Umbro Apollonio
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Médaille d'or pour les mérites de l'école, de la culture et de l'art (1962) |
Umbro Apollonio (20 avril 1911, Trieste – 22 avril 1981, Bassano del Grappa) est un critique d'art, historien de l'art et essayiste italien, considéré comme l'une des figures majeures de la médiation culturelle en Italie de l'après-guerre. Acteur central de la reconstruction du débat artistique après 1945, il contribue à structurer une réflexion théorique sur les avant-gardes historiques et les nouvelles recherches abstraites, en articulant histoire, critique et institution.
Lié à la Biennale de Venise, dont il dirige l'Archivio Storico delle Arti Contemporanee (ASAC) de 1949 à 1972 et dont il est secrétaire général entre 1956 et 1962, il joue un rôle dans l'internationalisation de l'art italien. Sous son impulsion, l'archive devient un centre de documentation et de recherche de premier plan, tandis que ses activités éditoriales et curatoriales contribuent à inscrire la scène italienne dans un dialogue européen et transatlantique.
Spécialiste du futurisme et défenseur de l'art abstrait, puis promoteur de l'art programmé et de l'art cinétique, il s'impose comme un théoricien d'une esthétique rationnelle et collective, attentive aux rapports entre art, science et technologie. Par ses ouvrages, ses anthologies — notamment Futurist manifestos (1973) — et son engagement académique, il marque durablement plusieurs générations d'historiens et de critiques d'art.
Jeunesse et formation
Né à Trieste en 1911 dans une famille d'intellectuels, Umbro Apollonio étudie l'histoire de l'art à l'Université Ca' Foscari de Venise, où il se familiarise avec les courants modernes européens. Dès les années 1930, il commence une carrière de publiciste, collaborant à des revues culturelles italiennes et internationales[1].
Carrière à la Biennale de Venise
Après la Seconde Guerre mondiale, il s'installe à Venise. En 1948, il devient coadjuteur pour les expositions d'art de la Biennale. En 1949, il est nommé directeur de l'Archivio Storico delle Arti Contemporanee (ASAC), poste qu'il occupe jusqu'en 1972. Sous sa direction, l'archive se transforme en un centre de recherche pour l'art moderne italien et international, enrichissant ses collections documentaires et photographiques[2].
Parallèlement, de 1956 à 1962, il assume les fonctions de secrétaire général de la Biennale de Venise, contribuant à son rayonnement international[3]. Il dirige également la revue La Biennale di Venezia de 1950 à 1972, plateforme pour ses réflexions sur l'art abstrait et les avant-gardes[3].
Engagement académique et critique
En 1956, Umbro Apollonio participe à la création de la revue d'art Quadrum, publiée à Bruxelles, pour laquelle il agit comme coordinateur et conseiller, contribuant ainsi au débat européen sur l'art abstrait[1]. Membre de la Section italienne de l'Association internationale des critiques d'art (AICA), il participe à ses congrès internationaux, notamment celui de 1953 en Irlande où il présente des communications sur les relations entre cinéma et critique d'art[2].
Parallèlement à ses activités à la Biennale, il enseigne l'histoire de l'art contemporain à l'Université de Padoue de 1968 à 1979, formant une nouvelle génération de critiques et d'historiens[1]. Il est également critique littéraire : sur incitation de Livia Veneziani, veuve d'Italo Svevo, il devient le premier curateur des archives de l' écrivain triestin. Il édite et publie chez Mondadori trois volumes posthumes de Svevo : Corto viaggio sentimentale e altri racconti inediti (1949), Saggi e pagine sparse (1954) et les Commedie (1960)[3].
Dernières années et héritage
Dans les années 1960, Umbro Apollonio soutient l'art programmé et cinétique, participant à des débats internationaux sur les relations entre art et technologie, notamment lors du IVe Corso Internazionale Alta Cultura à Venise en 1962 et du XIIe Congresso à Verucchio en 1963[4]. Il promeut une esthétique impersonnelle et reproductible, s'opposant à l'individualisme de l'art informel et voyant dans la technologie un moyen de renouveler les arts visuels. Il participe également à de nombreux jurys nationaux et internationaux et donne des conférences à travers le monde.
Umbro Apollonio meurt en 1981 à Bassano del Grappa[3]. Sa fille, l'artiste Marina Apollonio, figure reconnue de l'art cinétique, perpétue son héritage intellectuel[5].
Pensée et réception critique
La critique d'Umbro Apollonio, ancrée dans un rationalisme hérité des Lumières, s'oppose constamment à l'art informel pour défendre des recherches collectives et impersonnelles, anticipant les débats sur l'art et la science[4]. Son engagement en faveur de l'art programmé et cinétique lui vaut des critiques, notamment de la part d'artistes comme Emilio Vedova qui l'accuse de promouvoir un art déshumanisé, ou de critiques comme Carlo Ludovico Ragghianti qui dénoncent un risque de plagiat du constructivisme historique[6]. Ces tensions reflètent les débats animés qui traversent la scène artistique italienne des années 1960.
Sur le plan international, Apollonio est reconnu comme l'un des médiateurs les plus importants de l'art italien d'après-guerre[7]. Ses écrits sur l'art abstrait et le futurisme, en particulier son anthologie Futurist manifestos publiée en 1973, deviennent des références incontournables pour les chercheurs du monde entier. Son approche méthodique et technique influence plusieurs générations d'historiens de l'art.
L'importance de son travail est également attestée par la conservation de ses archives et la poursuite des recherches universitaires sur sa contribution, notamment à travers des études récentes publiées par des institutions comme l'Université Ca' Foscari de Venise[2].