90 Minutes (investigation)
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90 Minutes est une émission télévisée d'investigation créée en 1999 par Paul Moreira sur Canal+. Elle a été diffusée du [1] au [2].
Le journalisme d'enquête a « émergé très lentement en France », cherchant sa place face à l'« hégémonie du journalisme politique », selon le sociologue des médias Jean-Marie Charon[3], surtout grâce au Canard Enchaîné, la presse écrite en conservant longtemps le monopole.
En 1999, le journalisme d'investigation Paul Moreira quitte l'agence de presse CAPA et intègre Canal+ pour créer, sur demande du directeur des programmes Alain De Greef[4], l'émission 90 Minutes où il est nommé directeur adjoint de l'information.
Le magazine était diffusé généralement le mardi en crypté, de façon irrégulière en première partie de soirée (de janvier 2000 à septembre 2002[5]), puis en deuxième partie de soirée (de novembre 2002[6] à juin 2006). Certaines émissions pouvaient cependant être rediffusées en clair à la mi-journée.
En plus des émissions classiques (comprenant 1 ou plusieurs enquêtes), des émissions spéciales nommées "droit de suite" reviennent sur des anciennes enquêtes en traitant notamment des changements de situations.
L'investigation fait ainsi son entrée à la télévision. L'émission se fait connaitre par de nombreux scoops, parmi lesquels ceux sur l'activité de Total en Birmanie ou sur l'affaire Robert Boulin [7]. Six ans après sa création, son succès est tel que toutes les chaînes hertziennes veulent leur magazine d'investigation, réclamé par leurs journalistes. Sur France 3, le premier est créé en 2000 sous le nom de Pièces à conviction[8] par Élise Lucet, qu’elle a dirigé jusqu’en 2011. En 2012, c'est la création de Cash investigation, car selon Élise Lucet « les citoyens ont vraiment soif d’information fouillée »[8], l’affaire Jérôme Cahuzac, révélée par Médiapart, apportant en plus ensuite « un déclic dans l’opinion publique »[8].
Mais dans la réalité, les chaines ne leur accordent que des diffusions tardives, des moyens très limités en temps et en matériel, dix dans un bureau de 25 mètres carrés pour France2[9]. La plupart observent que le marché reste dominé par 90 minutes[9], qui « lance toujours cinq ou six enquêtes en parallèle »[9] et « peut se permettre des enquêtes au long cours »[9]. Tous déplorent la multiplication d'intermédiaires servant de filtre[9] et qu'il soit très compliqué d'accéder à certaines archives[9].
En 2002, l'émission 90 Minutes diffuse une enquête sur un réseau de trafic d'armes entre la Croatie et la France, dirigé par Claude Hermant, un militant d'extrême droite du nord de la France. La police et la justice ne donneront pas suite à ces révélations et 13 ans plus tard, c'est le même réseau, dirigé par Claude Hermant qui vend des armes à Amedy Coulibaly, le tueur de l'Etat Islamique, responsable de l'attaque contre l'hyper-marché casher, le 9 janvier 2015[10].
Paul Moreira lance un appel en avril 2004[9] pour un accès plus libre aux documents administratifs[11].
Fin de l'émission et ses successeurs
En septembre 2002, Canal+ lance Lundi Investigation, dont la principale différence entre 90 minutes est que Lundi investigation diffuse des reportages achetés à d'autres producteurs (comme CAPA par exemple), alors que 90 minutes produit en interne ses reportages.
Dès la saison 2005-2006, l'émission était diffusée de façon moins récurrente par rapport aux années précédentes.
Le 4 juillet 2006, la direction de Canal+ annonce à l'équipe de 90 minutes que l'émission ne sera pas reconduite à la rentrée 2006. Canal+ a proposé au rédacteur en chef de réaliser à la place des documentaires internationaux, tandis que le reste de l'équipe s'est vu proposer un reclassement à I-Télé.
Canal+ justifie l'arrêt de l'émission par le fait que leurs abonnés connaissent mieux Lundi Investigation (qui était diffusé de façon plus récurrente) que 90 Minutes, et qu'avoir 2 émissions d'investigation causerait un "souci de clarification"[12].
Paul Moreira quitte Canal+ et fonde «Premières Lignes Télévision», agence de presse indépendante et société de production.
De 2006 jusqu'en 2016, il ne restera plus qu'une seule émission d'investigation sur la chaîne cryptée : Lundi Investigation (de 2006 à 2007), puis Jeudi Investigation (de 2007 à 2008), et enfin Special Investigation (de 2008 à 2016).
À partir de 2015, Spécial Investigation est confrontée à des censures répétées de l'actionnaire de Canal+, sans qu'il soit possible de parvenir à une solution. En 2021, après avoir été laissé 5 ans sans affectation, Jean-Baptiste Rivoire quitte Canal+ et son poste de rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation[13]. Il fonde ensuite le média Off-investigation[14], un site d'information indépendant spécialisé dans l'enquête vidéo[13].
Faits divers
- Le 11 mars 2004, trois journalistes de l'émission sont violemment agressés en tentant d'enquêter dans une école coranique à Grisy-Suisnes, et l'ingénieur du son est blessé au visage avec de multiples fractures. Le reportage en question se nomme "Islam en France : enquête sur de mystérieux missionnaires" et a été diffusé le 5 avril 2004[15]. Les agresseurs ont été condamnés le 23 janvier 2008[16].
- Début 2007, un canular commence à circuler sur internet (et notamment par mail), sur un reportage de 90 minutes qui aurait été censuré et qui donc n'aurait pas été diffusé par Canal+. Il s'est avéré que ce reportage a bien été diffusé sur l'antenne de Canal+ (le reportage se nomme "OGM : l'étude qui accuse", diffusé le )[17]