Cycle de Terremer

Cycle de romans et de nouvelles de fantasy d'Ursula K. Le Guin From Wikipedia, the free encyclopedia

Le Cycle de Terremer (titre original : Earthsea) est un cycle littéraire de fantasy, composé de romans et de nouvelles écrits par Ursula K. Le Guin. Il raconte des histoires se déroulant sur Terremer, un monde constitué de nombreuses îles, où la magie est couramment utilisée et où chaque chose, matérielle ou immatérielle, possède un nom courant ainsi qu'un nom dit « véritable » qui permet de révéler l'essence de ce qu'il désigne et d'en prendre le pouvoir. Les histoires du cycle de Terremer mettent en scène des personnages étroitement liés à la magie qui cherchent leur place dans un monde où le merveilleux décline petit à petit, rattrapé par les erreurs et les conflits des humains, à cause de leur crainte de leur finitude et de leur condition mortelle.

Faits en bref Auteur, Pays ...
Cycle de Terremer
Image illustrative de l’article Cycle de Terremer
Ursula K. Le Guin, l'auteure du cycle, en 2009.

Auteur Ursula K. Le Guin
Pays Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Fantasy
Version originale
Langue Anglais américain
Titre Earthsea
Éditeur Parnassus Press
Lieu de parution Berkeley
Date de parution 19642018
Type de média Print (hardcover and paperback), audiobook
Illustrateur Charles Vess
Version française
Traducteur Philippe R. Hupp
Françoise Maillet
Isabelle Delord-Philippe
Patrick Dusoulier
Jean Bailhache
Pierre-Paul Durastanti
Sébastien Guillot
Éditeur OPTA
Robert Laffont
Hachette Livre
Collection Aventures fantastiques
Ailleurs et Demain
Le Livre de Poche
Lieu de parution Paris
Date de parution 19772018
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Les premières nouvelles isolées et les trois premiers romans ont été publiés entre 1964 et 1972, pour répondre au départ à une commande d'un éditeur de romans pour adolescents, sur la base de l'idée d'imaginer la jeunesse d'un mage archétypal, inspiré de Merlin et de Gandalf, mais dans un univers radicalement différent de celui des récits classiques d'heroic fantasy. En effet, les affrontements guerriers entre des incarnations du Bien et du Mal y sont remplacés par une recherche de la nature de l'identité interne de chacun, inspirée de la recherche d'équilibre entre le yin et le yang de la philosophie taoïste, que Le Guin a étudiée pendant plusieurs décennies ; de plus, Le Guin a pour objectif déclaré de saper les poncifs racistes en choisissant un protagoniste, Ged, qui a la peau sombre, tout comme la plupart des personnages secondaires importants, à l'opposé des normes auxquelles les lecteurs de ce genre littéraire étaient coutumiers. À partir de Tehanu, publié dix-huit ans plus tard, en 1990, on observe une nette évolution, beaucoup plus féministe, avec des récits centrés sur des personnages plus souvent féminins et âgés, qui questionnent les inégalités de genre dans la société.

Le monde de Terremer

Paysage maritime de l'Oregon, où vécut Ursula K. Le Guin.

Terremer est un monde maritime composé de centaines d'îles, entourées d'un océan. L'île la plus grande, Havnor, d'un diamètre d'environ 610 km, a une taille comparable à la Grande-Bretagne. Les civilisations de Terremer n'ont pas d'équivalent direct dans notre monde, mais sont à un niveau pré-industriel, connaissant l'usage de l'écriture. Le niveau technologique des sociétés de Terremer correspond à l'âge du fer, le bronze étant utilisé dans les régions pauvres en fer. Les armes sont fabriquées en bois et en métaux. Le climat est globalement tempéré, comparable aux latitudes moyennes de l'hémisphère nord terrestre.

Chants et mythologie

Les chants jouent un rôle important dans la culture de Terremer. Ils sont chantés lors de festivités, ou pour écourter le temps lors d'un voyage en mer. Leur apprentissage fait partie de l'enseignement de Roke. Voici quelques-uns des chants mentionnés dans les récits :

  • La Création d'Éa, l'un des chants les plus anciens.
  • La Geste de Ged, qui conte la vie de cet intrépide voyageur, Seigneur des Dragons et Archimage.
  • La Geste des Seigneurs des Dragons.
  • La Geste d'Erreth-Akbe, un long chant qui conte le périple de ce héros à travers tout l'Archipel et les Marches. Il est chanté lors de la fête de la Longue Danse.
  • La Geste d'Enlade, conte millénaire dans lequel le mage Morred le Blanc s'éprend de la belle Princesse Elfarranne. Le chant se termine par la mort de Morred, la ruine d'Enlade, et l'engloutissement de l'île de Soléa sous les eaux.
  • La Geste du Jeune Roi, chanté à la Fête du Retour du Soleil.

