Style néo-russe

From Wikipedia, the free encyclopedia

Ancien hôtel particulier de Piotr Chtchoukine, devenu musée Timiriazev (Moscou).

Style néo-russe, style russo-byzantin et style pseudo-russe (en russe : псевдорусский стиль, неорусский стиль) sont des noms génériques conventionnels qui désignent une tendance de l'architecture russe du XIXe siècle et du début du XXe siècle à l'éclectisme, fondé à la fois sur l'utilisation des traditions de l'architecture ancienne et de l'art populaire, associés à des éléments de l'architecture byzantine [1],[2].

Ce style russe est né dans le cadre de la résurgence de l'intérêt pour les architectures nationales dans l'ensemble de l'Europe, et représente, en l'espèce, l'interprétation et la stylisation architecturale spécifiquement russe. Avec habileté, le style russe s'est successivement combiné avec d'autres styles depuis le romantisme de la première moitié du XIXe siècle jusqu'au style moderne et à l'Art nouveau

La terminologie qui désigne la direction prise par l'architecture russe durant la seconde moitié du XIXe siècle et au début du XXe siècle et qui est associée à la recherche d'un style national distinct, est encore relativement imprécise et les différents phénomènes existant dans le sens de cette recherche ne sont pas différenciés[3].

Apparue au début du XIXe siècle, la dénomination style russo-byzantin , qui est actuellement souvent raccourcie en « style byzantin », désigne différents types d'architecture nationale, tels que « l'architecture tonesque » (d'après le nom de l'architecte Constantin Thon), qui n'a rien à voir avec des édifices d'architecture byzantine, comme les édifices imitant par leur aspect les architectures du Caucase ou des Balkans[4]. Introduit dans la seconde moitié du XIXe siècle le terme « style russe » rassemblait encore des phénomènes plus différents, depuis de petites cours de banlieue construites dans les années 1830 dans un « style paysan », pour idéaliser la vie paysanne, jusqu'à de massives constructions en bois dans des parcs ou des pavillons d'expositions des années 1870, mais encore de grands bâtiments publics des années 1880[5].

Au début du XXe siècle, l'ensemble des phénomènes apparus dans l'architecture au XIXe siècle et liés à des recherches sur l'identité nationale russe est désigné par les termes style pseudo-russe (terme utilisé par Vladimir Kourbatov (1878-1957)), par opposition au style néo-russe. En même temps que ces termes pseudo-russes, déjà porteurs d'un jugement de valeur, apparaît une autre expression au ton encore plus négatifs mais pour désigner le même phénomène c'est le « style faux-russe »[6],[7],[8].

La question de la genèse du mot style néo-russe (ou encore l'expression nouveau-russe) fait l'objet de controverses. Eugénie Kiritchenko, Andreï Ikonnikov et une série d'autres auteurs considèrent le style néo-russe comme une variante ou une branche nationale-romantique de l'art nouveau [9] [10],[11],[8]. Malgré sa préférence pour la nouveauté, l'Art nouveau incluait dans son approche certains éléments du style russe qui trouvaient leur source dans les années 1880. Le style néo-russe diffère du style russe par son souci d'intégration, d'unité artistique entre la structure du bâtiment et ses composantes. Également par son goût pour les images métaphoriques en parenté spirituelle avec les racines anciennes de la nation. C'est avant tout une architecture symbolique, un signe des temps transformateur des idées. Il donne une tonalité nouvelle à l'utopie esthétique de l'Art nouveau : le renouveau des traditions esthétiques et culturelles de la nation[12].

Selon Dmitri Sarabianov, le style néo-russe existait déjà comme une variante de l'Art nouveau, mais tentait de s'en libérer [13]. Maria Nachtchokina et Elena Borissova considèrent que le style néo-russe et le style moderne (Art nouveau) ne peuvent pas être distingués l'un de l'autre[14],[15]. E. Kiritchenko considère le style néo-russe comme une tendance de l'Art nouveau et le style russe comme une tendance de l'éclectisme [16].

D. Sarabianov, quant à lui, estime que les chercheurs ont raison de séparer le style russe et les styles néo-russes : « En fait la frontière entre ces styles c'est la ligne qui sépare l'éclectisme et le modernisme»[17].

