ZK 382
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| ZK 382 | |
| Présentation | |
|---|---|
| Type | Fusil antichar |
| Pays d'origine | |
| Concepteur | Josef et František Koucký |
| Fabricant | Ceská Zbrojovka Brno |
| Caractéristiques | |
| Longueur | 1710 mm[1] |
| Longueur du canon | 1500 mm[1] |
| Masse (non chargé) | 10 kg[1] |
| Masse (chargé) | 12,5 kg[2],[3] |
| Mode d'action | au coup par coup[1] |
| Munitions | 7,92 × 145 mm[2],[3],[4] ZVV (initial) 12 × 165 mm (amélioré) 7,92 × 94 mm Patronne 318 (après 1938)[1] |
| Capacité | magasin de 5 coups[1] |
| Vitesse initiale | 1300 m/s (7,92 × 145 mm ZVV + 12 × 165 mm) 1050 m/s (7,92 × 94 mm Patrone 318)[1] |
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Le ZK 382 était un fusil antichar en calibre 7,92 × 145 mm, développé par la firme Ceská Zbrojovka Brno (acronymie CZ) en Tchécoslovaquie pendant l’entre-deux-guerres.
Conception
Dans les années 1930, le ministère de la Défense nationale tchèque se préoccupa du développement des fusils antichars. Il s’adressa en 1935 aux usines d’armement du pays pour lancer un appel d'offres en vue de la mise au point d’une arme à répétition VV (haute puissance)[5], et demanda le développement de fusils antichars en trois calibres : 7,92 mm, 13 mm et 15 mm[6].
L’un des projets soumis était celui de František Janeček, surtout connu comme le concepteur des motos Jawa[7],[8]. Il proposait un fusil à âme conique de 15/11 mm, dont le calibre allait en se rétrécissant de la chambre vers la bouche, exploitant le brevet Gerlich. Via un adaptateur spécial, il pouvait tirer la munition réglementaire de 15 × 104 mm utilisé par la mitrailleuse lourde ZB-60. Cependant, l’armée tchèque se rendra compte en 1936 que le système Janeček, malgré son avancée technologique, était une voie sans issue, en raison de l’usure prématurée du canon et du poids excessif de l’arme (20 kilos). De plus le recul était trop violent pour le tireur. L’armée considérait que tout fusil utilisant la cartouche de 15 mm serait trop lourd, et a précisé que le fusil antichar devait être plus petit et utilisable par un seul soldat[1],[7],[8]. En février 1938, des ordres furent donc donnés pour se concentrer sur le calibre 7,92 mm[7],[8].
Un autre projet fut donc proposé par le talentueux concepteur d’armes Josef Koucký[7],[8] (né en 1904)[9], dont le design le plus célèbre sera le pistolet automatique CZ-75, développé après la Seconde Guerre mondiale conjointement avec son frère cadet František Koucký[7],[8] (né en 1907). Josef Koucký a travaillé successivement comme concepteur et chef concepteur chez Ceská Zbrojovka (CZ) à Brno du 1er août 1934 au 31 décembre 1949. Toutes les armes conçues par les deux frères étaient désignées par le sigle « ZK » pour Zbrojovka Koucký[9].
Son projet était basé sur le calibre 7,92 mm, l’un des plus courants en Tchécoslovaquie après la Première Guerre mondiale. En effet, la jeune république tchécoslovaque a obtenu des outillages de Mauser en guise de réparations de guerre, et la plupart des fusils Mauser d’après-guerre ont en réalité été fabriqués en Tchécoslovaquie. Josef Koucký a décidé que la clé pour pénétrer le blindage des chars résidait dans la grande vitesse initiale[7],[8]. Il décida de créer une munition de petit calibre (7,92 mm), mais avec un noyau en tungstène. Une douille très longue était nécessaire pour donner à cette balle une grande vitesse initiale, d’où la conception de la cartouche de 7,92 × 145 mm, qui prendra le nom officiel de 7,92 mm ZVV. Selon certaines sources, lors des essais la balle a atteint une vitesse de 1270 à 1320 mètres/seconde[1],[7],[8],[4]. Il était estimé qu’elle pouvait pénétrer environ 40 mm d’acier laminé homogène, ce qui était supérieur au blindage de tout char de l’époque[4].
