Synagogue de Schlüchtern (1898-1938)
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La synagogue de Schlüchtern, située à l'intersection de la Grabenstraße et de la Weitzelstraße et inaugurée en 1898, a été vandalisée pendant la nuit de Cristal en . Restaurée après la guerre, elle est devenue, en l'absence d'une nouvelle communauté juive, le centre culturel de la ville de Schlüchtern.
Schlüchtern est une ville allemande située dans le land de la Hesse et l'arrondissement de Main-Kinzig. À 70 km au nord-est de Francfort-sur-le-Main, elle compte actuellement un peu plus de 16 000 habitants.
La communauté au Moyen Âge
Une importante communauté juive existe déjà à Schlüchtern au Moyen Âge. Les Juifs se sont installés peut-être dans la ville dès le début du XIIIe siècle. En 1235, les 34 Juifs de Fulda, ville située à environ 30 km au nord de Schlüchtern, accusés de meurtre rituel et assassinés par la population chrétienne la veille de Noël, sont enterrés dans l'ancien cimetière juif de Schlüchtern. Au XIVe siècle, plusieurs familles juives fuient Fulda vers Schlüchtern, où elles sont accueillies. Certaines d’entre elles étaient originaires de France ou d’Espagne et du Portugal. Le célèbre ménestrel juif Süßkind von Trimberg protégé par Albert von Trimberg, patron du monastère de Schlüchtern et juge de la ville vient à plusieurs reprises à Schlüchtern, où, selon le Memorbuch (livre de la mémoire) de Schlüchtern (créé en 1694), il est mort et a été enterré dans l'ancien cimetière juif.
Au Moyen Âge, les Juifs vivent également dans la ville voisine de Steinau an der Straße située à 6 km au sud-ouest de Schlüchtern. La zone d'habitation des Juifs se situe dans le secteur du Steinweg. La communauté est anéantie lors de la persécution des Juifs pendant la peste noire en 1349. Par la suite, il n’y a plus de communauté juive dans la région. Seuls quelques survivants reviennent vivre dans la région, principalement à partir de 1496 en s'installant dans le désert de Ratzerod, en bordure de Schlüchtern, où on retrouve la mention d'une école juive, ainsi que d'une petite source ayant servi comme mikvé (bain rituel). Mais la majorité émigre en Pologne. Deux familles séfarades s'installent à Schlüchtern.
Du XVIIIe siècle à l'avènement du nazisme
Au XVIIIe siècle, le nombre de Juifs à Schlüchtern va évoluer de 13 familles en 1707 à 33 familles en 1787. Au XIXe siècle, la population juive va croitre rapidement dans la première moitié du siècle avant de ralentir vers la fin du siècle et atteindre 395 personnes en 1905, soit 13,2 % de la population totale de la ville de 2 998 habitants. La communauté juive de Schlüchtern intègre également les quelques Juifs vivant à Elm, hameau situé à 3 km (16 personnes en 1835, 2 en 1861 et 4 personnes en 1905).
La communauté strictement orthodoxe possède les installations suivantes: une synagogue; une école juive (école religieuse, parfois école primaire située à côté de la synagogue); un mikvé (bain rituel) situé dans le bâtiment de l'école; ainsi qu'un puis deux cimetières. Un enseignant est employé pour s'occuper des tâches religieuses de la communauté. Il travaille également comme officiant et comme shochet (abatteur rituel). Parmi les enseignants connus : More Schwarzschild de 1867 jusqu'à 1918; Hes en 1921; A. Berlinger de 1924 à 1928 , avant d'être transféré à l'école primaire juive de Munich au printemps 1929; Kohn jusqu'en 1930; puis Ludwig Seckbach.
Au XIXe siècle, Schlüchtern est le siège du rabbinat. Michel Abraham Gabriel est rabbin jusqu'en 1836 et le Dr. Moses Schwarzschild de 1836 à 1874. Son fils More Schwarzschild sera l'enseignant de la communauté pendant plus de 50 ans. La revue Der Israelit confirme que la communauté est orthodoxe et n'a pas encore été séduite par la Néologie (judaïsme réformé) à l'instar de nombreuses communautés juives en Allemagne:
« La communauté synagogale locale…compte environ 44 à 46 membres, pour la plupart fortunés, parmi lesquels la Néologie n'a pas encore gagné de terrain. Les magasins sont fermés le jour du sabbat, les sièges de la synagogue sont entièrement occupés et la vie est généralement juive… Deux associations veillent à ce que les visites de malades, les soins infirmiers et les inhumations mortuaires soient dûment pris en compte. La communauté possède une synagogue, un cimetière, des bains publics et des associations caritatives, mais pas d'école[1]… »
Pendant la Première guerre mondiale, la communauté perd au front 10 de ses membres.
