Royaume de Grenade

ancien État (1238-1492) From Wikipedia, the free encyclopedia

Le royaume de Grenade ou sultanat de Grenade était un État musulman médiéval situé dans le sud de la péninsule Ibérique, avec pour capitale la ville de Grenade.

Devise en arabe : ولا غالب إلا الله (Wa lā gāliba illā-llāh, « Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu »)
Faits en bref Devise, Statut ...
Émirat de Grenade
(ar) إمارة غرﻧﺎﻃﺔ

12381492

Drapeau
Étendard des Nasrides durant l'émirat (1238–1492).
Blason
Armoiries de l'émirat de Grenade.
Devise en arabe : ولا غالب إلا الله (Wa lā gāliba illā-llāh, « Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu »)
Description de cette image, également commentée ci-après
L'émirat de Grenade vers 1480.
Informations générales
Statut Émirat-sultanat, monarchie.
Capitale Grenade
Langue(s) Arabe classique
Religion Islam sunnite
Démographie
Population  
• 1238 Env. 1 200 000 habitants.
• 1450 Env. 255 000 habitants.
Superficie
Superficie (1450) 28 600 km2
Histoire et événements
1238 Les Nasrides fondent un émirat à Grenade.
1246 Pacte de Jaén.
1340 Bataille de Tarifa.
14821492 Guerre de Grenade.
Prise de Grenade par les Rois catholiques.
Sultan
(1er) 12381273 Mohammed Ier
(Der) 14871492 Mohammed XII

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Fermer

Le royaume est fondé en 1238 par Mohammed ben Nazar. Bien que son centre de pouvoir est initialement situé à Jaén, le monarque nasride transfère quelques années plus tard sa cour à Grenade, autour de laquelle il organise son nouvel État. Le royaume survie dans cette situation précaire grâce à sa position géographique favorable, tant pour la défense du territoire que pour le maintien du commerce.

Cependant, il perd progressivement du territoire au profit de la Couronne de Castille jusqu'à sa disparition définitive après la guerre de Grenade, qui se déroule entre 1482 et 1492. Le royaume nasride de Grenade était le dernier État musulman de la péninsule Ibérique, l'ancien Al-Andalus. Son dernier sultan fut Mohammed XII (dit Boabdil le Jeune), renversé par les Rois catholiques et contraint de capituler le . Dès lors, il est définitivement intégré à la Couronne de Castille sous le nom de royaume castillan de Grenade.

Histoire

Origine et débuts

À la suite de la défaite des Almohades à la bataille de Las Navas de Tolosa en 1212, la dynastie nasride, d'origine arabe, commence à s'imposer dans le sud-est d'Al-Andalus. Son fondateur, Mohammed ben Nazar, se proclame sultan en 1232. Il fut reconnu comme tel par les oligarchies de Guadix, Baza et Jaén, et annexa plus tard la taïfa de Málaga en 1238, ainsi qu'Almería. En 1234, il se déclare vassal de Cordoue, mais en 1236, Ferdinand III conquiert cette ville, et Mohammed I devient vassal du roi de Castille, ce qui lui permet de conserver son indépendance. En 1238, Mohammed Ier étend ses domaines en conquérant Grenade, mais en 1246, Ferdinand III lui prit Jaén pour consolider ses conquêtes dans la vallée du Guadalquivir, ce qui force Mohammed I à signer le pacte de Jaén, dans lequel il reconnaît le monarque castillan comme seigneur de ce territoire et est obligé de lui payer un tribut pour obtenir la paix pendant vingt ans.

L'expansion de l'émirat de Grenade en 1250

Suite aux conquêtes et au règne de Ferdinand III dans la vallée du Guadalquivir, plusieurs soulèvements mudéjars eurent lieu sous le règne de son fils, Alphonse X le Sage, notamment la révolte mudéjare de 1264 dans le royaume de Séville[1], ainsi que celle des Mudéjars du royaume de Murcie, tous deux récemment intégrés à la Couronne de Castille[2]. Malgré le soutien militaire grenadien, la majeure partie de la population mudéjare de la vallée du Guadalquivir est expulsée après la répression et se réfugie dans le royaume nasride. Une seconde révolte mudéjare d'envergure éclate dans la Couronne d'Aragon (principalement dans le royaume de Valence) en 1276 (et dure jusqu'en 1304), au cours de laquelle la cavalerie grenadine intervient en soutien aux Mudéjars rebelles. À la mort de Ferdinand III en 1252, la Castille est le seul État à partager encore des frontières avec les musulmans, qui avaient été réduits aux massifs pénibétiques et à la côte de Barbate à Águilas, soit un territoire d'environ 30 000 km2. La frontière entre les deux royaumes, connue sous le nom de frontière maure, s'étendait sur plus de 1 000 km.

