Abbaye Notre-Dame de Rosières
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| Abbaye Notre-Dame de Rosières | |
| Ordre | Cistercien |
|---|---|
| Abbaye mère | Abbaye Notre-Dame de Bellevaux |
| Fondation | 1132 |
| Fermeture | 1790 |
| Fondateur | Gaucher III |
| Localisation | |
| Pays | |
| Région | Bourgogne-Franche-Comté |
| Département | Jura |
| Commune | La Ferté |
| Coordonnées | 46° 57′ 26″ nord, 5° 39′ 06″ est |
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L'abbaye Notre-Dame de Rosières était une abbaye cistercienne située à La Ferté dans le Jura. Construite par Gaucher III, seigneur de Salins et richement dotée par les comtes de Bourgogne (dont des "bouillon de sel" tirés de salines proche) elle devait subir des conflits importants avec les seigneurs des environs avant de décliner doucement jusqu'à ce que la Révolution ferme ses portes.
La fondation de Notre-Dame de Rosière
L'abbaye cistercienne Notre-Dame de Rosières, près de Dole, est fondée dans le XIIe siècle[1]. C'est Gaucher III, seigneur de Salins, qui pose la première pierre, en 1132, de cette abbaye fille de celle de Bellevaux[2]. Il réalise ainsi le souhait de son père Humbert III, qui avait promis à l'archevêque Anséric la fondation d'une abbaye à Rosière avant qu'il ne décède à son retour de Palestine en 1133 (il semble qu'il mourut à Lausanne et que son corps fut ramené à l'abbaye pour être inhumé sous le portail[3]) lorsqu'avec d'autres il s'y était rendu pour secourir les Francs[4]. Anséric et Pons, abbé de Bellevaux, font venir quelques religieux de l'abbaye de Morimond sous la direction de Bernard cellérier de la charité[3]. L'abbaye est consacrée en 1223 par Ebrard, archevêque de Besançon[2]. En 1200 est fondée l'abbaye Saint-Thomas des Bourguignons à Torcello, Lombardie vénitienne, qui était une abbaye fille de Notre-Dame de Rosière[2].
Dès sa création cette abbaye est dotée par les sires de Salins, dont Gaucher IV, le dernier de cette famille, et Guillaume, son frère, qui pourvoiront celle de Balerne également avant 1190[5],[6]. Ils lui donnent par la suite un domaine nommée la grange de Charnais situé dans le Val-d'Héri (aujourd'hui Pont-d'Héry), le libre usage des forêts et des pâturages dans toute la seigneurie de Salins, le privilège de n'être astreinte à aucune corvée, à aucune fourniture de bêtes de somme ou d'instruments aratoires[4]. À leur suite les seigneurs du voisinage font de même, tels Renaud III de Bourgogne, les sires de Vadans, Simon de Neublans, Guillaume de Thoire, Bernard de Tramelay, les seigneurs d'Aresches, Humbert d'Arlay, Guillaume et Guy de Liesle, Androuin de Vaux [3]…
Humbert, par la grâce de Dieu, archevêque de Besançon, à notre bien-aimé fils en Notre-Seigneur, Ascelin, abbé de Rosières, à ses frères et à leurs successeurs… Nous vous cédons en pleine et entière propriété le lieu appelé Rosières, que nous a donné Gaucher, fils d'Humbert de Salins, en présence du comte Rainaud et d'un grand nombre d'autres personnages nobles, clercs et laïques, à savoir : Pierre de Trave, doyen de Saint-Etienne, Hugue, chantre, et Manegaud, trésorier de Saint-Jcan, Othon de la Roche, Etienne et Hugue de Scey, et beaucoup d'autres. Leur témoignage prouve que ledit Gaucher a remis entre nos mains ce lieu de Rosières avec ses dépendances; qu'Humbert, son père, l'avait déjà désigné à notre vénérable frère Ponce, abbé de Bellevaux, par-devant Robert de Bermont, Gui de Joux, Pierre de Longeville, Humbert, clerc, de Vadans, et en avait fait don à notre prédécesseur de sainte mémoire, Ansérie, sous l'attestation de toute la cour épiscopale. Ce lieu ou emplacement s'étend depuis les sinuosités de la Cuisance jusqu'au bief de Brans, et de là jusqu'à Brainans; d'un autre côté, depuis les mêmes sinuosités, près du chemin qui conduit à Vaudrey, à travers le bois, jusqu'au bief de Bursey. Dans ces limites, le susdit Gaucher a tout abandonné à l'abbaye de Notre-Dame-de-Rosières, et ne s'est rien conservé, sinon le droit de faire paître ses porcs. À cette donation, il a joint encore le Vieux-Mathenay, depuis la Fontaine-sous-l'Orme, à côté du chemin qui mène à Grozon, jusqu'à la Rochette, de là jusqu'à la Tournelle, et de la tournelle jusqu'à la terre de Saint-Jean (d'Autun); d'un autre côté, depuis Chatillon… jusqu'aux prairies (de Grozon?) En outre, il a donné aux religieux, dans toute l'étendue de ses terres, la libre jouissance des pâturages, des forêts, des eaux et de tout ce qui peut leur être nécessaire. Le même Gaucher a cédé à votre abbaye, entre les mains de l'abbé de Bellevaux, la terre de Charnay, en présence de Renaud de Trave, de Renaud de Joux, chevalier, et de Constantin, maire de la Ferté. Ces diverses donations étant restées verbales jusqu'à ce jour, nous les avons consignées dans le présent acte, muni de notre sceau. De plus, nous vous ratifions et confirmons la possession de tous vos biens et de tout ce que par la suite vous pourrez acquérir. Qu'à l'avenir, nul, sous peine d'excommunication, n'ose envahir ou dévaster vos propriétés, s'il n'en a de nous et de notre chapitre une autorisation spéciale. Que nul n'ose exiger de vous aucune dime…. Que vous et vos successeurs conserviez toujours en paix et sécurité toutes les possessions, tous les biens que l'abbaye a maintenant et pourra jamais avoir. Que quiconque aura la témérité d'enfreindre la teneur du présent acte, s'il ne répare dignement sa faute après un premier et un second avertissement, soit excommunié et privé de la participation au Corps et au Sang sacré de Notre Seigneur et Rédempteur Jésus-Christ, et qu'au jugement dernier, il éprouve la juste sévérité du Dieu Tout-Puissant. Qu'au contraire, ceux qui vivront avec vous en bonne harmonie trouvent grâce et miséricorde devant lui. Ainsi soit-il. Fait solennellement à Besançon, à la cour épiscopale, le 7 des ides d'octobre, l'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur, 1136, quatorzième indiction[3].
