Le Président de l'Ukraine, Volodymyr Zelensky, se dit sur Twitter « reconnaissant pour la solidarité des partenaires » et déclare « La suspension de la participation de la Russie au Conseil des droits de l’homme de l’ONU est […] une nouvelle punition pour l’agression contre l’Ukraine »[41].
Le représentant permanent de l'Ukraine auprès des Nations unies, Serhiy Kyslytsya, déclare en présentant la résolution à l'Assemblée que la suspension d'un membre du Conseil des droits de l'homme est « un fait rare et extraordinaire », mais il estime que dans le cas de la Russie, ce n'est « pas une option, mais un devoir » car elle « commet d’horribles violations des droits de l’homme et atteintes à ces droits qui peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité »[37]. Il fait état du cas de « Boutcha et des dizaines d’autres villes et villages ukrainiens, où des milliers de citoyens pacifiques ont été tués, torturés, violés, enlevés et dépouillés par l’armée russe, montrent à quel point la Fédération de Russie s’est éloignée de ses déclarations initiales relatives aux droits de l’homme. Le cas présent est donc sans précédent et la décision à prendre aujourd’hui coule de source et se passe d’explication »[27]. Selon lui, ces actes « dépassent l’entendement. Non seulement la Russie se rend coupable de violations des droits de l’homme, mais elle ébranle les fondements de la paix et de la sécurité internationales »[25]. Il a appelé à ne pas laisser le Conseil des droits de l'homme « couler » comme le Titanic[12]. Il a cité Elie Wiesel « L’indifférence est donc toujours l’amie de l’ennemi, car elle profite à l’agresseur, jamais à sa victime, dont la douleur est amplifiée lorsqu’elle se sent oubliée »[29]. Il a noté que le 7 avril marquait la commémoration du début du génocide des Tutsi du Rwanda, dont l'ampleur a été, selon lui, en partie le résultat de l'indifférence et de l'inertie de la société internationale et des Nations unies faces aux informations revenant du terrain[30]. Il appelle les États membres : « Ne soyez pas des spectateurs indifférents. Tout ce que vous avez à faire est d'appuyer sur un bouton pour voter en faveur du projet de résolution afin de sauver le Conseil des droits de l'Homme ainsi que de nombreuses vies dans le monde et en Ukraine. […] Appuyer sur un bouton ne signifie pas appuyer sur la gâchette, mais cela va se traduire par un point rouge sur l'écran, tout comme le sang d’innocents »[42].
Le Ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, s'est félicité de l'adoption de la résolution et a déclaré sur Twitter que les « Les criminels de guerre n'ont pas leur place dans les organes des Nations unis visant à protéger les droits humains »[43],[44]et se montre « reconnaissant à tous les États membres qui […] ont choisi le bon côté de l'histoire »[45].
Le représentant permanent de l'Union européenne auprès des Nations unies, Olof Skoog, a déclaré « Cette décision rare que l’Assemblée générale a prise aujourd’hui envoie un signal fort en termes de responsabilité et nous espérons qu’elle contribuera à prévenir et à décourager d’autres violations des droits humains »[28].
Les ministres des affaires étrangères du Groupe des Sept ont soutenu la résolution et assurent que les auteurs « d'odieux actes et atrocités, y-compris de tout attaque contre les civils ou la destruction de l'infrastructure civile » seront poursuivis et devront rendre des comptes. Ils ajoutent « Nous saluons et soutenons les travaux en cours pour enquêter et rassembler les preuves de ces actes et d'autres crimes de guerre ou crimes contre l'humanité potentiels. »[46],[47],[48].
