Tifrit n'ath Oumalek
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Situé dans la commune d'Idjeur (daïra de Bouzeguène, wilaya de Tizi Ouzou), à environ 60 km au nord-est de Tizi Ouzou et 90 km au sud-ouest de Béjaïa, Tifrit n'Ath Oumalek s'élève à une altitude moyenne de 900 mètres. Coordonné à 36° 40′ 53″ nord, 4° 30′ 20″ est, il domine la vallée asif Ousserdun et est entouré de six villages limitrophes : Bouaoun (Bouaouane), Iguersafène (Agarsafen), Mehagga (Mḥagga), Ighil-Boukiassa (Iɣil Bu Kyasa), Aït Aïcha (At Ɛica) et Ighrayen (Iɣrayen).
Histoire du Village : Des Origines Mythiques à la Résistance de 1871
Les Fondations Légendaires
L'histoire de Tifrit n'Ath Oumalek est indissociable de sa dimension mythique. Selon la tradition locale rapportée par l'ethnologue Jean Servier, les premiers occupants seraient les descendants d'Amara le forgeron, qui s'installa au lieu-dit Bezziwa et terrassa un dragon (ou hydre talafsa) hantant une source sacrée. Cette légende, où Amara utilise une pointe d'araire rougie pour vaincre la bête, symbolise la conquête de la terre et l'émergence des chênes couvrant les montagnes environnantes.
Au XVᵉ siècle, l'arrivée de Sidi M'hand Oumalek marque un tournant décisif. Ce marabout chérifien, natif de Tizemourine (Ath Yaala, Béjaïa), fonde la zaouïa entre 1467 et 1496, chassant les descendants d'Amara vers Tifra et instaurant un centre spirituel rayonnant. Avec trois autres saints (Sidi Mansour, Sidi Abderrahmane et Sidi Ahmed Udriss), il contribue, selon la tradition kabyle, à la chute du royaume tyrannique de Koukou et des Belkadi au XVIᵉ siècle.
Le Rôle Pivotal dans la Révolte de 1871
Tifrit n'Ath Oumalek s'illustre lors de la grande insurrection kabyle de 1871, dite « révolte du Mokrani ». Lancée le 15 mars par Cheikh el-Mokrani et son frère Bou-Mezrag, soutenue par Cheikh el-Haddad de la Rahmaniyya, cette révolte soulève 250 tribus contre le joug colonial français. La zaouïa de Tifrit, alignée sur la Rahmaniyya, mobilise ses habitants qui rejoignent les contingents des Ath Idjeur, Ath Menguellet et Illilten.
Le village participe activement à la bataille Taouirt (ou Icheraten, 9-10 mai 1871), près de l'actuelle commune de Bouzeguene. Des centaines de combattants de Tifrit, armés de fusils à pierre et galvanisés par la baraka du saint, affrontent les colonnes françaises du général Saussier. Malgré une vaillante défense sur les crêtes, l'artillerie coloniale l'emporte, causant des centaines de morts et marquant un tournant décisif. Des villages voisins comme Taourirt Bouzegza et Ath Kadi (impliqués dans la résistance) partagent cette mémoire collective. Après la défaite, Tifrit subit amendes, confiscations et exils vers la Nouvelle-Calédonie, mais son esprit de résistance perdure.
Vie cultuelle
Tifrit n'Ath Oumalek est un village connu et surtout réputé pour son saint, Sidi M'hand Oumalek, qui s’y est établi à la fin du XVe siècle, sa zaouïa fut fondée entre 1467 et 1496, selon les sources. Le village est souvent confondu avec le village de Tifrit n'Aït el Hadj qui abrite le tombeau d'un autre saint.
Les jeunes de Tifrit n'Ath Oumalek ont fondé leur association culturelle dénommée Assirem « Tiddukla Tadelsant Assirem ». Elle a été créée au début des années 1990. Cette dernière est un espace de rencontre pour l’ensemble des catégories de la société. Elle dispose de plusieurs commissions, dont la commission scientifique est la plus active.
Vie économique
L’économie du village repose sur deux piliers complémentaires : une base agricole et artisanale traditionnelle encore bien vivante, et surtout, depuis plus d’un demi-siècle, le flux régulier et massif des contributions de sa diaspora.
Activités Traditionnelles et Artisanales
Comme la plupart des villages de la Kabylie, Tifrit vit historiquement d’une agriculture de montagne diversifiée :
- Cultures arboricoles : oliveraies (huile d’olive de très haute qualité), figuiers (figues sèches et fraîches très recherchées), vignes, cerisiers et amandiers. Élevage : bovins (vaches laitières), caprins et volailles, qui fournissent lait, fromage, viande et œufs pour l’autoconsommation et la vente locale.
- Apiculture : activité emblématique du village. Le miel de thym, de châtaignier et de fleurs sauvages de Tifrit est réputé dans toute la Kabylie et au-delà ; plusieurs familles le commercialisent en pots ou en rayon, parfois sous forme coopérative informelle.
- Petit commerce et artisanat : une dizaine d’épiceries-cafés, un ou deux artisans (menuisier, ferrailleur, tailleur), ainsi que la vente directe de produits agricoles et transformés (huile, figues sèches, miel, fromage) sur les marchés hebdomadaires de Bouzeguène, Azazga ou Tizi Ouzou.
La Diaspora : Le Vrai Moteur Économique du Village
Depuis les années 1960-1970, l’émigration a totalement restructuré l’économie. La communauté de Tifrit est aujourd’hui présente partout en Algérie (Alger, Béjaïa, Bouira, Oran, Constantine) et surtout en France (région parisienne, Lyon, Marseille, Lille).
Cette diaspora, extrêmement organisée, alimente une caisse villageoise (tajmaât n taddart) parmi les plus performantes de Kabylie. Les ressources proviennent de :
- Cotisations mensuelles fixes (entre 5 et 20 € selon les moyens, prélevées par virement permanent ou en espèces lors des retours au village).
- Dons exceptionnels lors des mariages, naissances, waadas ou en cas de décès.
- Amendes internes (appliquées par l’assemblée du village pour sanctionner les absences injustifiées aux travaux collectifs ou les manquements au règlement).
- Collectes ciblées pour un projet précis (ex. : 2022-2023 : plus de 38 000 € récoltés en quelques mois pour l’extension du cimetière).
Grâce à ces fonds 100 % privés, le village a réalisé, sans pratiquement aucune aide de l’État.
Contribution (Très Marginal) des Budgets Publics
La commune d’Idjeur apporte parfois un complément symbolique (quelques sacs de ciment, un camion-benne ponctuel ou un petit projet ACG), mais l’essentiel – plus de 95 % des investissements visibles – provient de la caisse villageoise. Les habitants disent souvent avec fierté : « L’État nous a oubliés, mais nos enfants à Paris et à Alger ne nous oublient jamais. »
Les familles « Iderma »
Tifrit n’ath Oumalek se compose d’environ vingt et un (21) familles ou (clans), en kabyle Adrum (Iderma), dont l’histoire est riche et diverse [1]:
- Ath Ahmed: Sehib, Mouhoune, Mouhouni, Mouhache.
- Ath Mhand: Hamidi,Hami, Saim,
- Ath El-Houcine: Bessaha,
- Ath Oumokrane: Sail, Mokrani, Amokrane, Mehleb, Mouhouni,
- Ath Mhand-Said: Saci, Sabi, Mouhad, Mouhoud, Mehoun, Mouhoun,
- Ath Taîb: Mouhous,
- Ath Abd-Erahmane: Chikhi, Souhad, Ait Abderahmane,
- Ath Tahar: Tahir, Cheref, Meziani, Mehleb,
- Ath Touati: Touati, Touadi,
- Ath El mahdi: Chiker, Chik, Mehdid,
- Ath Bessâa: Bessam,
- Ibeâzizene: Bezih,
- Ihidouchene: Aidoun,
- Iyedibene: Dib, Aouchiche,
- Ath Bougueâa: Belgaîd,
- Ath Bessâa-Ouaâli: Bessah,
- Ath Cheikh: Mouheb,
- Ath Oulefqi: Lasefri,
- Ath Eldjoudi:
- Derriche:
- Ath Salah:
