Thèse d'exercice
thèse particulière du système universitaire français
From Wikipedia, the free encyclopedia
La thèse d'exercice est une thèse du système universitaire français, qui conclut les études de certaines professions de santé après validation du troisième cycle de formation aboutissant au diplôme d'État de docteur.

Organisation et spécificités
La thèse d'exercice est une thèse propre aux études de médecine[1], de chirurgie dentaire[2], de pharmacie[3], de médecine vétérinaire[4] et de maïeutique[5], indispensable à la délivrance des diplômes d'État de docteur en médecine, chirurgie-dentaire, pharmacie, médecine vétérinaire ou maïeutique qui donnent droit à l'usage du titre universitaire de docteur[6].
La thèse d'exercice est différente de la thèse soutenue pour l'obtention du diplôme national de doctorat (équivalent au PhD du système universitaire anglo-saxon)[7]. En particulier :
- son niveau d'exigence est moins élevé et elle n'implique pas nécessairement de recherches expérimentales, théoriques ou méthodologiques ; sa durée de préparation et de rédaction est généralement plus courte, s'articulant avec les stages de formation clinique et professionnelle du troisième cycle, et sa soutenance doit intervenir dans des délais réglementaires[8],[9],[10],[11],[12],[13] ;
- son archivage, son signalement dans les outils bibliographiques, ainsi que sa diffusion en ligne ne sont pas légalement requis[14] ;
- elle ne donne pas accès au grade universitaire de docteur[6] et aux carrières académiques ou dans les établissements publics de recherche[7].
| Discipline | Sujet | Jury | Soutenance |
|---|---|---|---|
| Médecine[8] | Travail de recherche ou ensemble de travaux approfondis qui relèvent de la pratique de la spécialité préparée.
Peut porter sur un thème spécifique de recherche clinique ou fondamentale. Préalablement approuvé par le coordonnateur local de la spécialité dont relève l'étudiant. |
Composé d'au moins trois membres dont le président du jury, professeur des universités titulaire des disciplines médicales désigné par le président de l'université sur proposition du directeur de l'unité de formation et de recherche médicale concernée.
Un médecin des armées peut faire partie d'un jury de thèse. Lorsque ce praticien est professeur agrégé du Val-de-Grâce, il peut présider le jury. Pour la médecine générale, le jury peut être composé en tant que de besoin d'enseignants associés de médecine générale, à l'exception de son président. |
Pour les spécialités dont la durée de formation est supérieure à trois ans, la thèse est soutenue avant la fin de la phase d'approfondissement.
Pour les spécialités dont la durée de formation est de trois ans, la thèse est soutenue au plus tard trois ans après la validation de la dernière phase dans le délai défini à l'article R. 632-20 du code de l'éducation. |
| Chirurgie dentaire[11] | Le sujet de la thèse doit être approuvé par le directeur de l'unité de formation et de recherche d'odontologie.
La thèse peut porter sur : 1° L'analyse d'une thématique selon les principes de la médecine ou de l'odontologie fondée sur la preuve ; 2° La rédaction d'un protocole de recherche clinique ou d'une action de santé publique et/ou d'une présentation de résultats ; 3° Les activités réalisées au cours d'un stage dans une structure de recherche ; 4° Sur l'analyse d'un ou de plusieurs cas cliniques « originaux » ou de données extraites de dossiers médicaux ; 5° Sur une recherche expérimentale et/ou clinique ; 6° Sur l'évaluation des pratiques professionnelles. |
Désigné par le président de l'université sur proposition du directeur de l'unité de formation et de recherche d'odontologie dans laquelle les étudiants sont inscrits,
le jury comprend quatre membres dont : 1° Un professeur des universités, praticien hospitalier des centres de soins, d'enseignement et de recherche dentaires, président ; 2° Trois autres membres dont au moins deux personnels enseignants et hospitaliers titulaires des centres de soins d'enseignement et de recherche dentaires. L'un de ces trois membres peut être un assistant hospitalier universitaire, un praticien hospitalier, un enseignant d'une autre discipline universitaire ou un directeur de recherche. Une personnalité extérieure invitée sans voix délibérative peut être adjointe à ce jury. |
À compter du deuxième semestre du troisième cycle court et au plus tard à la fin de l'année civile qui suit la validation du troisième cycle court. |