Le Président des États-Unis, Joe Biden, a déclaré par communiqué dans l'après-midi du 7 avril « Les mensonges de la Russie ne font pas le poids face aux preuves indéniables de ce qui est en train de se passer en Ukraine. C'est pourquoi les nations de chaque région condamne l'agression brutale et non provoquée de la Russie contre l'Ukraine et soutient le courageux peuple d'Ukraine dans son combat pour la liberté ». Il salue « un pas significatif de la communauté internationale démontrant davantage que la guerre de Poutine a fait de la Russie un paria international »[28]et il s'est engagé à poursuivre son travail avec les autres pays pour rassembler les preuves et tenir la Russie responsable, augmenter la pression économique et l'isolement de la Russie sur la scène internationale[25],[16].
Le Secrétaire d'État des États-Unis, Antony Blinken, a déclaré lors d'une conférence de presse au siège de l'OTAN : « Un pays que commet des violations flagrantes et systématiques des droits humains ne devra pas être membre d'un organe dont le travail est de protéger ces droits. Aujourd'hui un tort a été corrigé. Le monde envoi de nouveau le message clair que la Russie doit cesser immédiatement et sans condition sa guerre d'agression contre l'Ukraine et honorer les principes inscrits dans la Charte des Nations unies »[49],[28],[5].
La représentante permanente des États-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, a déclaré « Il s’agit d’un moment important et historique. Les pays du monde entier ont voté pour suspendre la Russie du Conseil des droits de l’homme en raison de ses violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme. Nous avons collectivement signifié avec force que la souffrance des victimes et des rescapés ne sera pas ignorée […] Nous avons décidé qu’un auteur de violations persistantes et flagrantes des droits de l’homme ne serait pas autorisé à jouer un rôle de premier plan dans le domaine des droits de l’homme à l’ONU »[12],[33]. Elle ajoute que la Russie doit être tenue responsable « pour cette guerre non provoquée, injuste et inadmissible »[25].
En réaction au discours du président de l'Ukraine da Conseil de sécurité le 5 avril, elle déclare à la presse : « Je dois dire que je comprends sa frustration. Son pays est attaqué. Il a l'impression que le monde n'est pas là. Mais nous sommes là. Nous somme ici, aux Nations unies. Nous avons fait rendre des comptes à la Russie aujourd'hui »[16].
La Secrétaire d'État aux Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni, Liz Truss, a déclaré que la Russie était désormais un « paria global » après sa suspension[45].
Le diplomate britannique James Roscoe demande des précisions à propos du « retrait » russe du Conseil des droits de l'homme, déclarant « Cela ressemble à quelqu'un qui remet sa démission après avoir été viré ». Le représentant russe lui répond que la déclaration de sa délégation était suffisamment claire[12],[49],[36]. Sur ce sujet, le représentant canadien ajoute : « le retrait n'annule pas la suspension »[12].
Le Tánaiste d'Irlande, Leo Varadkar, a salué une « étape significative » qui montre que le monde « s'est uni contre la barbarie infligée à l'Ukraine ». La mission irlandaise auprès des Nations unies à New York a déclaré sur Twitter : « C'est la bonne chose à faire. La Russie doit rendre des comptes pour la souffrance déchaînée sur l'Ukraine ». Le Département des Affaires étrangères de l'Irlande a déclaré : « L'Irlande a co-parrainé une résolution suspendant la Russie du Conseil des droits de l'homme, qui a été adoptée aujourd'hui à l'Assemblée générale de l'ONU. La Russie ne peut pas continuer de siéger au Conseil des droits de l'homme alors qu'elle fait de sa responsabilité en tant que membre une parodie »[50].
Le représentant permanent de l'Inde auprès des Nations unies, T. S. Tirumurti, déclare que son pays s'abstient « pour des raisons de fond et de procédure »[51]et que si son pays doit choisir un camp, c'est « celui de la paix et de la cessation immédiate des violences ». Il ajoute « Lorsque des vies innocentes sont en jeu, la diplomatie doit s’imposer comme la seule option viable »[26].