Vers 1924, alors que la communauté juive compte environ 400 personnes, les dirigeants sont Jakob Hirsch Rothschild, président depuis 1903 et David Goldschmidt. Le professeur Berlinger occupe le poste d'enseignant de religion et Wolf Brünn celui de hazzan (chantre) et professeur d'école. 52 enfants sont scolarisés à l'école religieuse. Pour l'année scolaire 1931-1932, il n'y a plus que 36 enfants. La communauté possède plusieurs associations caritatives comme: la Vereinigte Alte und Junge Brüderschaft (Fraternité unie des anciens et des jeunes), dirigée en 1932 par Leo Sichel, et dont le but est de soutenir les nécessiteux et les malades. En 1932, elle compte 70 membres; la Frauenverein e.V. (Association des femmes), dirigée en 1932 par Lea Rothschild, qui aide les personnes dans le besoin; la Gemeinde-Armenkasse (Fonds communautaire pour les pauvres) fondée en 1910 pour venir en aide aux pauvres migrants, présidée en1932 par Meier Wolf et forte de 60 membres; la Mendelssohn-Verein dont le président est Hugo Wolf Brünn.
La communauté dépend du rabbinat de district de Hanau. En 1932, les chefs de la communauté sont : Meier Wolf (1er président), Lion Goldschmidt (2e président) et Leo Rothschild (3e président). Ludwig Seckbach est désormais employé comme enseignant et Wolf Brünn continue à occuper le poste de hazzan.
La communauté sous le Troisième Reich
En 1933, environ 400 Juifs vivent dans la ville. Au cours des années suivantes, de nombreux membres de la communauté juive déménagent vers des grandes villes allemandes ou émigrent en raison de la privation croissante de leurs droits et des représailles. Rien qu'au cours de l'été 1933, 91 personnes quittent Schlüchtern. Sur les 50 personnes environ qui ont pu émigrer, 30 sont partis aux États-Unis, 9 en Angleterre, 6 en Palestine et d'autres aux Pays-Bas et en Afrique du Sud.
Lors de la nuit de Cristal en , de graves émeutes éclatent dans la ville : la synagogue est profanée et pillées, et les objets rituels incendiés. Le vieux cimetière juif est lui aussi profané. La majorité des hommes de la communauté juive sont déportés pendant plusieurs semaines au camp de concentration de Buchenwald. Fin 1939, on ne compte plus à Schlüchtern que 29 résidents juifs. En 1942 il y en a encore 26 qui sont déportés au camp de concentration de Theresienstadt.
Le mémorial de Yad Vashem[2] de Jérusalem et le Gedenkbuch - Opfer der Verfolgung der Juden unter der nationalsozialistischen Gewaltherrschaft in Deutschland 1933-1945[3] (Livre commémoratif – Victimes des persécutions des Juifs sous la dictature nazie en Allemagne 1933-1945) répertorient 107 habitants nés, ou ayant vécu longtemps à Schlüchtern parmi les victimes juives du nazisme. Une plaque commémorative dans l'ancienne synagogue de la Grabenstrasse commémore les Juifs de Schlüchtern décédés pendant la Shoah.
En 1945, seuls Alexander Kohn, né en 1893 et son épouse Paula, née en 1897 retournent à Schlüchtern dans leur ancien appartement au 34 Obertorstrasse. Ce sont les seuls rapatriés juifs dans tout l'arrondissement de Schlüchtern qui comptait avant 1933 onze communautés juives avec environ 900 membres[4],[5]
Évolution de la population juive
| Population juive à Schlüchtern | |||||||
| Date | Population de Schlüchtern | Nombre de Juifs | Pourcentage de Juifs | ||||
| 1707 | - | 13 familles | - | ||||
| 1753 | - | 90 | - | ||||
| 1761 | - | 17 familles | - | ||||
| 1776 | - | 105 | - | ||||
| 1787 | - | 33 familles | - | ||||
| 1811 | - | 41 familles | - | ||||
| 1827 | 1 878 | 287 | 15,3 % | ||||
| 1835 | 2 114 | 298 | 14,1 % | ||||
| 1861 | 2 172 | 274 | 12,6 % | ||||
| 1871 | 2 371 | 277 | 11,7 % | ||||
| 1880 | - | 362 | ~14 % | ||||
| 1885 | 2 635 | 372 | 14,1 % | ||||
| 1895 | 2 745 | 375 | 13,7 % | ||||
| 1905 | 2 998 | 395 | 13,2 % | ||||
| 1933 | - | ~400 | - | ||||
| fin 1938 | - | 29 | - | ||||
| 1942 | - | 26 | - | ||||
| 1945 | - | 2 | - | ||||
