Abeille impériale

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Les abeilles impériales et le monogramme de Napoléon, gravés sur la façade du pavillon Richelieu du palais du Louvre.

L'abeille impériale, évocation plus ou moins stylisée de l'insecte, est un symbole du Premier et du Second Empire, adopté par Napoléon Ier en 1804. Repris aux Mérovingiens, l'emblème remplace la fleur de lys rattachée à la royauté des Capétiens et représente le pouvoir impérial français de 1804 à 1814, durant les Cent-Jours en 1815, et de 1852 à 1870.

Lors qu'il instaure l'Empire en , Napoléon Ier cherche des symboles pour le nouveau régime[1],[2],[3],[4]. Une rupture doit être marquée avec la Révolution et l'Ancien Régime[4]. Il pense que sa dynastie nouvelle doit puiser dans des racines historiques illustres et incontestables[3]. Les premières discussions à ce sujet ont lieu à partir de juin, au Conseil d'État[4]. Des conseillers lui proposent le chêne, symbole de sagesse et de réconciliation, ou la fleur de lys, insigne de la royauté disparue quinze ans auparavant[4],[2]. Ce second motif est évité car il renvoie trop à la dynastie des Bourbons et à Louis XVI[4],[2]. Le prince-architrésorier Lebrun déclare y voir l'emblème de la France et non des Bourbons, sans convaincre[4].

Le directeur général des musées Vivant Denon et l'archichancelier Cambacérès soumettent à l'empereur le symbole de l'abeille[4],[2],[5],[6]. Cambacérès l'estime approprié à « une république qui a un chef », Lacuée complète en remarquant qu'« elles sont à la fois l'aiguillon et le miel » mais Ségur le considère davantage comme le symbole du travail plutôt que de la puissance[4],[5],[7],[8]. D'autres animaux sont proposés comme l'éléphant, le coq déjà parfois utilisé depuis 1789, l'aigle rappelant l'Empire romain ou le lion pour concurrencer le léopard des armoiries de l'Angleterre[4],[2],[5]. Après de longs débats, le décret du 21 messidor an XII () établit le choix de l'aigle : les armes sont « d'azur à l'aigle à l'antique d'or, empiétant un foudre du même »[4],[5]. Napoléon exhume ainsi un prestigieux symbole rattaché à la gloire militaire romaine  l'antiquité romaine étant omniprésente dans tous les domaines depuis la fin du XVIIIe siècle  mais aussi repris par Charlemagne, roi des Francs et empereur d'Occident, figure importante de son ancrage dans l'histoire, à laquelle il désire être assimilé[3],[4].

2 des 300 abeilles découvertes dans la tombe de Childéric (Ve siècle) en 1653 : elles ont une tête et un thorax en or, des ailes incrustées de grenats, et au revers, une attache (ce sont en réalité des cigales).
Le nouveau symbole apparaît à partir du sacre, le . Détail du Sacre de Napoléon de Jacques-Louis David, 1808.

L'abeille est néanmoins choisie comme emblème personnel de Napoléon Ier[1],[3],[5]. Employée à la manière de la fleur de lys d'apparence similaire, l'abeille est utilisée sur les costumes et décors officiels et d'autres évocations de Napoléon et la famille impériale[1],[3],[5],[8]. Depuis la découverte en 1653 du tombeau de Childéric Ier avec des abeilles ornant son manteau , cet insecte est pris pour le symbole des Mérovingiens[3],[2],[4],[5],[9]. Elle est alors considérée comme le plus ancien emblème de la monarchie française[4],[9]. En faisant référence aux Mérovingiens, Napoléon relie dès lors son pouvoir impérial à celui de la royauté abolie par la Révolution, tout en passant outre au souvenir douloureux des Bourbons, leur dernière incarnation[1],[4],[2]. Puisque les Mérovingiens sont la « première race » des rois de France, Napoléon se proclame de la « quatrième race »[3]. Par ses choix de symboles, Napoléon s'accapare à la fois le prestigieux passé de Rome, des Mérovingiens fondateurs de la royauté française et de Charlemagne, bâtisseur d'un empire à partir d'un royaume franc[1],[3],[6]. L'abeille évoque une certaine organisation de la société : l'autorité d'un chef, la vie en communauté parfaitement réglée et hiérarchisée, la natalité forte, le travail par la production disciplinée et collective du miel, et la puissance armée par l'aiguillon[1],[2],[6],[8]. De plus, l'abeille incarne l'immortalité et la résurrection depuis l'Antiquité (son système de reproduction n'est compris qu'au XVIIIe siècle, laissant longtemps croire que l'abeille meurt et revient à la vie chaque année)[4],[2],[10],[9]. Dans les années 1790, à la recherche d'un emblème pour la jeune Première République, la Convention nationale avait écarté l'idée de l'abeille car les ruches ont une reine[1].

Usage sous le Premier et le Second Empire et après

Notes et références

Voir aussi

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