Technique IBM à boule
mécanisme d'un modèle de machine à écrire
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La technique IBM à boule est une invention des années 60, dans le domaine de la machine à écrire.
Une boule comportant tous les caractères tourne et vient frapper le papier.
Elle a remplacé le chariot qui se déplaçait devant une barre à caractères.
Technologie nouvelle dans la machine à écrire


La technologie de la machine à écrire à boule, inventée par IBM (Image A), est mise sur le marché dans les années 1960. Elle se caractérise par l'usage d'une boule pouvant imprimer tous les caractères d'une langue donnée (Image B). Ce système permet de changer de boule, et donc la police d'écriture, par exemple passer d'une police de caractère traditionnelle, comme Courier, à une police plus manuscrite comme Script.

Cette invention a révolutionné les machines à écrire utilisant des barres à caractères (Image C). Leur police d'écriture était figée et définie lors de l'achat de la machine. Avec la technique IBM, le chariot ne se déplaçait plus de gauche à droite, l'impression se faisait sous le capot de la machine, silencieuse. Ces nouvelles machines à écrire ont changé l'esthétique.
Un marketing élaboré et des vendeurs compétents ont fait la réussite de cette machine à écrire à boule.
Petite histoire d'inspiration

Le principe de la boule sur une machine à écrire, aurait été inspiré par l'antique machine à écrire Mignon[1]. Sur l'image D qui montre une machine à écrire Mignon, les caractères à sélectionner étaient affichés sur un tableau des caractères ; le système d'impression se faisait au moyen d'un cylindre qui portait tous les caractères sur son pourtour ; comme dans la future machine à écrire à boule, les capitales sont d'un côté et les minuscules de l'autre.
Quelques évolutions en images
Ci-dessous, quelques image montrent l'évolution des processus d'écriture. Avant la première machine à barres à caractères, des essais d'autres types de mécanique n'ont pas abouti.
Aujourd'hui, les machines à écrire ne sont plus beaucoup utilisées ; tout se fait sur les ordinateurs, avec des programmes de traitement de texte.
- (Ev.1) Antique machine à écrire Corona, à barres à caractères.
- (Ev.2) Machine à écrire IBM, électrique, à barres à caractères.
- (Ev.3) La machine à écrire IBM, à boule.
- (Ev.4) Machine à écrire électronique, IBM à marguerite.
- (Ev.5) Système de traitement de texte.
- (Ev.6) Ordinateur ou PC (Personal Computer)
Dernière étape mécanique
La machine à écrire à boule était uniquement mécanique, sauf le moteur d'entraînement électrique (comme le montre l'Image E, de la machine sans sa carrosserie).
Les systèmes d'écriture de la génération suivante ont été remplacés par l'électronique : dans un premier temps, par des machines à écrire électroniques à impression à marguerite, ensuite par des systèmes de traitement de texte. Ils étaient au départ à marguerite, remplacés ensuite par les imprimantes Laser ou Jet d'encre.
Technique
Rotation de la boule pour écrire
Pour tourner et frapper le bon caractère, cette boule doit recevoir des informations ; elle s'oriente alors vers les divers caractères à écrire qui sont sur les 360° de sa circonférence et sur les quatre hauteurs de ses lignes de caractères.
Code binaire pour la sélection des caractères
Comme pour les ordinateurs, cette machine à boule ne pouvaient recevoir que deux informations : par « Oui » ou par « Non » ; c'est ce que l'on nomme un code binaire, composé de 0 ou de 1.
Toutes les informations de nos ordinateurs et celles nécessaires à la position de la boule en rotation (rotate) ou en hauteur (tilt), sont données par une combinaison de « 0 » et de « 1 ».
Le tableau ci-dessous donne un exemple de ce que pourrait être un codage d'une combinaison de ce code binaire composé de « oui » ou de « non » pour amener à une sélection de caractères à écrire (cet exemple n'est pas forcément celui de la boule).
| 0000 Donnerait : a | 0001 Donnerait : b | 0010 Donnerait : c | 0011 Donnerait : d | 0100 Donnerait : f | 0101 Donnerait : g |
| 0111 Donnerait : h | 1000 Donnerait : i | 1001 Donnerait : j | 1010 Donnerait : k | 1011 Donnerait : l | etc. Donnerait : ... |
Les différents claviers de par le monde

Différentes sortes de clavier existent dans le monde : le clavier Français (Azerty), assez différent de la plupart des autres ; l'anglophone, le Qwerty (Image F: exemple du clavier Qwerty), le Suisse français et Suisse allemand (Qwertz), le Turc , etc..
Pour tous les claviers du monde, les boules sont les mêmes, les caractères sont placés au même endroit alors que sur le clavier, les caractères peuvent être placés différemment. La machine va trouver le caractère correspondant sur la boule par les différents codages des interposes (voir ci-dessous), en relation avec ce processus binaire.
Des touches du clavier à la sélection des caractères
Quand une touche du clavier est pressée, elle active, sous chaque touche, une barre verticale appelée interpose (interposer) (Image/schéma 3).
Cette interpose est codée différemment suivant le positionnement que la machine devra activer : elle oriente la boule en circonférence ou en hauteur vers le caractère correspondant.
Le codage de ces interposes est fait au moyen de taquets présents (ou pas présents) au-dessous de l'interpose: il va presser (ou pas) une des six barres transversales horizontales placées au-dessous, que l'on voit sous les Images 1 et 2.
L'information d'activation (ou non) de cette barre transversale (crosswise bars) va être transmise à six tringles de connexion (link) (cinq sont visiblessur l'image 2).
- (Image 1) Vue générale de dessous, sans la carrosserie.
- (Image 2) Interposer, sélecteurs et connecteurs du clavier.
- (Image/schéma 3) Intermédiaires de codage selon les touches du clavier.
- (Image 4) Loquets qui activent les connexions du balancier.
- (Image 5) Balancier et arbre à cames.
- (Image 6) Balancier ou whiffletree.
Ces six links aboutissent chacun à un loquet (latch) (Image 4). Suivant que les loquets sont activés (ou pas), ils vont plus ou moins tirer sur un balancier nommé whiffletree, visible dans l'image 5 et 6 :
- 2 de ces tringles et loquets donnent la position en hauteur (tilt) : quatre possibilités du code binaire pour quatre rangées sur la boule ;
- 4 de ces tringles et loquets donnent la position sur la circonférence de la boule (rotate), qui a vingt-deux positions sur sa circonférence (onze du côté des minuscules et onze de celui des majuscules).
Pour passer de minuscule en majuscule, un autre mécanisme génère la rotation de la boule.
Le balancier ou whiffletree et les bras de développement tilt et rotate
L'image 7 montre un schéma de ce balancier ou whiffletree. L'image 8 explique l'action de ce balancier dans le positionnement tilt, donc pour les quatre possibilités de hauteur de la boule.
- (Image 7) (schéma) Le balancier ou whiffletree (film).
- (Image 8/ dessin) Dessin explicatif du balancier intermédiaire entre clavier et la boule.
- (Image 9) Balancier rapproché ou whiffletree.
- (Image 10) Bras articulés tilt et rotate en gros plan (à gauche de la machine).
- (Image 11) Arbre d'entraînement et d'impression, embrayages.
- (Image 12) Mécanisme de la majuscule en gros plan (à droite de la machine).
Ce balancier (whiffletree) est donc composé de deux parties, activées par deux jeux de tringles ou link en langage IBM. Le code binaire à deux possibilités de « oui » ou de « non », ou de « tiré » ou « pas tiré » se retrouve ici. Suivant que les loquets (latch) sont activés (ou pas), ils vont se placer (ou pas) sous le balancier. Ces latch activés (ou pas), par l'effet d'une came tournante, (Image 5), vont tirer la connexion résultante de ce balancier, qui va tirer sur un bras articulé (image 10). Ce bras articulé, terminé par une poulie, va tirer sur un câble métallique (tape) pour activer la rotation de la boule et la positionner face au caractère à frapper. Ces tapes sont visibles dans l'image 5.
Du balancier à la tête d'impression
Ce balancier, suivant le codage qu'il reçoit, tirera (plus ou moins) sur une tringle de connexion. La tringle pour la rotation est visible dans l'image 4, avec ses trois écrous et contre-écrous de réglage. Sur l'image 6, celle qui est plate en noir se devine, elle active le mécanisme de hauteur. Ces deux mécanismes vont chacun activer en étirement un bras articulé (arm). Un bras détermine la hauteur (tilt arm) et un autre, la sélection sur la circonférence de la boule (rotate arm). Ces deux bras articulés avec leurs poulies se trouvent sur la gauche de la machine, dans l'image 10. Ils vont (plus ou moins) tirer les câbles mentionnés tapes. Ces câbles sont raccordés au mécanisme de la boule, dans le chariot d'impression, à laquelle ils donnent le mouvement nécessaire pour positionner le bon caractère à imprimer (l'image 11 montre les tapes).
Les majuscules et le positionnement du souligné sur la boule
Les majuscules sont d'un côté de la boule et les minuscules de l'autre. En appuyant sur la touche majuscule, un embrayage actionne une came située sur le côté droit de la machine (image 12). Celle-ci fait s'étirer un troisième bras articulé (shift arm), qui va appliquer une tension supplémentaire sur le câble tape rotate, et fait pivoter la boule de 180° supplémentaires.
Une autre particularité technique est le souligné (ex. : _______). Il doit être parfaitement rectiligne. Cette recherche d'un trait le plus beau possible est un réglage courant d'entretien régulier de la machine par le technicien du service après-vente. Pour un meilleur résultat, la solution trouvée par les concepteurs de la machine a été de mettre ce caractère du souligné [_] à la position de base de la boule, le plus proche du papier. La boule va frapper ce caractère, sans devoir être activée en hauteur (tilt) ou en rotation (rotate).
Cette boule une fois verrouillée dans sa position de frappe, l'impact de frappe est envoyé, et le chariot transporteur avance d'un espace pour frapper le caractère suivant.
Le chariot - ruban - verrouillage de la boule et déplacement
Verrouillage de la boule
Pour que l'écriture se fasse proprement, il faut que la boule soit verrouillée, dès que le bon caractère est placé face au papier. Sur l'image 15, un gros plan montre le support de la boule (ring). Au centre de l'image 14, le chariot d'impression montre au centre ce support. Sur son côté gauche du support de la tête, face à nous, une petite crémaillère avec quatre dents est visible (surtout les deux premières). Devant ces dents, un petit axe articulé terminé par un ressort se devine. Ce petit axe va se fixer dans la cavité entre les dents de la crémaillère, ce qui fait le verrouillage vertical. Sous les dents du support, un axe arrondi articulé de couleur noir est visible. Le bout à gauche de cet axe (le bout se devine dans un peu de poussière blanche de papier), va se fixer dans une des encoches, entre les dents de la boule (image 16 : boule avec ses dents). Ce mécanisme verrouille la tête d'impression dans son emplacement en rotation.
- (Image 13) Sans carrosserie, chariot d'impression à droite.
- (Image 14) Mécanisme de la tête d'impression (boule).
- (Image 15) Support de la boule.
- (Image 16) Boule : on voit les dents de verrouillage rotate.
- (Image 17) Embrayage à ressort et entraînement du chariot d'impression.
- (Image 18) Balancier ou whiffletree avec la barre de loquets des tabulateurs.
- (Image 19) Deux cam Spacebar et Backspace.
- (Image 20) Sans carrosserie en vertical.
- (Image 21) Bras articulés tilt et rotate et engrenages, à gauche (derrière le cache).
Chariot et ruban
Ce chariot support de la boule d'écriture se déplace à l'intérieur de la machine. Son déplacement, caractère par caractère, dans le sens de l'écriture ou en arrière (Backspace, par exemple pour la correction), est déjà présent dans les machines à écrire à barres de caractères. L'image 13 montre le chariot d'écriture avec son support de la boule, qui se trouve à droite dans la machine. Les deux éléments ronds en plastique blanc dentelés sur les bords, sont les éléments d'entraînement du ruban encreur du modèle IBM 72. Le modèle 82 présente un nouveau mécanisme, adapté aux nouvelles cassettes rubans carbone et au processus du ruban correcteur automatique.
Chariot d'impression ⇒ son déplacement latéral
L'image 17 donne une vue de l'axe d'entraînement du chariot de support de la boule. La poulie dentée en plastique blanc entraîne une des cordes qui tirent le chariot. Une deuxième poulie est cachée à l'arrière, à peine visible sur l'image 14, dessous à l'arrière du chariot. Cet axe porte, au milieu, un embrayage à ressort (spring-clutchs) de couleur légèrement orange et un peu plus sur la gauche autre de couleur gris. Si ces embrayages sont activés, ils entraînent les roues crantées grise, qui font avancer le chariot dans un sens ou dans l'autre.
Pour avancer avec la fonction de Retour à la ligne (qui va à gauche du papier) ou pour avancer jusqu'au prochain tabulateur (avance contre la droite), ces embrayages sont activés ou pas, suivant s'ils sont serrés ou pas sur l'axe de transmission par un sabot. Sur la droite de l'embrayage gris (image 17), sur son arrière, apparaît un sabot plastique blanc. S'il est activé, il s'appuie sur l'embrayage, le serre, le rend solidaire de l'axe, et, de ce fait, actionne la roue dentée grise, qui fera tourner la poulie blanche dans un sens. L'embrayage rouge la fera tourner dans l'autre sens.
Cette image 17 montre à droite une came ronde métallique. L'image 19 expose ces deux cames dans leur ensemble. Elles interviennent pour le déplacement caractère par caractère du chariot, que ce soit lors de la frappe ou en espaces [Barre d'espace ou Spacebar] ou en [Espace arrière ou Backspace] ou lors de la correction.
La touche morte (^) et la force de frappe
La « touche morte » est celle qui permet de frapper le circonflexe (ex. : ^). Cette touche se frappe en premier, le chariot de la machine n'avance pas (d'où son nom : « la touche morte »). Elle attend que soit frappé le caractère suivant, qui ira sous le circonflexe (ex. : tête).
Réglage de la force de frappe
À droite, l'image 15 montre un petit bouton rouge ; il sert à régler la force de frappe sur le papier.
Les tabulateurs
L'image 18 montre, dans le fond de la machine, la barre transversale avec des taquets tous les cinq millimètres environ. Ce sont les taquets de tabulateurs. Sur cette barre, le 7e taquet depuis la gauche est enclenché : c'est l'emplacement d'un tabulateur.
L'image 20 expose une autre vue latérale de l'intérieur de la machine.
Service technique
Réparation et entretien des machines
Pour contrôler et affiner les réglages, la mécanique des diverses fonctions doit être activée lentement. L'image 22 montre la mollette que le technicien a fixée sur la droite de l'arbre de transmission principal, afin de pouvoir faire tourner manuellement et lentement le mécanisme.
Pour réparer cette machine, des petits outils sont nécessairs : une clé à fourche, des clés Allen[2], une pince brucelles, un crochet à ressort, une pince à circlips, des pinces etc. L'image 23 contient quelques-uns de ces outils spéciaux pour la petite mécanique.
Les pas ou format des vis, vis imbus et écrous sont au format américain, nommé SAE ou système Sellers. Ces outils, vis, pièces de rechange et informations techniques n'étaient pas disponibles dans le commerce ; les clients étaient obligés de recourir aux services de la société IBM pour l'entretien et les réparations.
Service après-vente, réparation et entretien
La société IBM proposait un contrat de service technique tout inclus. Ce service comprenait les réparations, les pièces de rechange, les déplacements et un ou deux services d'entretien par année. Selon le type de bris ou de casse, la société décidait si elle honorait ou non le contrat en changeant gratuitement la pièce.
Par exemple : si une dent de la boule était usée, cela provenait généralement d'un déréglage du mécanisme et la boule était changée gratuitement. Par contre, si une dent était cassée, cela provenait généralement de l'utilisateur. Un caractère cassé ou abîmé provenait généralement du fait que l'on avait mis du papier avec une agrafe métallique dans la machine et que la machine avait frappé (écrit) sur cette agrafe et endommagé un caractère de la boule. Ces deux derniers cas étaient considérés au cas par cas pour décider si le remplacement de la boule était gratuit ou à la charge du client.
La société IBM accordait une grande importance à son temps d'intervention. Elle avait mis en place un système de communication entre les techniciens et la base ; la rapidité d'intervention dépassait nettement la concurrence. Ces communications passaient au début par des contacts téléphoniques réguliers entre le technicien et la secrétaire-téléphoniste responsable. Par la suite, chaque technicien fut équipé d'une petite radio.
Chaque technicien avait dans sa valise un jeu de pièces de rechange, le plus couramment utilisées. Si une pièce manquait et qu'il la fallait dans l'urgence, un responsable de la société pouvait l'amener chez le client ou la faire livrer par un taxi. Si la pièce n'était pas en stock à l'agence régionale, elle était commandée en express au stock central du pays et disponible chez le client en quelques heures.
Nomenclature IBM
Les informations et termes techniques étaient surtout basés sur les termes en anglais. La documentation en anglais comprenait environ 300 mots de cette langue, que le technicien devait apprendre. Les pièces étaient nommées en anglais ; le personnel parlait de « tilt », « rotate », « clutch », « tape », « spring », etc., sans forcément en connaître le nom français.
Quelques mots de cette nomenclature de la machine IBM à boule, en anglais avec un essai de traduction :
- « keyboard » : clavier ;
- « backspace » : espacement arrière ;
- « spacebar » : barre d'espace ;
- « carriage return » : retour chariot ;
- « shift » : majuscule ;
- « tilt » : élévation en hauteur (littéralement : inclinaison) ;
- « rotate » : rotation dans le sens circonférentiel ;
- « tape » : câble métallique plat ;
- « typewriter » : machine à écrire ;
- « shaft » : arbre de transmission ;
- « arm » : bras articulé ;
- « latch » : loquet ;
- « ring » : support de tête ;
- « interpose » : éléments de codage mécanique sous chaque touche clavier ;
- « crosswise bars » : barres transversales (sous interposer) ;
- « link » : tringles de connexion ;
- « clutch » : embrayage ;
- « spring » : ressort ;
- « spring clutch » : embrayage à ressort sur un axe.
