Abraham ben Abraham
From Wikipedia, the free encyclopedia
Abraham ben Abraham (hébreu : אברהם בן אברהם), né comte Valentin (Walentyn) Potocki [1], est un noble polonais converti au judaïsme orthodoxe et condamné par l'Église catholique à périr sur le bûcher, en 1749, pour avoir renoncé à la foi chrétienne.
La forme la plus populaire du récit, relayée grâce à des traductions en russe est celle de Józef Ignacy Kraszewski (1812 - 1887), l'auteur renommé de nombreux romans historiques. Sa version de l'histoire de Walentyn Potocki est incorporée dans le troisième volume de l'histoire de Vilna (Vilnius), Wilno od początków jego do roku 1750 (1840-1842), dans lequel Kraszewski affirme s'être inspiré d'un original en hébreu de 1766 (Hurwitz, Ammude bet Yehudah, Amsterdam).
Selon Kraszewski, le jeune Potocki et son ami Zaremba, qui se rendaient de Pologne à Paris pour leurs études, eurent leur attention attirée par un vieux Juif dans un débit de boisson. Celui-ci, absorbé par un gros livre, leur dévoila un enseignement et des explications de la Bible hébraïque dont ils n'avaient eu, en tant que catholiques, aucune connaissance auparavant à travers l'Ancien Testament. Cette expérience leur fit une si forte impression, qu'ils lui demandèrent de leur apprendre l'hébreu. En six mois, ils avaient acquis une grande compétence dans le langage biblique et un fort penchant pour le judaïsme.
Potocki se rendit alors à Rome, puis à Amsterdam, l'un des rares lieux dans l'Europe de l'époque où les chrétiens pouvaient ouvertement se convertir au judaïsme, après s'être convaincu qu'il ne pouvait plus rester catholique. Là, il prit sur lui d'embrasser la religion d'Abraham, adoptant le nom d'Abraham ben Abraham[2].

Après avoir séjourné pendant une courte période en Allemagne, un pays qu'il détestait, il retourna en Pologne, et pendant un certain temps, vécut avec les Juifs du village d'Ilye (pl) (gouvernement de Vilna, aujourd'hui en Biélorussie), où peu de membres de la communauté étaient au courant de sa véritable identité. L'un d'eux cependant, irrité de la remontrance que son fils reçut de Potocki, pour l'avoir perturbé dans son étude et sa prière alors qu'il se trouvait dans la synagogue, informa les autorités que le guer tzedek que l'on recherchait depuis longtemps, se trouvait à Ilye, ce qui mena à l'arrestation de Potocki.
Potocki resta insensible aux supplications de sa mère et de ses amis de retourner au christianisme. Après un long emprisonnement et un procès pour hérésie, il fut condamné à être brûlé vif à Vilna, le second jour de Chavouot. Comme il était en ces temps très dangereux pour un Juif d'assister à l'exécution, la communauté juive manda un nommé Leiser Zhiskes, Juif ne portant pas la barbe, pour se mêler à la foule et qui réussit par corruption à se procurer quelques cendres du martyr, lesquelles furent ensuite enterrées dans le cimetière juif. Une lettre de pardon du roi arriva, trop tard pour sauver la victime.
Zaremba, le camarade de Potocki, serait retourné en Pologne plusieurs années avant lui, et s'y serait marié à la fille d'un noble, qui lui donna un fils. Il tint cependant à respecter sa promesse d'embrasser le judaïsme, et voyagea à Amsterdam avec femme et enfant pour se faire convertir à son tour ; ils s'installèrent ensuite en Palestine.
Tradition juive
Il existe parmi les Juifs de Lituanie, de Pologne et de Russie diverses variantes de cette histoire ; tous en parlent cependant comme le guer tzedek, « l'étranger vertueux » (expression consacrée, dans la littérature juive, pour les convertis au judaïsme) de Vilnius. Pratiquement toutes les sources juives confirment que ce noble polonais s'est converti au judaïsme orthodoxe et qu'il est mort sur le bûcher après sa condamnation par l'église catholique et romaine de Vilna le (7 Sivan 5509) pour avoir renoncé au catholicisme.
La tradition orale juive est riche en détails sur la vie et surtout sur la mort d'Abraham ben Abraham : lors de sa conversion au judaïsme, le guer tzedek quitte son domaine et abandonne son héritage, pourchassé par les autorités, pour se réfugier près du révéré Gaon de Vilna. Lorsqu'il est finalement arrêté et condamné au bûcher, le Gaon de Vilna lui envoie un message lui offrant la possibilité de le secourir en utilisant la Kabbale. Abraham ben Abraham refuse, préférant à la place mourir al kiddoush Hashem (en sanctifiant le nom de Dieu) et s'enquiert auprès du Gaon de la prière qu'il devra réciter juste avant de mourir. Le Gaon de Vilna lui répond : Baroukh ata Ha-Chem...vetsivanou leqadèch eth chemo be'rabim (Béni sois-Tu...qui nous a ordonné de sanctifier le Nom en public) et lui envoie un émissaire pour l'écouter et lui répondre « amen ».
Le Gaon de Vilna (qui sera enterré en 1797 dans le même cimetière qu'Abraham ben Abraham) aurait, selon la tradition, considéré la mort de Abraham ben Abraham comme un tel Tikkoun 'olam (amélioration spirituelle du monde) qu'il aurait modifié l'obligation pour un Juif de se laver les mains à son lever du lit avant de marcher quatre coudées, tel qu'il est explicité dans divers traités halakhiques : à partir de cette date, la maison entière d'un Juif serait considérée à cet égard comme faisant quatre coudées, et il pourrait se laver à n'importe quelle distance de son lit. Cette coutume, née de la mort d'Avraham ben Avraham, commença avec le Gaon de Vilna, avant de devenir la pratique de la yechiva de Slobodka en Europe. Actuellement, elle est suivie par de nombreux rabbins en Israël qui observent la tradition de Slobodka.
L'histoire est de plus rapportée par le rav Ostroff, le rav Moishe Sternbuch de Jérusalem, par le rabbin Hadar Margolin et dans la biographie du Gaon de Vilna publiée par les éditions Artscroll de New York.
On peut raisonnablement supposer que le maître de Potocki, peut-être celui qui convainquit les deux jeunes nobles à se convertir au judaïsme, était son propre métayer, Menahem Man ben Aryeh Löb de Visun, qui fut torturé et exécuté à Vilna à l'âge de soixante-dix ans, le . La tradition a considéré ce martyr juif comme étant un proche du guer tzedek, mais par crainte de la censure, les écrivains de Russie ont toujours évité de l'écrire de façon explicite[3].