Établissements diplomatiques de Vienne
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Les établissements diplomatiques de Vienne désignent la lignée d'institutions publiques fondées à Vienne à partir de 1754 pour former les diplomates et agents consulaires de la monarchie des Habsbourg, puis de la République d'Autriche. Cette filiation institutionnelle allant de l'Académie orientale à l'Académie consulaire impériale et royale, puis à l'Académie diplomatique de Vienne constitue la plus ancienne tradition continue de formation diplomatique dans le monde.
La formation diplomatique habsbourgeoise trouve ses origines dans la pratique des Sprachknaben (littéralement « garçons de langue », appelés en français jeunes de langues). Dès la fin du XVIIe siècle, et dans une logique similaire à celle adoptée par la France, de jeunes Autrichiens étaient envoyés à l'Internuntiatur (ambassade) auprès de la Sublime Porte à Constantinople pour y apprendre le turc, le persan et l'arabe. Ils vivaient dans la maison du chef de mission, qui était censé veiller à leur formation. En pratique, les résultats étaient, selon l'historien Pfusterschmid-Hardtenstein, « pour le moins limités » : les chefs de mission se souciaient davantage des économies de personnel que pouvaient représenter ces jeunes gens que de leur instruction proprement dite.
Les guerres ottomanes et l'expansion du commerce avec le Levant avaient rendu indispensable la présence d'interprètes compétents. Avec la fin des grandes guerres contre la France et les Ottomans au début du XVIIIe siècle, l'Empire ottoman devenait au contraire un partenaire commercial et politique de premier plan pour la monarchie habsbourgeoise, rendant encore plus pressante la nécessité d'une formation linguistique systématisée.
L'Académie orientale (1754–1898)
Fondation
En 1753, le chancelier Wenzel Anton von Kaunitz, qui venait d'achever une mission d'ambassadeur à Paris où il avait pu observer les efforts français pour résoudre la même question par la création d'une École des langues orientales, proposa à l'impératrice Marie-Thérèse de fonder une institution similaire à Vienne. L'impératrice approuva personnellement les huit premiers candidats.
La Kaiserlich-königliche Akademie für Orientalische Sprachen (Académie impériale et royale pour les langues orientales), raccourci alors sous le nom d'Académie orientale, fut fondée le . Des huit premiers élèves, cinq n'étaient pas nobles — fait notable, car le Theresianum, fondé peu auparavant pour former les fils de l'aristocratie au service de l'État, comportait une clause de noblesse que l'Académie orientale refusa d'adopter. Parmi ces pionniers figurait le jeune Franz de Paula von Thugut (1736–1818), qui deviendra ministre des Affaires étrangères (1794–1800).
Organisation et curriculum
La nouvelle institution fut rattachée à l'Université de Vienne, alors dirigée par les jésuites. Le premier recteur fut le Père Joseph Franz (1754–1769), suivi du Père Johann Nekrep (1770–1785) et du Père Franz Hoeck (1785–1832), tous deux spécialistes des langues orientales. Le dernier directeur issu du clergé fut le Dr Joseph von Rauscher (1832–1849), futur archevêque de Vienne et cardinal.
Les objectifs de l'institution, tels que formulés par Kaunitz en 1753, demeurèrent stables pendant deux siècles et demi : former à Vienne, sous l'œil de la cour impériale, des jeunes gens doués dans les langues de l'Orient et de l'Occident, ainsi que dans toutes les branches du savoir nécessaires à la défense et à la promotion des intérêts commerciaux et politiques de l'Autriche en Orient. L'accent était mis dès l'origine sur une formation pratique et pas seulement théorique, dans un cadre de vie communautaire.
Le curriculum combinait les langues orientales (turc, persan, arabe) avec le français et l'italien, langues diplomatiques de référence, puis progressivement le droit et les sciences d'État. Les élèves, dont les effectifs oscillaient entre une vingtaine et une trentaine, bénéficiaient d'un encadrement individualisé. Au programme figuraient également les disciplines dites « nobles » : équitation, escrime, danse et musique. Le plus jeune élève admis n'avait que huit ans.
En 1833, sous la direction de Rauscher, une réforme introduisit l'achèvement du cursus de lycée comme condition d'entrée, ainsi qu'un examen d'admission. L'Académie devint ainsi un substitut à l'enseignement universitaire pour ceux qui souhaitaient embrasser une carrière diplomatique ou consulaire.
L'Académie comme centre de recherche orientaliste
Par ses enseignants et ses élèves, l'Académie entretint des liens étroits avec le monde académique et contribua significativement à l'orientalisme européen. L'un de ses élèves les plus célèbres, Joseph von Hammer-Purgstall (1774–1865), y accomplit cinq années supplémentaires après son cursus obligatoire et devint le plus grand expert autrichien du monde ottoman, ainsi que le fondateur et premier président de l'Académie autrichienne des sciences. Jusqu'au dernier tiers du XIXe siècle, l'Académie forma d'excellents orientalistes, dont les travaux, collections de documents, dictionnaires et recueils de proverbes ottomans sont aujourd'hui conservés aux Archives d'État autrichiennes et à l'Institut d'études orientales de l'Université de Vienne.