Résumé

Page de garde du Sorcier de Terremer en édition originale.

L'histoire se déroule sur Terremer, qui doit son nom au fait que ce monde est constitué d'un ensemble d'îles plus ou moins grandes. C'est un monde dont l'avancement technologique est inspiré de celui de l'âge du bronze (européen et non européen), mais où la magie est largement présente et se fonde sur la connaissance du « vrai nom » des personnes et des choses. Lorsqu'un adolescent est détecté comme ayant des prédispositions pour la magie, il est envoyé à l'école de magie de Roke, où son apprentissage consiste entre autres à apprendre les « vrais noms ». Les sorciers ainsi formés ont ensuite, dans la société, des rôles d'assistance à la navigation (ils peuvent influer sur les vents, les courants), de guérisseurs... Certains peuples utilisent cette magie mais de manière moins formalisée, plus sauvage, souvent de manière rituelle.

Ce cycle comporte six volumes (soit cinq romans et un recueil de nouvelles), ainsi que quatre nouvelles isolées. Il est centré sur les vies de 5 personnages principaux Ged, l'Épervier, le jeune chevrier devenu Archimage de Roke, Tenar, la prêtresse barbare qui a choisi la liberté, Lebannen, le prince qui a traversé la Contrée Aride et a restauré la royauté, Tehanu et Irien, les deux filles-dragons.

Davantage d’informations Chronologie, Titre ...
Chronologie[1] Titre Date de sortie Note
01Le Mot de déliement1964Nouvelle isolée
02Le Trouvier2001Recueil "Contes de Terremer"
03Rosenoire et Diamant2001Recueil "Contes de Terremer"
04La Règle des noms1964Nouvelle isolée
05Les Os de la terre2001Recueil "Contes de Terremer"
06Le Sorcier de Terremer1968Roman
07Les Tombeaux d'Atuan1971Roman
08 La Fille d'Odren2016Nouvelle isolée
09Dans le grand marais2001Recueil "Contes de Terremer"
10L'Ultime Rivage1972Roman
11Tehanu1990Roman
12Libellule2001Recueil "Contes de Terremer"
13Le Vent d'ailleurs2001Roman
14 Au coin du feu2018Nouvelle isolée
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Nouvelles isolées

Ursula K. Le Guin a commencé le cycle de Terremer en 1964, quatre ans avant Le Sorcier de Terremer, par deux nouvelles : Le Mot de déliement et La Règle des noms. La première nouvelle a été publiée en français dans la revue Bifrost no 78 des éditions Le Bélial', la seconde dans Le livre d'or de la science-fiction : Ursula K. Le Guin des éditions Pocket (la nouvelle a ensuite été réédité dans le même ouvrage sous le titre Étoiles des profondeurs).

Ursula K. Le Guin a achevé le cycle par deux nouvelles rédigées peu avant sa mort : La Fille D'Odren et Au coin du feu. Ces nouvelles ont été publiées pour la première fois en français dans Terremer, intégrale en 2018.

Le Mot de déliement

La Règle des noms

M. Taupin est l'unique sorcier de l'île de Sattins. C'est un enchanteur assez médiocre mais paisible et discret, ce qui explique pourquoi il est apprécié par les Sattinois. Un jour, un bateau arrive sur l'île, le mage Barbenoire en est le capitaine. Il raconte qu'il est le descendant direct des seigneurs de Pendor, une île riche qui a été attaquée 100 ans plus tôt par un dragon. Celui-ci a chassé toute la population puis est resté cloîtré dans la salle du trésor, ne sortant que deux fois par an pour se nourrir de jeunes filles vierges. La Ligue est venue chasser le dragon pour récupérer le trésor, mais le dragon s'est enfui avec celui-ci puis a été vaincu par un puissant sorcier qui s'en est emparé. Barbenoire pense que M. Taupin est le sorcier qui a vaincu le dragon. Le mage vient donc défier Taupin, s'estimant le propriétaire légitime du trésor de Pendor. Lorsque de leur affrontement, M. Taupin prend la forme d'un dragon, révélant que c'était lui qui avait conquis Pendor et s'était caché sur Sattins en prenant la forme d'un homme. Le dragon tue Barbenoire. Son secret ayant été révélé, M. Taupin garde sa forme de dragon et va se nourrir de jouvencelles.

