lors de l’aridification liée au MIS 5 et aux changements climatiques régionaux du MIS 4, dans le Sahara et le Sahel, les Atériens auraient migré vers l’Afrique de l’Ouest (par ex. Baie du Lévrier, Mauritanie, Tiémassas, vallée du fleuve Sénégal)[17].
Le site d’Affad 23, situé dans la région d’Affad au nord du Soudan[18], abrite « les vestiges remarquablement bien préservés de camps préhistoriques (reliques de la plus ancienne hutte à ciel ouvert connue au monde) et divers foyers de chasse et de cueillette vieux d’environ 50 000 ans »[19],[20],[21].
Paléolithique supérieur
La culture Ibéromaurusien semble être apparue vers la période du dernier maximum glaciaire, entre environ 25 000 et 23 000 ans cal BP, et aurait perduré jusqu’au début de l’Holocène, vers 11 000 ans cal BP[22].
Les données archéologiques attestent la présence de peuplements en Nubie dès le Pléistocène supérieur et à partir du Ve millénaire av. J.-C., alors qu’il n’existe « aucune ou très peu de traces » d’occupation humaine dans la vallée du Nil égyptien pour ces mêmes périodes, probablement en raison de problèmes de conservation des sites[23].
Le territoire de l'actuelle Algérie a été occupé dès le Paléolithique supérieur par des populations humaines dont l'un des représentants les plus célèbres est l'Homme de Mechta-Afalou. Le site d'Afalou Bou Rhummel, près de Béjaïa, fouillé à l'origine par Camille Arambourg en 1928, a livré les premières sépultures anciennes connues en Afrique du Nord-Ouest. Il a été occupé entre environ 10 000 et 8 000 ans avant le présent. Le faciès de l'Homme de Mechta-Afalou, caractérisé par des traits robustes et archaïques, a été reconstitué en statue de cire par Élisabeth Daynès[24]. Ces découvertes témoignent de la diversité morphologique des premiers habitants de la région et de leurs pratiques funéraires[25],[26].
Mésolithique

La culture capsienne est une culture du Mésolithique et du Néolithique du Maghreb, qui s’est développée entre 8 000 av. J.-C. et 2 700 av. J.-C.[27],[28].
L’art rupestre gravé du Sahara central, attribué à la période bubaline, a été produit entre 10 000 et 7 500 ans BP[29].
L’art rupestre gravé du Sahara central, de la période Kel Essuf (en), est antérieur à 9 800 ans BP[29].
L’art rupestre peint du Sahara central, de la période des Têtes rondes (en), a été réalisé entre 9 800 et 7 500 ans BP[29].
L’examen en laboratoire de la momie de l’enfant d’Uan Muhuggiag (en) et de l’enfant de Tin Hanakaten a montré que les populations du Sahara central, aux époques de l’Épipaléolithique, du Mésolithique et de la période pastorale (en), possédaient un teint foncé[30].
Néolithique

Les agriculteurs néolithiques, installés probablement en Afrique du Nord-Est et au Proche-Orient, pourraient avoir été la population source des variants liés à la persistance de la lactase (en), dont le –13910T, avant d’être remplacés par des migrations ultérieures[31]. Les Peuls d’Afrique de l’Ouest, les Touaregs d’Afrique du Nord et les premiers agriculteurs européens, qui descendent de ces communautés néolithiques, partagent le variant –13910T[31]. Chez les Peuls, ce variant présente une différenciation haplotypique plus longue que chez les Touaregs[31]. La diffusion du variant –13910*T chez les Peuls pourrait avoir accompagné le développement du pastoralisme bovin entre 9 686 et 7 534 ans BP, probablement vers 8 500 BP. Cette chronologie est confirmée par la présence de preuves de traite du bétail dans le Sahara central vers 7 500 BP[31].
L’art rupestre gravé et peint du Sahara central, attribué à la période pastorale (en), a été produit entre 7 500 et 2 800 ans BP[29]. Parmi les plus anciennes inscriptions libyco-berbères d’Afrique figurent celles découvertes à Oued Mertoutek (Tamanrasset), parfois associées à des pétroglyphes, dont une possible représentation de bovins, en lien avec une communauté pastorale[32].