Une période de prospérité

Le statut de Grenade en tant que territoire tributaire et sa position géographique favorable, avec la Sierra Nevada comme barrière naturelle, ont contribué à la longévité du royaume nasride, permettant à ce petit émirat de prospérer comme plaque tournante du commerce entre l'Europe et le Maghreb. De fait, Grenade est une ville prospère durant la crise du XIVe siècle qui ravage l'Europe. Grenade sert également de refuge aux musulmans fuyant la Reconquista. C'est à Grenade, durant cette période, que se produisit l'un des plus intenses épanouissements culturels de l'islam. Le complexe palatial de l'Alhambra, véritable univers à part entière composé de palais, de jardins, de fontaines et de bassins, en est peut-être le reflet le plus évident.

Malgré sa prospérité économique, les conflits politiques sont constants, et cette faiblesse est exploitée par les chrétiens, qui conquirent progressivement de petits territoires du royaume de Grenade. Cependant, certaines tentatives castillanes se soldent par des échecs retentissants, tels que la bataille de Moclín (1280), le désastre de la Vega de Grenade (1319) et la bataille de Guadix (1362)[3]. En retour, les armées nasrides lancent de nombreux raids sur les territoires chrétiens, avec des résultats mitigés : des défaites comme à Linuesa (1361) et des victoires comme à Algésiras (1369)[4]. Entre 1351 et 1369, les Nasrides profitent de la guerre civile qui fait rage en Castille entre les prétendants au trône, Pierre I et Henri II. Ce conflit, tout en épuisant la Couronne de Castille, accorde au royaume nasride quelques années de paix durant lesquelles il peut maintenir sa stratégie étrangère sans ingérence des Castillans.

Avec l'ouverture de nouvelles routes commerciales directes entre le royaume du Portugal et l'Afrique à partir du XVe siècle, Grenade commence à perdre de son importance stratégique. L'union des couronnes de Castille et d'Aragon en 1469 aggrave sa situation, et elle ne peut résister à l'expansion chrétienne.

Déclin et chute finale

La chute de Loja en 1486 marque le début de l'avancée chrétienne vers Grenade, qui culmine en 1492 avec la prise de la capitale. Après cette période de splendeur, le royaume tombe sous la domination de divers souverains incapables de maintenir leur contrôle sur le territoire. Avec la fin de la guerre civile castillane vers 1480 et l'accession définitive d'Isabelle la Catholique au trône, les conditions nécessaires à la conquête totale de Grenade sont réunies pour la première fois en Castille, conditions favorisées par la crise politique et économique qui secoue le royaume nasride[5]. Les guerres civiles de Grenade sont provoquées par des luttes intestines entre deux factions du pouvoir nasride : les partisans de l'émir Abu al-Hasan Ali et de son frère El Zagal, et les partisans du fils de l'émir, Mohammed XII Boabdil[5]. Ce dernier, capturé par les Castillans, signe une trêve avec Ferdinand confirmant sa vassalité, trêve qui est par la suite complétée par d'autres accords. À partir de 1484, les rois catholiques menèrent une longue et tenace série de sièges dans ce qui devient la guerre de Grenade, utilisant la nouvelle artillerie qui permet la capture progressive des forteresses de Grenade les unes après les autres.

Les troupes des couronnes castillane et aragonaise déferlent sur le royaume isolé, aboutissement du rêve longtemps caressé de la Reconquista. Après la perte de Malaga en 1487 et celle du territoire oriental (la Cora de Bayyana) en 1489, l'État de Grenade se trouve dans une situation désespérée. En 1491, le siège de Grenade est ordonné et la construction de Santa Fe, camp de base d'où les rois catholiques dirigent les opérations de siège. Le temps et l'approche conciliante de Boabdil jouent en faveur de la Castille, et la capitulation de Grenade a lieu le [5]. Ainsi s'achèvent plus de 250 ans d'existence du royaume nasride.

