Reddition d'Erfurt
reddition prussienne aux Français, en 1806
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La reddition d’Erfurt voit la capitulation d’une garnison entière prussienne, sous le commandement du prince d'Orange Guillaume d’Orange-Nassau, au Maréchal d'Empire Joachim Murat. Douze à quatorze mille soldats, dont un peu plus de la moitié en état de combattre, sont alors faits prisonniers, ainsi que leurs généraux, le futur Guillaume Ier, le feld-maréchal von Möllendorf et les lieutenants-généraux von Larisch (de) et von Grawert.
| Date | |
|---|---|
| Issue | Victoire française[1] |
| 16 000 hommes[2] | 12 000 à 14 000 hommes dont 8 000 blessés |
| Aucune | 12 000 à 14 000 prisonniers 120 canons[3] |
| Coordonnées | 50° 58′ 41″ nord, 11° 01′ 44″ est | |
|---|---|---|
L’événement se déroule pendant la guerre de la Quatrième Coalition, durant les guerres napoléoniennes. Le village d’Erfurt se situe sur la rivière Gera, à environ 40 kilomètres à l’ouest de Iéna. Cette dernière est le théâtre quelques jours auparavant d’une grande victoire française, décisive, qui influe grandement sur le moral des troupes prussiennes retranchées à Erfurt. Comptant déjà un grand nombre de blessés, les forces ennemies ne sont pas enclines au combat, et se rendent devant les forces françaises.
Contexte
Positions prussiennes
Au début du mois d’, trois armées prussiennes s’assemblent dans l’électorat de Saxe sous la direction du feld-maréchal Charles-Guillaume-Ferdinand de Brunswick, du général d’infanterie Frédéric-Louis de Hohenlohe-Ingelfingen, et du général d’infanterie Ernst von Rüchel. L’armée de Hohenlohe comprend 20 000 Saxons[4]. Brunswick se concentre à Erfurt, Hohenlohe défend Rudolstadt à l’est, et Rüchel tient Gotha et Eisenach à l’ouest. La division du général Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach, appartenant à l’aile droite de Rüchel, descend vers la ligne de communications française. La réserve du général Eugène de Wurtemberg, se trouve beaucoup plus au nord, à Magdebourg[5].
Avancée française
Le , les 180 000 hommes de Napoléon commencent à franchir la frontière saxonne par la forêt de Franconie[6]. Ses troupes se forment en bataillon carré, composé de trois colonnes de deux corps d’armée chacune, plus la réserve de cavalerie, la garde impériale et quelques alliés bavarois[7]. Le jour suivant, les Français remportent la petite bataille de Schleiz[8]. Le lendemain, le Ve corps du maréchal Jean Lannes écrase la division du prince Louis-Ferdinand de Prusse à la bataille de Saalfeld, tuant le jeune homme[9].
Le , Napoléon ordonne à son armée de pivoter vers l’ouest. Les généraux prussiens décident de battre en retraite en utilisant la Saale pour protéger leur flanc. Brunswick fait marcher l’armée principale vers le nord depuis Weimar, tandis que Hohenlohe se tient sur la défensive près de Iéna comme garde de flanc[10]. Rüchel reçoit l’ordre de rester à Weimar. Lors des batailles d'Iéna et d'Auerstaedt, le , Napoléon attaque Hohenlohe tandis que Brunswick tombe sur le IIIe corps du maréchal Louis Davout. Les troupes de Brunswick, Hohenlohe et Rüchel sont mises en déroute sur les deux champs de bataille. L’armée de Brunswick perd 13 000 hommes et son commandant est mortellement blessé. Hohenlohe et Rüchel subissent jusqu’à 25 000 pertes[11].
