Vecteur contravariant, covariant et covecteur
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Un vecteur contravariant est un vecteur, un vecteur covariant est une forme linéaire, encore appelé covecteur, ou encore vecteur dual[Information douteuse]. Et si on dispose d'un produit scalaire, on peut représenter une forme linéaire (= un vecteur covariant = un covecteur) par un vecteur à l'aide du théorème de représentation de Riesz (cette représentation dépend du choix du produit scalaire).
Toutes ces notions sont indépendantes de représentation dans une base : mais à partir du moment où on choisit une base , la représentation des composantes des vecteurs, et des composantes des formes linéaires, est standard : elle se fait avec un indice en haut pour les composantes des vecteurs, comme , et un indice bas pour les composantes des formes linéaires, comme où est la base duale.
Ce vocabulaire a été longtemps (et est encore souvent) associé au comportement des composantes lors d'un changement de base, en particulier les composantes d'un vecteur se transformant de manière inverse aux transformations des vecteurs de base : quand la transformation pour les vecteurs de base se lit matriciellement , alors la transformation pour les composantes se lit matriciellement , d'où le nom "contravariant" donné aux vecteurs (transformation "dans le sens inverse de "). Et les composantes des formes linéaires se transforment comme (transformation "dans le sens ").
L'importance de la distinction entre vecteur covariant et contravariant se voit également dans l'étude de changement de base des tenseurs. Par exemple un tenseur 1 fois covariant et 1 fois contravariant (comme en endomorphisme) se transforme comme , alors qu'un tenseur deux fois covariant (comme un produit scalaire) se transforme comme . Dans le cadre usuel d'un changement de systèmes de coordonnées (non orthonormé), comme un changement du système cartésien au système polaire, on ne peut confondre ces formules.
On confond souvent tenseur et calcul tensoriel ou matriciel (le calcul avec les formes multilinéaires), calculs indispensables entre autres en physique. Cependant, le calcul matriciel se concentre sur les calculs après représentation dans une base (où on retrouve la représentation en indices et en exposants), alors que les tenseurs, ou les champs de tenseurs (ici les champs de vecteurs et de formes linéaires), permettent une représentation par objets qui ont une existence indépendamment d'un "utilisateur" (indépendamment du choix d'une base ou du choix d'un produit scalaire). Ces tenseurs permettent, lorsqu'on fait un calcul tensoriel, d'être assuré que ce calcul est intrinsèque (résultat numérique indépendant de l'utilisateur). C'est un des apports essentiels de la géométrie différentielle à la physique.
Définitions
Les expressions vecteur contravariant et vecteur covariant semblent être utilisées l'une pour l'autre suivant les origines scientifiques. Citons par exemple Spivak, A Comprehensive Introduction to Differential Geometry, Volume 1, 3rd edition, p. 113 : "...Classical terminology used these same words, and it just happens to have reversed this... And no one has had the gall or authority to reverse terminology so sanctified by years of usage...".
On adopte l'approche géométrie différentielle, où en particulier une forme linéaire est appelée un vecteur covariant (ou covecteur, ou vecteur dual). Après avoir rappelé les définitions, on se donnera une base, on en déduira la base duale, et retrouvera la représentation d'un vecteur et d'une forme linéaire (un vecteur covariant) à l'aide de leurs composantes.
On s'intéresse ici aux espaces vectoriels de dimension finie. On notera un espace vectoriel de dimension .
Un vecteur est un élément d'un espace vectoriel , par exemple , ou l'espace des fonctions affines par morceaux, ou l'espace des fonctions d'énergie finie (espace des fonctions de carré intégrable).
Un vecteur est également appelé un vecteur contravariant, en référence au comportement de ses coordonnées dans une base.
Une forme linéaire sur est une application linéaire à valeurs dans un corps commutatif . Dans la suite . On note l'ensemble des formes linéaires sur , appelé le dual de .
est un espace vectoriel dont les éléments (qui sont donc des vecteurs) sont appelés vecteurs covariants (ou vecteurs duaux, ou covecteurs) : ils covarient avec les vecteurs de au sens où ils agissent sur les vecteurs. Ainsi un covecteur (une forme linéaire) agit sur un vecteur pour donner le réel .