Organisation territoriale

Le royaume de Grenade est divisé en districts territoriaux et administratifs appelés tahas. La frontière entre le royaume de Grenade et les territoires de la Couronne de Castille est connue sous le nom de Banda Morisca, d'où le nom de nombreuses villes d'Andalousie occidentale « de la Frontera », qui signifie « de la frontière [avec Grenade] ». Le royaume nasride souffre également d'un important problème de surpopulation[6]. La capitale nasride, Grenade, devient l'une des villes les plus prospères d'une Europe. Albaicín était un centre commercial et culturel de premier plan, comptant environ 165 000 habitants, et dont subsistent des ensembles urbains majeurs tels que l'Alhambra et le Généralife. Les artisans vivent dans l'Albaicín, tandis que le reste de la population occupait la plaine au sud, où se trouvent d’importantes industries, les douanes et la madrasa (l'Alhambra). De nombreux vestiges subsistent aujourd'hui, comme l'Alcaicería, le Corral del Carbón et le tracé des rues jusqu’à l'ancienne porte de Bibarrambla.

Parmi les autres villes importantes figurent Almería, Malaga, Loja, Guadix et Baza. La région des Alpujarras, bien que dépourvue de grandes villes, était densément peuplée et économiquement vitale pour le royaume.

Politique extérieure

À ses débuts, le royaume de Grenade était un allié de la couronne de Castille, mais dut par la suite devenir un État tributaire pour préserver son indépendance. La monarchie survécut grâce à des concessions faites aux Castillans, à leur besoin de consolider leurs conquêtes et à des pactes avec les Mérinides[7]. Cette situation difficile fut gérée grâce à la diplomatie et à l'habileté politique de certains rois nasrides. Durant une grande partie du XIVe siècle, marquée par une longue histoire d'alliances et de trahisons, de défaites et de conquêtes. En 1305, les Nasrides conquièrent Ceuta, mais en 1309, les Mérinides la reconquièrent avec l'aide des Aragonais. En 1325, après l'assassinat de son père Ismaïl Ier, Mohammed IV monte sur le trône de Grenade. En 1333, il s'empare d'Algésiras et de Gibraltar aux Castillans[7], bien qu'il ne peut profiter de ses succès militaires car il est assassiné la même année à l'âge de 18 ans, et son jeune frère Yusuf Ier lui succède. En 1384, les Nasrides reconquièrent Ceuta, mais trois ans plus tard, ils la perdent à nouveau au profit du royaume de Fès.

La Bataille du Río Salado en 1340 constitue un sérieux revers pour les Nasrides et les Mérinides, ces derniers n'intervenant plus jamais dans la péninsule Ibérique. Les rois nasrides perdent ainsi le soutien militaire de l'Afrique du Nord. Cependant, la défaite de Salado ne représente pas un revers majeur pour Grenade, qui reprend rapidement une politique de paiements et de vassalité envers la Castille. Après la splendeur de ces rois, notamment de Mohammed V, les luttes dynastiques marquent l'histoire du royaume, rendant son existence largement dépendante de la volonté des rois de Castille et de l'équilibre des pouvoirs avec les rois d'Aragon.

Société

La population du royaume de Grenade est composée de Musulmans, de Chrétiens et de Juifs, d'origines ethniques diverses. L'arabe est de loin la langue dominante et les langues romanes n'étaient plus d'usage courant[8].

Le royaume est densément peuplé ; sa population a augmenté notamment grâce à l’arrivée de nombreux réfugiés musulmans en provenance des territoires récemment conquis par les royaumes chrétiens du nord[9]. Cet afflux de réfugiés du nord chrétien se poursuit de manière intermittente jusqu'au XVe siècle[10]. Les estimations de population restent approximatives, mais la population du royaume entier avoisine les 300 000 habitants[9] et celle de Grenade seule, les 50 000[9]. Vers 1314, des envoyés aragonais au concile de Vienne affirment que le royaume compte 200 000 habitants, mais le fondement de cette estimation demeure inconnu[11].