La représentante permanente adjointe de l'Afrique du Sud auprès des Nations unies, Xolisa Mabhongo, décrit la suspension de la Russie comme prématurée et préjugeant des conclusions de la Commission d'enquête internationale indépendante sur l'Ukraine et déclare que « le projet de résolution que nous examinons aujourd’hui, sans suivre la procédure régulière, est voué à diviser et polariser davantage les États et l’Assemblée générale elle-même sur cette question. L’Afrique du Sud maintient que lorsque nous envisageons de suspendre un membre du Conseil des droits de l’homme, nous devons suivre une seule logique et ne pas faire preuve de sélectivité, car cela porterait atteinte à la crédibilité de l’Assemblée générale et du Conseil des droits de l’homme »[52],[27].
Le représentant permanent adjoint de la Russie auprès des Nations unies, Gennady Kuzmin, considère la résolution comme un « précédent dangereux »[37]qui nuira à la « gouvernance future de l'ONU »[53] et comme une « mesure illégitime et politiquement motivée visant à punir de manière
théâtrale un État souverain Membre de l’ONU » menée par un petit groupe de pays avec des « intérêts économiques et politiques de court terme » qu'il a accusé de commettre des « violations flagrantes et massives des droits humains »[25]. Il ajoute : « Ces agissements portent atteinte au mandat que la communauté internationale a confié au Conseil et, de manière générale, sapent sa crédibilité »[49]et « Nous appelons tous ceux qui sont ici présents à réfléchir profondément à leurs décisions et à voter contre la tentative des pays occidentaux et de leurs alliés de détruire l’architecture existante du Conseil des droits de l’homme »[42]. En outre, il rejette « les insinuations mensongères dont [la Russie fait] l’objet et qui sont fondées sur des preuves fabriquées, des images trafiquées et la diffusion de fausses informations »[36].
Le représentant russe auprès des Nations unies à Genève, Gennady Gatliov, a qualifié l'action des États-Unis d'« infondée et de pure bravade émotive qui passe bien à l'écran – juste comme les États-Unis l'apprécie », et ajoute que « Washington exploite la crise ukrainienne dans son propre intérêt dans une tentative pour soit exclure soit suspendre la Russie des organisations internationales »[22]. .
Le représentant biélorusse Valentyn Rybakov a dénoncé la résolution comme une tentative de « diabolisation » de la Russie[12]et considère qu'elle « contribue directement à détruire le Conseil des droits de l’homme lui-même […] voire conduire à l’effondrement de l’ONU »[53].
Le représentant syrien a critiqué le « deux poids, deux mesures » des soutiens de la résolution en matière de droits humains, citant le cas des palestiniens. Il ajoute « Nous n’avons aucune preuve de graves violations des droits de l’homme » en Ukraine[53].
Le représentant vénézuélien considère que la résolution risque de provoquer une « crise de confiance dans le système » des Nations unies[53]. Pour le Kazakhstan, la résolution « ne contribuera pas à régler le conflit »[53].
La représentant permanent de la Chine auprès des Nations unis, Zhang Jun, s'est opposé à la résolution qu'il qualifie de « démarche précipitée de l’Assemblée générale, qui oblige les pays à choisir leur camp, exacerbera les divisions entre les États Membres, accentuera les divergences entre les parties concernées et jettera de l’huile sur le feu, ce qui n’est pas propice à la désescalade des conflits, et encore moins à la réalisation de progrès dans les pourparlers de paix »[35],[30],[54].
Dans la soirée du 7 avril 2022, une lettre de la délégation russe est parvenue à Francisco Villegas, le Président du Conseil des droits de l'homme, indiquant que la Russie « renonçait » à son siège au sein de l'organe. Cela lui permet de bénéficier du statut d'observateur, l'autorisant à prendre la parole lors des séances du Conseil – sans participer aux votes – et à proposer des textes ou des amendements – bien qu'uniquement avec le soutien d'un membre de plein exercice[55],[33],[56].
