Wilhelm Gustloff reçoit une formation d'employé de banque. Souffrant d'une maladie pulmonaire, il n'est pas mobilisé durant la Première Guerre mondiale; venu en 1917 à Davos dans le canton suisse des Grisons pour se soigner, il s'y installe ensuite définitivement, y travaillant dans les services météorologiques.
Membre du Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund («Alliance de protection et de défense des Nationaux allemands») à partir de 1921, il adhère au Parti nazi en 1929 et devient Landesgruppenleiter («dirigeant de groupe territorial») en Suisse dans le cadre de la NSDAP-Auslandsorganisation («Organisation extérieure du NSDAP»).
Ses activités pro-allemandes et antisémites aboutissent à des interpellations au Parlement suisse dès , sans résultat; mais en 1935, Gustloff est tout de même sérieusement menacé d'expulsion du territoire suisse après la publication d'un ouvrage, Der Reichsdeutsche, dans lequel il reconnait avoir prêté serment d'obéissance à Hitler. Les Allemands essayant de lui fournir une immunité diplomatique, il s'ensuit des débats qui permettent de surseoir à cette expulsion.
Parti pour Berlin pour le 3e anniversaire de l'avènement au pouvoir de Hitler (), il est assassiné dans son appartement le suivant, peu après son retour à Davos, par un étudiant yougoslave, David Frankfurter, fils d'un rabbin, qui souhaitait par ce geste «réveiller son peuple». À la fin de l'année, Frankfurter est condamné à 18 ans de prison (il sera libéré en 1945, puis réhabilité par la Confédération suisse dans les années soixante, alors qu'il réside en Israël).
Adolf Hitler décide d'honorer Wilhelm Gustloff, martyr de la cause du national-socialisme, en donnant son nom à un paquebot en cours de finition dans les chantiers navals Blohm + Voss de Hambourg. Le lancement du Wilhelm Gustloff a lieu en présence d'Hitler et de la veuve de Gustloff. Ce navire qui servira avant-guerre de vitrine sociale du Troisième Reich en proposant des croisières aux travailleurs allemands méritants, finira torpillé en mer Baltique par un sous-marin soviétique le —ironiquement jour-anniversaire de l'accession d'Hitler au pouvoir et jour de l'anniversaire de Gustloff — alors qu'il évacué militaires et civils de la Prusse-Orientale face à l'avancée des Soviétiques. Le nombre de victimes varie entre 5 300 et 9 343 personnes à bord, ce qui en ferait la plus grande catastrophe maritime de l'histoire.
Peter Bollier, 4. Februar 1936: das Attentat auf Wilhelm Gustloff, dans Roland Aergerter (dir.), Politische Attentate des 20. Jahrhunderts, Zurich, NZZ Verlag, 1999
Emil Ludwig, Peter O. Chotjewitz et Helmut Kreuzer (Hrsg.), Der Mord in Davos, Herbstein, 1986