Développement

L'un des premiers courants qui s'est développé dans le style pseudo-russe est celui qui est apparu dans les années 1830 sous l'appellation de style russo-byzantin. Il a reçu un soutien gouvernemental très fort parce que le style russo-byzantin incarnait l'idée de la religion orthodoxe de la continuité entre Byzance et la Russie. L'architecture russo-byzantine est caractérisée par les emprunts d'une série de techniques et de motifs à l'architecture byzantine dont les exemples les plus achevés sont ceux des projets modèles d'églises de Constantin Thon dans les années 1840. C'est lui qui fit élever la cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou, le Grand palais du Kremlin et le palais des Armures à Moscou, mais aussi les églises de Suomenlinna, la cathédrale de l'Ascension d'Ielets, celle de Tomsk, de Rostov-sur-le-Don et de Krasnoïarsk.

Quant au style pseudo-russe il s'est développé sous l'influence du romantisme et du slavophilisme, et est caractéristique des bâtiments utilisant des interprétations de motifs provenant de l'architecture antique. Les exemples sont nombreux parmi les constructions dues à Alexeï Gornostaïev (en). Un autre exemple de cette tendance est celui de l'« Isba Pogodinskaïa » de l'architecte Nikolaï Nikitine (1828).

Évolution à la fin du XIXe et au début du XXe siècle

À la fin du XIXe siècle

Au début des années 1870, les idées populistes russes des Narodnikis réveillent un intérêt croissant dans les cercles artistiques pour la culture populaire, l'architecture paysanne et l'architecture russe des XVIe siècle et XVIIe siècle. Un des bâtiments les plus frappants du style pseudo-russe des années 1870 est le « Terem » d'Ivan Ropet à Abramtsevo près de Moscou (1873) et l'atelier de typographie de Mamontov à Moscou, construit par Viktor Hartmann (1872). Cette tendance a été promue activement par la critique d'art Vladimir Stassov, et s'est propagée dans l'architecture en bois de pavillons et de petites maisons de ville, puis aux édifices monumentaux en pierre.

Au début des années 1880, le style d'Ivan Ropet a remplacé le style officiel pseudo-russe en recopiant presque littéralement les motifs de l'architecture russe du XVIIe siècle. Les bâtiments sont construits le plus souvent en brique ou en pierre blanche et sont décorés dans le style populaire russe traditionnel. Les colonnes de cette architecture sont pansues, les plafonds sont couverts de voûtes étroites, les embrasures des fenêtres sont étroites, des fresques garnissent les murs d'ornements floraux, les carreaux de faïence sont utilisés abondamment. C'est dans ce genre que sont construits les étages des galeries commerciales de l'actuel bâtiment du Goum (1890-1893), par son architecte (Alexandre Pomerantsev (en)), le bâtiment du Musée historique d'État de Moscou (1875—1881, architecte Vladimir Sherwood (en)), l'ensemble de la Place Rouge à Moscou, et le Savvinskoïe Podvorïe de l'architecte Ivan Kouznetsov (ce dernier au début du XXe siècle).

Au début du XXe siècle

Au début du XXe siècle se développe le style néo-russe. Les architectes sont à la recherche de la simplicité de monuments anciens, tels que ceux de Novgorod ou de Pskov et d'autres régions du Nord de la Russie. Les réalisations qui suivent sont parfois empreintes de stylisation dans l'esprit du style romantique national des pays nordiques. À Saint-Pétersbourg, ce style néo-russe trouve à s'appliquer dans les édifices religieux des architectes Vladimir Pokrovski, Stepan Kritchinski, Andreï Aplaxine, Herman Grimm. Mais ils ont construit également dans ce style des maisons d'habitations ou de rapport comme la maison Кoupermane, de l'architecte Alexandre Lichnevski dans la rue Ploutalova.

Un exemple intéressant de style néo-russe (mais avec certains traits modernistes) est l'église de la Sainte-Face de Kliazma, construite en l'honneur des 300 ans de règne de la dynastie Romanov par l'architecte Vassili Motyliov sur des dessins de Sergueï Vachkov (1879—1914), élève de Viktor Vasnetsov en 1913—1916.

Réalisations des architectes

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI