Réunification de la Normandie
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La réunification de la Normandie est l’objectif poursuivi par un courant de pensée visant à regrouper en une seule région les deux anciennes régions françaises de Basse et de Haute-Normandie.
| Date | 1er janvier 2016 |
|---|
| 1790 | Suppression de la province de Normandie et création des départements Calvados, Eure, Manche, Orne et Seine-Inférieure[N 1] |
|---|---|
| 1956 | Création des régions Haute-Normandie (réunissant les départements de l'Eure et de la Seine-Maritime) et Basse-Normandie (réunissant les départements du Calvados, de la Manche et de l'Orne) |
| 2016 | Fusion des régions Haute-Normandie et Basse-Normandie en une seule région Normandie. |
Cette aspiration, née lors de la création des régions administratives en 1956, est devenu un sujet récurrent de la politique normande jusqu'au redécoupage des régions de France qui a abouti à la fusion des régions Haute-Normandie et Basse-Normandie, officiellement décidée le , créant ainsi une nouvelle région Normandie à partir du [1].
Histoire
La Normandie est un territoire géographique et culturel ancien. Séparée des îles de la Manche en 1204, sa partie continentale devient une province française, la Normandie insulaire restant en possession de la Couronne britannique.
En 1789, le décret du 22 décembre transforme la province de Normandie en cinq départements (Calvados, Eure, Manche, Orne et Seine-Inférieure)[2], ajoutant une partie du Comté du Perche au département de l'Orne.
Basse-Normandie et Haute-Normandie
Les notions de « Basse » et « Haute » Normandie existent déjà au XVIe siècle[3], sans cependant s'appuyer sur les mêmes limites : en 1913, dans son Tableau politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République, André Siegfried analyse séparément les traditions politiques de la Haute et de la Basse-Normandie. Selon lui, la géographie physique fixe « la limite des deux régions, soit au cours de la Dives, soit plus précisément au talus par lequel le pays d'Auge se termine au-dessus de la Plaine de Caen » tandis que la vallée de la Risle divise une Haute-Normandie, « pays de culture », et une Basse-Normandie, « pays de prairies ». Il choisit ainsi, « sans donc ignorer qu['il s'] écarte ici d'une classification généralement admise », d'établir la frontière entre les deux régions à la vallée de la Risle, faisant de la Haute-Normandie, la réunion des « départements de la Seine-Inférieure et de l'Eure, c'est-à-dire le domaine premier des envahisseurs, celui qui fut livré en 911 « aux Normands de la Seine », par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. »[4].
Création des régions (1956)
En 1956, dans le cadre des programmes d'action régionale, les régions françaises sont créées par assemblage de départements. La nouvelle Basse-Normandie réunit alors les départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne tandis que la Haute-Normandie rassemble les départements de la Seine-Maritime et de l’Eure. Serge Antoine, chargé de la définition de ces circonscriptions, déclarera un demi-siècle plus tard : « Si c’était à refaire, je ne ferais qu’une seule Normandie. (…) Ma seule erreur a été de croire que je mettais en place un système évolutif. J’étais convaincu, naïvement, que l’on assisterait peu à peu à des fusions de régions. Hélas, j’attends encore. »[5].
Plusieurs arguments ont été avancés pour justifier l'existence de deux régions. La taille de la Normandie (29 907 km2, c’est-à-dire environ 5,4 % de la superficie de la France) a joué en sa défaveur lors du découpage de la France en régions : l’objectif était de créer des régions de taille à peu près analogue les unes aux autres centrées autour de grandes villes (Caen et Rouen, en l'occurrence). Des justifications économiques et politiques ont été également avancées : dans les années 1950, l’économie de la Haute-Normandie était essentiellement industrielle et l’électorat haut-normand très marqué à gauche, tandis que la Basse-Normandie était plutôt agricole et politiquement conservatrice ; ces différences politiques tendent cependant à disparaître dans les décennies suivantes[N 2].
Lors de la transformation des circonscriptions d'action régionale en établissement public régional en 1974, les deux régions sont confirmées, permettant à deux élus normands de prendre la tête des nouveaux conseils régionaux : Jean Lecanuet pour la Haute-Normandie, Michel d'Ornano pour la Basse-Normandie.
