Émeutes anti-arabes d'Oran (1961)

La communauté juive contre des musulmans en algerie en 1961 From Wikipedia, the free encyclopedia

Les émeutes anti-arabes d'Oran de septembre 1961 désignent une flambée de violence intercommunautaire survenue à Oran, en Algérie française, les 11 et 12 septembre 1961, et une reprise le 18 septembre. Particulièrement notables, ces émeutes sont principalement initiées par des membres de la communauté juive contre des membres de la communauté musulmane, dans les derniers mois de la guerre d'Algérie[2],[3].

Date 11 – 12 septembre 1961
Issue Répression policière et retour au calme précaire
Faits en bref Date, Lieu ...
Émeutes anti-arabes d'Oran (1961)
Informations générales
Date 11 – 12 septembre 1961
Lieu Oran, Algérie française
Issue Répression policière et retour au calme précaire
Belligérants
OAS,

Groupe de jeunes juifs

Quelques européens de diverses fractions
FLN/ALN

Musulmans

Soutien de quelques communistes
Pertes
4 morts :

• 1 civil juif (Henri Choukroun) • 3 civils musulmans

~30 blessés :

• 10 Musulmans • 15 "Européens" (dont Juifs) • 5 Policiers

+100 arrestations [1].
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Le bilan est de cinq morts : trois musulmans et deux Juifs, outre les nombreux blessés et la centaine d'arrestations.

Cet événement, largement effacé de la mémoire collective, survient dans un contexte d'extrême polarisation de la société coloniale. Il révèle les fractures profondes entre les communautés, exacerbées par la violence de la guerre, le statut juridique distinct accordé aux Juifs d'Algérie (Décret Crémieux) et la montée des nationalismes concurrents.

Contexte

À la veille de l'indépendance, la société coloniale algérienne est une « poudrière ». L'État français a « cultivé, codifié et finalement réifié la différence ethno-religieuse » pour asseoir sa domination. L'acte fondateur de cette division est le Décret Crémieux (1870), qui accorde la citoyenneté française aux Juifs d'Algérie mais maintient les musulmans au statut inférieur de sujets coloniaux[1].

Ce fossé juridique entraîne des divergences socio-économiques et des expériences radicalement différentes de la guerre. Le Front de libération nationale (FLN) mène une campagne d'attaques contre les « Européens » alimentant un sentiment d'insécurité. Des événements comme l'assassinat du musicien Cheik Raymond en juin 1961 choquent la communauté. Parallèlement, l'Organisation de l'armée secrète (OAS) sème la terreur pour préserver l'Algérie française, ciblant principalement les musulmans et les Européens libéraux ou communistes du Parti communiste algérien (PCA)[1].

La communauté juive occupe une position ambivalente : citoyenne française et « relativement privilégiée »[précision nécessaire], elle est aussi marquée par le souvenir du régime de Vichy qui avait abrogé le Décret Crémieux, lui rappelant la précarité de son statut. La violence de 1961 est ainsi l'aboutissement de 130 ans de politique coloniale ayant créé des "choix manichéens" pour les différentes communautés[1]..

Déroulement des émeutes

11 septembre : L'agression initiale et l'escalade

Le 11 septembre 1961, premier jour de Roch Hachana (nouvel an juif), Henri Choukroun, un coiffeur juif[4], est poignardé dans le quartier juif d'Oran par un musulman. L'agresseur est poursuivi par un groupe de Juifs, rattrapé et attaqué dans un magasin appartenant à un musulman, qui est ensuite mis à sac[1].

La réaction dégénère rapidement en émeute[5]. Des groupes de Juifs en colère agressent systématiquement les musulmans de passage, incendiant leurs magasins. Une tentative de riposte musulmane sur la Place Maréchal Foch est repoussée par une foule juive plus nombreuse. Un jeune musulman est tué lors de l'intervention de la police. Une foule juive, scandant « Algérie Française ! » (slogan de l'OAS) et « À mort les Arabes ! », tente de bloquer un camion de police, avant d'être dispersée[1].

12 septembre : Reprise des violences

Le lendemain, après qu'une pharmacie appartenant à des Juifs est caillassée, les attaques contre les musulmans reprennent, des bagarres éclatent entre bandes de jeunes. Lors de l'assaut policier contre une barricade musulmane, des émeutiers juifs poignardent un homme musulman, et un autre est abattu peu après. Une manifestation de 2 000 Juifs aux cris de « Algérie Française ! » est dispersée, tandis que des musulmans répondent par des appels à une « Algérie musulmane ! »[1].

L'événement est remarquable car il inverse les schémas habituels de la violence coloniale, s'agissant d'une agression collective de Juifs contre des musulmans, alignée sur le camp colonial le plus extrémiste (OAS)[1].

Bilan

Le bilan final fait état de quatre morts : Henri Choukroun et trois musulmans. On dénombre également de nombreux blessés (dix musulmans, quinze « Européens » majoritairement juifs et cinq policiers) et plus d'une centaine d'arrestations [1].

Références

Voir aussi

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