Pour permettre à la balle d’atteindre sa pleine vitesse, un canon très long était nécessaire. Cependant, il fallait maintenir la longueur totale du fusil dans des limites raisonnables, afin que l’arme soit assez compacte pour être manipulée par un seul soldat. Josef Koucký a donc eu une idée qui a révolutionné le monde de l’armement : il plaça le chargeur à l’arrière de la poignée pistolet et de sa queue de détente, selon une configuration qui sera désignée « bullpup »[1],[7],[8],[4]. La culasse à verrou coulissait sur la crosse, permettant d’amortir le recul et le rendant moins fatigant pour le tireur[1]. Le poids total de l’arme était de 10,5 kg, y compris[6] le chargeur de 5 coups[1],[6],[4]. L’arme était actionnée par répétition manuelle[4]. Elle reçut la désignation de ZK 38-2 (ou ZK 382)[1],[6].
Les premiers essais eurent lieu début avril 1938. Les propriétés balistiques de la munition 7,92 mm ZVV s’avèrent décevantes : sur les longues distances, la balle accusait une chute importante sur sa trajectoire. Déçue par les résultats, l’usine CZ décida de procéder à de nouveaux essais à Střelná, près de Vsetín, entre fin juin et août 1938. Cette fois encore, la munition se montra décevante sur plusieurs points : elle usait rapidement les canons, qui avaient une faible durée de vie. Elle était sujette à une trop grande dispersion. Son pouvoir de pénétration était insuffisant[1],[5] au-delà de 300 mètres. Face au danger imminent de guerre, avec le Troisième Reich cherchant à annexer les Sudètes, l’état-major tchécoslovaque décida néanmoins de lancer la fabrication, tout en préconisant de ne pas tirer au-delà de 300 mètres. Les hausses furent donc fixées à cette distance. Cela dit, tous les blindés de la génération de la guerre civile espagnole étaient perforés à 150 mètres[1].
Dans le même temps, l’institut militaire technique et aéronautique (VTLÚ)[5] a apporté son aide à CZ pour corriger les défauts de la munition 7,92 mm ZVV, aboutissant à la création d’une munition de plus gros calibre avec un étui rallongé : la 12 × 165 mm. Une nouvelle version du ZK 38 fut développée pour cette nouvelle munition : le ZK 38-4. Cette fois, c’était une arme à un seul coup[1]. À l’automne 1938, des munitions de calibre 7,92 mm VV (haute puissance) et 12 mm furent assemblées à Vsetín à partir de cartouches fabriquées à Považská Bystrica et de balles fabriquées à Vsetín. Elles étaient destinées aux essais de tir des ZK 382 et ZK 384[10]. Les deux modèles furent produits à environ 10 000 exemplaires, en attendant une meilleure arme de remplacement. Les ZK 38-2 et ZK 38-4 étaient principalement destinés à équiper les blockhaus LO modèles 37 et 38[1].
D’autres variantes de la série ZK 38 furent également expérimentées[1], toutes utilisant la cartouche de 12 x 165 mm :
- Une ZK 384 alimentée par des chargeurs de 5 ou 10 coups, et pesant plus de 15 kg. Un exemplaire est exposé au musée militaire de Prague.
- La ZK 385, à un seul coup ;
- La ZK 395, à nouveau alimentée par chargeur, mais seulement avec des chargeurs de 5 cartouches.
Avec une vitesse à la bouche annoncée de 1300 m/s, ces balles étaient dangereuses pour les chars chars légers de l’entre-deux-guerres, même ceux équipés d’un blindage pare-balles[7],[8].
En service allemand
L’annexion des Sudètes par l'Allemagne nazie[1] à l’automne 1938[5], à la suite des accords de Munich[6], conduit à l’abandon de la production de masse envisagée[1], mais pas au développement des fusils antichars dans l’usine d’armes de Brno[5].
En effet, toute l’industrie de l'armement de la Tchécoslovaquie passa sous contrôle allemand, y compris des entreprises bien connues comme Škoda. Les Tchèques étaient très avancés en ingénierie des armes, riches en expérience et en savoir-faire, et possédaient des usines modernes[6], qui intéressaient déjà les Allemands avant l’annexion[7],[8]. Le conglomérat Ceskoslovenská Zbrojovka A.S. Brno fut placé sous administration allemande. De 1938 à 1945, il a opéré sous les noms de Waffenwerke Brünn I (pour le site de Brno) et II (pour le site Považská Bystrica) et était affilié à la Reichswerke Hermann Göring, un conglomérat industriel de l’Allemagne nazie. Sa production principale était du matériel militaire pour la Wehrmacht (armée allemande) et la Waffen-SS. Les usines fabriquaient non seulement des armes de conception allemande, comme la Karabiner 98k, mais aussi des développements tchèques d’avant-guerre sous une nouvelle désignation. Par exemple, le fusil vz. 24 fut produit sous le nom de Gewehr 24(t), le fusil-mitrailleur ZB vz. 26 sous le nom de MG 26(t) et la mitrailleuse ZB vz. 37 sous le nom de MG 37(t). Le (t) du nom allemand signifie tschechisch (tchèque)[6].
