Adil Zulfikarpašić
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| Adil Zulfikarpašić | |
| Biographie | |
|---|---|
| Nom de naissance | Adil Zulfikarpašić |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Foča, Royaume des Serbes, Croates et Slovènes |
| Date de décès | (à 86 ans) |
| Lieu de décès | Sarajevo, Bosnie-Herzégovine |
| Nationalité | bosnien |
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Adil Zulfikarpašić (en bosnien : Adil Zulfikarpašić / Адил Зулфикарпашић), né le à Foča et mort le à Sarajevo, est un intellectuel, homme politique et homme d’affaires bosnien. Il est connu pour son engagement en faveur de l’affirmation nationale des Bosniaques et pour la fondation de l’Institut bosniaque – Fondation Adil Zulfikarpašić. Il est issu de la famille Čengić par sa mère Zahida Čengić et de Husein-beg Zulfikarpašić, son père, propriétaire terrien et maire de Foča.
Adil Zulfikarpašić effectue des études de droit à Zagreb. Attiré dès sa jeunesse par les idéaux de justice sociale et de social-démocratie, il adhère à l’Union de la jeunesse communiste de Yougoslavie (SKOJ), puis devient en 1938, à l’âge de 17 ans, membre du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ)[1]. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il rejoint le mouvement des partisans yougoslaves et participe à la lutte contre les forces de l’Axe. Capturé à Sarajevo par les Oustachis, mouvement croate pro-nazi, il est torturé et condamné à mort, mais parvient à s’évader avec l’aide des partisans. Après la guerre, il occupe brièvement des fonctions au sein de l’administration de la Yougoslavie socialiste.
En désaccord avec la politique du régime communiste instauré après la guerre, notamment sur les questions des libertés politiques et de l’identité nationale, Adil Zulfikarpašić quitte la Yougoslavie et s’installe en Suisse. Il y mène une carrière prospère d’homme d’affaires, tout en s’imposant comme mécène et intellectuel, et en restant activement impliqué dans les questions bosniennes. À cette époque, une part importante des musulmans bosniens vit en exil. Leurs activités s’inscrivent principalement dans les structures de l’émigration croate ou serbe, en l’absence d’un mouvement bosnien distinct. L’émigration bosniaque en tant que phénomène spécifique émerge dans les années 1960, lorsque la question de l’identité nationale des musulmans de Bosnie-Herzégovine est portée sur le devant de la scène, notamment par Zulfikarpašić après sa rupture avec l’émigration croate[2].
Il travaille alors comme journaliste et publiciste. Animé par la volonté de réaffirmer l’identité nationale bosniaque, il fonde en 1960 la revue Bosanski pogledi, qui devient un espace majeur de réflexion critique sur l’histoire et l’identité des Bosniaques. En 1963, il fonde l’Alliance libérale des Bosniaques[3]. Il publie principalement des travaux d’historiographie, sous forme d’articles, d’essais, d’entretiens et de mémoires, rassemblés dans une vingtaine d’ouvrages.
Après l’éclatement de la Yougoslavie, il retourne en Bosnie-Herzégovine, à laquelle il demeura profondément attaché tout au long de sa vie.
Engagement politique et intellectuel
Défense de l’identité bosniaque
Adil Zulfikarpašić joue un rôle important dans les débats intellectuels et politiques relatifs à la redéfinition de l’identité nationale des musulmans de Bosnie-Herzégovine. Dans le cadre de la Yougoslavie socialiste, cette population avait été reconnue comme nation sous l’appellation officielle de « Musulmans » (avec une majuscule), afin de distinguer l’appartenance nationale de la confession religieuse. Aux côtés d’autres intellectuels bosniaques, notamment Muhamed Filipović, Zulfikarpašić plaide pour l’adoption du terme « Bosniaques » (Bošnjaci) comme désignation nationale. Selon lui, cette appellation permet d’ancrer l’identité collective dans l’histoire et la continuité étatique de la Bosnie-Herzégovine, tout en lui conférant une dimension civique susceptible d’englober également les non-musulmans. Cette redéfinition est officiellement entérinée en 1993, lors du Congrès bosniaque, qui adopte l’appellation nationale Bošnjaci. Parallèlement, Zulfikarpašić s’oppose aux projets nationalistes serbes et croates visant à la partition de la Bosnie-Herzégovine.