Musulmans

La population musulmane d'Al-Andalus est d'origines diverses, notamment ibériques (connus sous le nom de Muladis), arabes d'origines yéménites, syriennes ou de la péninsule arabique, et berbères d'Afrique du Nord. Au XIIIe siècle, cependant, la population établie s'était largement assimilée à la culture arabe et à une identité andalouse commune[12]. Ibn al-Khatib, dans ses écrits, insiste sur l'« arabité » de la population grenadine, en particulier sur le plan généalogique, affirmant qu'elle est de pure descendance arabe et occultant la présence de lignées non arabes. Il considérait les habitants de Grenade comme un peuple distinct (qawm), uni par la langue, la culture, la religion et la lignée, qu'il opposait aux non-Arabes (ajam)[13]. Cependant, la mentalité de forteresse des musulmans de Grenade a rendu difficile pour les nombreux musulmans qui continuaient de vivre sous domination chrétienne en Castille et en Aragon – appelés Mudéjars en espagnol et par les historiens modernes – de maintenir des liens culturels étroits avec la culture arabe de Grenade. De ce fait, les musulmans sous domination chrétienne se sont culturellement distingués de ceux vivant sous domination nasride durant cette période[14].

Alors que le substrat berbère de la population andalouse traditionnelle avait été largement assimilé au XIIIe siècle, de nouveaux groupes, conservant une identité plus marquée, commencent à arriver d'Afrique du Nord à la fin de ce siècle[15]. Parmi eux, les familles Zanata, sont les plus importantes. Celles-ci comprennent des membres recrutés pour servir dans l'armée nasride. La plupart d'entre eux ont immigré entre 1275 et 1350. Compte tenu de leur rôle militaire, les Nasrides les installent intentionnellement dans des villes stratégiques telles qu'Algésiras, Gibraltar, Ronda et Malaga[15].

Juifs

La seule population non musulmane d'importance dans le royaume est celle des Juifs, généralement concentrés dans certaines villes[16]. Parmi eux se trouvent des familles établies de longue date, présentes depuis des générations, ainsi que des arrivants plus récents venus du nord chrétien. Certains de ces derniers ont fui lors de l'avancée chrétienne du XIIIe siècle, craignant les bouleversements politiques, tandis que d'autres ont fui plus tard lors des persécutions sous le régime chrétien, notamment après les pogroms de 1391[17]. La plus grande communauté se trouve à Grenade, bien que l'on ignore précisément dans quel quartier elle réside. D'autres communautés sont présentes dans tout le royaume, notamment à Guadix et à Malaga[18]. La population juive du royaume est estimée à environ 3 000 personnes. En 1492, on recense 110 foyers juifs à Grenade[19]. Les Juifs sont présents dans de nombreuses professions, comme marchands, interprètes ou traducteurs, et médecins[18].

Les Juifs bénéficient d'un statut protégé (dhimmi) leur conférant des droits légaux quant à leur religion et une certaine autonomie juridique pour leur communauté. Celle-ci est dirigée par un chef, le Nagid, chargé de collecter les impôts et de la représenter auprès des souverains nasrides[19]. Mohammed V semble avoir été particulièrement accueillant envers les Juifs : 300 familles sont retournées avec lui à Grenade lorsqu'il a pillé Jaén en 1367, tandis que vers la fin de son règne, beaucoup d'autres sont arrivés après les persécutions de 1391 dans le nord chrétien[18].

Chrétiens

La population chrétienne mozarabe autochtone d'Al-Andalus avait en grande partie disparu avant la période nasride, sous le poids de l'assimilation, des persécutions et des expulsions imposées par les Almoravides et les Almohades. La population chrétienne au sein du royaume nasride est très réduite et en grande partie transitoire, composée de visiteurs, de marchands, d'exilés politiques et de prisonniers de guerre[16],[20]. Ils ne bénéficient pas du statut protégé de dhimmi dont jouissaient les Juifs et les anciens chrétiens mozarabes, mais se voyaient accorder un sauf-conduit (aman) grâce à des accords spéciaux, souvent temporaires, assortis de conditions variables[21]. Les marchands constituent le groupe le plus important. Originaires d'autres régions de la péninsule Ibérique, mais surtout de Gênes, ils résident dans les grandes villes qui leur permettent d'accéder à la fois à la côte et à l'intérieur du royaume, telles que Malaga, Grenade et Almería[22].

Les prisonniers chrétiens constituent un autre groupe important, et leurs conditions de détention varient selon leur origine sociale : les nobles et les membres de famille royale capturés sont traités avec respect et logés dans des maisons confortables, tandis que les roturiers sont enfermés dans les prisons des grandes villes, notamment dans les cachots de l'Alhambra[23]. Certains de ces captifs sont libérés après leur conversion à l'islam, rejoignant souvent l'armée nasride ou la garde personnelle du sultan. Certains d’entre eux accèdent même à de hautes fonctions à la cour nasride. Les mères de Yusuf I et de Mohammed V sont des femmes chrétiennes capturées[24].

