Trajectoire de la tempête de la Chandeleur de 1976.
Le , une dépression coupée était stationnaire au-dessus du désert du sud-ouest des États-Unis. Une zone de basse pression s'est formée le dimanche au matin près de Mobile (Alabama), et s'est déplacée vers le nord-est en direction des Carolines au cours de la journée. Pendant ce temps, un système de type Clipper albertain, situé dans la branche nord de la circulation d'ouest, a pris naissance sous forme d'onde frontale dans la province canadienne du Manitoba. Il s'est déplacé vers l'est-sud-est à travers le Canada à partir du [1].
Les deux dépressions ont fusionné le le long de la côte de la Caroline du Nord, du Mid-Atlantic et le nord-est des États-Unis[1], formant une importante tempête au-dessus de la Nouvelle-Angleterre avant de remonter vers le nord et passer à travers le Québec jusqu'au détroit de Davis. En se déplaçant vers le nord-nord-est, la tempête s'est intensifiée rapidement, provoquant de très forts vents du sud le long des côtes du centre et de l'est du Maine et l'est du Canada. Ces vents violents une accumulation d'eau de mer le long des côtes[2].
Les vents soutenus maximums ont atteint 164km/h dans les zones côtières (équivalent à une catégorie ouragan de force 2 sur l'échelle de Saffir-Simpson), avec des rafales à 188km/h. Le , ce cyclone extratropical a été absorbé par un autre système dans les iles arctiques du nord du Canada.
Conséquences
États-Unis
Maine
Caribou, dans le Maine, a enregistré l'une de ses pressions les plus basses jamais relevées, tandis qu'une grande partie de la Nouvelle-Angleterre enregistrait ses valeurs les plus basses pour le mois de février[3] avec une valeur de 957,3hPa[4]. Des rafales de 60nœuds(111km/h) ont été enregistrés à Rockland et de 100nœuds(185km/h) à Southwest Harbor. Des conditions de blizzard ont également sévi pendant quelques heures.
La tempête a causé d'importants dégâts dans de nombreuses régions. De nombreux arbres ont été déracinés, alors que beaucoup d'autres ont péri après que d'importantes quantités d'eau de mer ont été projetées à l'intérieur des terres.
Des inondations côtières ont été observées de Brunswick à Eastport. L'onde de tempête a remonté le fleuve Penobscot, inondant Bangor, pendant trois heures aux alentours de midi[5]. À 11h15, les eaux ont commencé à monter et, en 15 minutes, elles avaient atteint une hauteur totale de 3,7 m au centre-ville. Environ 200 voitures ont été submergées et des employés de bureau sont restés bloqués jusqu'à la décrue[2]. Aucun décès n'a été signalé lors de cette crue soudaine inhabituelle[2].
Massachusetts, New York et Vermont
Boston, dans le Massachusetts, a enregistré sa pression atmosphérique la plus basse jamais mesurée en février, avec une valeur de 964hPa[6]. Le flux cyclonique et l'air froid autour de l'arrière de ce système ont entraîné d'importantes chutes de neige dues à l'effet de lac dans les régions sous le vent des Grands Lacs[7]. Burlington au Vermont a établi à l'époque un record d'accumulations de neige journalière pour le avec 6,5pouces(17cm)[8].
Carolines
Le journal Robesonian de Lumberton, en Caroline du Nord, a rapporté la noyade d'un jeune homme de 20 ans dans le lac Waccamaw. Une personne a été hospitalisée après le renversement de sa caravane à Chadbourn, et un bateau de 11,6 mètres s'est échoué sur la plage de Wrightsville à cause des vents [1],[9].
Canada
Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse et le sud du Nouveau-Brunswick ont subi des inondations côtières atteignant 1,6 m causant d'importants dégâts aux quais, aux bâtiments côtiers et aux navires. Les lignes électriques et de communication ont également été mises hors service. L'amplitude des marées le long de la côte a été amplifiée par la convergence de cycles de marée mensuels anormaux, synodaux et tropicaux atteignant simultanément leur pic (phénomène connu sous le nom de Saros), un événement qui se produit environ tous les 18 ans. Les dégâts ont été estimés à plusieurs dizaines de millions de dollars[10]. Les conséquences de cette tempête ont été aggravées par une vague de froid intense le lendemain[10].
