Sommation de Cesàro
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En analyse, la sommation de Cesàro est un procédé de sommation permettant d'assigner une somme à certaines séries divergentes au sens usuel. Si la série est convergente au sens usuel, elle l'est également au sens de Cesàro et sa somme de Cesàro est égale à sa somme « classique ». En revanche, une série divergente peut avoir une somme de Cesàro bien définie.
La sommation de Cesàro porte le nom de l'analyste italien Ernesto Cesàro (1859–1906), à cause de l’utilisation de ce qu'on appelle aujourd’hui le lemme de Cesàro[1]. Le mathématicien allemand Georg Frobenius avait déjà proposé ce procédé en 1878 [2], ainsi qu'Otto Hölder en 1882 [3], et Cesàro l'a généralisé en 1890, comme on le verra ci-dessous.
Définitions
On dit qu'une suite réelle ou complexe converge au sens de Cesàro ou est convergente au sens de Cesàro si la suite des moyennes arithmétiques de ses premiers termes () est convergente.
Le lemme de Cesàro affirme la convergence au sens de Cesàro d'une suite convergente vers sa limite usuelle [4].
La convergence au sens de Cesàro de la série est alors par définition la convergence au sens de Cesàro de la suite des sommes partielles .
La série est donc convergente au sens de Cesàro si possède une limite finie, qui est alors la somme de Cesàro de la série.
D'après le lemme de Cesàro, toute série convergente est convergente au sens de Cesàro, et sa somme de Cesàro est égale à la somme de la série. En revanche, il existe des séries divergentes qui sont néanmoins convergentes au sens de Cesàro.
Exemples
1 − 1 + 1 − 1 ⋯
Soit la suite définie par :
Soit G la série correspondante :
Alors la suite des sommes partielles est
Il est ainsi évident que la série G, également connue comme série de Grandi, n'est pas convergente, car elle alterne entre deux valeurs. En revanche, les termes de la suite (tn) des moyennes de Cesàro de (sn) où sont :
Ici, la suite des moyennes de Cesàro d'indices pairs (t2n) est constante égale à 1/2 et celle des moyennes de Cesàro d'indices impairs (t2n+1) converge vers la même valeur (on a t2n+1 = n2n –1). Ainsi, on a bien
La somme de Cesàro de la série G est 1/2.
1 + 2 + 3 + 4 + ⋯
Soit la suite définie par :
Soit G la série correspondante :
La suite de ses sommes partielles est :
Ce qui en fait une série divergente. Les termes de la suite des moyennes de ses sommes partielles sont :
Ici, cette suite diverge également : G n'est pas convergente au sens de Cesàro. En fait, toute série divergeant vers l'infini est divergente au sens de Cesàro.
On verra cependant dans l'article 1 + 2 + 3 + 4 + ... des méthodes attribuant la valeur à cette somme.
Exemple de série convergente au sens de Cesàro avec un terme général non borné
On définit .
Alors ,
donc ; la suite converge vers 0, donc converge au sens de Cesàro vers 0.
Propriétés
Le procédé de sommation de Cesàro possède trois propriétés attendues pour une sommation de séries divergentes [5]:
- Régularité : Il prolonge la sommation usuelle
- Invariance par translation : la somme attribuée à est égale à plus la somme attribuée à .
- Linéarité
Par contre, le produit de Cauchy de deux séries convergentes au sens de Cesàro ne l'est pas forcément (voir un exemple ci-dessous).
Application aux séries de Fourier
La série de Fourier d"une fonction 2π-périodique localement intégrable sur ℝ converge au sens de Cesàro vers la fonction régularisée de définie par en chaque point où ces limites existent [4].
Ceci constitue une partie du théorème de Fejér.
Sommation de Cesàro itérée

On peut itérer le procédé de sommation de Cesàro, comme l'a proposé Otto Hölder en 1882 [3]. Si, à une certaine étape, on obtient une série convergente, la série est dite convergente au sens de Hölder.
Par exemple, la série alternée des entiers n'est pas convergente au sens de Cesàro, mais convergente au sens de Hölder à l'étape 2, vers [2].
Notons que est le carré de Cauchy de la série , et le résultat précédent découlera des propriétés énoncées au paragraphe suivant.