Étienne Clavière
homme politique français d'origine genevoise
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Étienne Clavière, né le à Genève[1] et mort par suicide le à la Conciergerie de Paris, est un banquier, industriel, homme d’affaires, spéculateur et homme politique girondin. Il exerce à deux reprises la fonction de ministre des Contributions et Revenus publics[2] : une première fois en mars 1792, puis à nouveau après la journée du 10 août 1792, jusqu’à la chute des Girondins le .
| Ministre des Finances | |
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| Député de la Seine | |
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Homme politique, ministre des Finances, banquier, marchand |
| Famille |
En décembre 1758, il épouse Marthe Louise Garnier. |
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Banquier influent, Clavière s’impose comme un républicain convaincu bien avant 1789. Il participe activement aux débats sur le crédit public et la dette nationale et contribue à diffuser une pensée économique fondée sur la confiance, la souveraineté populaire et la notion de volonté générale[3]. Installé à Paris après la révolution genevoise de 1782, il se fait connaître dans les milieux financiers et intellectuels par ses analyses de la dette et par son plaidoyer en faveur d’un papier-monnaie garanti.
Son ascension se déroule dans un contexte de crise financière aiguë. Le « Compte rendu au Roi » de Jacques Necker (1781) présente un budget équilibré, mais masque une partie des dépenses extraordinaires, ce qui nourrit la méfiance des milieux financiers. Confronté à l’assèchement du crédit, Calonne accuse Necker d’avoir faussé les chiffres et tente d’imposer une réforme fiscale majeure lors de l’Assemblée des notables de 1787-1788. L’échec de cette initiative et la chute de Calonne précipitent l'État dans une situation proche de la banqueroute.
C’est dans cet environnement instable que Clavière expose ses propres solutions. À une époque marquée par la pénurie de numéraire, il participe aux grandes opérations boursières de la fin du règne de Louis XVI et soutient des mesures novatrices fondées sur les biens nationaux et la confiance publique[4]. Après la suspension du crédit monarchique, l’Assemblée ordonne en décembre 1789 la première émission de 400 millions d’assignats[5], dont Clavière devient l’un des principaux défenseurs. Il préconise des émissions larges, ayant cours légal, destinées à financer la Révolution et à rétablir la circulation économique[6].
La dépréciation rapide des assignats en 1791–1793 suscite toutefois la polémique : les patriotes dénoncent des complots étrangers, tandis que plusieurs historiens voient dans les théories de Clavière l’une des causes de l’impasse financière[7]. Lui-même attribue cette crise à la coalition européenne.
Biographie
Origines
Étienne Clavière est issu d’une famille huguenote. Son père, un important négociant en toile originaire de Serres, s’est établi à Genève[8]. Le jeune Clavière effectue son apprentissage dans une maison de commerce bavaroise à Christian-Erlang avant d’intégrer l’entreprise familiale, Cazenove, Clavière et Fils, active dans le commerce et la banque[9]. Cette société détient des intérêts dans la Compagnie britannique des Indes orientales, ce qui amène Clavière à voyager fréquemment en Grande-Bretagne, où il acquiert une parfaite maîtrise de l’anglais[10]. Il devient membre du Conseil des Deux-Cents en 1770[9].
Clavière appartient au parti démocratique de la petite république genevoise, dont il devient l'un des chefs. Le 8 avril 1782, lors de la révolution genevoise, lui et Jean-Pierre Du Roveray tentent d’apaiser les foules. En juin, il reçoit la visite de Jacques Pierre Brissot[2]. L'intervention des troupes de l’État de Berne, soutenues par la France et la Sardaigne, rétablit toutefois l'ancien régime.Clavière et une vingtaine d’autres démocrates sont condamnés à l'exil à vie le 2 juillet[11],[12].

Réfugié à Neuchâtel, alors possession prussienne et lieu de refuge pour de nombreux exilés genevois, il se lie avec Brissot et le comte de Mirabeau chez Pierre-Alexandre DuPeyrou, né en Guyane hollandaise. Avec Brissot, il publie Le Philadelphien à Genève (1783), dénonçant le despotisme aristocratique à Genève et défendant des principes démocratiques proches de ceux des révolutionnaires américains et genevois[7].
Le 12 février 1785, avec Theophile Cazenove, il présente un Mémoire à Calonne, contrôleur général des finances, et à Lenoir, lieutenant général de police[13].
Clavière, Brissot et Mirabeau
En juin 1785, Clavière revient à Paris et s'installe dans une maison appartenant à Beaumarchais, située au carrefour de la rue de la Grange-aux-Belles et de la rue des Marais, où il aide à la libération de Brissot de la Bastille en réglant ses dettes[7],[14]. Il connaît ensuite une réussite financière grâce à des spéculations sur les titres et billets émis par la Caisse d'escompte, la Nouvelle Compagnie des Indes et l’Entreprise de l'Yvette[15], ce qui attire l’attention de Mirabeau. Avec lui, il publie en 1785 deux pamphlets importants, dont De la Caisse d’Escompte[16] et De la Banque d’Espagne, dite de Saint-Charles[17], souvent attribués à Mirabeau mais largement inspirés par Clavière[7]. Leur collaboration cesse en 1786, lorsque Calonne, désireux d'éloigner Mirabeau au plus vite, l’envoie en mission à Berlin[18].
