Évaluation de l'information
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L’évaluation de l’information est une opération mentale aboutissant à un jugement sur la valeur d’une information. Ce jugement est formulé à partir d’indices prélevés sur la source de l'information et/ou sur son contenu sémantique qui sont rapportés à des critères.
C’est une compétence informationnelle que les bibliothécaires enseignent et encouragent dans le milieu de l’éducation et de la recherche[1],[2],[3]. Elle utilise des méthodes semblables du fact-checking, c’est-à-dire la vérification des faits faite en journalisme[4],[5],[6],[7].
Le concept d’évaluation de l’information ne date pas d’Internet. Même s'il commence à prendre de l’importance au début des années 1990, marquées par la création d'Internet, il existe bel et bien depuis l’apparition de l’information, c’est-à-dire depuis la présence humaine sur Terre. Les enjeux de l’évaluation de l'information accompagnent la montée en puissance du rôle de l'Information Scientifique et Technique (IST) notamment après l’explosion des découvertes scientifiques et industrielles pendant et après la Seconde Guerre mondiale[8].
Enjeux
Depuis l'arrivée d'Internet, au début des années 1990, l'évaluation de l'information est porteuse de nombreux enjeux. Le premier et le plus visible d'entre eux est celui de la lutte contre les "info-pollutions" qui prolifèrent sur Internet. Eric Sutter[9] identifie quatre types de pollution informationnelle: la surinformation, la désinformation, la contamination de l'information et l'abus publicitaire.
- La surinformation ou surcharge informationnelle désigne la forte augmentation quantitative des informations circulant sur Internet. Elle conduit à la perte de repères, à la désorientation de l'esprit l’empêchant de discerner la véracité de l'information.
- La désinformation désigne un concept consistant à désorienter et à transformer des informations considérées comme vraies tout en masquant la manipulation qui les sous-tend. Elle a pour but de maintenir le lecteur ou l'auditeur dans un certain état d'ignorance[10].
- L'abus publicitaire ou intrusivité publicitaire est un phénomène par lequel une forme de publicité s'impose sans cesse, dérange l'individu exposé et l’empêche même de se projeter dans l'information.
- La contamination de l'information[8] désigne les phénomènes tels que la prolifération d'informations indésirables et les détournements des informations saines et inoffensives en des informations à des visées malsaines. Dans ce cas une simple recherche sur des sujets relativement inoffensifs, peut conduire à des sites, pornographiques, racistes etc[11].
À cela s’ajoutent les bulles de filtres (c’est-à dire le fait qu’un moteur de recherche peut être biaisé par des algorithmes de tri), ainsi que nos propres biais de confirmation, qui peuvent fausser une évaluation de l’information en ne retenant que celles qui appuient notre point de vue[12].
Les critères d'évaluation
En sciences de l'information et des bibliothèques, de nombreux critères d'évaluation ont été identifiés auxquels les individus peuvent se référer quand ils recherchent des informations[13].
Gilles Sahut a proposé de catégoriser ces critères en deux sous-ensembles : les jugements pragmatiques d'une part et les jugements épistémiques d'autre part[14]. Les jugements pragmatiques se rapportent à l'utilité perçue de l'information (notamment la pertinence thématique : l'information est-elle en adéquation avec le thème de ma recherche?), à sa facilité d'accès et sa facilité d'usage. Les jugements épistémiques regroupent les critères relatifs à la valeur de vérité de l’information (crédibilité de l'information, autorité de la source...). Les études réalisées sur des jeunes publics montrent que lorsque ceux-ci cherchent des informations sur le web ou d'autres supports, ils se fondent fréquemment sur des critères pragmatiques. Ceux-ci peuvent prendre le pas sur des critères épistémiques[15]. En d'autres termes, les jeunes tendent à privilégier les informations facilement accessibles et utilisables même si ce ne sont pas celles qui émanent des sources les plus fiables.
Selon Alexandre Serres, spécialiste de la question, évaluer l'information de manière critique est une opération complexe[16]. Dans son livre, Dans le labyrinthe : évaluer l'information sur internet, il fait référence à quatre notions clefs qui sont sous-jacentes à ce processus :
- La crédibilité[11] : il s'agit du degré de confiance que l'on peut accorder à une information. Elle peut s'appliquer sur les différents composants de l'information, à savoir l'auteur, la source, le contenu, le support, etc.
- L’autorité : il s'agit d'identifier le responsable, l'auteur et le diffuseur de l'information que l'on consulte. Quelle est leur expertise, leur réputation et quelles sont leurs affiliations?