La Fille d'Odren

Au coin du feu

Le Sorcier de Terremer

Ged est un chevrier qui vit avec son père sur l'île de Gont. Durant son enfance, la sorcière de son village lui enseigne des rudiments du Noble Art. Il apprend en particulier des mots pour attirer à lui les chèvres du troupeau, des faucons, des aigles et même des éperviers. C'est d'ailleurs pour cela qu'il sera surnommé l’Épervier (Sparrowhawk). Un jour, son village est attaqué par une armée de pillards. Ged parvient alors à protéger le village en faisant apparaître un épais brouillard.

Ogion, un puissant sorcier qui vit sur Gont, accepte de prendre le jeune Ged comme élève. Mais jugeant que son apprentissage n'est pas suffisamment rapide, Ged obtint de son maître d'être envoyé à Roke, l'école de sorcellerie de Terremer. Le jeune homme y devient alors un puissant sorcier. Mais, trop sûr de lui, il se laisse défier par un autre élève. Il libère alors une Ombre qui cherche à le tuer.

Après sa formation, Ged est devenu Mage et parcourt le monde. Mais l'Ombre le traque : pire, elle possède une arme car elle connaît le nom secret de Ged. Celui-ci commence par fuir l'Ombre, puis sur le conseil d'Ogion décide de la traquer pour la combattre. En poursuivant dans la haute mer l'Ombre, a qui il a donné naissance sans le vouloir, celle-ci s'enfuit jusqu'à ce qu'il la retrouve et qu'il l'appelle de son nom secret : Ged. Alors en la prenant en lui et en l'absorbant, il peut enfin la vaincre afin qu'elle disparaisse définitivement.

Les Tombeaux d'Atuan

Tenar est la réincarnation d'Arha dite la Dévorée des Innommables. En cette qualité, elle est la plus haute prêtresse du temple des Innommables et la Gardienne de leurs tombeaux sur l'île d'Atuan. Elle doit veiller à ce qu'aucun pillard ne s'infiltre dans le labyrinthe dans lequel se trouvent de nombreux trésors.

Un jour, un sorcier est retrouvé dans celui-ci. La sorcellerie est considérée comme le mal absolu sur Atuan, la jeune prêtresse entreprend de châtier avec cruauté l'impudent. Pourtant, attirée par cet étrange personnage, elle apprend à le connaitre et à le comprendre. Pressentant une trahison, la grande prêtresse du temple du Dieu-Roi espionne la jeune femme, découvre la vérité et cherche à faire sacrifier le sorcier.

Arha questionne le sorcier qui lui dit qu'il s'appelle Épervier. Elle lui donne un peu d'eau et de nourriture en voulant l'enfermer dans le labyrinthe pour qu'il meure lentement. Elle lui prend la moitié de l'anneau d'Erreth-Akbe qu'il portait sur lui et il lui révèle qu'il est venu chercher la seconde moitié de l'anneau dans la salle du trésor. Bien que prisonnier, Ged devine la détresse de sa jeune geôlière, et un jour, il lui révèle son vrai nom, Tenar, et il lui dit qu'il s'appelle Ged. Elle le conduit ensuite et l'enferme dans la salle du trésor du labyrinthe qui échappe au contrôle de la prêtresse du Dieu-Roi et où il découvre la seconde moitié de l'anneau. Tenar accepte que Ged lui donne l'anneau de paix qu’il a reconstitué et qu’elle le porte en bracelet. Ged la libère de son statut de Dévorée, mais la colère des Ténèbres des Innommables menace de les détruire. Ils parviennent à sortir du labyrinthe puis du temple des Innommables et des tombeaux d'Atuan qui s'écroulent et disparaissent dans un tremblement de terre provoqué par les Innommables. Ged et Tenar ramène enfin l'anneau réunifié dans le palais des rois, sur Havnor.

L'Ultime Rivage

Ged est devenu l'Archimage, le chef de l'école de sorcellerie de Roke, ce qui fait de lui le plus puissant sorcier de Terremer. Arren, qui est le fils du Prince d'Enlade, est venu à Roke pour leur rapporter que les sorciers de son royaume ont oublié les mots de la langue ancienne qui servent de vecteur à la sorcellerie. Il vient s'enquerrir d'un remède à ce mal, du fait que la magie est utilisée pour protéger les troupeaux et les champs et aussi pour assurer l’Équilibre de l'archipel des îles de Terremer. Accompagné d'Aren, Ged décide alors de partir à la recherche de l'origine du mal.

