Que faire ? (Tchernychevski)
roman de Nikolaï Tchernychevski (1863)
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Que faire ? Les hommes nouveaux (1862-1863 ; en russe : Что дѣлать?) est un roman écrit par le philosophe, journaliste et homme de lettres russe Nikolaï Tchernychevski.
| Que faire ? | |
| Auteur | Nikolaï Tchernychevski |
|---|---|
| Pays | Empire russe |
| Version originale | |
| Langue | Russe |
| Titre | Что дѣлать? |
| Lieu de parution | Saint-Pétersbourg |
| Date de parution | 1863 |
| Version française | |
| Éditeur | Éditions des Syrtes |
| Lieu de parution | Paris |
| Date de parution | 2000 |
| Nombre de pages | 380 |
| ISBN | 978-2845450158 |
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Publié en 1863, alors que son auteur était emprisonné à la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg, le roman se veut une réponse à Pères et Fils d'Ivan Tourgueniev, paru l'année précédente[1]. Le héros, Rakhmetov, est devenu un emblème du matérialisme et de la noblesse du radicalisme russe. Il mène une vie d'ascète, lui permettant de s'améliorer physiquement, intellectuellement et moralement, avant de se tourner vers la politique au bénéfice du peuple et devient un révolutionnaire professionnel[2]. Le roman décrit aussi, durant le rêve d'un des personnages, une société ayant atteint une « joie éternelle » plutôt terre-à-terre.
Tchernychevski offre une vision idéologique qui se promet de résoudre les tensions provoquées par la réforme de l'éducation, la compétition et l'intrusion culturelle de l'Europe occidentale, l'avènement de la sécularisation et l'influence de la science dans un monde toujours dominé par l'agriculture, le christianisme et la tradition.
Il s'agit de l'œuvre majeure de cet auteur.
Résumé
L'histoire se déroule à Saint-Pétersbourg. Elle s'ouvre sur l'annonce d'un suicide commis par balle sur le pont Liteïny le 11 juillet 1856, et se concentre ensuite sur Vera Pavlovna, qui apprend la mort tragique de son mari dans leur datcha sur l'île Kamenny.
On assiste au passage à l'âge adulte de l'héroïne dans une maison de la rue Gorokhovaïa et ses premiers émois amoureux avec le vulgaire officier Storechnikov, auquel, au mépris de l'avis de ses parents, elle préfère l'étudiant en médecine Lopoukhov. Le mariage lui permet de quitter le domicile familial et de s'installer dans un appartement loué dans une maison en bois de plain-pied de la 5e ligne de l'île Vassilievski. La famille instaure de nouvelles règles, l'interdiction entre autres du baisemain et l'obligation de dormir dans des chambres séparées.
Cinq mois après son mariage, Vera décide d'ouvrir un atelier de couture spécialisé dans les robes de dames et reçoit des commandes à domicile. Pour élargir sa clientèle, Vera se tourna vers sa connaissance française, Julie Le-Tellier (issue de l'entourage de Storechnikov). Vera connait le succès en répartissant équitablement les bénéfices entre ses couturières qui, peu à peu, commencent à vivre ensemble dans un même appartement, partageant une table commune et s'éloignant de leurs familles. Elles sont cependant libres de se marier, d'aller au théâtre ou de se promener à la campagne.
Entre-temps, Vera Pavlovna tombe amoureuse de Kirsanov, un ami de son mari, qui s'était éloigné de son ancienne maîtresse, Nastassia. La maladie de Lopoukhov oblige son ami médecin à lui rendre visite plus souvent. Après trois ans de mariage, les sentiments de Vera Pavlovna pour son mari s'estompent. Franche et réfractaire au mensonge, elle lui raconte un rêve dans lequel elle cèsse de l'aimer. Parallèlement, Vera Pavlovna prend conscience de sa dette envers son mari. Afin de libérer son épouse, Lopoukhov souhaite « quitter la scène » et, après un voyage à Riazan, se suicide (le roman s'ouvre sur cet épisode). Un mois plus tard, Vera Pavlovna épouse Kirsanov et s'installe rue Serguievskaïa, plus près du quartier de Vyborg, où travaille son nouvel époux. Ayant perdu tout intérêt pour la couture, elle se tourne vers la médecine.
Vera Pavlovna ouvre une nouvelle boutique sur la perspective Nevski sous l'enseigne « Au bon travail ». Son mari, Kirsanov, devient un professeur renommé et aide Ekaterina Polozova, fille d'un marchand ruiné, à se remettre d'une atrophie nerveuse. A ce moment, un certain Charles Beaumont, un vendeur américain, fait son entrée en scène. Il rachète les parts de Polozov dans l'affaaire et épouse sa fille, Ekaterina. On découvre ensuite que Beaumont n'est autre que Lopoukhov, qui ne s'est pas suicidé mais est parti en Amérique où il a trouvé l'épanouissement. La famille Beaumont s'installe à côté des Kirsanov, et une profonde amitié se noue entre eux : ils organisent ensemble des pique-niques et des promenades en traîneau.
