Ali Moussa al-Shawakh (en arabe: علي موسى الشواخ), plus connu sous le nom de guerre de Abou Lôqman (en arabe: أبو لقمان) ou encore de Abou Ayoub al-Ansari (en arabe: أبو أيوب الأنصاري), né en 1973 à al-Sahel près de Raqqa et mort le à Hajine, est un djihadistesyrien, chef de l'Amniyat, les services de renseignement de l'État islamique.
Ali Moussa al-Shawakh est un Syrien, de la tribu des Aqeedat[1] et du clan des Ajeel[2]. Il naît en 1973 à al-Sahel, un village du gouvernorat de Raqqa[2]. En 2002, il obtient une licence de littérature arabe à université d'Alep[2]. D'autres sources le présentent comme un diplômé de l'académie militaire de Homs ou un avocat et professeur de droit[1],[2].
En 2002, il fait son service militaire à Ras al-Aïn[2]. Il obtient le grade militaire de premier lieutenant et est incorporé à une unité de renseignement de l'armée régulière à Damas[2],[1].
Ali Moussa al-Shawakh développe une forte haine pour les alaouites et adhère aux thèses salafistes prêchées par le prédicateur Hamed al-Tayyaoui[2]. Lorsque la guerre d'Irak débute en 2003, il est aussi un admirateur de Saddam Hussein[2]. Après son service, Ali Moussa al-Shawakh devient professeur d'arabe à l'école Al-Garbi d'Al-Sahel, mais il commence clandestinement à recruter des partisans pour le djihad en Irak[2]. Il se rapproche alors de l'idéologie djihadiste et d'Abou Moussab Al-Zarqaoui, le chef d'Al-Qaïda en Irak[1].
Si dans un premier temps les services de renseignement syriens laissent faire Ali Moussa al-Shawakh, en 2010, il est arrêté pour sédition et est enfermé dans la prison de Saidnaya[2]. Ali Moussa al-Shawakh y rencontre Fiwaz Mohammed Kurdi al-Hiju, un djihadiste ayant combattu les Américains en Irak[2].
Ali Moussa al-Shawakh est relâché en 2011[1] ou au printemps 2012[2] par le pouvoir syrien qui cherche alors à «djihadiser» la rébellion syrienne[1].
De fin 2012 à fin 2013, il pourrait avoir été le chef d'un groupe pratiquant l'enlèvement d'otages occidentaux, et dont les membres étaient surnommés les «Beatles» par ses victimes[1]. Le chef de ce groupe était pour sa part surnommé «Number One»[1].
En 2013, Abou Lôqman rejoint les rangs de l'État islamique en Irak et au Levant[1],[2]. Selon Libération, avec son ancien compagnon de détention, Fiwaz Mohammed Kurdi al-Hiju, Abou Lôqman siphonne le Front al-Nosra de l'intérieur[2]. Il obtient le ralliement de 630 hommes et fait tuer Abou Saâd al-Hadrami, un des plus importants émirs du Front al-Nosra[2]. En , il est à la tête de 2 300 soldats[2]. Selon les journalistes Willy Le Devin et Ismaël Halissat, de Libération: «Plus de 1 200 combattants de l'Armée syrienne libre sont arrêtés et exécutés. Leurs restes sont jetés dans la cour de l'hôpital public de Raqqa, avec un écriteau: «Rejoignez l’EI ou vous subirez le même sort.» Une semaine après l’ultimatum, 5 750 recrues de plus affluaient»[2].
En 2014, il est à l'origine de l'exécution d'Abou Obeida al-Maghribi, accusé d'être une taupe au service du MI6[1]. Il devient alors le nouveau chef de l'Amniyat en Syrie et remplace également Abou al-Athir au poste de gouverneur d'Alep[1],[2]. Il dirige alors des contre-offensives contre les rebelles dans cette région[1]. Il aurait également été gouverneur de Raqqa[2].
Sous sa direction, les méthodes de l'Amniyat deviennent plus rigides, la surveillance augmente[1]. Abou Lôqman participe parfois directement à des séances de tortures[1]. C'est également lui qui aurait ordonné la décapitation de James Foley et de deux autres otages[1].
Selon Libération, «fin 2014, Abou Lôqman fait partie des huit membres du conseil de gouvernance de l’EI, sous le patronage d’Al-Baghdadi»[2].
Début 2015, Abou Lôqman change de kunya et prend celle d'«Abou Ayoub al-Ansari»[2].
Le , il est blessé dans la frappe aérienne américaine qui coûte la vie à Abou Mohammed al-Adnani près d'al-Bab[3],[2]. Après la mort d'Adnani, Abou Lôqman est considéré par les services de renseignement français comme un potentiel candidat à la succession d'Abou Bakr al-Baghdadi[4].
Abou Lôqman aurait été tué par un bombardement américain le à Hajine, près de Boukamal, alors qu'il participait à une réunion[4],[2].