Succès diplomatiques et rayonnement
La qualité de la formation se manifesta de manière éclatante lors du Congrès de Berlin de 1878, convoqué pour régler les questions relatives aux Balkans : quatre des cinq délégués experts envoyés par l'Autriche-Hongrie étaient d'anciens élèves de l'Académie, parmi lesquels Heinrich von Haymerle, futur ministre commun des Affaires étrangères (1879–1881).
Locaux successifs

L'Académie occupa plusieurs sites successifs dans le quartier universitaire de Vienne. Elle logea initialement dans une annexe de la Philosophenstube de l'Université, Bäckerstraße. En 1785, elle déménagea dans le Jakoberhof, qui fut son siège pendant près d'un siècle. En 1883, face à la croissance des effectifs, elle fut intégrée au Theresianum : une aile nouvelle, dite « aile consulaire », y fut construite spécialement pour l'accueillir, sous une direction commune avec cette institution. C'est dans cette même aile que l'Académie diplomatique est installée définitivement depuis 1964.
L'Académie consulaire impériale et royale (1898–1941)
De l'Orient au Commerce : réorientation et renommage
À la fin du XIXe siècle, les besoins du service extérieur de la Double Monarchie évoluèrent sensiblement. Le ministre commun des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, le comte Agenor Goluchowski, exprima clairement ce tournant lors d'un discours devant les Délégations hongroises le 20 novembre 1897 : selon lui, le XXe siècle serait pour l'Europe un siècle de lutte existentielle dans la sphère commerciale, et les fonctionnaires consulaires prendraient une importance accrue. En mai 1898, le directeur de l'Académie, Michael von Pidoll zu Quintenbach (en poste depuis 1886), présenta un mémorandum de réforme proposant de recentrer la formation sur l'économie, tout en maintenant le droit, l'histoire et les sciences politiques, et en réduisant la part des langues orientales au profit du serbo-croate, du russe et de l'anglais.
L'institution fut réorganisée et rebaptisée K.u.k. Konsular-Akademie (Académie consulaire impériale et royale), avec deux sections : l'une pour les études orientales, l'autre pour le reste du monde.
Nouveau bâtiment (1904)
L'accroissement des effectifs et les nouvelles exigences pédagogiques rendirent nécessaire la construction d'un siège propre. Conçu par l'architecte Ludwig Baumann dans le style baroque thérésien, le bâtiment fut inauguré le 3 novembre 1904 en présence de l'Empereur François-Joseph Ier, au 16 de la Waisenhausgasse (rebaptisée Boltzmanngasse en 1913), dans le IXe arrondissement de Vienne. Le coût de construction s'éleva à 850 000 couronnes pour le bâtiment et 150 000 pour l'ameublement ; l'Empereur finança ces dépenses grâce aux recettes de l'édition en langue allemande de l'ouvrage monumental La Monarchie austro-hongroise en paroles et en images, commandé en son temps par le prince héritier Rodolphe.

Le nouvel établissement accueillait jusqu'à 50 étudiants, sept amphithéâtres, une bibliothèque, une salle de musique, une salle de lecture et un billard. L'écrivain Heimito von Doderer immortalisa cette institution et ses habitants dans son roman La Cage d'escalier de Strudlhof.
Entre les deux guerres
L'entrée en guerre de l'Autriche-Hongrie en 1914 vida progressivement l'Académie de ses effectifs, les étudiants rejoignant les rangs de l'armée. L'effondrement de la Double Monarchie en novembre 1918 priva l'institution de sa raison d'être initiale. Le directeur Anton Winter tenta de sauver l'Académie en l'ouvrant à une clientèle internationale plus large. En 1921–1922, 13 étudiants allemands y furent accueillis grâce à un accord avec Berlin, mais l'hyperinflation allemande mit rapidement fin à cet arrangement. L'Académie, rebaptisée officieusement Académie pour la politique et l'économie, ouvrit largement ses portes à des étudiants payants venus de toute l'Europe centrale et de Grande-Bretagne ou des États-Unis. En 1926, les premières étudiantes furent admises ; leur proportion atteignit environ 25 % dès 1931–1932.
Fermeture sous le régime national-socialiste
Après l'Anschluss de mars 1938, le régime national-socialiste imposa une restructuration profonde : programmes modifiés, matières supprimées, réunions du parti organisées dans les locaux. Le bâtiment de la Boltzmanngasse fut progressivement transformé en lazaret au service de la Luftwaffe. Le 31 mars 1941, le dernier cours quittait l'Académie consulaire, mettant fin à près de deux siècles de formation diplomatique continue.
La bibliothèque de l'Académie fut mise à l'abri dans les archives impériales de la Bankgasse et du Minoritenplatz, puis dans des locaux sous l'église Saint-Pierre. À la fin de la guerre, le bâtiment passa sous administration militaire américaine. En 1946, la République d'Autriche vota une loi autorisant sa vente ; le bâtiment fut cédé aux États-Unis et accueille depuis lors l'ambassade des États-Unis en Autriche.