| Pharmacie[15],[12] | Le sujet de thèse peut porter sur des thèmes en rapport avec :
― la pratique d'une activité spécifique de l'orientation professionnelle ; ― le développement d'un acte pharmaceutique (santé publique, campagnes de dépistage, conseil, suivi pharmaceutique, accompagnement du patient, éducation thérapeutique du patient, etc.) ; ― l'évolution des pratiques professionnelles ; ― l'activité de l'étudiant au cours du stage hospitalier ; ― l'activité de l'étudiant pendant son stage professionnel ; ― une recherche expérimentale et/ou clinique. Le sujet est approuvé par un enseignant-chercheur exerçant dans l'unité de formation et de recherche dispensant des formations pharmaceutiques dans laquelle est inscrit l'étudiant. |
Désigné par le président de l'université sur proposition du directeur de l'unité de formation et de recherche dispensant des formations pharmaceutiques, comprend au moins trois membres, dont le directeur de thèse :
― un enseignant-chercheur habilité à diriger des recherches exerçant dans l'unité de formation et de recherche dispensant des formations pharmaceutiques, président ; ― deux autres membres, dont une personnalité qualifiée extérieure à l'unité de formation et de recherche dispensant des formations pharmaceutiques. La participation d'un responsable d'une structure accueillant des étudiants en stage est souhaitée. Deux membres du jury sont titulaires du diplôme d'Etat de pharmacien ou de docteur en pharmacie. Un praticien des armées peut faire partie d'un jury de thèse. |
La thèse est soutenue avant la fin de la phase d'approfondissement. |
| Vétérinaire[13] | Choisi par le candidat et approuvé par le directeur de l'unité de formation et de recherche de médecine, sur la proposition du directeur de l'école nationale vétérinaire. | Composé de trois membres : un professeur de l'unité de formation et de recherche de médecine, président, et de deux assesseurs désignés par le directeur de l'unité de formation et de recherche de médecine, sur la proposition du directeur de l'école concernée, parmi les professeurs ou professeurs émérites et maîtres de conférence des écoles nationales vétérinaires. | Huit jours au moins après le dépôt des exemplaires de la thèse au secrétariat de l'unité de formation et de recherche de médecine.
Peut intervenir pendant toute la durée de l'année scolaire. |
| Maïeutique[16] | Projet de thèse approuvé par le directeur de la structure de formation en maïeutique. | Nommé par le président de l'université sur proposition du directeur de la structure de formation, dans les conditions prévues à l'article L. 613-1 du code de l'éducation. |
Histoire

La réglementation du XIXe siècle désigne indistinctement sous le nom de « thèse » les travaux demandés pour le doctorat en médecine[17], les diplômes de pharmacie[18],[19],[20],[22] ou les doctorats ès sciences[23] ou ès lettres[24].
La dénomination « thèse d'exercice » n'apparaît dans la documentation universitaire relative aux études de santé qu'à partir de la fin du XXe siècle, puis dans les textes du Code de l’éducation[30] et les arrêtés du XXIe siècle[32].
Cette distinction n’est pas née d’une réforme unique mais d’une divergence de fonctions du doctorat au XIXe siècle :
- formation à la recherche dans certaines facultés,
- habilitation professionnelle dans les facultés de santé.
Ainsi, le terme « thèse d’exercice » est en grande partie une construction administrative récente, introduite lorsque le doctorat de recherche (« PhD ») a été normalisé dans les années 1980-2000.
On peut en retracer l’émergence en plusieurs étapes :
Avant le XIXe siècle : une seule thèse pour le doctorat
Dans les universités médiévales et modernes, la thèse est essentiellement un exercice académique public, initialement oral (disputatio), servant à accéder au grade de docteur[33]. Il n’y a pas de distinction entre thèse professionnelle et thèse de recherche.
Dans les facultés de médecine, on soutient déjà des thèses très tôt : la plus ancienne thèse médicale, en tant que document écrit, conservée en France date de 1539[34]. Mais ces thèses sont généralement :
XIXe siècle : apparition de la thèse de recherche
Au XIXe siècle, les universités européennes (notamment allemandes) redéfinissent le doctorat comme grade sanctionnant une contribution scientifique originale[36].