Interprétation : une forme linéaire est un "instrument de mesure" qui donne une valeur aux objets "les vecteurs" .
N.B. : un vecteur et une forme linéaire ont une existence par eux-mêmes (ils sont intrinsèques) : ils ne nécessitent ni l'introduction d'une base ni l'introduction d'un produit scalaire (qui dépendent du choix d'un "utilisateur"). Les vecteurs et formes linéaires sont les exemples les plus simples de tenseurs.
N.B. : plus loin on représentera une forme linéaire par un "vecteur de représentation" (théorème de représentation de Riesz), sous la condition essentielle de disposer d'un nouvel outil : un produit scalaire (le choix d'un tel outil dépend d'un "utilisateur"). Et il n'y a rien de "naturel" dans le choix d'un tel "vecteur de représentation". Ici le mot "naturel" a un sens mathématique précis : il signifie qu'il n'y a pas d'isomorphisme canonique entre et (un isomorphisme entre et existe mais nécessite l'introduction d'un nouvel outil comme un produit scalaire).
N.B. : il n'y a pas d'ambiguïté sur ce qu'est un vecteur covariant : c'est une forme linéaire sur , c'est-à-dire un élément de (c'est un tenseur covariant). On lève les ambiguïtés sur ce qu'est un vecteur contravariant (par rapport à un vecteur) en commençant par considérer les formes linéaires sur , c'est-à-dire le bidual (c'est l'ensemble des tenseurs contravariants l'espace des dérivations directionnelles). Puis, par isomorphisme canonique (en dimension finie), on identifie (l'ensemble des vecteurs ) et son bidual (l'ensemble des dérivations dans les directions de vecteurs ). Cet isomorphisme permet de rebaptiser un vecteur contravariant en vecteur, et, de même, de rebaptiser un vecteur en un vecteur contravariant.
La base duale
Soit vecteurs de formant une base. On définit la forme linéaire (vecteur covariant) comme étant la projection sur la direction parallèlement aux autres directions :
étant le symbole de Kronecker. Les formes linéaires forment une base de (vérification simple) appelée la base duale de la base . La base duale est donc constituée des formes linéaires de projection définies ci-dessus.
Calcul des composantes d'un vecteur
Si , les réels vérifiant sont appelés les composantes de dans la base .
Connaissant la base , on calcule la base duale , et les composantes du vecteur sont calculées en appliquant les projections sur : par linéarité de on a la i-ème composante de (valeur de la projection de sur parallèlement aux autres directions).
Dimensions
Donner une "valeur" à un objet, comme la taille d'un homme, la masse, la température..., n'a de sens que relativement à un "objet de référence". C'est donc définir une fonction qui à l'objet associe la valeur , où la fonction est construite à l'aide de l'objet de référence. Ici on souhaite donner une taille "proportionnelle", et on choisit donc une fonction linéaire.
Modélisation en une dimension : l'objet de référence (dont la valeur sera par exemple le pied anglais Pied (unité) est représenté par un vecteur . Lui attribuer la dimension 1 c'est prendre la fonction linéaire définie par . La fonction est alors notée .
Ainsi si un homme est modélisé par un vecteur alors sa taille est donnée par en unités de . Autrement dit, ayant posé (décomposition sur la base ), sa taille est donnée (en unités de ) par la composante de sur la base.
Ainsi un homme de 6 pieds fait référence à l'objet de référence "le pied anglais", et donc ici avec en pieds. Si on préfère utiliser les mètres, on prend l'objet `mètre étalon' qu'on modélise par un vecteur , on prend la forme linéaire qui vérifie , et la taille de l'homme en mètres est la valeur en mètres, composante de sur la base .
Modélisation en n dimensions : la i-ème composante sur la base donne `la taille le long du i-ème vecteur de base'.
Donnons l'exemple usuel en aviation. Pour fixer les idées considérons un aéroport qui a deux pistes d'atterrissages, une dirigée Nord, et l'autre dirigée Nord-Ouest. Les dimensions internationales en aviation sont le mille nautique ou mille marin (Nautical Mile NM) pour les distances horizontales et le pied anglais (foot ft) pour les distances verticales. Le contrôleur aérien, qui veut connaître la position des avions en approche, demande au pilote son altitude et sa distance à l'aéroport. Le repère le plus simple pour le contrôleur est où O est la position de la tour de contrôle, et, par exemple, indique le nord et modélise un objet de longueur 1 NM, indique le nord-ouest et modélise un objet de longueur 1 NM, et indique la verticale et modélise un objet de 1 ft. Ainsi, un avion est repéré par sa position dans le référentiel du contrôleur.