La Waffen-SS a rapidement réussi à prendre le contrôle total des ateliers d’armement de Brno. En raison des rivalités intenses entre la Wehrmacht et la Waffen-SS[6], la SS ne faisait pas partie du système militaire standard allemand d’approvisionnement en armes par le Heereswaffenamt (Bureau de l’Armement de l’Armée de terre), qui équipait et ravitaillait en priorité la Wehrmacht[6], et était contrainte de chercher ses armes auprès d’autres sources. Les usines tchèques étaient l’une des sources d’approvisionnement les plus populaires, car les petites lignes de production échappaient à l’intégration dans la supervision par la Wehrmacht et pouvaient contractualiser directement avec des groupes comme la SS[11]. La direction de la SS trouva donc à Brno une opportunité d’assurer son autosuffisance en armes. Le département de développement de la Waffenwerke Brünn a alors travaillé dans le cadre de la SS-Waffenakademie Brünn (Académie d’armes SS de Brno) à la mise en œuvre de nombreuses idées innovantes, ce qui n’aurait pas été possible par les voies officielles avec l’implication du Heereswaffenamt[6].
Afin de pallier le manque de fusils antichars allemands PzB 39 dans leurs rangs, les Waffen-SS[1] passèrent une commande[6] massive du fusil antichar Koucký. Cependant, ils exigèrent une modification : que l’arme soit convertie au calibre 7,92 × 94 mm Patrone 318, qui était déjà utilisée par le fusil antichar PzB-39 de la Wehrmacht [1],[6],[11]. La direction de l’armement de la Wehrmacht considérait également que le calibre 7,92 mm suffisait pour un fusil antichar[7],[8]. L’arme fut officiellement adoptée pour le service en 1941 sous le nom de Panzerbüchse M.SS41, soit modèle 41 pour la SS[7],[8],[11], avec un chargeur de 5 coups[7],[8]. C’est la première arme de design bullpup jamais officiellement introduite dans une armée. Aujourd’hui, le design bullpup est largement utilisé, car placer le mécanisme et le chargeur derrière la poignée pistolet et la queue de détente permet d’obtenir une arme globalement plus courte et facile à utiliser[6]. Les armes furent utilisées par les unités Waffen-SS jusqu’en 1943[1]. Les tankistes alliés pouvaient remercier les Allemands pour leur désintérêt envers les travaux de Josef Koucký sur les munitions, car la cartouche de 7,92 x 94 mm avait une force de pénétration bien plus faible que les cartouches monstrueuses tchèques[7],[8],[6].
Notes et références
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 « Fusil antichar série CZ Zk38-2 /zk38-4 », sur Seconde Guerre - L'histoire de la Seconde Guerre Mondiale (consulté le ).
- 1 2 (cs) « CZK - ZK 382 (protitanková puška) : Česká republika / Československo (CZE) », sur Valka.cz (consulté le ).
- 1 2 (en) « CZK - ZK 382 (protitanková puška) : Czech Republic / Czechoslovakia (CZE) », sur Armedconflicts.com (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 (es) Marcelo, « Fusil AT ZK-382 (Checoslovaquia) », sur MundoSGM, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (cs) « Československá protitanková puška ZK 382 », sur VHU PRAHA (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en-US) « The SS Anti-Tank Rifle M.SS.41 », sur Small Arms Defense Journal (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (en) Andrei Ulanov, « A Bullpup for Occupants », sur Tank Archives, (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 (ru) Andrey Ulanov, « Чешское противотанковое ружье с компоновкой буллпап », sur ZBROYA.info, (consulté le ).
- 1 2 (cs) Jiří Fencl, « Zbraňaři par excellence - Bratři Josef a František Koučtí (1. díl) », sur Valka.cz, (consulté le ).
- ↑ « 2. Vsetín – Od Mnichovské zrady do obsazení Německem (9/1938-3/1939) », sur neopyro.cz.
- 1 2 3 (en-US) Ian McCollum, « The Model SS41 – A Czech Bullpup Anti-Tank Rifle for the SS », sur Forgotten Weapons, (consulté le ).