Prospérité et grandeur
Aux XIIe siècle et XIIIe siècle Rosières prend une grande importance. Sa prospérité est due aux donations importantes que lui font les comtes de Bourgogne qui en avaient le droit de garde et des papes qui lui accordent leur protection (tels Eugène III, Alexandre III, Innocent III, Jean XXII, Nicolas V et Clément VI)[3] ; en 1203 le pape Innocent III adresse à l'archevêque de Besançon une bulle par laquelle il interdit de traduire devant les tribunaux séculiers les religieux de Rosières et de leur faire subir l'épreuve des aveux que ce soit par l'eau froide, le fer chaud ou le duel[7]. Elle est exempte de toute juridiction ecclésiastique, de toute dîmes et ne peut être visitée que par des supérieurs de l'ordre[3]. L'abbé a la haute, moyenne et basse justice qu'il fait exercer par des officiers résidant à la Tournelle, il a aussi le droit de nommer des messiers et des forestiers pour assurer la garde des biens du monastère[3]. Enfin il siège aux places d'honneur aux assemblées des états, en 1338 Guillaume de Poligny, abbé de Rosières, est député à la cour d'Espagne comme représentant des trois états[3].
Les principaux domaines de l'abbaye étaient : la terre de Bruleux, les droits d'usage sur les terres de Vaudrey, Vadans, Salins, Tramelay, Binans ; les granges de Rosières, de Mathenay, de Charnay, de Vescles ; des iles de la Tournelle, d'Oiselaine, de Brainans et de Tilleray à cela s'ajoutaient des moulins et des fours à La Ferté, des maisons à Arbois, Bly, Groson, Poligny, Salins et Dole… ainsi que des rentes sur les salines de Salins-les-Bains[3] et celle de Grozon[8]. M. Rousset dans le "Dictionnaire historique des communes du Jura" décrit ainsi l'abbaye de Rosière : "l'église, de style ogival et composée de trois nefs, était remarquablement belle. On y voyait un grand nombre de chapelles fondées par les seigneurs qui avaient voulu être inhumés dans cette église, et plusieurs mausolées, tombeaux ou pierres tumulaires, entre autres, d'Humbert III, sire de Salins, fondateur de l'abbaye, de Marguerite de Vergy et de Jeanne de Lannoy, dames de Vadans; de Gui de Salins, chambellan du duc de Bourgogne, et d'Etiennette du Pasquier, son épouse"[3].
Dimes, granges et terriers
La grange de Brenans
La grange de Brenans, un des plus beaux domaines de Rosières, lui a été donnée en fondation par Hugues de Thoire, sire de Vaudrey. La donation est confirmée par son fils Guillaume en 1137, par Renaud de Montbarrey en 1183, par Hugues et Humbert sires de Belmont en 1189, par Aymon de Liesle en 1231 et par Isabelle, veuve de Hugues de Charency et ses fils en l266. Les fermiers de cette grange pouvaient mener paître leur bétail et couper du bois dans les forêts du sire de Clairvans comme le reconnait Philippe de Vienne, seigneur du lieu le [9]
Les Salins
Les salines de Salins-les-Bains se partageaient entre la grande et la petite saline[4]. Cette dernière, nommée aussi "puits à muire", était la propriété de plusieurs particuliers alors que la grande saline, qui comportait deux manufactures, était la propriété du comte de Bourgogne en presque totalité[4]. C'est dans l'une d'elles que le "lavodium" (réservoir), construit en bois, et qui était très vétuste fut rénové en 1196 par l'abbé de Rosière qui le fit reconstruire en pierres[4]. En reconnaissance, Gaucher IV, sire de Salins, lui fit la donation perpétuelle d'une quantité de "muire" égale "à celle qu'en emportait la moitié d'un meix"[4]. Ce don (d'une quantité de trois "bouillon de sel") était à prendre pour une part à Pâques, une à la Pentecôte et la dernière à Noël[3]. Cette concession fut approuvée par la mère de Gaucher et par son frère le comte de Mâcon Guillaume IV ; c'est l'origine de ce qui sera appelé par la suite dans tous les actes "la chauderette de Rosières" ou "sel de Rosières" (par opposition à la "muire" fabriquée par l'autre atelier) et qui était destinée à cette province ; le pain de sel qui y était formé devait peser trois livres[4]. En 1170 déjà le comte de Bourgogne Étienne II avait donné huit charges de sel aux religieux ainsi qu'un serf de Lons-le-Saunier nommé Guichard avec ses enfants et ses biens[3]. En 1249 l'abbaye avait aliéné le local et la chaudière qu'il contenait à Jean Ier de Chalon, comte de Chalon[4].