Nouveau-Brunswick
Des dégâts importants ont été constatés dans le sud du Nouveau-Brunswick, notamment à Saint- Jean. Des vents de 188km/h y ont été enregistrés[11]. De nombreuses maisons de la ville ont été endommagées par la chute de cheminées, des morceaux de toits ont disparu des centres commerciaux et deux navires d'Irving Oil ont été projetés sur une chaussée du centre-ville. Les toits de plusieurs bâtiments importants ont été arrachés, notamment celui de l'hôtel de ville de Moncton et du poste de police de l'ouest de Saint Jean. Des poteaux électriques et téléphoniques ont été brisés des deux côtés de la baie de Fundy[10].
Au large, des vagues de 12 m et une houle de 10 m et ont été signalées[11]. Le phare désaffecté de Grand Harbour, situé à Fish Fluke Point sur l'île de Grand Manan, a subi d'importants dégâts[12]. Les îles de Campobello et de Deer se trouvaient directement sur la trajectoire de la tempête. De par leur petite taille, les embruns marins, transportés jusqu'à 10 km à l'intérieur des terres, n'ont épargné aucune zone. Véhicules, bâtiments et végétation étaient recouverts d'une épaisse couche de sel sur l'ensemble de ces îlots. Parmi les autres dégâts, on compte l'effondrement d'une grange à Darlings Island qui a tué 26 têtes de bétail, et la destruction de deux ponts couverts à Cambridge Narrows pendant la tempête[10].
Un homme de 30 ans originaire de Saint John est décédé après avoir été emporté par les eaux alors qu'il tentait de sécuriser une cabane de pêche sur la rivière Kennebecasis à Rothesay[10].
Nouvelle-Écosse
Le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse subissait en dix-huit heures des centaines de milliers de dollars de dégâts. Les coupures d'électricité ont fait ensuite endurer plusieurs jours glaciaux à des familles sans source de chauffage. Au centre-ville de Weymouth et de Westport(en), de nombreux bâtiments anciens furent détruits ou gravement endommagés. L'industrie de la pêche a subi des pertes de revenus importantes en raison de la destruction de ses bâtiments et de ses bateaux[13].
Les dégâts étaient aussi considérables aux quais et embarcations de pêche de Yarmouth selon le journal local. Les maisons mobiles ont également subi des dommages importants. La tempête a emporté des routes, déraciné des arbres et privé de nombreuses personnes d'électricité pendant plusieurs jours[14].
Aucun décès n'a été signalé en Nouvelle-Écosse mais l'impact de la tempête sur l'industrie de la pêche du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, dû au matériel endommagé et manque à gagner, était estimée à environ 20 millions de dollars, une somme considérable en 1976[14].
Québec
La tempête a balayé la province de Québec, provoquant de nombreuses pannes d'électricité par un froid vif et des vents allant jusqu'à 60milles par heure(97km/h). Des câbles du téléphone ont également été brisés. Les précipitations ont débuté en pluie sur l'Estrie mais le refroidissement rapide a transformé les routes en véritables patinoires, puis le tout s'est transformé en neige et poudrerie, bloquant plusieurs chemins et rendant la plupart des routes impraticables. La visibilité était à peu près nulle sur les routes, les commerces et les écoles étaient fermés. Montréal a connu sa pire tempête de la saison 1975-76 avec 6pouces(15cm) de neige et poudrerie, la température atteignant −20°C. Les avions ont été cloués au sol aux aéroports de Dorval et Mirabel par le blizzard[15].
Dans le centre et l’est du Québec, entre 10 et 16h le , la température est passée de 0 à −24°C, pour un refroidissement éolien de -41. La pression atmosphérique est descendu à 965hPa à Québec avec des rafales violentes et il est tombé 12 cm de neige. La visibilité était nulle durant quatre heures, forçant la fermeture de nombreuses routes encombrées de voitures enlisées[16].
↑«Lake Waccamaw linked to Sunday winds», The Robesonian, vol.CVI, no309, , p.1 (lire en ligne, consulté le ).
12345(en) Nick Moore, «‘This storm spared no one’: Monday marks 50 years since Groundhog Day Gale hit the Maritimes», CTV News, (lire en ligne, consulté le ).
↑(en) «Groundhog Day Storm», Admiral Digby Museum, Council of Nova Scotia Archives, (consulté le ).
12(en) Eric Bourque, «50 YEARS LATER: Remembering the ‘vicious' Groundhog Day storm that battered southwestern N.S.», The Tri-County Vanguard, (lire en ligne, consulté le ).
↑Royal Roy, «L'Estrie glacée par la tempête», La Tribune, vol.66, no294, , p.1 (lire en ligne, consulté le ).