La question de la « réunification »
Depuis la création de ces deux régions, la question de la « réunification » de la Normandie intéresse une partie de l’opinion normande et se pose à intervalles réguliers[6]. En , des députés normands conduits par Hervé Morin déposent une proposition de loi « tendant à la réunification de la Normandie »[7]. Six mois plus tard, les sénateurs normands défendent le même texte[8].
En , un sondage BVA pour Ouest-France, le groupe Méaulle et France-Antilles[9], montre une forte acceptation de la « réunification » par les Normands : 65 % des personnes interrogées sont pour, 15 % contre, 10 % ne s'intéressent pas au sujet et 10 % ne se prononcent pas. Les Hauts-normands se révèlent un peu plus favorables à la réunification : 67 % contre 62 % pour les Bas-normands [9]. En , un nouveau sondage Ifop pour Ouest-France, réalisé celui-là auprès des seuls Bas-normands, révèle une forte indifférence à la « réunification » : 58 % souhaitent le maintien de la situation actuelle, 36 % sont favorables à la fusion et 6 % à une union de la Basse-Normandie avec la Bretagne et les Pays de la Loire[10].
La « réunification » de la Normandie ne recoupe pas le traditionnel clivage droite-gauche. On trouve des partisans aussi bien que des adversaires de la « réunification » dans les deux camps politiques. Le sujet n’en a pas moins été l’un des principaux thèmes de campagne des élections régionales de 2004. À la suite de celles-ci, les présidents des conseils régionaux commandent une étude aux conseils économiques et sociaux régionaux sur les « avantages et les inconvénients des limites administratives des régions Haute-Normandie et Basse-Normandie et sur les avantages et les inconvénients de coopérations renforcées ». Cette étude, que le conseil régional de Haute-Normandie a tardé à mettre à la disposition du public (2008), constate qu'une fusion régionale normande aurait des effets largement positifs. Selon le sénateur socialiste Jean-Pierre Godefroy, « en supprimant les doublons, la réunification garantirait une augmentation et une rationalisation des moyens administratifs et financiers. Elle permettrait de tirer le meilleur profit des complémentarités et des solidarités normandes. »[11].
Aux yeux du géographe Armand Frémont, cette unification pourrait permettre de mieux exploiter la marque « Normandie » à l'extérieur, en dépassant les divisions entre les conseils régionaux[12].
Soutiens divers et variés
Différents groupes, issus d’élus ou de citoyens, militent pour une « réunification » de la Normandie. Parmi eux, le Mouvement normand, créé en 1969, « Une Seule Normandie », Demain la Normandie (créé le ), l’Union pour la région normande (créée à Caen en 2003) par des élus de l’UMP, le collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie » (créé en 2006), le forum actif « Normanring », L’Étoile de Normandie (créée en 2005) et le forum participatif des géographes universitaires normands « Normandie2010.org » (créé en 2009).
Le , à Épaignes, Hervé Morin, fervent partisan d'une Normandie unique, lance le « serment d'Épaignes »[13] et demande l'organisation d'un référendum sur la question[14]. Bien que ce « serment » soit signé par plusieurs élus normands, les partisans de l'unification apparaissent divisés.
Le à Paris, Nicolas Sarkozy, relance l'idée en déclarant : « Il y a deux Normandie, on les aime, mais en faut-il deux ? » [15]. Les présidents socialistes des deux régions normandes apprécient peu l'initiative. Le Haut-normand Alain Le Vern, défavorable à l'idée de fusion et suggérant plutôt une coopération accrue des deux conseils régionaux, juge la déclaration présidentielle « indécente et antidémocratique ». De son côté, le Bas-normand Laurent Beauvais, favorable à une « réunification », résume : « Nous ne sommes pas prêts pour une fusion, mais nous sommes volontaires pour mener une expérimentation avancée de nos coopérations »[16].