Depuis le début de l'invasion russe à grande échelle, la Russie a perdu sa place dans plusieurs autres organes des Nations unies : dans les conseils exécutifs de l'ONU Femmes et du Fonds des Nations unies pour l'enfance, au sein de la Commission des organisations non-gouvernementales et de l'Instance permanente des Nations unies sur les questions autochtones et elle a été suspendue de l'Organisation mondiale du tourisme[57]. L'Organisation internationale du travail a interdit aux représentants russes de participer aux réunions techniques ou d'experts, l'Union internationale des télécommunications leur a interdit d'accéder aux fonctions électives au sein des commissions et la Commission économique pour l'Europe des Nations unies a exclue la Russie de certains de ses programmes[53]. Au cours de l'année 2023, la Russie échoue à se faire réélire aux conseils exécutifs de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques et à l'Assemblée de l'Organisation maritime internationale. Un juge roumain est élu à la place du juge russe à la Cour internationale de justice par l'Assemblée générale[58],[59].
Le Conseil des droits de l'homme annonce le 29 avril que l'Assemblée générale tiendra un vote le 10 mai 2022 afin de pourvoir le siège laissé vacant par la Russie (après son retrait), pour le groupe régional des États d'Europe orientale. La République tchèque est la seule candidate[57]. Le 10 mai, la République tchèque est élue par scrutin secret par l'Assemblée générale par 157 voix pour et 23 abstentions, sur 180 pays prenant part au vote[60].
Le 10 octobre 2023, la Russie échoue a être réélue pour un nouveau mandat complet au Conseil des droits de l'homme. Les candidatures pour les deux sièges réservés au groupe d'États d'Europe orientale de la Bulgarie et de l'Albanie ont respectivement été soutenues par 160 et 123 voix. La Russie avait reçu 83 voix. Le vote se déroule quelques jours après la frappe aérienne russe sur le village ukrainien de Hroza, suite à laquelle l'Ukraine avait sollicité une réunion du Conseil de sécurité. Au cours de cette réunion, le représentant permanent de l'Albanie auprès des Nations unies, Ferit Hoxha, avait appelé à préserver la crédibilité du Conseil des droits de l'homme et à « ne pas confondre le pyromane avec le pompier » – un sentiment partagé par le représentant permanent adjoint des États-Unis, Robert Wood. Le représentant russe Vassili Nebenzia a accusé les États-Unis d'avoir mené une campagne pour empêcher la Russie de revenir au Conseil des droits de l'homme. Il déclare : « La principale phobie de nos collègues américains aujourd'hui est l'élection de la Russie au Conseil des droits de l'homme ». Sur X (anciennement Twitter), la vice-ministre ukrainienne des affaires étrangères, Emine Djaparova, salue « Les États membres de l'ONU [qui] ont envoyé une réponse claire au Kremlin concernant son agression, ses crimes de guerre, et les atrocités commises lors de son invasion à large échelle de l'Ukraine ». La Russie avait elle-même mené une campagne agressive envers les pays en développement, leur promettant des céréales et des armes afin de retrouver son siège lors du vote du 10 octobre[61],[62],[63],[64],[65].
Le 27 mars 2026, la Russie fait adopter pour la première fois depuis sa suspension une résolution au Conseil des droits de l'homme fort de son statut d'observateur, appelant à célébrer le soixantième anniversaire de l'adoption des Pactes internationaux relatifs aux droits civils et politiques et aux droits économiques, sociaux et culturels le 16 décembre 1966. La résolution est perçue comme une tentative de se réintégrer dans les activités des organes des Nations unies avec une question inoffensive à laquelle il est difficile de s'opposer : 26 membres du Conseil l'on soutenu, tandis que 21 autres se sont abstenus. Les derniers ont rappelé leur attachement aux Pactes tout en dénonçant le cynisme russe, tandis que les premiers ont critiqué une politisation et polarisation des débats en raison du seul auteur du texte[66].