Ils découvrent progressivement qu'une véritable épidémie détruisant la magie ainsi que la connaissance des noms vrais des êtres s'étend progressivement dans les îles du Nord-Ouest, dans les Marches du Sud puis dans les Marches de l'Ouest. Dans la Passe des Dragons les dragons qui ont oublié leur antique sagesse ancienne se battent entre eux. Ged et Aren parviennent ensuite dans l'île de Selidor à l'extrême Ouest. C'est la patrie du dragon Orm Embar. un puissant sorcier du Nord qui s'appelait Cygne s'y est installé, en quête de pouvoir et d'immortalité. Ce sorcier qui a appliqué et modifié d'antiques sorts d'immortalité de La Geste de l'île de Palme, a réussi à devenir immortel et il est à l'origine du mal. Le dragon Orm Embar l'écrase et détruit son corps physique mais il en est tué aussi.

L'esprit de Cygne est toujours vivant et repart au-delà du muret qui sépare les vivants des morts, dans les Ténèbres de la Contrée Aride et de la Rivière sèche jusqu'au gouffre qui aspire les vrais noms et détruit toute magie. Ged qui l'a suivi avec Arren tente de réunir et d'assembler les roches autour de la Rivière Sèche pour fermer la porte noire de l'abîme des ténèbres qui s'ouvre sur le vide. Arren dont le nom vrai est Lebannen, finit par tuer de son épée l'esprit encore vivant de Cygne. Ged prononce Redeviens un tout ! et il trace en lignes de feu sur la porte du rocher deux runes qui ferment les routes et qu'on dessine sur les couvercles des cercueils. La porte est enfin fermée mais Ged est très affaibli car il a perdu tous ses pouvoirs. Il est aidé et porté par Lebannen pour sortir du pays des morts car ils ne peuvent revenir en arrière. Ils doivent traverser les montagnes de Douleur jusqu'à la falaise. Ils retrouvent alors leur corps physique sur Selidor et peuvent se coucher sur la plage. Un immense dragon qui n'est autre que Kalessin l'Ancien vient s'allonger près d'Arren. Ged qui reparle la langue ancienne l'interroge. Le vieux dragon de fonte leur dit dans sa langue Monte et tous deux grimpent sur son encolure. Le dragon les ramène alors sur le Tertre de l'île de Roke. Ayant accompli une antique prophétie, Arren devient Lebannen, le Roi de Toutes les Îles, en Havnor au centre de l'archipel où, selon l'histoire de La Geste de Ged, il est couronné par l'Archimage. Ged revient enfin dans les forêts de son pays natal, l'île de Gont.

Tehanu

Contes de Terremer

C'est un recueil de nouvelles diverses ; Libellule, en particulier, a un rôle de transition entre Tehanu et Le Vent d'ailleurs.

Toutes ces histoires réinterprètent l’univers de Terremer : dans la trilogie originelle, la société de Terremer et la pratique de la magie sont dominées par les hommes. Les femmes peuvent au mieux y être des sorcières, ce qui constitue le rang le plus bas et le plus méprisé du monde magique, comme l’exprime le proverbe de Terremer : « Faible comme la magie des femmes, malfaisante comme la magie des femmes ». Ces récits tentent de rétablir l’équilibre en mettant en scène des femmes fortes et affirmées qui, de diverses manières, remettent en cause la domination masculine, et en racontant notamment comment l'école de Roke a été fondée par des femmes qui en ont ensuite été exclues, ou encore comment Ogion, le tuteur et mentor bien-aimé de Ged, a appris la magie auprès d'un maître qui l'avait lui-même apprise d'une magicienne « non autorisée ».

  • « Le Trouvier » raconte la fondation de l'école des mages sur l'île de Roke.
  • « Rosenoire et Diamant » raconte la relation amoureuse entre la fille d’une sorcière et le fils d’un riche marchand de Havnor. Le récit est introduit par le poème « Chanson de marins de l’ouest d’Havnor ».
  • « Les Os de la terre » raconte comment Ogion le Silencieux aide son maître sorcier à faire face à un tremblement de terre qui menace Gont.
  • « Dans le Grand Marais » raconte l'histoire d'un mystérieux guérisseur qui arrive dans un village isolé de l’île peu fréquentée de Semel, où une épidémie ravage le bétail.
  • « Libellule » est une postface au roman Tehanu qui raconte l'histoire d'une femme vivant dans le domaine en proie à des troubles d’Iria, sur l’île de Way, et qui se rend compte qu’elle possède une sorte de pouvoir, plus puissant que celui d’une sorcière.