Protagonistes
- Vera Pavlovna Rozalskaïa, fille de Pavel Konstantinovitch Rozalski, « assistant d'un commis dans un service quelconque ». Elle a un jeune frère, Fedia. Elle vit avec sa famille rue Gorokhovaïa. Elle a le teint mat et les cheveux noirs. Elle joue du piano. Parmi ses petites manies, Vera Pavlovna « aimait se prélasser » au lit ; « la crème était aussi sa passion ». À seize ans, sa mère, Maria Alekseevna, commence à l'emmener à l'opéra, dans l'espoir qu'elle trouve un prétendant et fasse un bon mariage. Son premier mari fut Lopoukhov, et le second, Kirsanov. Elle devient progressivement indépendante et active au sein de la société[3].
- Mikhaïl Ivanovitch Storechnikov, un officier, est le soupirant lubrique et vaniteux de Vera Pavlovna. Avant de la rencontrer, il avait une maîtresse, Adèle.
- Julie Le Tellier est une Française, mondaine de Saint-Pétersbourg, qui a été prostituée à Paris pendant deux ans. Elle porte un faux buste et dissuade Vera Pavlovna d'épouser Storechnikov. Par la suite, elle aidera Vera Pavlovna à développer la clientèle de son atelier de couture. Elle apparaît en société accompagnée d'un certain Serge, mais refuse de l'épouser, considérant le mariage comme un préjugé.
- Dmitri Serugeïevitch Lopoukhov est étudiant en médecine à l'Académie de Vyborg, tuteur de Fedia et, par la suite, époux de Vera Pavlovna. Fils d'un commerçant de Riazan, il est sérieux, posé et respectable. De taille moyenne, il a les cheveux châtain foncé, des traits réguliers, les yeux bruns, des lèvres épaisses et un nez aquilin. Une photographie de Robert Owen accrochée dans son bureau indique son adhérence aux idées du socialisme utopique.
- Alexandre Matveïevitch Kirsanov, fils de greffier et ami de Lopoukhov, est aussi étudiant en médecine. Durant son temps libre, il préfère s'installer sur le canapé en robe de chambre et fumer des cigares. Kirsanov a les cheveux châtain clair, les yeux bleu foncé, un nez grec droit, une petite bouche et un visage oblong. Avant de rencontrer Vera Pavlovna, il a vécu avec Nastassia Krioukova.
- Nastassia Borisovna Krioukova est une jeune fille atteinte de tuberculose, la colocataire de Kirsanov, qui l'a sevrée de l'alcool, d'abord domestique puis ouvrière dans l'atelier de couture de Vera Pavlovna.
- Rakhmetov est un étudiant en philologie de 22 ans et ami de Kirsanov. Cadet d'une fratrie de sept enfants, il est grand et arbore un sourire sinistre. Il s'entraîne à développer sa force physique, adoptant pour cela un régime de boxeur en mangeant notamment des steaks crus, et essaye même de dormir sur des clous. Par respect pour le peuple, il n'hésite pas à effectuer les travaux les plus simples et travaille un temps comme batelier[4].
- Charles Beaumont est un agent de l'entreprise londonienne Hodgson, Lauter & Co., chargé de l'achat de suif et de stéarine. Citoyen du Massachusetts, il descend de colons français installés au Canada. Son grand-père avait quitté le Québec pour s'installer à New York. Le père de Beaumont était venu en Russie pour y faire des affaires et était devenu distillateur dans une distillerie de la province de Tambov, où Charles était né. Vingt ans plus tard, les Beaumont retournèrent à New York et il devint employé de bureau. Abolitionniste convaincu, il épouse Katerina Polozova à Saint-Pétersbourg.
- Ekaterina Vasilievna Polozova, l'épouse de Beaumont, fille du capitaine Polozov, jadis riche mais ruiné, ancien patient de Kirsanov.
Influences
Selon Eddy Trèves, un biographe de Charles Fourier, Tchernychevski aurait été influencé par son Traité de l'Unité universelle et son Traité du libre arbitre[5].
Ce roman a exercé une influence considérable sur des générations de jeunes radicaux et révolutionnaires russes, qui modelèrent leur comportement sur les personnages et l'intrigue du roman, notamment la figure du révolutionnaire professionnel[2]. Selon l'historien britannique Orlando Figes, son autorisation de publication par la censure tsariste fut une de ses plus grandes erreurs, car sa lecture convertit de très nombreuses personnes à se dévouer à la révolution[2]. Parmi eux, on trouve Plekhanov[2], Piotr Tkatchev, et le prince anarchiste Kropotkine ainsi que les étudiants nihilistes des années 1860[6].
« Qui n'a lu et relu ce livre fameux ? Qui n'a subi son attrait et sous son influence bénéfique, qui ne s'est purifié, amélioré, fortifié, enhardi ? [...] Qui, après avoir lu ce roman, n'a pas réfléchi sur sa propre vie, n'a pas soumis ses propres aspirations et inclinations à un examen rigoureux ? Nous en avons tiré la force morale et la foi en un avenir meilleur. »
— Gueorgui Plekhanov, 1890[7]
Le roman exerça une influence particulièrement importante sur le jeune Lénine[2] qui en trouva un exemplaire dans la bibliothèque laissée par son frère après son exécution[8], qui déclare en 1904 « Il m'a labouré de fond en comble[9] »[6]. Dès 1902, Lénine reprend le titre Que faire ? pour l'un de ses traités politiques.