Temples des millions d'années des Ramsès
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Les temples des millions d'années des Ramsès sont trois temples inachevés, commandités par Ramsès IV et, pour l'un d'eux, poursuivi par ses deux successeurs Ramsès V et Ramsès VI. Ils sont situés pour deux d'entre eux au sud-est de Dra Abou el-Naga et à l'est d'El-Assasif, dans la région de Thèbes-Ouest[1] et pour le troisième à Nag Kôm Lolah, au nord de Médinet Habou[2].
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Situation
Deux des temples sont situés en bordure des terres fertiles, en contre-bas de Deir el-Bahari, au pied des chaussées construites par Montouhotep II, Hatchepsout et Thoutmôsis III, au sud-est de Dra Abou el-Naga et à l'est d'El-Assasif[1]. Le troisième temple des millions d'années que Ramsès IV commandite est situé à Nag Kôm Lolah, au nord de Médinet Habou[2].
Historique des recherches
Temple nord de Dra Abou el-Naga

Les premières fouilles ont été effectuées au début en 1911 par Howard Carter, qui y découvre un dépôt de fondation au nom de Ramsès IV constitué de petites plaques de faïences et d'objets en jaspe rouge et en feldspath vert[4],[5]. D'autres recherches y ont lieu par la suite, dont celles de Spiegelberg[1].
Temple sud de Dra Abou el-Naga
En 1911, le Metropolitan Museum of Art de New York entreprend les premières fouilles dans la partie orientale d'El-Assasif. Sous la direction d'Herbert Eustis Winlock, des fouilles partielles sont menées. Initialement, un bloc de granit appartenant à la façade du pylône est découvert sur la chaussée du temple funéraire de Montouhotep II, et attribué par erreur à un temple de la vallée de la XIe dynastie. Cependant, la découverte d'un bas-relief voisin de Ramsès II contredit cette datation initiale, et des fondations soigneusement construites sont également mises au jour, détruisant la chaussée du temple funéraire de Montouhotep II et celle du temple funéraire de Thoutmôsis III. Winlock établit un premier plan de la partie orientale, dont la reconstruction fut basée sur une comparaison avec le temple des millions d'années de Ramsès III à Médinet Habou[6].
De 1934 à 1935, des fouilles sont menées sous la direction d'Ambrose Lansing, qui met au jour sept dépôts de fondation datant de l'époque de Ramsès IV. Jusqu'alors, le temple était daté à tort des règnes relativement longs de Ramsès IX et Ramsès XI. De 1969 à 1971, de nouvelles fouilles menées par Manfred Bietak et l'Université de Vienne permettent de mieux comprendre la taille du temple, sa construction et de nombreux détails architecturaux. On a notamment découvert des fondations élaborées, uniques pour cette période[7],[8].
Une autre dépôt de fondation a été découvert en 1971 à l'angle nord-ouest des fondations du temple. Il contenait des crânes et des pattes avant de taureau en faïence, semblables à des maquettes, des poteries (amphores à vin, pots à bière, assiettes et petits bols), ainsi que des miches de pain aplaties, du charbon de bois, des boutons d'encens et des grains de céréales. Des palettes en faïence et en bronze ayant appartenu à Ramsès IV ont été trouvées parmi les poteries[9]. Des colliers de perles avec des pendentifs en faïence ayant appartenu à Ramsès IV et des bagues en faïence étaient également dispersés dans la fosse[10].
Temple de Nag Kôm Lolah
Ce temple n'a jamais été fouillé. Seuls des éléments d'un dépôt de fondation, composé de plaques de métal et de faïence, ont été découverts et se trouvent aujourd'hui au musée du Caire[11].
Architecture

Temple nord de Dra Abou el-Naga
Structure
Le temple est situé à l'entrée de la chaussée menant au temple funéraire d'Hatchepsout, plus précisément à vingt-huit mètres au sud du mur d'enceinte du temple de la vallée. De la structure, seulement quelque onze dalles de calcaire de colonnes en deux rangées, portant des cercles ciselés marquant l'emplacement des colonnes, sont mises au jour. La présence de mortier de chaux à l'intérieur des cercles marquant la base des colonnes prouve qu'au moins la partie inférieure des tambours de colonnes s'y trouvait autrefois[13],[5]. Le dépôt de fondation au nom de Ramsès IV a été découvert un peu au nord-est de la colonne la plus orientale de la rangée nord[13].
Inscriptions de construction
Les premier et second noms de Nesout-bity du roi, respectivement Ousermaâtrê-Sétepamon et Héqamaâtrê-Sétepamon — le changement ayant eu lieu en l'an 2 du règne —, sont présents dans les dépôts de fondation et les inscriptions des blocs, indiquant que le travail sur ce temple commença au tout début du règne et continua a minima jusqu'à l'an 2. Il est cependant probable que le travail s'arrêta rapidement après le début des travaux[5].
