Abbaye de Disentis

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Abbaye de Disentis
Image illustrative de l’article Abbaye de Disentis
Vue de l'abbaye en hiver.
Présentation
Culte catholique
Site web www.kloster-disentis.ch/homeVoir et modifier les données sur Wikidata
Géographie
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Canton Drapeau du canton des Grisons Grisons
Ville Disentis/Mustér
Coordonnées 46° 42′ 25″ nord, 8° 51′ 23″ est
Géolocalisation sur la carte : Suisse
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Abbaye de Disentis
Géolocalisation sur la carte : canton des Grisons
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Abbaye de Disentis

L'abbaye de Disentis est une abbaye bénédictine dédiée à St-Martin et appartenant à la congrégation bénédictine de Suisse. Elle se trouve sur le territoire de la commune de Disentis/Mustér dans le canton des Grisons en Suisse.

Historiquement, l'abbaye était une seigneurerie ecclésiale qui disposait d'un pouvoir économique et politique important. L'église ainsi que le bâtiment principal sont d'architecture baroque et ont été construits pour l'essentiel à la fin du XVIIe siècle. Des fouilles archéologiques ont mis à jour au même emplacement des vestiges du monastère primitif datant du VIIIe siècle.

L'abbaye abrite une école secondaire et un internat renommés.

Création de l'abbaye

Selon la tradition (Passio Placidi du XIIe siècle), Sigisbert, moine franc, installe une cellule dans la Desertina, dans l'esprit du monachisme irlando-franc de Luxeuil (règle de saint Colomban). Il le place sous le patronage de saint Martin, le saint national des Francs, d'où le nom donné plus tard à l'abbaye. Il obtient le soutien de Placide, originaire du pays, qui comptait sans doute parmi les plus puissants propriétaires mentionnés par la Lex Romana Curiensis contemporaine. Placide est tué sur l'ordre de Victor, gouverneur (praeses) de Coire. La tradition fait du meurtre de Placide un martyre; le monastère célèbre jusqu'à ce jour Sigisbert et Placide le [1].

Disentis devint véritablement un monastère en 750 sous l'abbé Ursicinus[1].

L'abbaye se situe sur le cours du Rhin antérieur, au croisement d'importants route de commerce transalpin, à 20 km de distance du col du Lukmanier[2] et à pareille distance du col de l'Oberalp. Dès l'Antiquité tardive, l'arc alpin est entièrement divisé en évêchés établis et un réseau de monastères s'y développe également[3]. En parallèle à son rôle spirituel, l’Église y joue un important rôle économique[3].

Seigneurie ecclésiale

Moyen-âge

Le plus ancien document qui nous soit parvenu relatif à l'abbaye de Disentis est un parchemin connu sous le nom de testament de Tello (de), évêque de Coire[4],[5]. Il s'agit d'une donation post obitum du , par laquelle, Tello, fils de Victor et évêque de Coire aux alentours de 759-765, lègue des biens considérables à l'abbaye de Disentis. Comme Constantius et Remedius après lui, Tello était sans doute à la fois évêque et praeses de la Rhétie, exerçant ainsi le pouvoir spirituel et temporel[6].

L'abbaye est détruite par les Sarrazins vers 940.

La politique des passages alpins des empereurs du Saint-Empire germanique inclut le couvent impérial. Sous le règne d'Otton Ier (962-973), l'abbaye de Disentis reçoit des donations, que ses successeurs confirment. L'abbaye est à nouveau favorisée sous Frédéric Barberousse (1152-1190), qui lui offre de nouvelles possessions en Lombardie. En 1185, l'abbaye étend sa seigneurie, appelée Casa Dei ou Cadi, de Brigels au col de la Furka. Les abbés possédaient la haute juridiction sur les gens du couvent, de même que le droit de marché[1].

Charlemagne, de retour de son couronnement à Rome en 800, s'arrête à Disentis et lui accorde biens et privilèges[7],[8].

Elle est abbaye d'Empire, c'est-à-dire libre de répondre des réclamations des seigneurs, et sous la protection immédiate de l'empereur. Disentis a l'avantage d'être située dans une vallée, point-clé de passage du nord au sud.

L'abbé Udalric Ier (1031-1055) devient le premier abbé de Disentis à accéder au rang de prince d'Empire.

Époque moderne

Saint Charles Borromée visite Disentis en 1581. L'abbaye s'agrège à la congrégation bénédictine de Suisse, voulue par Clément VIII en 1602.

L'abbaye est décorée en style baroque à la fin du XVIIe siècle.

République helvétique

Pendant la guerre de coalition entre la France et l'Autriche (1799-1801), l'abbaye est pillée et incendiée par les troupes françaises en 1799, et des œuvres d'art et ouvrages de la bibliothèque sont confisqués pour soutenir l'effort de guerre. L'abbaye perd la plupart de ses domaines, mais elle est reconstruite par l'abbé Anselme Huonder, le dernier abbé à porter le titre de prince du Saint-Empire.