- La pertinence : la pertinence est l’adéquation de quelque chose par rapport à un contexte. Selon ces termes, une information est jugée pertinente par rapport à un besoin, à une problématique et à la production recherchée. Cette notion de pertinence, appliquée dans l'évaluation de l'information reste donc relative et contextualisée selon les besoins établis par les utilisateurs[17]. Ainsi, une information considérée de mauvaise qualité peut néanmoins être pertinente si son aspect «mauvais» correspond à l’objectif de la recherche[18].
- La qualité : évaluer une information selon sa qualité désigne le fait de juger sa conformité aux usages prévus. Une information est jugée de bonne qualité si cette dernière est complète, précise, actualisée et structurée dans son ensemble[19].
Grilles d'analyse et critiques
De nombreuses grilles ont été mises au point par des universités et instituts de recherche pour simplifier ou actualiser la démarche d’évaluation de l’information, en tenant compte des pratiques de recherche sur le Web. Il n’existe toutefois pas de consensus sur l’ordre d’analyse des éléments d’une information ni sur l’importance à accorder à chacun[4],[18],[20],[21].
Selon Serres, l’évaluation devrait d’abord porter sur l’autorité, puis la date et la nature du document, avant d’examiner les affirmations qu’il contient et, enfin, d’évaluer sa structure et sa mise en page[18]. L’évaluation doit donc commencer par remettre en question la source de l’information avant d’analyser le contenu lui-même.
Cette approche rejoint celle des vérificateurs de faits, qui appliquent des principes similaires[4] :
- «Un vérificateur ne reste pas sur un site inconnu; il le quitte ; Un vérificateur de fait opère une lecture horizontale d’un document, c’est-à-dire qu’il s’assure de valider l’autorité avant de lire le contenu.»
- «Un vérificateur ne se fie pas sur les informations qui sont avancées dans la section « À propos » ; Il doute de ce qu’une organisation prétend sur elle-même, car elle a le loisir d’avancer plusieurs affirmations sur ses activités ou mission.»
- «Un vérificateur va au-delà des premiers résultats de recherche dans un moteur de recherche. Il se fait guider plutôt par les URL et les brefs résumés affichés dans les résultats de recherche plutôt que d’utiliser les premiers affichés.»
Évaluer une information nécessite également de connaître les caractéristiques et les limites du type de document examiné (sa nature)[18]. Par exemple, connaître le niveau d’information auquel on peut s’attendre d’un manuel scolaire, d’un article de vulgarisation, d’un article professionnel ou d’un article scientifique, permet de déterminer s’il correspond au niveau de précision recherché (et donc d’évaluer sa pertinence)[3]. De plus les documents qu’on sait soumis à un processus éditorial rigoureux ou à une révision par les pairs, comme un ouvrage publié par une presse universitaire ou un article scientifique, répondent généralement aux exigences de fiabilité. À l’inverse, les contenus qui ne bénéficient pas d’un tel encadrement, tels que ceux diffusés sur le Web, exigent une attention particulière quant à la réputation de l’institution ou de la personne qui les diffuse[3]. Une grille d’évaluation variera donc selon le type de document[4].
D’autre modèles d’évaluation existent :
- Le test CRAAP (Currency, Relevance, Authority, Accuracy, Purpose) propose d’examiner la date de publication et de mise à jour (currency), la pertinence pour le besoin d’information (relevance), l’autorité de la source (authority), l’exactitude des propos (accuracy) et les objectifs de l’auteur (purpose)[12].
- Le modèle SIFT repose sur quatre étapes : Stop, Investigate the source, Find better coverage, Trace claims to their original context (arrêtez, vérifiez la source, cherchez une meilleure couverture et retracez l’origine des affirmations). Il s’appuie sur le concept de lecture horizontale, popularisé par les vérificateurs de faits[22].
- Le Foutaisomètre est une grille de pointage qui permet de mesurer le « niveau de foutaise » d’une affirmation, c’est-à-dire à quel point elle est invraisemblable, exagérée ou potentiellement fausse. Plus le « score » est bas, plus l’information est considérée comme douteuse ou trompeuse[23],[4].
Serres se montre sceptique quant à l’universalité des grilles d’évaluation, qu’il considère comme devant être adaptées à chaque domaine spécifique (information médicale, culturelle, pédagogique, etc.): «il s’agit avant tout d’une démarche intellectuelle et personnelle de questionnement, et non de l’application mécanique de grilles toutes faites. […] L’évaluation de l’information reste avant tout un questionnement personnel, incertain et permanent.»[18]. Ces grilles restent cependant utiles pour éviter une évaluation purement intuitive, qui pourrait conduire à oublier ou confondre certains critères[18].
Enfin, Damien Belvèze, bibliothécaire à l’Université de Rennes, souligne que l’évaluation de l’information ne devrait pas se limiter à l’utilisation de grilles et de critères au moment de la recherche : il est également nécessaire, au quotidien, de développer une culture médiatique pour reconnaître et comprendre d’emblée les biais propres à chaque média[5].