En France, dans les facultés des lettres et des sciences, cette évolution se produit progressivement :
- dans les années 1830-1840, les thèses deviennent des travaux longs et savants[37] ;
- les règlements de 1840 (lettres)[24] et 1848 (sciences)[23] entérinent cette transformation[38] ;
- la IIIᵉ République consolide l’idée que la thèse doit produire un savoir nouveau[37].
C’est la naissance du doctorat de recherche moderne.
Maintien d’un doctorat professionnel dans les facultés de santé
Dans le même temps, les facultés de médecine, pharmacie ou chirurgie conservent une logique différente : le doctorat est surtout un titre professionnel nécessaire pour exercer.
Après la Révolution française :
- 1794 : création des écoles de santé (Paris, Montpellier, Strasbourg)[39] ;
- 1798 : reprise des soutenances de thèses médicales dans un format proche de la thèse d’exercice actuelle[40],[41] ;
- 1803 : rétablissement du doctorat en médecine[42].
La thèse devient progressivement un travail final des études médicales, sans exigence systématique de recherche originale[43], bien que, par exception, certaines thèses atteignent ce niveau[44].
L'arrêté du ministre de l’Instruction publique (1884) relatif à la thèse de doctorat en médecine précise que la thèse consiste en « une dissertation imprimée sur un sujet de médecine ou de chirurgie » soutenue devant un jury[17].
Dès 1874 cependant, fut envisagée la création « d’un nouveau diplôme de docteur ès sciences médicales », distinct du diplôme professionnel de docteur en médecine et constituant « un grade scientifique plus élevé qui seul ouvrirait la porte de l’enseignement », suscitant la crainte que ce nouveau diplôme « deviendrait seul l’équivalent du doctorat ès lettres, ès sciences ou en droit, l’ancien serait assimilé dans l’esprit du public au simple officiât de santé », ou qu'il fasse double emploi avec l'agrégation de médecine alors en vigueur pour le recrutement des professeurs[45],[46].
Formalisation institutionnelle de la dualité (XXe siècle)
La distinction devient claire au XXe siècle avec la structuration des cycles universitaires. Deux types de doctorat coexistent alors :
- Doctorat d’État / doctorat de recherche
- destiné à la carrière universitaire ;
- exigeant une contribution scientifique importante.
- Doctorats professionnels des facultés de santé
- sanctionnés par une « thèse d’exercice ».
La réforme universitaire des années 1980-2000 (création du doctorat unique et du système LMD) clarifie encore la situation :
- création du diplôme national de doctorat, correspondant au « PhD » (thèse de recherche),
- les professions de santé conservant une « thèse d’exercice » distincte[32],[30].
Thèses remarquables
Si les thèses d'exercice des professions de santé sont majoritairement un travail de fin d'études sans ambition scientifique majeure, certaines thèses ont pu, par la matière traitée ou la notoriété de leurs auteurs, connaître une diffusion plus importante.
La bibliothèque de l'université de Paris conserve ainsi les thèses d'Alibert, Claude Bernard, Bourneville, Charcot, Déjerine, Dupuytren, Esquirol, Laënnec, Larrey, Magendie, Ménière, Péan, Rayer, Richet, Tarnier, Testut, Widal, mais aussi celles de Paul Bert, Breschet, Broca, Clémenceau, Cruveilhier, Daremberg, A. Donné, Falret, A. Fournier, Gintrac, Guyon, Landouzy, Lasègue, Lugol, Marey, Nélaton, Poirier, Récamier, Ricord, Villermé et bien d'autres qui « ont marqué de leur empreinte la médecine, grâce à une découverte, une invention, au nom donné à un syndrome ou à une technique spécifique de leur discipline [ou] se sont illustrés dans d'autres voies professionnelles »[47].
Parmi les thèses de médecine remarquables, on peut citer par exemple :
- La thèse de Adamántios Koraïs, soutenue en 1787, intitulée Medicus Hippocraticus, sive de praecipuis officiis medici, exposant les principes de l'éthique médicale selon les théories hippocratiques, insistant particulièrement sur le respect de la personne humaine considérée dans sa globalité psychosomatique[48],[49].