Économie

Dinar or frappé par Mohammed V

L'économie du royaume était principalement agricole. La population rurale est organisée en alquerías traditionnelles (petites communautés agricoles), généralement occupées par des paysans libres propriétaires de leurs terres, qu'ils cultivent surtout pour leur subsistance[25]. Les grands domaines agricoles, appartenant parfois à des membres de la famille nasride ou d'autres membres de la classe dirigeante, se situent généralement en périphérie des centres urbains[26]. L'agriculture est intensive et diversifiée, et nécessite généralement des techniques d'irrigation sophistiquées, impliquant une gestion collective ou communautaire bien organisée, reflétant les traditions déjà bien ancrées en Al-Andalus[27]. L'agriculture sèche est également pratiquée, notamment dans les zones frontalières de l'émirat, où l'élevage est aussi une activité courante[28]. Dans certaines zones côtières, l'agriculture est spécialisée différemment afin de permettre l'exportation commerciale, favorisée par la présence de villes portuaires voisines et de leurs marchands[29].

Avec l'ouverture croissante du détroit de Gibraltar à la navigation commerciale vers la fin du XIIIe siècle, la navigation maritime autour de la péninsule Ibérique devient plus rapide et moins coûteuse, accélérant le développement des réseaux commerciaux entre la Méditerranée (notamment l'Italie et les régions de Catalogne et de Provence) et l'Europe du Nord. Grenade bénéficie de sa situation géographique à proximité du détroit[30].

En partie à cause des importants tributs versés à la Castille, l'économie de Grenade s'est spécialisée dans le commerce de produits de grande valeur. Intégrés au réseau commercial européen, les ports du royaume ont favorisé d'intenses relations commerciales avec les Génois, mais aussi avec les Catalans et, dans une moindre mesure, avec les Vénitiens, les Florentins et les Portugais[31]. Malgré sa petite taille, le royaume, grâce à ses techniques agricoles supérieures et à son climat favorable, produit et exporte vers le reste de l'Europe des biens auparavant disponibles uniquement en Méditerranée orientale, notamment le sucre, la soie et les fruits secs[32][9]. Les produits manufacturés, comme les céramiques de luxe, constituent également une exportation importante[33]. Grenade et ses ports sont aussi des centres commerciaux stratégiques permettant aux marchands européens d'accéder aux marchés nord-africains[30].

Les marchands italiens et d'autres pays européens ont rapidement exploité ces opportunités et établi des relations avec l'émirat[33]. L'économie de Grenade est fortement financée par des banquiers génois qui cherchaient également à contrôler le commerce de l'or acheminé par les routes transsahariennes[34].

Culture

Malgré sa position frontalière, Grenade était également un important centre intellectuel et culturel islamique, notamment sous le règne de Muhammad V, avec des personnalités telles qu'Ibn Khaldoun et Ibn al-Khatib au service de la cour nasride[35]. Ibn Battuta, célèbre voyageur et historien, visite l'émirat de Grenade en 1350. Dans son journal, il qualifie Grenade de « métropole de l'Andalousie et de fleuron de ses villes »[36]. Les sultans nasrides et les membres de leur cour sont de fervents mécènes des lettres, des arts et des sciences, et nombre d'entre eux sont eux-mêmes écrivains ou érudits[37].

Littérature

La poésie est la forme littéraire la plus prisée des élites de Grenade. Elle est rassemblée dans des anthologies et même utilisée comme ornement architectural dans les palais de l'Alhambra[38]. Parmi les autres formes importantes figurent les ouvrages de type « miroirs pour princes », les chroniques historiques (akhbār ou tā'rīkh), les traités sur le soufisme, les récits de voyage (riḥla) et les œuvres en prose rimée relatant des histoires ou des anecdotes (maqāmāt). Nombre de ces genres se chevauchent ; par exemple, l'historiographie pouvait être écrite en prose rimée ou inclure des poèmes[39].