À partir de cette base, on définit la base duale où est la forme linéaire donnée par , , (une forme linéaire est définie par ses valeurs sur les vecteurs de base), de même pour et (avec ). Si on veut connaître l'altitude de l'avion (en pieds), on calcule (la troisième composante), valeur en pieds anglais. Et comme ce n'est que l'altitude qui nous intéressait, on a choisi la forme linéaire , car elle s'annule sur l'espace engendré par et (son noyau) et vaut 1 sur . Et si l'avion arrive par la piste nord et qu'on souhaite connaître son éloignement, on calcule (la première composante), valeur en NM. Et on vérifie qu'il n'arrive pas par la piste nord-ouest car dans notre cas (la deuxième composante).
N.B. : on peut également se servir d'un produit scalaire pour définir une dimension. Un produit scalaire étant une forme bilinéaire, un produit scalaire est entièrement déterminé par ses valeurs sur les vecteurs de base, c'est-à-dire par les réels notés usuellement . Ainsi s'écrit . Et donc on se sert explicitement de la base duale qui justement sert à donner la "taille" 1 aux objets modélisés par les vecteurs . Autrement dit, la représentation d'un produit scalaire dans une base nécessite au préalable la définition de la base duale .
Règles de changement de base des vecteurs (vecteurs contravariants)
Soit une « ancienne » base et une « nouvelle » base de . On notera et les bases duales respectives.
A fixé, soit les composantes de dans la base , soit génériquement
La matrice stocke dans sa colonne les composantes de dans la base : c'est la matrice de changement de base dite matrice de passage.
Et la matrice est la matrice de passage de la nouvelle base vers l'ancienne :
En effet . Ainsi stocke dans sa colonne les composantes de dans la base .
Soit , et soit :
où donc et sont les matrices colonnes stockant les composantes de sur ces bases. (Un vecteur est représenté dans une base par une matrice colonne.)
Un calcul simple donne (on applique les formes linéaires de la base duale de à l'égalité ci-dessus) :
.
Donc les nouvelles coordonnées varient en fonction de , inverse de , d'où le nom contravariant (les composantes se transforment « dans le sens contraire » au sens de la base).
Calcul des composantes d'une forme linéaire (d'un vecteur covariant)
Soit et soit ses composantes dans la base duale , c-à-d Les composantes sont calculées en appliquant les vecteurs : par linéarité de on a la j-ème composante de .
Représentation matricielle d'une forme linéaire (d'un vecteur covariant)
On représente une forme linéaire dans une base à l'aide d'une matrice ligne, soit avec les notations ci-dessus . On dispose ainsi des règles usuelles du calcul matriciel :
Voir la convention d'Einstein ci-dessous.
Règles de changement de base des formes (vecteurs covariants)
Soit , et soit :
où donc et sont les composantes de sur les bases duales. (Une forme linéaire est représentée dans une base par une matrice ligne.) Un calcul simple (on calcule les à l'aide de l'égalité ci-dessus) donne :
.
D'où le nom (vecteur) covariant donné aux formes linéaires (les composantes se transforment "dans le même sens" que la base).
On vérifie immédiatement avec ces formules de changement de base que la quantité ne dépend pas de la base, car (matrice identité) : la valeur ne dépend pas du choix de la base : on a bien :
.
La différence de sens est visible si on utilise les notations génériques :
où matrice inverse. La première égalité donne (on est ici dans le cadre des changements de coordonnées cartésiens, cas où les vecteurs de base ne dépendent pas de ), d'où la notation générique :
N.B. : il se trouve que pour un changement de bases orthonormées, on a (matrice transposée), et qu'alors les règles de changement de bases sont les mêmes... à la transposition près (matrices lignes transformées en matrices colonnes). C'est bien sûr faux si le changement de base n'est pas orthonormé.
Et indépendamment des règles de changement de base, les physiciens sont très attachés au caractère "covariant" (l'instrument de mesure) ou "contravariant" (l'objet à mesurer).