Marée noire du Torrey Canyon

marée noire en mars 1967 From Wikipedia, the free encyclopedia

La marée noire du Torrey Canyon est une catastrophe environnementale majeure survenue en . Déclenchée par le naufrage entre les îles Scilly et la Cornouailles britannique du supertanker libérien Torrey Canyon chargé de 120 000 tonnes de pétrole brut. Elle est considérée comme la première grande marée noire médiatisée de l'histoire.

Faits en bref Type, Pays ...
Marée noire du Torrey Canyon
Type Marée noire
Pays Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Coordonnées 50° 02′ 30″ nord, 6° 07′ 44″ ouest
Date mars 1967

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Malgré une mobilisation de tous les moyens de lutte disponibles, plusieurs nappes de pétrole dérivent dans la Manche, venant toucher les côtes britanniques et françaises. Il se révélera plus tard que certains des dispersants utilisés pour la lutte étaient plus toxiques que le pétrole.

Cet accident fait découvrir à l’Europe un risque qui avait été longtemps négligé. Il donne naissance aux premiers éléments des politiques française, britannique et européenne de prévention et de lutte contre les grandes marées noires.

Le Torrey Canyon est un supertanker de la première génération, mesurant 297 mètres de long[1]. Son exploitation illustre la complexité de la mondialisation maritime, ce qui garantit une forme d'irresponsabilité des acteurs face aux dommages[1],[2]. Le navire est construit aux États-Unis et appartient à la Barracuda Tanker Corporation, une filiale de la société américaine Union Oil Company of California dont le siège social se situe aux Bermudes[3],[4]. Il bat pavillon libérien, est immatriculé à Monrovia et est manœuvré par un équipage de nationalité italienne[3]. Au moment du sinistre, il est affrété par l'Union Oil, qui le sous-affrète à la British Petroleum de Londres pour transporter 119 328 tonnes de pétrole brut en provenance du Koweït[3],[5].

Faits en bref Type, Histoire ...
Torrey Canyon
Type pétrolier
Histoire
Lancement 1959
Statut Échouement le
Caractéristiques techniques
Longueur 267,30 m
Maître-bau 41,25 m
Tirant d'eau 17,2 m
Port en lourd 120 000 tpl
Propulsion Diesel 2 temps, 1 hélice
Vitesse 17 nœuds
Carrière
Armateur Barracuda Tanker
Affréteur British Petroleum
Pavillon Liberia
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Naufrage

Le samedi , à 9 heures, le pétrolier s'éventre sur le récif des Seven Stones (en), plus précisément sur le rocher Pollard, situé à sept milles à l'est des îles Scilly, au large de la Cornouailles[6],[7]. Le capitaine Pastrengo Rugiati, pressé d'arriver au port de Milford Haven pour ne pas manquer la marée[7], décide de couper au plus court malgré la faible manœuvrabilité de son navire, qui nécessite une minute et 500 mètres pour effectuer un virage de seulement 20 degrés[6]. Une erreur de mesure de son officier rend l'impact inévitable[6]. Le pétrole s'échappe immédiatement des cuves et forme une nappe qui recouvre rapidement une surface de 50 kilomètres sur 30, soit environ 700 kilomètres carrés[8].

Conséquences

Lutte antipollution

Un Blackburn Buccaneer de la Royal Navy ayant participé au bombardement du Torrey Canyon.

Face à l'ampleur du désastre, le gouvernement britannique de Harold Wilson ordonne des mesures radicales. Après l'échec des tentatives de renflouage, qui coûtent la vie du capitaine Hans Stal lors d'une explosion accidentelle[9], la Royal Air Force et la Royal Navy bombardent l'épave à partir du pour tenter de brûler le pétrole[10]. Elles larguent 30 tonnes de bombes, 11 roquettes et du napalm[10]. Sur les 42 bombes visées, environ un quart manquent leur cible et le pétrole, mélangé à l'eau de mer, brûle mal, rendant l'opération peu concluante[10][11]. En parallèle, les Britanniques déversent 10 000 tonnes de détergents et de solvants chimiques, notamment le BP 1002, pour disperser la nappe[10][12]. Ces produits s'avèrent extrêmement toxiques pour la faune et la flore marines, aggravant les dégâts biologiques[13],[14]. Cette opération est un échec : le pétrole libéré se répand sur les côtes de Cornouaille britannique puis sur les côtes de Bretagne Nord[9].

En France, les autorités privilégient un nettoyage manuel sur les côtes bretonnes avec l'aide de l'armée, évitant l'usage massif de produits chimiques[15]. À Guernesey, 3 000 tonnes de pétrole mélangées à du sable sont aspirées et stockées dans une carrière de granit[12]. L'armée de terre française est venue prêter main-forte aux pêcheurs locaux pour installer des barrages et nettoyer les souillures. Parmi ces régiments, participait le 117e régiment d'infanterie de la Lande d'Ouée. La Marine nationale a également participé avec le dragueur de mines La Glycine de la classe MSC-60 dont l'équipage a répandu de la craie sur la nappe.

Conséquences environnementales

Lors de l'évènement et d'après les estimations de l'association d'ornithologie Aves, les victimes du naufrage se dénombrent à près de 100 000 oiseaux. Les espèces concernées sont : les Petits Pingouins (Alca torda), les Guillemots de Troïl (Uria aalge), les Macareux moines (Fratercula arctica), les Cormorans huppés (Phalacrocorax aristotelis), les Fous de Bassan (Sula bassana) et les Goélands (Larus sp.)[11]. 25 000 oiseaux marins tués, principalement des macareux, des guillemots et des pingouins tordas[16],[17]. En France, la Ligue pour la Protection des Oiseaux calcule que le nombre de couples de guillemots passe de 270 à 50 après la catastrophe, de 450 à 50 pour les pingouins tordas[18]. Les détergents chimiques ont tué les micro-organismes qui auraient pu décomposer naturellement le pétrole[19]. Les études scientifiques montrent que les zones traitées par ces produits mettent entre 13 et 15 ans à se stabiliser biologiquement, contre seulement 2 à 3 ans pour les zones non traitées[18],[19].

Modifications du droit international

L'affaire met en lumière un vide juridique international, car aucune règle ne permettait alors aux États d'agir en haute mer contre un navire étranger menaçant leurs côtes. En effet, le naufrage du Torrey Canyon ayant eu lieu dans des eaux internationales (à l'époque), l'intervention des avions de la RAF était illégitime selon la loi du pavillon puisque le navire était sous pavillon libérien (un pavillon de complaisance)[20]. Cette situation conduit à la création de nouvelles régulations par l'Organisation maritime internationale, notamment la convention CLC de 1969 sur la responsabilité civile et la convention MARPOL de 1973 sur la prévention de la pollution[21].

L'une des autres conséquences directes du naufrage du Torrey Canyon est l'adoption le à Bruxelles de la Convention internationale sur l'intervention en haute mer en cas d'accident entraînant ou pouvant entraîner une pollution par les hydrocarbures[22]. Elle définit les modalités et les conditions d'intervention en haute mer, en stipulant notamment dans son article 1er que « Les Parties à la présente Convention peuvent prendre en haute mer les mesures nécessaires pour prévenir, atténuer ou éliminer les dangers graves et imminents que présentent pour leurs côtes ou intérêts connexes une pollution ou une menace de pollution des eaux de la mer par les hydrocarbures à la suite d’un accident de mer ou des actions afférentes à un tel accident, susceptibles selon toute vraisemblance d’avoir des conséquences dommageables très importantes »[23].

Les propriétaires américains du navire finissent par payer 3 millions de livres de compensation au gouvernement britannique[24]. Au Royaume-Uni, le sinistre mène à la création du premier ministère de l'Environnement au monde en 1970[25].

Sont par ailleurs mis en place en 1971 des Fonds internationaux d’indemnisation pour les dommages dus à la pollution par les hydrocarbures (en) (FIPOL), fonds visant à indemniser les victimes des pollutions par les hydrocarbures et qui permit à titre d'exemple le versement de 52 millions d'euros aux victimes du naufrage du navire Erika en 1999[réf. nécessaire].

Hommages

Notes et références

Annexes

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