Le , Napoléon commence à donner des ordres pour exploiter ses deux grandes victoires. Parallèlement, la réserve de cavalerie de Murat est divisée : la moitié avance vers l’ouest en direction d’Erfurt et l’autre moitié vers le nord-ouest en direction de Buttelstedt. Napoléon envoie le VIe corps du maréchal Michel Ney vers Erfurt pour soutenir les cavaliers de Murat, et ordonne au IVe corps du maréchal Jean-de-Dieu Soult de marcher sur Buttelstedt. L’empereur instruit le Ier corps intact du maréchal Jean-Baptiste Bernadotte de se diriger vers Bad Bibra, au nord d’Auerstedt, afin d’empêcher les Prussiens en fuite de passer vers l’est de l’Elbe. En considération pour les troupes qui ont mené les combats les plus rudes le 14, il autorise le Ve corps du maréchal Lannes et le VIIe corps du maréchal Pierre Augereau à rester près de Weimar, tandis que le IIIe corps de Davout ne marche qu’une courte distance jusqu’à Naumbourg[12].
Reddition

Après les affrontements du 14, un grand nombre de réfugiés apparaissent à Erfurt. D’abord, on leur refuse l’entrée, mais plus tard les portes s’ouvrent et bientôt la ville se remplit d’au moins 12 000 soldats, démoralisés. Certains officiers tentent de renvoyer les troupes dans leurs régiments, mais les hommes refusent de coopérer. À midi le 15, Murat se trouve près d’Erfurt avec les premiers éléments de sa cavalerie. Le General-Major von Jung-Larisch se déploie en ligne de bataille devant la ville. Sa position est mauvaise, avec la rivière Gera dans son dos, alors il ordonne à son infanterie de se replier dans la ville. La cavalerie de Murat charge et repousse es troupes de Jung-Larisch de l’autre côté de la rivière, capturant une batterie d’artillerie. Avec Möllendorf hors de combat, la détermination du commandant de la forteresse faiblit, puis cède. Dans la nuit, il signe les articles de capitulation. Les termes incluent la reddition de la citadelle de Petersberg ainsi que d’importantes quantités de poudre et de munitions[13].
Conséquences
Pertes
Selon différentes estimations, 12 000 à 14 000 Prussiens sont faits prisonniers[1], dont près de 600 officiers, comptant même parmi eux le prince d’Orange en personne. Si une partie des prisonniers est gardée sous les geôles, la majorité des officiers est libérée, seulement quelques jours après la bataille, sous parole de rentrer dans leur pays[14].
Suite de la campagne
La ville d’Erfurt, par sa localisation et ses fortifications, est un lieu stratégique de la campagne. Bien armée, octogonale, dotée de plusieurs casemates, cette acquisition sert de « point d’appui » pour la Grande Armée[15]. Elle permet également à Napoléon de modifier le tracé de sa route de communication principale, entre Mayence et la rive gauche du Rhin. Naguère, le chemin passait par un long détour à Wurtzbourg et Forchheim ; mais dorénavant, il peut traverser directement le pays, à Francfort-sur-le-Main puis Gotha[16].
Après la reddition, Murat avance vers Langensalza avec ses trois divisions. La 1re division de dragons du général de division Louis Klein, la 4e division de dragons du général de division Louis Sahuc et la cavalerie légère du général de brigade Antoine de Lasalle poursuivent les Prussiens plus à l’est, près de Weißensee et Buttelstedt[17]. La bataille de Halle a lieu le entre le corps de Bernadotte et la réserve du duc Eugène de Wurtemberg[2]. Dans cette action, les Français infligent 5 000 pertes au corps d’armée[18].
L’historien Francis Loraine Petre (en) remarque qu’Erfurt est la première d’une série de « capitulations pusillanimes » des commandants de forteresses prussiennes, conduisant à faire près de 30 000 prisonniers en un mois. Et que cette reddition prématurée permet à Napoléon de se jeter directement à la poursuite de ses ennemis, sans être retarder[19]. En somme, la capitulation d’Erfurt est dans la continuité des première victoires d’octobre, et conduit à la destruction totale de l’Armée prussienne[20].
Administration française de la ville
Après s’être emparé de la ville, Napoléon nomme le général Henri Clarke comme gouverneur de la ville, le chargeant notamment de s’occuper des récents prisonniers[15].