En réaction à la déclaration du président de la République, une « conférence des exécutifs » est réunie le à Caen, qui n'aboutit, selon Ouest-France, qu'à un « consensus mou »[17]. Les représentants des conseils régionaux, des conseils généraux et des communautés (5 élus de gauche et 4 élus de droite) s'affichent pour la « réunification », tout en mettant en avant de nombreuses conditions qui limitent sérieusement la portée de leur engagement. La conférence réaffirme au passage son hostilité à toute décision qui serait « imposée par la loi », sans aucune concertation. Le suivant, Alain Le Vern affirme son opposition à la « réunification » telle que proposée, demandant « un vrai référendum »[18].
La nouvelle région Normandie (2016)

En 2014, sous la présidence de François Hollande, le redécoupage des régions de France est décidé. L'acte III de la décentralisation, série de réformes des collectivités territoriales françaises, entérine notamment la réunification des deux régions administratives dans le cadre de la réforme territoriale de 2014.
Le , à Honfleur (Calvados), le Premier ministre Manuel Valls signe, par anticipation, « l'acte de naissance d'une nouvelle région » en paraphant les contrats de plan État-régions normandes, avec Nicolas Mayer-Rossignol, président de la région Haute-Normandie, et Laurent Beauvais, président de la région Basse-Normandie, en présence de deux ministres normands de son gouvernement, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, et Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur.
Les élections régionales des 6 et 13 décembre 2015 élisent le premier conseil de la région réunifiée qui entre en exercice le .
Quelle capitale ?
Une question récurrente est le choix de la capitale de l'entité régionale unique. Historiquement, depuis le XIe siècle, deux villes ont déjà été capitales normandes : Rouen[19] et Caen[20].
Pierre Albertini prône une répartition des pouvoirs politiques et économiques entre les trois métropoles, même si ce schéma n'a jamais été expérimenté par une région française[21]. En , la droite minoritaire dans les conseils régionaux de Basse et de Haute Normandie vote contre le choix de faire de Rouen le chef-lieu de la future Normandie, sans succès[22]. Au même moment, une enquête auprès de la population normande montre que celle-ci est toujours indécise et trouve des qualités complémentaires pour Caen (notoriété internationale) et Rouen (poids politique)[23]. En , l'État choisit Rouen comme chef-lieu provisoire de la région Normandie[24]. Cette ville devient le chef-lieu définitif le [1].
En , la liste d'Hervé Morin remporte les élections régionales. Lors de la campagne, il avait indiqué vouloir choisir Caen comme siège du Conseil régional de Normandie[25] et placer au Havre certains services comme l'agence de l'attractivité (Rouen devenant la préfecture), ce qu'il réalise le .
Ainsi la région Normandie offre cette particularité d'avoir deux capitales officiellement reconnues : une politique à Caen (siège du conseil régional) et une administrative à Rouen (siège de la préfecture).
Comparatif chiffré
| Population | Superficie | Densité | Richesse produite par habitant (PIB) | Salaire net moyen | Taux de chômage | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Basse-Normandie | 1 450 000 habitants | 17 600 km² | 82 hab./km² | 24 526 € | 19 532 € | 6,6 % |
| Haute-Normandie | 1 815 000 habitants | 12 317 km² | 147 hab./km² | 27 135 € | 21 271 € | 7,8 % |
| Ensemble | 3 265 000 habitants | 29 917 km² | 109 hab./km² | 25 976 € | 20 498 € | 7,3 % |
Chiffres 2007[réf. nécessaire]
| Population | Basse-Normandie | Haute-Normandie | Ensemble |
|---|---|---|---|
| Population en 2013 | 1 478 712 | 1 849 652 | 3 328 364 |
| Densité de la population (nombre d'habitants au km²) en 2013 | 84,1 | 150,2 | 111,3 |
| Superficie (en km²) | 17 589,3 | 12 317,4 | 29 906,7 |
| Nombre total de logements en 2013 | 850 839 | 899 843 | 1 750 682 |
| Nombre de ménages fiscaux en 2013 | 630 395 | 763 812 | 1 394 207 |
| Médiane du revenu disponible par unité de consommation en 2013, en euros | 19 398,1 | 19 972,7 | 19 707,1 |
| Emploi total (salarié et non salarié) au lieu de travail en 2013 | 584 999 | 705 353 | 1 290 352 |
| Sources Insee [26]. | |||