L'Académie diplomatique de Vienne (depuis 1964)
Contexte de la refondation
Le Traité d'État du 15 mai 1955 et l'admission de l'Autriche aux Nations unies le 13 décembre 1955 permirent enfin à la jeune République de construire un réseau diplomatique mondial. En 1959, les affaires étrangères furent séparées de la Chancellerie fédérale et le ministère fédéral des Affaires étrangères fut créé. Son ministre, le Dr Bruno Kreisky, reprit les idées de quelques anciens diplômés de l'Académie consulaire. En 1963, une commission ministérielle qu'il présida élabora les plans d'un nouvel établissement postuniversitaire, articulé autour du droit international, des sciences économiques, des fondements historiques et de la maîtrise de trois langues étrangères (anglais, français et une troisième langue).
Fondation

Le , Bruno Kreisky signa le document fondateur de la Diplomatische Akademie Wien (Académie diplomatique de Vienne). Les membres du premier cours de diplôme s'installèrent dans l'aile consulaire du Theresianum le 11 janvier 1965 — soit près de 211 ans jour pour jour après l'entrée des premiers élèves de l'Académie orientale. Cette aile, détruite pendant la guerre puis reconstruite grâce à un vote du Parlement autrichien, était la même que celle qui avait abrité l'Académie orientale de 1883 à 1904.
Kreisky nomma comme premier directeur le Professeur Ernst Florian Winter, historien et politologue austro-américain, exilé aux États-Unis pour raisons politiques en 1938, où il avait notamment enseigné à l'Université Columbia. Winter introduisit des méthodes pédagogiques nouvelles tels que des séminaires à l'anglo-saxonne, des simulations de conférences onusiennes, l'introduction à la théorie des jeux, à la politique culturelle, .. Il renforça la formation linguistique par des tuteurs et un laboratoire de langues moderne.
En 1967, le Parlement autrichien consacra l'existence de l'Académie par une loi lui conférant un cadre juridique, tout en la plaçant hors du système éducatif ordinaire.
Autonomisation (1996)
Le directeur Dr Paul Leifer (1994–1999) mena le projet d'une réforme en profondeur. La loi votée le 13 mars 1996 et entrée en vigueur le transforma l'Académie en établissement autonome de droit public autrichien, financièrement indépendant du ministère des Affaires étrangères, tout en maintenant des liens étroits avec lui. Un conseil de surveillance fut créé, au sein duquel le ministère était représenté. Le cursus fut restructuré autour d'un diplôme d'un an intensif, complété par un master en coopération avec l'Université de Vienne.
En 2006, une modification législative permit la reconnaissance académique du titre de Master of Advanced International Studies (MAIS), accrédité conjointement avec l'Université de Vienne, conformément à la Déclaration de Bologne de 1999.
Chronologie récapitulative
| Période | Nom officiel | Événement principal |
|---|---|---|
| Fin XVIIe s. | — | Premiers Sprachknaben envoyés à Constantinople par décret impérial |
| 1753 | — | Proposition de Kaunitz à Marie-Thérèse ; approbation des 8 premiers candidats |
| 1er janvier 1754 | Kaiserlich-königliche Akademie für Orientalische Sprachen | Fondation officielle ; premier recteur : Père Joseph Franz (jésuite) |
| 1785–1883 | Académie orientale | Installation au Jakoberhof |
| 1833 | Académie orientale | Réforme Rauscher : examen d'entrée, niveau lycée requis |
| 1849 | Académie orientale | Premier directeur laïc (Dr Max Selinger) |
| 1883–1904 | Académie orientale | Fusion avec le Theresianum (aile consulaire) |
| 20 nov. 1897 | — | Discours Goluchowski annonçant la réorientation commerciale |
| Mai 1898 | — | Mémorandum réformateur du directeur Pidoll |
| 1898 | K.u.k. Konsular-Akademie | Réorganisation et renommage officiel |
| 3 nov. 1904 | K.u.k. Konsular-Akademie | Inauguration du nouveau siège, Boltzmanngasse 16 (arch. Ludwig Baumann), en présence de François-Joseph Ier |
| 1926 | K.u.k. Konsular-Akademie | Premières étudiantes admises |
| Mars 1938 | — | Anschluss : désorganisation progressive |
| 31 mars 1941 | — | Fermeture définitive ; bâtiment converti en lazaret de la Luftwaffe |
| 1946 | — | Vente du bâtiment aux États-Unis (future ambassade américaine) |
| 1er juin 1964 | Diplomatische Akademie Wien | Refondation par Bruno Kreisky ; document signé |
| 11 janvier 1965 | Diplomatische Akademie Wien | Entrée des premiers étudiants (aile consulaire du Theresianum) |
| 13 mars 1996 | Diplomatische Akademie Wien | Loi d'autonomisation (en vigueur le 1er juillet 1996) |
| 2006 | Diplomatische Akademie Wien | Reconnaissance académique du titre MAIS (Déclaration de Bologne) |