Selon Brissot, Clavière possédait « un fonds inépuisable d’idées neuves et grandes », mais manquait de clarté et d’ordre pour les exprimer. Brissot reconnaît avoir souvent servi de plume à son ami, qualifiant Clavière de « mine de diamants bruts » qu’il fallait mettre en œuvre[19].
1787
En janvier 1787, Clavière fonde avec Brissot et John de Crèvecoeur la Société gallo-américaine et publie De la France et des États-Unis, plaidoyer pour l’usage du papier-monnaie[20]. À l’été 1787, il accompagne Brissot lors d’un voyage aux Provinces-Unies, alors en pleine agitation politique. Ils collaborent avec Charles-Louis Ducrest, le frère de Félicité de Genlis, ainsi qu’avec trois ingénieurs militaires, eux aussi présents à Utrecht pour étudier et soutenir la résistance contre la Maison d'Orange[21],[22]. Peu avant l’intervention prussienne de septembre, ils constatent la faiblesse militaire des insurgés sous le comte rhénan et l’illusion d’une aide française imminente[23]. Avant leur départ, ils rencontrent l’abbé Sieyès et Lubersac à Rotterdam.
En novembre, il crée la Compagnie royale d’assurances sur la vie[24],[25] et engage Jean-Baptiste Say, qui découvre alors les écrits d'Adam Smith[26]. Avec Brissot, et les financiers Jean-Pierre de Batz et Étienne Delessert, il fonde également la Compagnie d'assurances contre l'incendie[27],[28].
1788
En février 1788, Clavière fonde avec Brissot la Société des amis des Noirs, organisation abolitionniste qui défend une société fondée sur le mérite et la vertu[7]. Elle devient la principale vitrine de son engagement politique. En mai, il fournit à Brissot un plan de travail pour son Nouveau voyage dans les États-Unis[29], puis participe en octobre à un projet d’acquisitions foncières dans les Treize Colonies[27]. En juin, il achète enfin le château de Bel-Air à Suresnes[30],[31].
Révolution française
En 1789, Clavière publie plusieurs textes sur la crise financière — notamment De la foi publique envers les créanciers de l’État et Opinions d’un créancier de l’État[33]. Membre du Club des Jacobins, il adresse requêtes et mémoires à l’Assemblée constituante et met sa fortune au service de son influence politique.
En 1791, il est élu député suppléant de l’Assemblée législative pour la Seine. Il collabore alors avec Brissot à De la France et des États-Unis, où leur défense du papier-monnaie et des assignats est centrale[7].
Ministre en 1792 et procès
En , Clavière reçoit le portefeuille des Contributions dans le ministère formé sous l’influence de Brissot. Il convainc le roi de sanctionner le décret du 24 mars sur l’égalité entre blancs et hommes de couleur libres, devenu la loi du 4 avril 1792 ; il participe aussi au choix de Sonthonax et Polverel pour son application à Saint-Domingue[34].
Clavière défend vigoureusement l’émission des assignats et propose de centraliser leur fabrication dans les bâtiments de l’ancienne abbaye de Saint-Germain-des-Prés[2]. Le 13 juin 1792, Clavière est renvoyé par Louis XVI pour une lettre jugée irrespectueuse[35], mais retrouve son poste après la journée du 10 août 1792 et la proclamation de la République, au sein du Conseil exécutif comme ministre des Finances. Il présente deux rapports majeurs à la Convention, les 5 octobre 1792 et 31 janvier 1793, en concurrence directe avec les projets de Cambon, finalement adoptés.
Lors des Journées du 31 mai et du 2 juin 1793, il est décrété d’arrestation avec les Girondins et, accusé le 9 juin[2], assigné à résidence avant d’être convoqué devant le Tribunal révolutionnaire le 5 septembre. Entendu comme témoin au procès des vingt-deux Girondins en octobre[36], il reçoit finalement une citation à comparaître le . Certain d’être condamné, il se poignarde mortellement au cœur avec un couteau dissimulé lors de son repas[37]. Son épouse, Marthe-Louise Garnier, s’empoisonna le 9 décembre 1793 en apprenant sa mort. Ses biens sont confisqués au profit de la République[38], et ses derniers instants sont évoqués par Jacques Claude Beugnot[39].
Bilan
Le bilan de Clavière comme ministre demeure controversé. Il est accusé d’avoir détourné près de deux millions de livres lors de la liquidation de la Compagnie royale d’assurances sur la vie, ainsi qu’une somme équivalente, lors de la liquidation de la Caisse d'escompte. Il est aussi cité dans les affaires financières des barons Breteuil et Batz, qui auraient utilisé des fonds publics pour soutenir les émigrés, ainsi que dans l'affaire Lamarche relative à la fabrication des assignats[40].
Par ailleurs, Clavière dénonça l’une des plus grandes fabriques de faux assignats de l’époque : elle fonctionnait à côté de son propre château, à Suresnes, rue de la Source, sous la protection de Stanislas-Marie Maillard, alors employé du banquier Jean-Frédéric Perregaux[41]. Cette fabrique, active plusieurs mois avant le 10 août, est démantelée le 13 août 1792.