- La thèse de René Laennec, soutenue en 1804 (22 Prairial an XII), Propositions sur la Doctrine d'Hippocrate, relativement à la Médecine pratique, qui illustre déjà son ambition de concilier tradition et modernité dans l’approche diagnostique[50],[51].
- La thèse de Jean-Étienne Dominique Esquirol (1805), consacrée aux Passions considérées comme causes, symptômes et moyens curatifs de l'aliénation mentale, qui marque une avancée dans la compréhension des maladies mentales et l'approche psychosomatique[52].
- La thèse de Charles Victor Daremberg (1841), Exposition des connaissances de Galien sur l’anatomie, la physiologie et la pathologie du système nerveux, qui marqua le début de sa vocation historique[53].
- La thèse de Claude Bernard, soutenue le , « véritable travail scientifique qui a pour titre Du suc gastrique et de son rôle dans la nutrition » et marque une première étape dans le concept de médecine expérimentale[54].
- La thèse de Jean-Martin Charcot (1853) sur le rhumatisme articulaire chronique, dirigée par Piorry et qui fut unanimement appréciée[55].
- La thèse d'Alexis Carrel, futur prix Nobel, soutenue à Lyon le 2 juillet 1900, intitulée Le goitre cancéreux, travail universitaire de 303 pages portant sur l'étude anatomique, clinique et chirurgicale des tumeurs malignes de la glande thyroïde, qui valut à son auteur une mention très honorable au prix Ernest Godard en 1901[56] et sera réédité à Paris chez J.-B. Baillière en 1904.
- La thèse de René Leriche, soutenue à Lyon le 24 juillet 1906, intitulée Des résections de l'estomac pour cancer : technique, résultats immédiats, résultats éloignés, travail pionnier de près de 470 pages qui dresse un état des lieux de la chirurgie gastrique de l'époque[57],[58].
- La thèse de Gustave Roussy (1907), Le syndrome thalamique[59], directement à l'origine de la description du syndrome de Dejerine-Roussy[60].
- La thèse de Louis-Ferdinand Céline, publiée en 1924 : La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelweis sur la fièvre puerpérale.
- La thèse de Jean Delay (1935), Les astéréognosies : étude clinique, physiologique, topographique, important travail neurologique dont l'auteur deviendra l'un des fondateurs de la psychopharmacologie française[61],[62].
- La thèse de Jean Hamburger, intitulée Physiologie de l'innervation rénale, publiée en 1936 chez Masson avec une préface de Pasteur Vallery-Radot, étude approfondie sur la façon dont les nerfs agissent et contrôlent le fonctionnement du rein, marquant le début de la grande carrière médicale du futur fondateur de la néphrologie française.
- La thèse de Jean Bernard (1936), Polyglobulies et leucémies provoquées par des injections intramédullaires de goudron, explorant le lien entre agents chimiques cancérigènes et maladies du sang pour démontrer la nature néoplasique des leucémies[63],[64].
- La thèse de Georges Canguilhem, soutenue en 1943 et publiée en 1966 sous le titre Le Normal et le Pathologique, ouvrage important d'épistémologie médicale.
- La thèse de Jean Dausset, futur prix Nobel, soutenue en 1945, intitulée Organisation des équipes mobiles de récolte au Service central de réanimation-transfusion, travail fondateur qui formalisait l'expérience acquise par Dausset en créant des unités automobiles de prélèvement sanguin à Paris pour les armées à la fin de la Seconde Guerre mondiale[65].
- La thèse de François Jacob, futur prix Nobel, soutenue à Paris le 29 avril 1947, intitulée Étude expérimentale et clinique sur la tyrothricine, marquant une étape clé de son parcours avant son entrée à l'Institut Pasteur[66],[67].
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
Ouvrages et articles
- Christophe Charle, La République des universitaires (1870-1940), Seuil, 1994[68].
- Jean-Yves Mollier & Christophe Charle (dir.), Le doctorat en France, XIXe-XXe siècles.
- Emmanuelle Picard, « La fabrique du doctorat », travaux sur l’histoire de l’université française.
- Françoise Waquet, Les enfants de Socrate. Histoire de l’enseignement de la philosophie en France[69].