En 2000, des restes humains ont été découverts par des archéologues sur le site de Gobero, dans le désert du Ténéré, au nord-est du Niger[33]. Ces découvertes offrent un témoignage exceptionnel de l’occupation humaine et des pratiques funéraires des Kiffiens (7 700 – 6 200 av. J.-C.) et des Ténériens (5 200 – 2 500 av. J.-C.)[33].
Un témoignage classique du mode de vie fluvial de cette période provient des fouilles menées au Soudan pendant la Seconde Guerre mondiale par l’archéologue britannique Anthony John Arkell[34]. Son rapport décrit un site d’occupation du Mésolithique récent situé sur un banc de sable du Nil Bleu, alors plus élevé d’environ 3,5 m que son niveau de crue actuel. L’environnement était alors une savane, comme en témoignent les restes abondants d’antilopes. Ces populations vivaient surtout de la pêche, et Arkell conclut que les précipitations étaient au moins trois fois supérieures à celles d’aujourd’hui[34]. Les caractéristiques physiques observées sur les squelettes montrent une parenté avec les peuples nilotiques modernes, tels que les Nuers et les Dinkas[34]. La datation au radiocarbone situe ce site entre 7 000 et 5 000 av. J.-C.[34]. Sur la base de parallèles avec des sites fouillés au Tchad, au Mali et au Niger, Arkell a émis l’hypothèse d’une culture commune de chasseurs-pêcheurs noirs africains, diffusée à la latitude de Khartoum, à une époque où le climat n’était pas désertique[34]. Ces chasseurs-pêcheurs, auteurs de la céramique à lignes ondulées (en) vers 6 700 av. J.-C., étaient des Africains noirs et non des Méditerranéens, et pratiquaient une forme précoce de culture céréalière[35].
Plusieurs chercheurs ont souligné que les origines nord-est africaines (en) de la civilisation égyptienne dérivaient de communautés pastorales établies dans la vallée du Nil, en Égypte et au Soudan, au Ve millénaire av. J.-C.[36].
L’historien et linguiste américain Christopher Ehret a précisé que les fouilles des principaux sites funéraires d’Égypte au IVe millénaire av. J.-C. (notamment el-Badari (en) et Naqada) ne révèlent aucune parenté démographique avec le Levant, mais des affinités crâniennes et dentaires avec les populations de Nubie et de la Corne de l’Afrique. Selon lui, ces populations descendaient d’habitants de longue durée et non de migrants extérieurs[37].
Des poteries à lignes ondulées pointillées et des cultures de pêche ont aussi été identifiées dans la région du lac Turkana, dans des contextes mal datés[38]. Vers 3 000 av. J.-C., la région ne semble plus habitée par ces groupes, mais la pêche est restée une activité importante jusqu’à l’Holocène récent[38].
L’art rupestre du Sahara, attribué à la période caballine, a été produit entre 2 800 et 1 000 ans BP[29],[39]. L’art rupestre gravé et peint du Sahara central, attribué à la période caméline, a été réalisé à partir de 2 000 ans BP[29],[39].
Maghreb
Vers 5 000 av. J.-C., les populations d’Afrique du Nord descendaient principalement des cultures ibéromaurusienne et capsienne, avec des apports liés à la révolution néolithique[40]. Les proto-Berbères ont émergé de ces communautés préhistoriques à la fin de l’Âge du bronze et au début de l’Âge du fer[41].
Les habitants néolithiques de Kehf el Baroud (en) présentent environ 50 % d’ascendance nord-africaine locale et 50 % d’ascendance issue des premiers agriculteurs européens, probablement introduite en Afrique du Nord par des colons de la céramique cardiale venus de la Péninsule Ibérique entre 5 000 et 3 000 av. J.-C. Ces populations montrent une parenté étroite avec les Guanches des îles Canaries[42].
En Algérie, les sites néolithiques des Hautes Plaines, du Sahara septentrional et du Tassili n’Ajjer témoignent d’une économie mixte combinant la culture des céréales, l’élevage du bétail et la chasse[43]. L’art rupestre saharien, particulièrement abondant dans le Tassili, reflète ces modes de vie par des représentations de bovins, de scènes de chasse et de vie pastorale[44].
En Tunisie, le Néolithique est marqué par l’occupation de sites littoraux et intérieurs, comme ceux du Cap Bon et du Sahel, où apparaissent des villages semi-sédentaires. Les habitants pratiquent l’agriculture céréalière, l’élevage des caprinés et la fabrication de céramiques décorées. Des monuments mégalithiques, tels que les dolmens, apparaissent dès la fin du Néolithique et se répandent dans l’ensemble du Maghreb[45].
Âge du bronze
Égypte

En Égypte antique, l’âge du bronze commence durant la période prédynastique égyptienne, vers c. 3150 av. J.-C.. L’« âge du bronze ancien de l’Égypte », connu sous le nom de période thinite[46],[47], suit immédiatement l’unification de la Basse et de la Haute-Égypte, vers 3100 av. J.-C. Elle est généralement considérée comme englobant les premières et deuxièmes dynasties, de la période prédynastique jusqu’à environ 2686 av. J.-C., c’est-à-dire le début de l’Ancien Empire. Avec la première dynastie, la capitale est déplacée d’Abydos à Memphis, une Égypte unifiée étant désormais dirigée par un roi-dieu. Abydos demeure cependant la principale terre sainte du sud. Les traits caractéristiques de la civilisation égyptienne antique — art, architecture et de nombreux aspects de la religion — prennent forme durant la période thinite. Memphis, à l’âge du bronze ancien, était alors la plus grande ville du monde connu. L’Ancien Empire, appartenant à l’âge du bronze régional[46], désigne la période du IIIe millénaire av. J.-C. où l’Égypte connaît son premier apogée continu en termes de complexité et de réalisations — le premier des trois « empires » marquant les points culminants de la civilisation de la vallée du Nil (les deux autres étant le Moyen Empire et le Nouvel Empire).
Maghreb
Le Maghreb passe du stade Mésolithique au Néolithique entre le VIe et le Ve millénaire av. J.-C., puis entre dans une phase intermédiaire entre le Néolithique, le Chalcolithique et l’Âge du bronze probablement au IIe millénaire av. J.-C.[48]. Toutefois, cette région ne bascule jamais véritablement ni dans le Chalcolithique ni dans l’âge du bronze, demeurant dans une situation intermédiaire entre ceux-ci et le Néolithique[49].
En Algérie, les Hautes Plaines et le massif de l’Aurès livrent de nombreux vestiges funéraires liés à cette période, notamment des tumulus et des dolmens[50]. La culture matérielle révèle l’existence d’ateliers de métallurgie, ainsi que des objets en bronze tels que des pointes de lances, des bracelets et des haches. Les populations berbères protohistoriques semblent avoir pratiqué un mode de vie mêlant élevage et agriculture, tout en entretenant des échanges avec les régions méditerranéennes[51].
En Tunisie, l’Âge du bronze est attesté par des sites funéraires mégalithiques et par des nécropoles côtières, notamment dans le Sahel et le Cap Bon. Les vestiges suggèrent des liens avec les cultures méditerranéennes, notamment la Sardaigne et la Sicile, par l’intermédiaire des échanges maritimes[52],[53].