Le livre comprend en outre une préface et, à la fin, une « Description de Terremer » : un texte de référence présentant les peuples, les langues, l'histoire et la magie de Terremer.

Le Vent d'ailleurs

Le livre achève le cycle et marque la réconciliation du peuple khargue, du peuple hardique et des dragons.

Le sorcier Aulne fait depuis quelques mois des cauchemars car il veut toujours retrouver Lyse son épouse sorcière comme lui dont il est inséparable et qui est morte. Il est appelé dans le royaume des morts, son épouse est derrière le muret qui sépare les vivants des morts et elle l'appelle par amour. Elle l'embrasse et lui prend la main en allant à sa rencontre au-dessus du muret mais il est brûlé dans son cauchemar et se réveille de nuit en criant. Ne pouvant plus dormir, le jeune homme se rend à Roke où il lui est conseillé de rendre visite à l'Archimage Épervier qui s'est retiré sur l'île de Gont. Le jeune homme y retrouve le vieillard qui lui conseille de dormir avec un être vivant et il lui donne un chaton qui dort avec lui. Ce contact lui permet de ne pas faire ses terribles cauchemars. Il lui demande de partir pour Havnor pour voir le roi Lebannen, ainsi que son épouse Tenar et sa fille Tehanu qui y sont en visite.

En Havnor, les problèmes se cumulent pour le roi Lebannen du royaume hardique. En effet, à l'est le roi des Kargues souhaite que Lebannen épouse une de ses filles afin d'asseoir sa légitimité, à l'ouest les dragons attaquent à nouveau les îles de son royaume. Lebannen a demandé à Tenar de venir afin de le conseiller pour l'affaire kargue tandis que Tehanu, la fille-dragon, pourra l'aider dans ses problèmes avec les dragons. Tenar enseigne à la fille du roi kargue le hardique et la conseille pour qu'elle séduise Lebannen qui ne veut pas l'épouser mais qui n'ose pas la renvoyer chez elle. Aulne parvient en Havnor et raconte son histoire au Roi, à Tenar et à Tehanu.

Un dragon attaque l'île de Havnor, Lebannen se rend auprès de la créature avec Tehanu afin de lui parler, celle-ci obtient du dragon une entrevue avec l'un des leurs pour comprendre pourquoi les dragons réattaquent le royaume hardique. C'est Orm Irien (alias Libellule) qui vient à la rencontre du roi sous sa forme humaine . Elle explique que Kalessin a décidé de partir vers leur vrai royaume, le Vent d'ailleurs où les dragons ont choisi la liberté, le feu et le vent, alors que les hommes ont choisi l'eau, la terre et la magie. Tous les dragons doivent choisir entre rester dans l'archipel de Terremer ou aller dans le Vent d'ailleurs. Les dragons qui souhaitent rester cherchent à reprendre aux hardiques leurs anciennes îles par la force, car ils veulent combattre et détruire les sortilèges d'immortalité des hardiques, tels que Cyme le sorcier nécromancien qui était en quête de pouvoir personnel et d'immortalité et qui a séparé par un muret les vivants des morts.

D'un commun accord, le roi Lebannen, Tenar, Tehanu, Aulne, Orm Irien et la fille du roi kargue partent pour Roke afin de trouver une solution aux problèmes avec l'aide des sages. Il apparaît que les dragons et les Kargues se réincarnent, mais les hardiques ne se réincarnent plus mais sont devenus immortels. L'âme quand elle quitte son corps rejoint le Vent d'Ailleurs qui était autrefois un territoire riche et verdoyant mais qui est devenu désertique depuis que les sorciers et les mages hardiques ont construit le muret. Aulne, Tehanu, Lebannen, Orm Irien et les mages se rendent en songe dans le royaume des morts et ils parviennent à détruire le muret qui est finalement abrasé et aplati par le dragon Orm Irien. Les morts meurent enfin et disparaissent, le Vent d'ailleurs redevient habitable, les dragons partent y vivre et cessent leur invasion des terres hardiques. Tehanu se métamorphose en prenant la forme d'un dragon aux ailes d'or et trouve la paix avec Kalissin son père, sa sœur Orm Irien et son peuple. Aulne n'a pas survécu mais il a rejoint sa femme car leur amour ne mourra jamais. Lebannen qui a appris à aimer la fille du roi kargue peut l'épouser permettant la paix avec l'est et l'ouest. Tenar, à la marée de la pleine lune, repart ensuite sur le bateau du roi Lebannen jusqu'à l'île de Gont, pour aller retrouver Ged qu'elle aime toujours, lui raconter ses aventures et vivre de nouveau avec lui dans sa maison au bord de la forêt.

