Pie affirme que « personne au monde comme elle n'a connu à fond Jésus; personne n'est meilleur maître et meilleur guide pour faire connaître Jésus[1]. » Il explique que Marie est la Mère du Christ et, par conséquent, est également notre Mère[1].
Marie n'est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère.
Car un principe à poser, c'est que Jésus, Verbe fait chair, est en même temps le Sauveur du genre humain. Or, en tant que Dieu-Homme, il a un corps comme les autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, un corps spirituel, ou, comme on dit, mystique, qui n'est autre que la société des chrétiens liés à lui par la foi. "Nombreux comme nous sommes, nous faisons un seul corps en Jésus-Christ" (Rom. XII, 5). Or, la Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin que, recevant d'elle la nature humaine, il devint homme; mais afin qu'il devint encore, moyennant cette nature reçue d'elle, le Sauveur des hommes. Ce qui explique la parole des anges aux bergers: "Un Sauveur vous est né, qui est le Christ, le Seigneur" (Luc. II, 11).
Aussi, dans le chaste sein de la Vierge, où Jésus a pris une chair mortelle, là même il s'est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en lui: et l'on peut dire que, tenant Jésus dans son sein, Marie y portait encore tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie.
Nous tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme parle l'Apôtre, "les membres de son corps issus de sa chair et de ses os" (Ephes. V, 30), nous devons nous dire originaires du sein de la Vierge, d'où nous sortîmes un jour à l'instar d'un corps attaché à sa tête.
C'est pour cela que nous sommes appelés, en un sens spirituel, à la vérité, et tout mystique, les fils de Marie, et qu'elle est, de son côté, notre Mère à tous. "Mère selon l'esprit, Mère véritable néanmoins des membres de Jésus-Christ, que nous sommes nous-mêmes" (S.AUG., L. de S. Virginitate, c. VI).
Citant le pape Pie IX dans Ineffabilis Deus, Pie X réitère que « Lui, Jésus, siège à la droite de la majesté divine dans la sublimité des cieux" (Hebr. I, 3). Elle, Marie, se tient à la droite de son Fils ; "refuge si assuré et secours si fidèle contre tous les dangers, que l'on n'a rien à craindre, à désespérer de rien sous sa conduite, sous ses auspices, sous son patronage, sous son égide". » (Pie IX dans Ineffabilis Deus).
Au vu de sa devise pontificale, Omnia restaurare in Christo (Pour tout rétablir en Christ), dans l'encyclique, Pie X promeut les dévotions mariales dans le monde entier, déclarant que « S'il en est ainsi, Vénérables Frères, c'est à ce but que doivent surtout viser toutes les solennités qui se préparent partout en l'honneur de la Sainte et Immaculée Conception de Marie. Nul hommage, en effet, ne lui est plus agréable, nul ne lui est plus doux, que si nous connaissons et aimons véritablement Jésus-Christ. » Il avertit : « Mais nous n'aurons là, s'il ne s'y ajoute les sentiments du cœur, que pure forme, que simples apparences de piété. A ce spectacle, la Vierge, empruntant les paroles de Jésus-Christ, nous adressera ce juste reproche: "Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi" (Matth. XV, 8)[1]. » Celui qui souhaite que sa dévotion soit digne d'elle doit aller plus loin et s'efforcer de toutes ses forces afin d'imiter son exemple. Le souverain pontife déclare que seuls ceux qui, par cette pratique, ont reproduit en eux-mêmes la patience et la sainteté de Jésus-Christ[1].
De nombreux hommes contemporains nient que l'humanité est tombée par le péché, croyant que le concept du péché originel, ainsi que tous les maux qui en étaient soi-disant la conséquence, sont de pures imaginations. Avec ce rejet, il n'y a logiquement « aucune place pour le Christ, pour l’Église, pour la grâce ni pour quoi que ce soit qui soit au-dessus de la nature ; en un mot, tout l’édifice de la foi est ébranlé de fond en comble. Mais que les gens croient et confessent que la Vierge Marie a été préservée de toute souillure dès le premier instant de sa conception ; et il est immédiatement nécessaire qu’ils reconnaissent le péché originel et la réhabilitation du genre humain par Jésus-Christ, l’Évangile, l’Église et la loi de la souffrance[1]. » Le dogme de l'Immaculée Conception est la réponse, par son obligation « de reconnaître dans l’Église une puissance devant laquelle (l’humanité) a non seulement la volonté de s’incliner, mais aussi l’intelligence de se soumettre ». La Vierge, selon Pie, est ainsi préservée de toute tache du péché originel puisqu'elle devait être la mère du Christ ; et elle est la mère du Christ de manière à ce que l'espoir d'un bonheur sans fin pourrait renaître dans nos âmes[1].