XIXe siècle

Bien que l'abbaye ait échappé à la dissolution, comme la plupart des abbayes du pays, le XIXe siècle est une période difficile pour elle. La vallée de Disentis fait partie de la République helvétique, lorsque les Trois Ligues s'y agrègent. Les communes des Grisons perdent leur souveraineté juridictionnelle, transférée au peuple, en 1854. Or si les communes environnant Disentis sont catholiques, le canton des Grisons est majoritairement protestant et ouvert aux idées de 1848. De plus l'abbaye brûle en 1846. La situation matérielle de Disentis devient précaire et son rayonnement spirituel s'éteint, à tel point que l'abbé Paul Birker est envoyé de l'abbaye Saint-Boniface de Munich pour tenter de la faire survivre, mais il échoue et retourne comme simple moine à Munich en 1877, l'année où une loi cantonale interdit à l'abbaye de recevoir des novices.

XIXe siècle

En 1880, après le Kulturkampf suisse, les religieux des congrégations bannies ont le droit de revenir en Suisse et des bénédictins viennent renforcer Disentis. Elle retrouve son essor avec l'abbé Benedikt Prevost (1888-1916), venu de l'abbaye de Muri-Gries (de). L'abbaye ouvre une école secondaire (Lateinschule, puis gymnasium) qui existe toujours, renouant avec la tradition de l'abbaye qui avait ouvert une école du XIIIe au XVIIIe siècle. Les élèves (garçons et filles) sont aujourd'hui plus de 250, dont un tiers en internat. Elle est dirigée par une physicienne de formation, Mme Geneviève Appenzeller-Combe, depuis 2008.

En 2019, Disentis compte 30 moines profès[8].

Architecture

Monastère primitif

Le noyau du monastère primitif comprenait trois églises : l’église Sainte-Marie, l’église Saint-Martin et, coincée entre les deux, une petite chapelle Saint-Pierre. Ces édifices religieux, situés dans la cour intérieure orientale, étaient  contrairement aux églises actuelles  orientés vers l’est. Des fouilles ont mis au jour les fondations de la première petite église Sainte-Marie pré-carolingienne (datée d’environ 700). Son bâtiment successeur ainsi que la première église Saint-Martin sont construits dans la première moitié du VIIIe siècle. Vers la fin de ce siècle, ces édifices sont reconstruits sous forme d’églises à trois absides. Au cours des siècles suivants, ils sont modifiés et reconstruits à plusieurs reprises après d'incendies.

Complexe monastique baroque

Gravure d'une des esquisses architecturale du monastère figurant dans le guide de voyage Schweizerkarte, d'Heinrich Ludwig Muoss, 1698.

Les bâtiments actuels sont d'architecture baroque et ont été érigés sur le même lieu que le monastère primitif. Ce nouveau complexe monastique a été construit entre 1683 et 1704. Au début du XVIIe siècle, la congrégation est à l'étroit dans des bâtiments décrépis et endommagés par différents incendies, dont celui ravageur de 1621 ; l'état des finances n'a pas permis d'y remédier. En 1683 cependant, les travaux commencent, vraisemblablement sous la direction de l'architecte Caspar Moosbrugger (1656-1721, originaire du Vorarlberg et frère convers de l'abbaye d'Einsiedeln). Après la construction de l'aile sud et de la partie centrale, les difficultés financières entravent les travaux dès 1690. Le projet initial se laisse deviner dans une esquisse figurant dans la Schweizerkarte de l'imprimeur Heinrich Ludwig Muoss datant 1698. C'est une version plus modeste et simplifiée qui est réalisée. La construction de l'église abbatiale est achevée en 1704. L'église est consacrée le 11 septembre 1712 par le nonce Giacomo Caraccioli[9]. Après les incendies dévastateurs de 1799 et 1846, le bâtiment conventuel est modifié et surélevé d’un étage[10].

Église abbatiale

Intérieur de l'église abbatiale.

Contrairement à l'abbaye d'Einsiedeln, l'église abbatiale de Disentis ne se situe pas au centre de l'ensemble conventuel mais suit un schéma plus ancien, où l'église abbatiale est adossée à une des ailes du bâtiment conventuel[11].

Église Sainte-Marie

Dans l’église Sainte-Marie actuelle, les absides de la fin du Xe siècle sont intégrées dans la crypte.

Activités de l'abbaye

Vie religieuse

L'abbaye est toujours en activité. Les moines célèbrent cinq offices par jour dans l'église abbatiale.

Frère Martin, février 2026.

En 2019, Disentis comptait 30 moines profès[8].

Internat et gymnase

Hôtellerie

L'abbaye loue des salles de conférence et a une activité d'hôtellerie. Les hôtes peuvent prendre leur repas du matin et du midi sur place. L'abbaye dispose par ailleurs d'un petit musée ouvert au public.

Liste des abbés

Depuis sa fondation, le monastère de Disentis a été dirigé par environ 66 abbés.

