L' île de Saltes (en espagnol: Isla Saltés) est un îlot fluvial situé dans l'estuaire du fleuve Huelva, dans la province de Huelva, en Andalousie (Espagne). Elle fait partie de la réserve de biosphère des marais d'Odiel.
L'île de Saltes est l'île la plus méridionale du parc naturel des marais de l'Odiel, la deuxième plus grande zone humide d'Andalousie. Elle se situe au confluent des rivières Odiel et Río Tinto[1]. L'île est principalement composée de marais avec des crêtes sablonneuses pouvant atteindre 3 mètres de hauteur[2]. Elle abrite un écosystème important de faune et de flore, notamment des espèces d'oiseaux comme la spatule blanche, le flamant rose, l'aigrette et la cigogne.
Histoire
L'île et la ville voisine de Huelva sont des sites possibles de la cité semi-mythique de Tartessos[1]. Dans son Ora maritima, le poète romain Avienius décrit Tartessos comme «l'île entre deux fleuves». Auparavant, l'historien grec Strabon rapporte que des Phéniciens, au VIIIe siècle avant J.-C., avaient navigué jusqu'à la région et qu'un oracle leur avait ordonné d'y construire un temple dédié à Hercule. Historiquement, entre la légende et les références bibliques à Tarsis dans le Livre des Rois, Tartessos passa sous influence grecque au milieu du VIIe siècle avant J.-C[3].
Les fouilles archéologiques de l'île ont mis au jour des installations romaines liées à la pêche et à la production de sel marin, ainsi que les vestiges de la ville de Salthish (Xaltix(ca)), un établissement musulman du XIesiècle, appartenant à la taïfa de Saltés et Huelva. Selon les estimations, l'établissement possédait une forteresse centrale d'un périmètre de 70 m × 40 m. La population se consacrait à la métallurgie et au commerce des métaux, profitant de la proximité du site avec les mines du nord dont les minéraux arrivaient en ville par le fleuve aujourd'hui appelé Rio Tinto[4]. La ville pratiquait également la pêche et d'autres formes de commerce grâce à sa situation maritime.
La ville fut progressivement abandonnée à partir de 1052 environ, date à laquelle la taïfa fut conquise par la taïfa de Séville, et continua de décliner à l'époque chrétienne.
Le , une confrontation navale, la bataille de l'île de Saltés, eut lieu à proximité, durant la troisième guerre de Ferdinand. La flotte de l'amiral castillanFernando Sánchez de Tovar aperçut la flotte portugaise commandée par João Afonso Teles de Menezes au large des côtes de l'Algarve[5]. En infériorité numérique, de Tovar battit en retraite vers Séville. La rapidité de la flotte castillane incita les Portugais à rompre leurs rangs, et plusieurs navires portugais attaquèrent les biens des pêcheurs sur l'île. La retraite de de Tovar n'était qu'une ruse: voyant les navires portugais en désordre, les Castillans attaquèrent en formation serrée, capturant 22 des 23 galères portugaises[6].
Au XXesiècle, pendant la guerre civile espagnole, la faction franquiste installa un camp de concentration permanent pour y détenir les prisonniers républicains. Bien que sa capacité maximale officielle fût inférieure à 2 000 personnes, des témoignages oraux font état d’un nombre de détenus supérieur à 5 000; en effet, en mars 1939, 3 197 prisonniers étaient entassés dans des conditions épouvantables à l’intérieur du camp, qui resta ouvert au moins entre février et septembre 1939[7],[8].
12(en) "The City of Huelva", Andalucia Costa del Sol Magazine (lire en ligne).
↑(en) NGA Sailing Directions-Enroute: 2008 West Coast of Europe and Northwest Africa (11th ed.), National Geospatial-Intelligence Agency, 2009, p. 130 - (ISBN978-1-577-85885-0).
↑Williamson, H. G., Provan, I. W., & Boda, M. J., Let Us Go Up to Zion: Essays in Honor of H.G.M. Williamson on the Occasion of His Sixty-fifth Birthday, Leyde Brill, 2012, p. 364.
↑(es) Terán, Rafael J. "Huelva, cencilla ciudad", Fundación Cruzcampo (lire en ligne) - Consulté 1 novembre 2016.
↑(pt) Pereira, António Rodrigues, História da Marinha Portuguesa, Lisbonne, Escola Naval, 1983.
↑(es) Fernández Duro, Cesáreo, La Marina de Castilla, Madrid, 1995,pp.144–145 - (ISBN978-84-86228-04-0).
↑(es) Hernández de Miguel, Carlos, "Campo de concentración de Isla Saltés", Los campos de concentración de Franco, 2019.
↑(es) Rafael Moreno, "Esclavos de Franco en la Isla de Saltés", Huelva Información (2011-05-01).