Théâtre de Nicopolis d'Épire
bâtiment de Préveza, Épire, en Grèce
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Le théâtre de Nicopolis d'Épire (en grec moderne : Θέατρο της Νικόπολης)[note 1] est un des principaux monuments de la ville antique de Nicopolis d'Épire, fondée par Octave pour commémorer sa victoire à la bataille d'Actium. Il accueillit les Nea Actia, l'une des manifestations agonistiques les plus prestigieuses de l'époque, durant une partie de la domination romaine sur la Grèce. Largement pillé à partir du milieu du IIIe siècle, le site bénéficie d'une importante campagne de restauration depuis le début des années 2010 en vue de son ouverture progressive au public.
| Type |
Théâtre romain, structure archéologique romaine (d) |
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| Partie de | |
| Patrimonialité |
Site archéologique de Grèce (d) |
| Localisation |
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| Coordonnées |
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Histoire
L'un des sites des Nea Actia à l'époque romaine
Le théâtre est localisé sur les flancs méridionaux d'une colline sacrée dédiée à Apollon, dans le proasteion, le faubourg qui sépare la ville du sanctuaire consacré au dieu[1],[2]. Il constitue, avec le stade et le gymnase voisins, l'un des sites fondateurs du déménagement des Actia à Nicopolis voulu par Octave à partir de [3],[4]. C'est en effet le futur empereur romain qui réorganise ces jeux à l'importance mineure et, par son patronage impérial, hisse ce concours isolympique pentétérique parmi les principales manifestations du genre dans le monde romain[5].
Le monument servit aux concours de poètes, sophistes, acteurs de comédie et de tragédie, joueurs de cithare et de flûte, pantomimes, hérauts — toutes catégories attestées dans les listes épigraphiques de vainqueurs des concours qui ont été retrouvées[2]. Il ne figure cependant pas dans la description du site faite par Strabon peu après la fondation de la ville[6], ce qui laisse à penser qu'il occupait un rôle secondaire dans le programme urbain et culturel des tout premiers Nea Actia[7]. Mentionné dans les Entretiens d'Épictète, le théâtre est toutefois antérieur à la présence du célèbre philosophe stoïcien dans la ville entre l'an 90 et sa mort vers 135[8].
Les fouilles ont témoigné d'une utilisation continue du monument entre le Ier siècle av. J.-C. et le milieu du IIIe siècle[9]. Le lieu accueillit vraisemblablement les célébrations des Ludi Victoriae Caesaris Augustii en l'honneur de l'empereur Auguste[10] et probablement l'empereur musicien Néron, qui participa aux concours des Nea Actia en l'an 67[11],[12].
D'importants travaux d'agrandissement furent réalisés au cours de la première moitié du IIe siècle[3],[13], probablement sous le règne d'Hadrien[4], visant notamment la reconstruction du bâtiment de scène (scaenae) et l'élévation d'un portique au sommet de la cavea (porticus in summa cavea)[14].
De l'abandon aux descriptions des voyageurs modernes
À la suite de son abandon à l'époque paléochrétienne, le théâtre constitua une carrière de matériau de remploi[note 2],[16]. Des fragments furent ainsi pillés puis réinvestis localement et jusqu'à Árta lors des périodes byzantine et ottomane[4].

Décrit au XVe siècle par Cyriaque d'Ancône, le monument fit l'objet de représentations et de mentions par de nombreux voyageurs au fil des siècles[17]. Il fut notamment esquissé au XVIIIe siècle par Foucherot et Fauvel[note 3], mentionné par le marquis de Choiseul[19], puis étudié au début du XIXe siècle par Charles Robert Cockerell et Thomas Leverton Donaldson[20]. En 1848 furent publiés des dessins du théâtre par Joseph d’Estourmel et l'année suivante par Edward Lear[21]. William Martin Leake en fit également une description notable[22].
Parmi les autres visiteurs renommés du site à l'époque moderne figurent François Pouqueville, Karl Haller von Hallerstein, Peter Oluf Brøndsted, John Cam Hobhouse, Thomas Hughes et Robert Townley Parker[23].

Outre le pillage de ses éléments de construction, le monument connut les affres des conflits armés. Le , le site archéologique de Nicopolis fut au cœur d'une bataille opposant la garnison française aux forces d'Ali Pacha et des combats eurent lieu autour du théâtre[24]. Des dommages furent aussi infligés lors de la guerre italo-grecque, lorsque les Italiens installèrent des mitrailleuses antiaériennes dans la cavea[4].
Travaux de consolidation et campagnes de restauration
Une série de fouilles ponctuelles et de travaux d'urgence en vue de la consolidation du monument est mise en œuvre à partir des années 1960[25],[26],[note 4]. L'ampleur de la tâche de restauration, tant du point de vue des moyens humains que financiers, a longtemps eu raison de campagnes d'envergure[28].
Après plusieurs études préliminaires, un vaste chantier de restauration conduit par l'Éphorie des antiquités de Préveza, sous l'égide du ministère de la Culture[4], a débuté en 2012. À date, trois phases successives de travaux ont permis la sécurisation et la valorisation patrimoniale du site, en lien avec le projet de candidature de Nicopolis à l'inscription sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco[29]. Les efforts sont notamment concentrés actuellement sur la rénovation des sièges de la cavea et le pavage de l'orchestra[30]. Comme d'autres sites archéologiques dans la région, le théâtre de Nicopolis est inscrit sur la « route culturelle des théâtres de l'Épire »[31],[32].
Architecture
Bien que victime de pillage, des conflits et des conditions météorologiques depuis l'abandon du site à l'époque paléochrétienne, le théâtre de Nicopolis d'Épire figure parmi les principaux vestiges de l'architecture romaine en Grèce[33],[34]. Sur près de 9 000 m2[33], le lieu conserve encore de nos jours les traces de la construction initiale à l'ère octavienne et de la phase d'agrandissement au IIe siècle[35]. Sa capacité estimée varie selon les sources à 5 000[36], 8 000[33] ou près de 10 000 places[37].
Conformément au modèle du théâtre romain antique mais empruntant au canon architectural grec, l'édifice est en partie seulement appuyé sur le versant de la colline[38],[39],[40]. Les murs de soutènement, complétés à intervalles réguliers par des contreforts aux dimensions variables, atteignent près de 2,5 mètres d'épaisseur[34]. Des moellons en saille supportant le velum lors des première et seconde phases de construction sont encore visibles à certains endroits[41].

L'orchestra semi-circulaire présente un diamètre d'environ 22 mètres[42]. Au sol figure une alternance de pierre calcaire et de marbre polychrome de qualité disparate[43]. Une inscription gravée dans le marbre, ornée autrefois de lettres en bronze, est préservée dans l'orchestra[36],[43].
Dans la cavea, les fouilles systématiques conduites dans les années 2010 permirent la découverte des quatre rangées inférieures de gradins en bon état de conservation[28].
Le bâtiment de scène, daté de la seconde phase de construction et encore en partie visible aujourd'hui, mesure approximativement 44 mètres de largeur pour 6 mètres de profondeur, avec une hauteur actuelle maximale de près de 9 mètres[4]. Quelques rares vestiges du mur de scène (scaenae frons) aux trois arches d'entrée nous sont parvenus, dont une statue en marbre d'une Muse représentant probablement Euterpe, conservée au musée archéologique de Nicopolis[9].
Le théâtre de Nicopolis présente différents types de maçonnerie[44]. Si l'opus caementicium prédomine, l'opus incertum est également largement utilisé, notamment dans les murs de soutènement. Le bâtiment de scène est lui principalement érigé en opus testaceum, tandis que l'opus reticulatum a été utilisé uniquement pour l'entrée du vomitoire central. Le prestige médiocre général de la maçonnerie pourrait être expliqué par divers facteurs, notamment l'absence de carrière de marbre à proximité, la présence de nombreux matériaux dans les bâtis abandonnés alentour et la rapidité de construction du théâtre après la décision d'accueillir certaines célébrations des Nea Actia. Les fouilles ont par ailleurs conclu à l'absence de briques dans la première phase de construction du monument[45].