  • Ursicinus, abbé d'environ 750 à environ 750[12],[13]
  • Agnellus, abbé d'environ 800 à environ 800[14]
  • Prestantius, abbé d'environ 880 à environ 880[14]
  • Victor, abbé de 960 à 976[14]
  • Erchenbert, abbé de 993 à 993[14]
  • Adalgott, abbé au début du XIe siècle[14],[15]
  • Otker, abbé au début du XIe siècle[14]
  • Odalricus, abbé de 1048 à 1048[16]
  • Ada, abbé de 1112 à 1112[17]
  • Walter, abbé de 1127 à 1127[17]
  • Eberhard, abbé de 1130 à 1130[17]
  • Hugo, abbé durant la 2e moitié du XIIe siècle[17]
  • Walter, abbé de 1185 à 1185[18],[19]
  • Albert von Novenzano, abbé de 1203 à 1207[20]
  • Burchard, abbé de 1213 à 1213[20]
  • Gualfred, abbé de 1225 à 1233[20]
  • Konrad, abbé de 1237 à 1247[20]
  • Johannes de Malderon, abbé de um 1248 à um 1248[20]
  • Anton de Carnisio, abbé de 1251 à 1251[20]
  • Heinrich, abbé de 1252 à 1261[21]
  • Rudolf von Reichenstein, abbé de 1281 à 1287[21]
  • Benedikt, abbé de 1288 à 1288[21]
  • Symon, abbé de 1288 à 1288[21]
  • Nikolaus, abbé de 1296 à 1300[21]
  • Wilhelm von Planezia, abbé de 1319 à 1323[21]
  • Thüring von Attinghausen-Schweinsberg (de), abbé de 1327 à 1353[22],[23],[24]
  • Jakob von Buchhorn, abbé de 1357 à 1367[25]
  • Jean d'Ilanz (1367-1401), cofondateur de la Ligue grise[1],[25],[26]
  • Petrus von Pontaningen, abbé de 1402 à 1438[1],[27],[28]
  • Nikolaus von Marmels, abbé de 1439 à 1448[29]
  • Johannes von Ussenprecht, abbé de 1449 à 1464[30]
  • Johannes Schnagg, abbé de 1464 à 1497[31],[32]
  • Johannes Brugger, abbé de 1497 à 1512[33]
  • Andreas de Falera, abbé de 1512 à 1528[34]
  • Martin Winkler, abbé de 1528 à 1536[1],[34]
  • Jodokus Kreyer, abbé de 1536 à 1537[34]
  • Leonhard Feurer, abbé de 1538 à 1538[35]
  • Paul Nicolai, abbé de 1538 à 1551[35]
  • Lucius Anrich, abbé de 1551 à 1566[35]
  • Christian von Castelberg, abbé de 1566 à 1584[1],[35]
  • Nikolaus Tyron, abbé de 1584 à 1593[36]
  • Jakob Bundi (de), abbé de 1593 à 1614. Né en 1565, mort en 1614[37],[36]
  • Sebastian von Castelberg, abbé de 1614 à 1634[1],[38]
  • Augustin Stöcklin, abbé de 1634 à 1641[1],[39]
  • Josef Desax, abbé de 1641 à 1642[40]
  • Adalbert Bridler, abbé de 1642 à 1655[1],[40]
  • Adalbert de Medell, abbé de 1655 à 1696[1],[41]
  • Adalbert Defuns, abbé de 1696 à 1716[1],[42]
  • Gallus Deflorin, abbé de 1716 à 1724[43]
  • Marian von Castelberg, abbé de 1724 à 1742[44]
  • Bernhard Frank von Frankenberg, abbé de 1742 à 1764[45],[46]
  • Colombano Sozzi 1764-1785[47],[48]
  • Laurentius Cathomen 1785-1801[49],[50]
  • Anselm Huonder 1804-1826,[51]
  • Adalgott Waller, abbé de 1826 à 1846[52]
  • Anselm Quinter, abbé de 1846 à 1858[53]
  • Placidus Tenner, abbé de 1860, ... à 1880[54]
  • Paulus Birker, abbé de 1861 à 1877[55]
  • Benedikt Prevost, abbé de 1888 à 1916[1],[56]
  • Bonifaz Duwe, abbé de 1916 à 1925[57]
  • Beda Hophan (de), abbé de 1925 à 1963[1]. Né en 1875, mort en 1964[58],[59]
  • Viktor Schönbächler (de): 1963–1988. Devise : In omnibus caritatis. Né le 8 mars 1913, mort le 18 janvier 1996[60],[61]
  • Pankraz Winiker (de): 1988–2000; Abbé primat de la congrégation bénédictine de Suisse de 1991 à 1997. Devise : Pax et gaudium. Né le 16 décembre 1925, mort le 25 octobre 2013[62]
  • Daniel Schönbächler (de): du 18 décembre 2000 au 18 avril 2012. Devise : Unitas in diversitate. Né le 31 mars 1942[63]; mort le 14 août 2023
  • Vigeli Monn (de): depuis le 19 avril 2012[64]. Devise : Duc in altum. Né le 13 avril 1965[65]

Références

Bibliographie

Liens internes

Liens externes

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