Abou al-Tayyib al-Rundi, considéré par certains de ses contemporains comme le dernier grand écrivain d'Al-Andalus, servit sous les sultans Mohammed Ier et Mohammed II. Il écrit de la poésie et de la prose, notamment des traités pédagogiques destinés au sultan et à sa famille[40]. Ibn al-Khatib est un érudit et poète de la cour nasride au XIVe siècle. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dans divers domaines, et sa poésie est gravée sur les murs du palais de l'Alhambra[41]. Ibn Zamrak, son successeur comme vizir, est également l'un des plus grands poètes de l'histoire de Grenade. Ses poèmes sont également gravés dans de nombreuses parties de l'Alhambra, notamment dans la Cour des Lions[35].

Architecture

L'Alhambra, symbole de l'architecture nasride

L'architecture nasride de Grenade se caractérise par une riche ornementation de surfaces en bois, en stuc et en zellij, ainsi que par l'utilisation de sculptures muqarnas élaborées dans de nombreux édifices. Le plus célèbre héritage architectural des Nasrides est l'Alhambra, un ensemble palatial perché sur une colline et protégé par d'imposantes fortifications. Il abrite certains des palais les plus célèbres et les mieux conservés de l'architecture islamique occidentale, notamment le palais de Comares et la Cour des Lions. Le complexe palatial s'est développé tout au long de cette période, mais les contributions les plus importantes ont généralement été réalisées sous le règne de Yusuf Ier et de Mohammed V au XIVe siècle[42].

Le palais d'été Généralife

Le palais d'été et les jardins connus sous le nom de Généralife sont également créés à proximité.

Parmi les autres édifices et structures remarquables de cette époque figurent la Madrasa al-Yusufiyya (aujourd'hui connue sous le nom de Palacio de la Madraza), le Funduq al-Jadida (aujourd'hui connu sous le nom de Corral del Carbón), l'Alcázar Genil et le Cuarto Real de Santo Domingo à Grenade, ainsi que diverses autres fortifications et monuments plus modestes disséminés sur le territoire de l'ancien émirat[43][44].

Musique

La musique Gharnati est une variété de musique andalouse originaire de Grenade et qui s'est répandue en Afrique du Nord où elle a survécu jusqu'à nos jours.

Science

En raison des migrations (forcées ou volontaires) de populations dans la région, Grenade a pu attirer des érudits de diverses sciences. Les mathématiques, l'astronomie, l'agronomie et la botanique figuraient parmi les matières étudiées par certains, mais le domaine scientifique le plus important à Grenade est la médecine[45].

Mohammed ibn Ahmad al-Riquti al-Mursi, un érudit de Murcie, est invité à Grenade par Mohammed II après la conquête de Murcie par Alphonse X dans les années 1260. Il s'installa dans la campagne environnante, où il fonde une école dispensant principalement un enseignement médical et, dans une moindre mesure, d'autres disciplines. Cette école est indépendante des enseignements dispensés dans les mosquées[46]. Bien que l'école n'a pas subsisté durant toute la période nasride, elle joue un rôle important dans la formation d'autres disciples et contribue à attirer d'autres intellectuels dans le royaume[46].

En 1349, Yusuf Ier fonde la première madrasa de Grenade, la madrasa al-Yusufiyya, qui porte son nom, enseigne des disciplines traditionnelles telles que le droit islamique et la grammaire arabe, mais aussi la médecine, à l'instar de l'école d'al-Riquti. Elle acquiert un prestige considérable et attire des étudiants d'Al-Andalus et d'Afrique du Nord[47].

Émirs de Grenade

Davantage d’informations Portrait, Nom ...
Portrait Nom Début Fin
Mohammed ben Nazar 1238
Mohammed II
Mohammed III
Nasr
Ismaïl Ier 1325
Mohammed IV 1325
Yusuf Ier
Mohammed V
Ismaïl II
Mohammed VI
Mohammed V
Yusuf II 1392
Mohammed VII 1392
Yusuf III 1408 1417
Mohammed VIII 1417 1419
Mohammed IX 1419 1427
Mohammed VIII 1427 1429
Mohammed IX 1429 1431
Yusuf IV 1431 1432
Mohammed IX 1432 1445
Mohammed X 1445 1445
Yusuf V 1445 1446
Mohammed X 1445 1445
Mohammed IX 1445 1454
Sad 1454 1462
Yusuf V 1462 1462
Sad 1462 1464
Abu al-Hasan 1464 1482
Boabdil 1482 1485
Mohammed XIII 1485 1486
Boabdil 1486 1492
Fermer

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI