Tricoche et Cacolet (pièce de théâtre)

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Tricoche et Cacolet (pièce de théâtre)

Tricoche et Cacolet est un vaudeville en cinq actes écrit par Henri Meilhac et Ludovic Halévy, représenté pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal à Paris le 6 décembre 1871. La pièce met en scène deux détectives privés rivaux et comiques, dont l'agence se retrouve mêlée aux intrigues amoureuses et financières de la haute société parisienne.

Sommaire

  1. Contexte et genèse
  2. Intrigue et personnages
  3. Structure dramatique
  4. Réception et postérité
  5. Reprises notables
  6. Adaptation cinématographique
  7. Les auteurs : Meilhac et Halévy
  8. Henri Meilhac
  9. Ludovic Halévy
  10. La collaboration Meilhac-Halévy
  11. Références
  12. Liens externes

Contexte et genèse

La pièce est créée en décembre 1871, dans un Paris encore sous le choc de la défaite franco-prussienne et de la Commune. Dans ce contexte de reconstruction morale et sociale, le théâtre de boulevard reprend ses droits et le public redemande la légèreté caractéristique du Second Empire. Meilhac et Halévy, déjà consacrés par leurs triomphes avec Offenbach, livrent avec Tricoche et Cacolet l'une de leurs comédies les plus élaborées pour le répertoire du Palais-Royal.

La pièce est publiée dans une première édition puis rééditée notamment en 1895 chez Calmann Lévy. La création suscita un engouement immédiat, au point qu'un quadrille brillant composé sur ses thèmes fut publié dès 1871 par l'éditeur Heugel, avec une illustration du caricaturiste Stop (1825–1899).

Intrigue et personnages

L'action se déroule à Paris. Tricoche et Cacolet sont deux détectives privés d'une agence aux spécialités très étendues : placement de domestiques, ventes de fonds de commerce, mariages — et surtout « surveillance de leurs dames, avant, pendant et après, avec la réciproque ».
Mais les deux compères se jalousent et se détestent cordialement, chacun répétant à qui veut l'entendre que l'autre « n'est qu'un imbécile ».

Le banquier Van der Pouf fait appel à leur agence, soupçonnant sa femme Bernardine d'entretenir une correspondance avec le riche et sot duc Émile. La situation se complique encore avec l'entrée en scène d'Oscar Pacha, un aristocrate turc amoureux à la fois de Bernardine et de la séduisante Fanny Bombance, maîtresse du même Van der Pouf.

Au fil des actes, Tricoche et Cacolet multiplient les déguisements, les coups fourrés et les quiproquos, chacun cherchant à supplanter l'autre dans le service de ses clients. La pièce se dénoue par le triomphe relatif des deux détectives, qui parviennent à ramener Bernardine dans les bras de son mari et à faire enlever Fanny par le Pacha — non sans l'avoir séduite eux-mêmes auparavant.

Personnages principaux

  • Tricoche, Détective de l'agence, rivalise avec Cacolet
  • Cacolet, Associé de Tricoche, constamment disputailleur
  • Van der Pouf, Banquier hollandais, mari jaloux
  • Bernardine, Épouse de Van der Pouf
  • Le duc Émile, Gentilhomme riche et sot, prétendant de Bernardine
  • Oscar Pacha, Aristocrate turc, amoureux multiple
  • Fanny Bombance, Maîtresse du banquier Van der Pouf
  • Breloque, Personnage secondaire de l'agence


Structure dramatique

La pièce est un vaudeville en cinq actes, genre qui mêle la comédie de mœurs, le quiproquo et les couplets chantés. La musique de scène de la création originale est signée Auguste Delacroix. La structure en cinq actes, peu courante pour ce genre généralement plus court, confère à Tricoche et Cacolet une ampleur proche de la grande comédie de caractères, tout en conservant le rythme alerte et la légèreté propres au vaudeville.
Le ressort comique principal repose sur le dédoublement des deux protagonistes : ils servent simultanément les deux époux, et parfois les deux à la fois contre l'autre, générant une cascade d'imbroglios. La figure du détective privé, encore nouvelle sur la scène française de l'époque, offrait un prétexte idéal aux déguisements et aux situations absurdes chères aux auteurs.

Réception et postérité

À sa création, la pièce fut un grand succès du Palais-Royal. La popularité immédiate de ses deux personnages principaux est attestée par la publication quasi simultanée du quadrille brillant et par une série d'aquarelles et dessins du peintre Lhéritier (1809–1885), aujourd'hui conservées à la Bibliothèque nationale de France (Gallica).

L'œuvre figure dans le catalogue des pièces publiées par Meilhac et Halévy dans leur Théâtre en huit volumes (Calmann Lévy, 1899–1902). Elle est considérée comme l'une des réussites majeures de leur production comique non lyrique, aux côtés de Frou-Frou (1869) et de La Cigale (1877).

Reprises notables

Reprise de 1963 — Compagnie Renaud-Barrault

La pièce est reprise en 1963 dans une version nouvelle de Guillaume Hanoteau (avec la collaboration d'Éliane Rey de Villette), mise en scène par Jacques Charon pour la Compagnie Madeleine Renaud – Jean-Louis Barrault. Les représentations ont lieu au Théâtre de l'Odéon – Théâtre de France, à partir du 15 novembre 1963.

La distribution comprend notamment :


La musique de scène de cette production est composée par Jean-Michel Damase, avec des couplets écrits par Jean Parédès lui-même. Les décors et costumes sont signés André Levasseur (1927–2006). La presse de l'époque (Le Figaro, Combat, Une Semaine de Paris) couvre largement les représentations de la saison 1963–1964.

Adaptation cinématographique

En 1938, le réalisateur Pierre Colombier adapte la pièce au cinéma. Le film, intitulé Tricoche et Cacolet, met en vedette Fernandel (dans le rôle de Tricoche) et Frédéric Duvallès (dans celui de Cacolet). L'adaptation et les dialogues sont de René Pujol ; la musique est de Casimir Oberfeld, interprétée par l'orchestre de Ray Ventura. Le film est sorti en France en 1938 et a été édité en DVD par Studio Canal en 2004.

(Pour plus de détails sur le film, voir l'article dédié : Tricoche et Cacolet (film, 1938).)

Les auteurs : Meilhac et Halévy

Henri Meilhac(1830–1897)

Henri Meilhac naît le 23 février 1830 à Paris (ancien 4e arrondissement), fils d'un artiste peintre de la Corrèze et d'une couturière. Après ses études au collège Louis-le-Grand, il travaille d'abord dans une librairie, puis comme dessinateur et chroniqueur au Journal pour rire (1852–1855), sous le pseudonyme de Thalin. Il y révèle une fantaisie et un esprit caustique typiquement boulevardiers.

Il débute au théâtre en 1855 au [[Palais-Royal] avec deux vaudevilles (Garde-toi, je me garde et Satania), qui attirent l'attention des critiques sans rencontrer un large public. Sa rencontre avec Ludovic Halévy en 1860 est le tournant décisif de sa carrière.

Personnage haut en couleur, grand, bel homme, bon vivant et célibataire endurci, Meilhac cherche l'inspiration dans les grands restaurants, les cigares et le champagne. Sa contribution au duo est une fantaisie débordante, parfois confinant à la loufoquerie, que son associé Halévy tempère par son sens plus aigu de la réalité. En dehors de sa collaboration avec Halévy, il signe également Mam'zelle Nitouche (1883, avec Albert Millaud) et le livret de Manon de Jules Massenet (1884, avec Philippe Gille). Il encourage les débuts de Georges Feydeau. Élu à l'Académie française le 26 avril 1888 (fauteuil 15, en remplacement d'Eugène Labiche), il est reçu par Jules Simon le 4 avril 1889. Il est promu officier de la Légion d'honneur en 1884.

Henri Meilhac meurt le 6 juillet 1897 en son domicile, place de la Madeleine (Paris 8e). Il repose au cimetière de Montmartre (21e division), sous un tombeau orné d'une figure en pierre d'Albert Bartholomé.

Ludovic Halévy (1834–1908)

Ludovic Halévy naît le 1er janvier 1834 à Paris, dans une famille dont le rayonnement culturel est exceptionnel : son père est l'écrivain et polygraphe Léon Halévy (1802–1883) ; son oncle paternel est le compositeur Jacques Fromental Halévy (1799–1862), auteur de La Juive. Par son mariage en 1868 avec Louise Breguet, il devient le gendre de l'horloger et physicien Louis Breguet. Leurs fils Élie Halévy (1870–1937) et Daniel Halévy (1872–1962) seront tous deux des historiens renommés.

Entré dans l'administration en 1852, Halévy est nommé chef de bureau au ministère de l'Algérie puis secrétaire rédacteur au Corps législatif (1861), présidé par le duc de Morny. C'est d'ailleurs avec ce dernier qu'il collabore pour le livret de l'opérette Monsieur Choufleuri restera chez lui, mise en musique par Offenbach (1861). Ses succès littéraires lui permettent de quitter l'administration vers 1865–1867 pour se consacrer entièrement à l'écriture.

Vers 1878, il anime, avec sa cousine Geneviève Bizet (future Mme Straus), un célèbre salon littéraire du « Tout-Paris » artistique, les « jeudi de Ludovic », rue de Douai, où se croisent Degas, Proust, Lucien Guitry, Paul Bourget et d'autres.

Auteur de romans à succès — L'Abbé Constantin (1882, rédigé selon la tradition familiale en vingt jours sur un pari) et Criquette (1883) —, il est élu à l'Académie française le 4 décembre 1884 (fauteuil 22). Il y soutient, sans succès, les candidatures répétées de son ami Émile Zola et cesse presque entièrement d'écrire après les années 1890. Ludovic Halévy meurt le 7 mai 1908 à Paris.


La collaboration Meilhac-Halévy

Les deux auteurs se rencontrent en 1860 et entament une collaboration qui dure près de vingt ans, jusqu'en 1881. Leur tandem est l'un des plus féconds du théâtre français du XIXe siècle. Offenbach lui-même, parlant de la « trinité » qu'il formait avec eux, déclarait : « Je suis sans doute le père, mais chacun des deux est mon fils et plein d'esprit. »

Leur complémentarité est remarquable : la critique Francisque Sarcey soulignait que Halévy apportait un « sens exquis de la réalité » tempérant la fantaisie parfois excessive de Meilhac, tandis que ce dernier insufflait une inventivité comique et une légèreté sans pareilles.

Principales œuvres lyriques communes :

Principales comédies et vaudevilles communs :

  • Les Brebis de Panurge (1863)
  • Fanny Lear (1868)
  • Frou-Frou (1869)
  • Tricoche et Cacolet (1871)
  • L'Été de la Saint-Martin (1873)
  • La Boule (1874)
  • Le Prince (1876)
  • La Cigale (1877)
  • Le Mari de la débutante (1879)

Leur œuvre commune est réunie dans le Théâtre de Meilhac et Halévy, publié en huit volumes chez Calmann Lévy entre 1899 et 1902.

Références

  • Bibliothèque nationale de France (BnF), données.bnf.fr : notices Tricoche et Cacolet (spectacle 1871 et 1963)
  • Catalogue général de la BnF, notice ark:/12148/cb39464373j (repr. 1963, Compagnie Renaud-Barrault)
  • Gallica, BnF : illustrations de Lhéritier (1871) et quadrille de Stop (1871)
  • Encyclopédie Universalis, articles « Henri Meilhac » et « Ludovic Halévy »
  • Académie française : notices biographiques d'Henri Meilhac (fauteuil 15) et Ludovic Halévy (fauteuil 22)
  • Henri Meilhac et Ludovic Halévy, Théâtre, 8 vol., Calmann Lévy, 1899–1902
  • Vente Alde (Paris), catalogue de la collection Arthur Meyer : exemplaire de Tricoche et Cacolet illustré par Alfred Grévin

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