Sociologie de l'entreprise
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La sociologie de l'entreprise est une branche de la sociologie qui étudie le milieu de l'entreprise. Cette discipline s’inscrit dans la filiation de la sociologie du travail et de la sociologie des organisations. La sociologie de l’entreprise a émergé entre les années 1980[1] et 1990[2]. Elle prend désormais toute sa place parmi les principales théories sur l'entreprise qui se sont succédé et complétées depuis le début du XXe siècle. Outre l'observation et l'analyse des spécificités de taille, activité, secteur, statut et cycle de vie des différents types d'entreprises, sa particularité est d'appréhender l'entreprise comme un objet en perpétuel changement tant en interne entre dirigeants, managers, travailleurs, syndicats, qu'en externe avec les clients, fournisseurs, financeurs, pouvoirs publics, concurrents[3].
Les fondements de la discipline voient le jour dans les années 1950. Des sociologues comme Georges Friedmann et Jean Daniel Reynaud travaillent alors en lien avec des acteurs du monde du travail concret[4]. Pendant plusieurs décennies l'entreprise fut appréhendée comme le réceptacle des rapports de travail par la sociologie du travail (théorie de la régulation), puis comme une organisation (L'Acteur et le Système), c’est-à-dire comme un système de relations de pouvoir entre acteurs[5].
En 1977 avec « l’Identité au travail », Renaud Sainsaulieu avance une hypothèse «culturelle» du travail. Dans cet ouvrage l’auteur analyse comment il vit l’expérience d’ouvrier d’usine pour éprouver la construction de sa propre identité au travail. Il mobilise ensuite des protocoles d’analyses sociologiques et la psychologiques pour distinguer quatre idéaux types identitaires au travail : le modèle de "négociation", le modèle de "retrait", le modèle "affinitaire" et le modèle "fusionnel". Il démontre ainsi que les organisations sont des lieux d’apprentissage et de définition de soi[6],[7].
Durant les années 1980, l’entreprise apparaissait comme un espace de développement économique, d’innovation organisationnelle et d’expérimentation sociale, et ainsi la sociologie de l’entreprise a bénéficié d’un contexte de rapprochement entre les milieux de la recherche, de la formation, des organisations patronales et syndicales pour faire son entrée sur la scène sociale[5].
En 1986 Renaud Sainsaulieu et Denis Segrestin proposent les fondements d’une théorie de la sociologie de l’entreprise[1]. Au fur et à mesure de ses travaux académiques et de terrain, Renaud Sainsaulieu perfectionnera progressivement son approche méthodologique, tant pour réaliser des diagnostics que pour concevoir des stratégies de changement. Ses travaux irriguent par la suite des formations professionnelles à l’IEP Paris, la revue Sociologies Pratiques et une association (l’Association pour la Sociologie de l'Entreprise - APSE), créés en 2002.[8],[9]
Parallèlement, dans les années 1985/2000, certains sociologues comme Philippe Bernoux cherchent à rendre plus accessibles les concepts et méthodes de la sociologie des organisations et du changement en développant notamment des cas pratiques dans les entreprises de toutes sortes[10].
Dans les années 2000 et 2010 se développera une activité de conseil externe spécialisé, de groupes de pratiques et de constitution de réseaux professionnels[11] qui nourrira de nouveaux travaux de recherche et d’intervention[12].
Finalement, il n’existe pas aujourd’hui de reconnaissance institutionnelle de la sociologie de l’entreprise, ni au plan académique avec des diplômes, ni dans les organisations avec un métier bien identifié. En revanche, les sociologies des entreprises sont bien vivantes, avec de nombreux acteurs praticiens combinant recherche et action, qui utilisent des méthodes variées et souvent hybrides, associant d’autres expertises et/ou disciplines : gestion, autres sciences humaines et sociales[13].