Temple sud de Dra Abou el-Naga
Structure
Le complexe du temple débute par un grand pylône d'entrée au sud-est. Il est suivi d'une cour à colonnades, à laquelle est rattachée une cour cérémonielle dotée d'une double colonnade, semblable à ce qu'on rencontre au Ramesséum. Selon Winlock, il est possible qu'une simple colonnade ait existé sur la façade intérieure du pylône.
Une caractéristique distinctive est l'imposante fondation, qui n'a pas été construite directement sur le socle rocheux stable, mais dans un bassin au pied des chaussées. Ce bassin mesure 240 × 60 mètres – ce qui correspond également aux dimensions globales du temple – et était rempli de sable pur. Sa profondeur diminue vers l'est, le côté ouest étant deux fois plus profond. La construction a dû tenir compte de la pente continue des chaussées, ce qui a également entraîné une surélévation artificielle de l'extrémité orientale avec le pylône. Outre la base étagée du bassin sous les sanctuaires occidentaux, d'une profondeur d'environ une coudée et trois à quatre largeurs de main, on observe également un élargissement latéral de trois coudées de chaque côté. Ces fondations profondes pourraient aussi avoir été motivées par des raisons rituelles, le sable garantissant ainsi la pureté rituelle du terrain. Le sanctuaire occidental aurait donc été construit sur un sol doublement pur[14].
Inscriptions de construction
Sept inscriptions hiératiques, disposées chronologiquement, ont été découvertes au niveau inférieur des fondations du sanctuaire, le long de l'axe nord-sud. Ces inscriptions documentaient l'avancement des travaux, mais servaient également de repères et de guide pour les mesures. Les inscriptions étaient structurées de manière sensiblement identique :
« Les cinq jours épagomènes, anniversaire de Nephtys, (une coudée) trois empans, sa maison, les tailleurs de pierre d’Ousermaâtrênakht[10]. »
Ces inscriptions montrent que les travaux se sont poursuivis même les jours fériés. De plus, des pierres inscrites avec des cartouches de Ramsès V et de Ramsès VI ont été découvertes, ce qui signifie que le temple a été usurpé d'abord par son fils puis, une seconde fois, par son frère[10],[15].
Origine des blocs
Le complexe du temple a été principalement construit à l’aide de blocs pris dans d'autres constructions. La plupart de ces blocs (à l’exception des fondations et du dallage du temple) étaient en calcaire. Certains représentent des scènes sacrificielles de Ramsès II en bas-relief et d’autres, plus usés, datent de la XVIIIe dynastie. Selon Bietak, les blocs attribués à Ramsès II provenaient des dépendances du Ramesséum, situé au sud-ouest du site, mais appartenaient à l’origine au temple des millions d'années de Thoutmôsis III et au temple de la vallée du temple funéraire d'Hatchepsout. Cependant, certains blocs sont aussi des vestiges directs du temple de la vallée d'Hatchepsout, du temple d'Amenhotep Ier à Dra Abou el-Naga, du temple des millions d'années d'Amenhotep II, de la chaussée du temple funéraire de Montouhotep II et celle du temple funéraire de Thoutmôsis III. De plus, des pierres inscrites avec des cartouches de Ramsès V et de Ramsès VI, surtout des éléments de colonnes pour ce dernier, ont été découvertes[10].
Temple de Nag Kôm Lolah
Ce temple n'ayant pas été fouillé, rien n'est connu de sa structure, si ce n'est qu'il semble plus petit que des temples prévus initialement au nord. Cependant, lors de l'élargissement du temple funéraire d'Amenhotep fils de Hapou voisin pendant la XXIe dynastie, le temple de Ramsès IV a dû être complètement détruit[16].
Chronologie des trois temples mortuaires
Le temple nord de Dra Abou el-Naga porte des inscriptions avec le premier nom de Nesout-bity de Ramsès IV, Ousermaâtrê-Sétepamon, et des inscriptions portant le second nom de Nesout-bity, Héqamaâtrê-Sétepamon ; le temple sud de Dra Abou el-Naga et le temple de Nag Kôm Lolah ne sont quant à eux inscrits qu'avec le second nom de Nesout-bity. Ainsi, il peut-être déduit que le roi Ramsès IV commença le temple nord de Dra Abou el-Naga pendant sa première année de règne avant de l'abandonner pendant sa deuxième année de règne, après le changement de nom de Nesout-bity. Il commença alors le temple sud Dra Abou el-Naga, mais, peut-être par manque de ressources, il l'abandonna. Il commença alors un troisième et dernier temple à Nag Kôm Lolah, beaucoup plus petit que les précédents, qu'il n'eut pas le temps d'achever[17]. À sa mort, ses deux successeurs, son fils Ramsès V puis son frère Ramsès VI, s'approprièrent le temple sud de Dra Abou el-Naga mais eux non plus ne le finirent pas[11]. Une autre hypothèse est, qu'après l'abandon du temple nord de Dra Abou el-Naga, il commença celui de Nag Kôm Lolah avant de l'abandonner lui aussi rapidement, et commença alors son dernier projet en revenant dans la zone du premier projet. Ramsès V aurait alors repris un chantier qui ne s'était jamais arrêté.
