Royaume d'Ondo
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Le royaume d'Ondo est un royaume traditionnel fondé vers 1510 dans le sud-ouest du Nigeria. Sa capitale, Ondo, se situe au confluent ethnique Yoruba et Edo, ce qui en fait un royaume historiquement multiculturel.
Le royaume survit pendant et après la période coloniale, mais conserve un rôle essentiellement symbolique. Le roi gouverne par l'intermédiaire de six grands chefs. Le système de gouvernance s'apparente à une oligarchie militaire. Le souverain actuel du royaume est Oba Adesimbo Victor Kiladejo (en), le 44e Osemawe (chef traditionnel).
Origine
Il existe plusieurs traditions différentes sur l'origine du royaume d'Ondo. La principale affirme qu'il est fondé par une épouse d'Oduduwa[1], Pupupu, qui devint la première souveraine du royaume d'Ondo au XVIe siècle. Selon cette version, elle fonde la cité d’Ondo après avoir quitté Ile-Ife avec son frère jumeau, qui établit un royaume à Epe. Chaque intronisation royale implique encore une visite rituelle à Epe pour reconnaître la primauté de cette fondation[2]. Selon Samuel Johnson, elle serait plutôt l'épouse d'un petit-fils d'Oduduwa[3].
Pupupu règne jusqu'aux environs de 1530 et son fils Aiho lui succède[2]. Selon les versions, elle pourrait avoir été destituée. Il fait construire un palais royal et établit les bases de la structure politique du royaume[4]. Quatre maisons dynastiques découlant des fils d'Aiho forment les quatre lignées légitimes au titre d'Osemawe (roi d'Ondo)[5].
Période pré-coloniale
Sous le règne d’Aiho, le royaume se dote de fortifications et d’un palais rénové, tandis que le culte d’Oramfe est introduit. Ses successeurs poursuivent cette consolidation : Luju (vers 1561–1590) creuse des tranchées défensives, encourage le regroupement urbain et initie de nouveaux cultes, tout en entretenant des relations diplomatiques avec l’Empire d'Oyo. Kuta (vers 1590) procède à une expansion territoriale, tandis que Luyare (vers 1614) introduit le culte de Babaji. Liyen, intronisé en 1685, introduit la divination Ifá et le culte d’Orunmila, ainsi que le festival des masques Agemo (en)[2].
Le royaume prend part aux conflits inter-yoruba, notamment à la bataille d’Omu vers 1716, puis dans les guerres contre Oyo et d’autres cités voisines. Leyo résiste et préserve son indépendance face aux ambitions d’Oyo. Aganmede agrandit le territoire et introduit de nouveaux districts. Au XVIIIe siècle, Terere introduit le festival Eku[2].
Période coloniale et moderne
Le royaume d'Ondo conserve son indépendance vis-à-vis des autres puissances régionales jusqu'au XIXe siècle, lorsque la pression exercée par les contacts européens et la crise politique éclate en Yorubaland. Avant le XIXe siècle, Ondo se distingue dans la région par son système de conseils et/ou ses principes fonciers relativement ouverts. Le système de conseils assure la rotation du pouvoir entre les maisons et un statut politique important est accordé aux femmes[3]. Le principe foncier d'Ondo est que toute terre est la propriété du roi, mais que tout homme peut la cultiver à condition d'obtenir l'autorisation du chef de la communauté la plus proche[6]. Cependant, avec la pression croissante liée aux mouvements de population et l'importance croissante de la traite négrière, les pouvoirs politiques et économiques évoluent[1]. De nombreux conflits se déroulent entre 1845 à 1872, une période marquée par des changements rapides de régime, des guerres avec d'autres puissances régionales, des violences importantes et trois changements de capitale[1]. Durant cette période, le culte d'Orisha se répand, conduisant à des sacrifices humains (souvent d'esclaves) afin de tenter de mettre fin au désordre[1],[4].
Lorsque les missionnaires chrétiens pénètrent dans la seconde moitié du XIXe siècle, Ondo est un vaste royaume forestier. Les missionnaires privilégient leurs actions sur les autres régions plus accessibles[7]. En 1870, John Hawley Glover (en), administrateur de la colonie britannique de Lagos, commence à concentrer ses efforts sur le royaume d'Ondo, principalement pour créer des routes commerciales alternatives vers Lagos. En 1872, Glover participe à la négociation d'un traité de paix entre Ondo et Ife, ce qui permet l'expansion des échanges commerciaux et l'introduction des premières opérations missionnaires en 1875 dans tout le royaume d'Ondo[8].
Le royaume se perpétue sous la domination coloniale et l'indépendance qui suit, et le dernier Osemawe, Oba Victor Adesimbo Ademefun Kiladejo, est couronné le 29 décembre 2008[9].
Organisation politique
Le système politique repose sur une monarchie appuyée par plusieurs conseils hiérarchisés. À la tête de l’État se trouve l’Osemawe, assisté par le conseil des six Iwarefa, qui exerce des fonctions exécutives, judiciaires et législatives. Un second groupe, l’Ekule, composé de sept membres, assure des charges en partie déléguées. Le royaume est divisé en quinze districts (oiles), correspondant aux quartiers initiaux de la capitale. Leur administration relève des chefs de l’Elegbe, responsables de la gestion provinciale et municipale[2].
La société politique intègre également des offices féminins, avec des titres équivalents à ceux des hommes, existant depuis la fondation du royaume. Le clergé, dirigé par le sumo, joue un rôle essentiel dans les rituels et la consultation des oracles. Les charges sont en principe attribuées au mérite, même si une aristocratie de base constitue le noyau du pouvoir[2].
Notes et références
- 1 2 3 4 Ojo, « Slavery and Human Sacrivice in Yorubaland: Ondo, c. 1870-94 », The Journal of African History, vol. 46, no 3, , p. 379–404 (DOI 10.1017/s0021853705000472, S2CID 159559999)
- 1 2 3 4 5 6 (en) Adrian M. Deese, « Ondo », dans Saheed Aderinto, African Kingdoms : An Encyclopedia of Empires and Civilizations, ABC-CLIO, , 383 p. (ISBN 978-1-61069-579-4), p. 236-241
- 1 2 Robert Sydney Smith, Kingdoms of the Yoruba, Univ of Wisconsin Press, (ISBN 0-299-11604-2), p. 52ff
- 1 2 Lawuti, « Mythical Images, Historical Thought, and Ondo Religion: The Oramfe Myth as Clue to Ondo Yoruba Identity », Africa: Rivista Trimestrale di Studi e Documentazione dell'Istituto Italiano per l'Africa e l'Oriente, 1re série, vol. 45, , p. 55–71
- ↑ « 500 years of the Osemawe Dynasty » [archive du ], The Punch, (consulté le )
- ↑ Jeremy Seymour Eades, The Yoruba today, CUP Archive, (ISBN 0-521-22656-2, lire en ligne
), 73 - ↑ J. D. Y. Peel, Religious Encounter and the Making of the Yoruba, Indiana University Press, (ISBN 0-253-21588-9), p. 287
- ↑ Akintoye, « The Ondo Road Eastards of Lagos, c. 1870-95 », The Journal of African History, vol. 10, no 4, , p. 581–598 (DOI 10.1017/s0021853700009725, S2CID 197837017)
- ↑ HOPE AFOKE ORIVRI, « Ondo stands still for 44th Osemawe », Nigerian Compass,