Analyse littéraire

Thématiques

Les premières nouvelles isolées et les trois premiers romans ont été publiés entre 1964 et 1972, pour répondre au départ à une commande d'un éditeur de romans pour adolescents, sur la base de l'idée d'imaginer la jeunesse d'un mage archétypal, inspiré de Merlin ou de Gandalf, mais dans un univers radicalement différent de celui des récits classiques d'heroic fantasy. En effet, les affrontements guerriers entre des incarnations du Bien et du Mal y sont remplacés par une recherche de la nature de l'identité interne de chacun[2], inspirée de la recherche d'équilibre entre le yin et le yang de la philosophie taoïste[3], que Le Guin a étudiée pendant plusieurs décennies[4] ; de plus, Le Guin a pour objectif déclaré de saper les poncifs racistes en choisissant un protagoniste, Ged, qui a la peau sombre, tout comme la plupart des personnages secondaires importants, à l'opposé des protagonistes blancs des récits auxquels les lecteurs ce genre littéraire étaient coutumiers[2].

À partir de Tehanu, publié 18 ans plus tard, en 1990, on observe une nette évolution, beaucoup plus féministe, avec des récits centrés sur des personnages plus souvent féminins et âgés, qui questionnent les inégalités de genre dans la société[5].

Antiracisme

En accord avec les mouvements antiracistes des années 1960 aux États-Unis[6], Le Guin a voulu saper les poncifs racistes, en faisant « un exemple – mais discrètement », en prenant soin que cette subversion ne pose pas de problème aux lecteurs blancs de l'époque qui n'y étaient pas préparés[2],[7]. D'abord, en se détachant de la tradition de la littérature jeunesse occidentale dans laquelle le héros était toujours un homme blanc, elle a choisi, comme protagoniste des premiers romans du cycle, le mage Ged dont elle décrit le « teint foncé comme du vieux cuivre », mais pas avant le second chapitre du premier roman[8]. De même, les principaux acolytes du héros ne sont pas blancs : dans Le Sorcier de Terremer, Vesce a la peau quasiment noire[2], « très sombre », « marron foncé »[9], et le jeune Lebannen, dans L'Ultime Rivage, a la peau « légèrement cuivrée »[10]. Enfin, la quasi-totalité des populations de Terremer, à l'exception remarquable des Kargues qui y occupent une place minoritaire mais essentielle dans l'intrigue du cycle, n'ont pas la peau blanche mais arborent « toutes les nuances de cuivre et de brun, jusqu'au noir »[2], sans qu'aucun jugement de valeur négatif ne leur soit associé[11].

Pacifisme

En accord avec les mouvements pacifistes des années 1960 qui souhaitaient libérer les États-Unis du militarisme[6], Le Guin refuse de reproduire les affrontements guerriers entre des incarnations du Bien et du Mal qu'on retrouve dans les classiques de l'heroic fantasy[2], et les remplace par une tension interne aux personnages, à la recherche de leur vraie nature et de leur identité, en s'inspirant de la philosophie taoïste (voir la section dédiée au thème du taoïsme).

Elle reprochera d'ailleurs à la plupart des adaptations des œuvres de son cycle de céder à une mise en scène excessive de la violence, manquant de cohérence et de sens moral, en cédant ainsi à la facilité d'une opposition entre le Bien et un Mal externalisé en un adversaire qu'il suffit de tuer[12],[13].

Féminisme

L’attitude de Le Guin à l’égard du genre et du féminisme a considérablement évolué au fil du temps[14], notamment après avoir été critiquée dans les années 1970 pour ne pas avoir assez remis en question les rôles sociaux attribués au genre des personnages dans le roman La Main gauche de la nuit (1969)[15]. La représentation du genre par Le Guin dans les trois premiers tomes de l'univers de Terremer a également été décrite comme la reproduction d'un monde dominé par les hommes ; selon l'Encyclopédie de la science-fiction, « Le Guin voyait les hommes comme les acteurs et les décideurs du [monde], tandis que les femmes restaient le centre immobile, le puits auquel ils s'abreuvaient »[16],[17],[18].

Le Guin a d'abord défendu son choix d'écriture avant de reconnaître qu'en réalité elle n'avait pas eu la force d'admettre le bien-fondé de ces critiques et son propre biais vis-à-vis des questions de genre[19]. Dans une lettre privée du à James Tiptree, Jr., avec qui elle entretenait une correspondance régulière depuis le début des années 1970[20], et qui venait de lui révéler en que ce nom de plume masculin masquait l'identité féminine d'Alice Sheldon, elle confesse ses difficultés à répondre aux critiques virulentes à son encontre émanant du mouvement féministe et à expliquer sa tendance à choisir des protagonistes masculins dans ses récits ; elle y évoque aussi son incapacité à expliquer pourquoi, selon Joanna Russ, une autre amie autrice de science-fiction féministe avec qui elle correspondait régulièrement, elle représente dans ses récits les femmes comme des « Tante Tom » (c'est-à-dire des traîtres à leur cause[21]) et les hommes « sans couilles »[22].

Ces réflexions et remises en question aboutissent à une évolution nettement plus féministe de ses écrits ultérieurs. En 1986, elle publie un court essai sur l'écriture de fictions intitulé The Carrier Bag Theory of Fiction (La théorie de la Fiction-Panier)[23], dans lequel elle s'interroge sur la manière dont notre civilisation de chasseurs-cueilleurs a pu devenir le berceau de récits qui ne parlent que de chasseurs, et explique son affinité à écrire au contraire sur les femmes, les enfants, « les mauviettes et les empotés », plutôt que sur des héros masculins traditionnels qui résolvent les problèmes qu'ils rencontrent par la violence[24] ; elle théorise ainsi une pensée écoféministe pour laquelle « les épopées faites de conquêtes et de violences sont à remplacer par d’autres histoires mêlant soin, partage et collecte »[25], et à laquelle plusieurs générations d'auteurs féministes, notamment parmi les auteurs de science-fiction, se réfèrent depuis[26].

Elle met par la suite ces principes en application dans ses récits. Dans la suite du Cycle de Terremer, c'est dans le roman Tehanu, publié en 1990, qu'elle commence à revisiter les relations de genre par rapport à ses récits précédents[27] ; ce roman est décrit comme une suite plus féministe des Tombeaux d'Atuan, car, à l'inverse de précédemment, le pouvoir d'action et de décision de la protagoniste féminine Tenar y est supérieur à celui du maître sorcier Ged, qui est devenu infirme, dépourvu de pouvoirs magiques et dépendant de son amie[28]. Dans ce roman, les personnages principaux mis en scène par Le Guin sont presque tous féminins, affrontent leurs peurs et font preuve de force collective malgré les différents handicaps liés à leur âge, leur statut social ou différents troubles, tandis que les personnages masculins, plus secondaires, abusent souvent de leur pouvoir physique ou social de manière souvent violente, vicieuse et lâche : Le Guin remet ainsi clairement en question le patriarcat, la misogynie et les inégalités de genre en général, et plus spécifiquement l'exclusion des femmes du statut de sorcier dans l'univers de Terremer, en élaborant une réflexion sur le type de pouvoir auquel les femmes peuvent prétendre, qui ouvre ainsi une seconde partie, très différente de la première, au sein du Cycle de Terremer[29].

Taoïsme

Le taijitu est un des principaux symboles du taoïsme.

Dans le cycle de Terremer, le principe taoïste de non-intervention (wuwei), qui consiste à « suivre le flux naturel des choses et l'ordre cosmique originaire, sans le perturber ni tenter de le modifier »[30] pour préserver l'équilibre et l'harmonie naturelle, apparaît dans la doctrine des mages de Roke, notamment quand le Maître Manuel explique à Ged : « tu ne dois rien changer, pas même un galet ou un grain de sable, avant de savoir quel Bien et quel Mal vont résulter de ton acte. Le monde est dans ce qu’on appelle l’Équilibre, et le pouvoir de Changement et d’Appel d’un sorcier peut perturber l’équilibre du monde »[31],[9], ou encore quand le narrateur présente ainsi la sorcière qui a été la première à initier Ged : « Elle ne savait rien de l’Équilibre et du Modèle que connaît et respecte le véritable magicien, et qui l’empêchent d’avoir recours à ses sortilèges à moins que la nécessité ne s’en fasse absolument sentir »[32].

Cette notion d'équilibre se retrouve tout au long du cycle : dans Le Sorcier de Terremer, Ged rompt l'équilibre en introduisant l'Ombre dans le monde et doit aller jusqu'au bout d'une lutte intérieure pour essayer de rétablir l'harmonie. Dans Les Tombeaux d'Atuan, les deux morceaux de l'anneau brisé d'Erreth-Akbe doivent être réunis et Tenar doit trouver un équilibre entre son identité d'Arha, au rôle figé de prêtresse recluse, et sa nouvelle vie plus dynamique en tant que Tenar. Dans L'Ultime Rivage, la mort, systématiquement juxtaposée à la vie, et l'équilibre entre les deux est un thème central, récurrent dans tout le cycle. Dans Tehanu, Tenar équilibre les nouvelles circonstances de sa vie avec Therru et sa relation avec Ged. Dans Le Vent d'ailleurs, Le Guin tente d'aboutir à un équilibre final mettant un terme à la lutte entre les morts et les vivants, entre les dragons et les humains, entre les hommes et les femmes, ainsi qu'à la lutte introspective de plusieurs plusieurs personnages principaux[33].

De même, le cycle de Terremer adopte le point de vue taoïste de la relativité en éradiquant les frontières de la dichotomie entre le Bien et le Mal de la pensée occidentale : la magie guide les habitants de Terremer dans la croyance que toutes les choses, qu'elles soient noires ou blanches, dynamiques ou immobiles, bruyantes ou silencieuses, existent et fonctionnent de manière harmonieuse[34]. Ainsi, dans Les Tombeaux d'Atuan, la magie de Ged sauve physiquement Tenar des tombeaux de l'obscurité et de la mort ; cependant, la véritable salvation spirituelle de Tenar ne se produit que lorsqu'elle découvre que c'est elle-même qui doit se sauver, en comprenant qu'il ne faut ni craindre, ni fixer, ni fuir l'obscurité ou la mort, ainsi que la philosophie taoïste l'enseigne[34].

Anarchisme

L'anarchisme pacifiste revendiqué par Le Guin structure le cycle de Terremer de manière implicite, sans le nommer, en questionnant l'autorité et les relations de domination, notamment en rapport avec la dénomination, l'identité et le désir[35].

Style

Réception critique

Adaptations

Livres audio

Entre 1992 et 1994, Recorded Books a publié l'enregistrement audio de la lecture (en anglais) des trois premiers livres de la série par Robert Inglis[36].

Radio

Une adaptation radiophonique de deux heures du Sorcier de Terremer, produite par la BBC, a été diffusée à l'origine sur Radio 4 le [37]. Cette adaptation était narrée par Judi Dench, avec Michael Maloney dans le rôle de Ged, et faisait appel à un large éventail d'acteurs aux accents régionaux et sociaux différents pour souligner les origines des personnages de Terremer (par exemple, Estarriol et d'autres personnages de East Reach étaient joués par des acteurs aux accents du sud du Pays de Galles). L'adaptation a ensuite été publiée sur cassette audio[38].

Télévision

En 2004, le téléfilm La Prophétie du sorcier (Legend of Earthsea), réalisé par Robert Lieberman, est diffusé en deux parties sur Sci Fi Channel. C'est une adaptation des deux premiers romans du cycle (Le Sorcier de Terremer et Les Tombeaux d'Atuan). Le Guin, qui n'a pas été consultée lors de la production de ce téléfilm, a exprimé sa déception[39], déplorant notamment le whitewashing généralisé dont son œuvre a été victime une fois de plus[12] (car cela avait déjà été le cas avec la plupart des illustrations imposées par les éditeurs de ses livres)[40].

Cinéma

En 2003, le studio Ghibli a reçu l'accord de Le Guin pour produire une adaptation du cycle de Terremer (elle avait initialement refusé, une quinzaine d'années auparavant, parce qu'elle méconnaissait à l'époque le travail de Hayao Miyazaki, qu'elle associait à celui des Walt Disney Studios, mais elle a finalement changé d'avis après avoir vu Mon voisin Totoro). C'est finalement le fils d'Hayao, Gorō Miyazaki, qui a été chargé par le directeur du studio Ghibli de cette adaptation. Le Guin a été très déçue de ce changement imprévu et de l'absence de supervision par Hayao. En 2006, après la première projection publique du film d'animation Les Contes de Terremer (Gedo Senki), Le Guin exprime sa déception sur le résultat final ; elle le qualifie de totalement différent de sa création et critique son manque de cohérence et de sens moral, notamment en raison de son usage excessif de la violence, comme outil de résolution caricaturale à l'opposition entre le bien et le mal, parce que le mal interne de Ged a été externalisé en un adversaire qu'il suffit de tuer (comme dans la plupart des récits) au lieu de rechercher un équilibre interne plus complexe (ainsi qu'elle l'avait voulu dans le Cycle de Terremer)[13].

Annexes

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