Activité politique dans les années 1990
Au début des années 1990, dans le contexte de la désintégration de la Yougoslavie, Adil Zulfikarpašić réapparaît sur la scène politique bosnienne. De retour en Bosnie-Herzégovine en , il participe à la fondation du SDA aux côtés d’Alija Izetbegović, dont il devient vice-président. Il rompt toutefois avec le SDA en et fonde l’Organisation musulmane bosnienne (Muslimanska bošnjačka organizacija, MBO), conçue comme un mouvement laïque et pluraliste, distinct des formations nationalistes dominantes.
Dans une tentative de prévenir l’escalade du conflit, Zulfikarpašić, avec l’accord du président de la présidence bosnienne Alija Izetbegović, engage en des discussions avec des responsables politiques serbes, dont Slobodan Milošević. Sa proposition repose sur le maintien de la Bosnie-Herzégovine au sein de la Yougoslavie, à condition que les six républiques fédérées soient préservées et que la Bosnie-Herzégovine demeure un État souverain, indivisible et juridiquement égal aux autres républiques, notamment à la Serbie et à la Croatie. Cette initiative n’aboutit pas. Plusieurs analyses historiques soulignent que, dès cette période, le projet de Milošević visant à regrouper l’ensemble des territoires peuplés de Serbes — y compris en Croatie et en Bosnie-Herzégovine — au sein d’un même État était déjà largement engagé. Parallèlement, des formations serbes en Croatie et en Bosnie-Herzégovine bénéficient du soutien de l’Armée populaire yougoslave (JNA), et plusieurs régions autonomes serbes (SAO) sont proclamées dans la perspective d’un rattachement ultérieur à la Serbie[4]. Les discussions menées par Zulfikarpašić n’aboutissent à aucun accord formel, Milošević ayant rejeté la mise en place d’un mécanisme de garantie internationale sans proposer d’alternative crédible[5]. Après la guerre, ces échanges sont parfois présentés comme une tentative d’accord avortée, notamment dans certains discours politiques serbes, afin d’accréditer l’idée d’une volonté de compromis et d’imputer l’échec politique à la direction bosnienne, en particulier à Alija Izetbegović.
Activités culturelles et dernières années
Après la guerre, Adil Zulfikarpašić se retire de la vie politique active et se consacre à la préservation et à la promotion de la culture bosniaque.
Dès 1988, il fonde l’Institut bosniaque à Zurich, où il rassemble une importante collection de livres, de périodiques, de documents et d’objets relatifs à l’histoire de la Bosnie-Herzégovine, ainsi qu’une collection d’art de grande valeur. Après la guerre, il retourne à Sarajevo, où il fonde en 2001 l’Institut bosniaque – Fondation Adil Zulfikarpašić, transférant une grande partie des collections constituées à Zurich[6].
Il vit entre Zurich et Sarajevo avec son épouse, Tatjana Zulfikarpašić, jusqu’à sa mort[7].
Œuvre
- (en) Adil Zulfikarpašić, Milovan Đilas, Nadežda Gaće, Adil Zulfikarpašić in dialogue with Milovan Djilas and Nadežda Gaće, The Bosniak, C. Hurst & Co. Publishers, (ISBN 978-1850653394, lire en ligne)
- (en) Šaćir Filandra, Enes Karić, The Bosniac Idea, Nakladni Zavod Globus, Zagreb, 2004-url=https://books.google.ba/books/about/the_bosniac_idea.html?id=lvzpaaaamaaj (ISBN 978-9531671736)
- (bs) Adil Zulfikarpasic, Vlado Gotovac, Miko Tripalo, Ivo Banac, Okovana Bosna: Razgovor, Bosnjacki Institut, Zurich, (ISBN 978-3905211023, lire en ligne)
- (bs) Adil Zulfikarpašić; France Bučar; Nadežda Gaće, Sudbonosni događaji: historijski presjek presudnih zbivanja i propusta, Bošnjački Institut, Fondacija Adil Zulfikarpašić, 2001isbn=978-9958743078 (lire en ligne)
Distinctions
En 2002, Adil Zulfikarpašić reçoit le prix du 6 Avril de la ville de Sarajevo et est élu membre honoraire de l’Académie des sciences et des arts de Bosnie-Herzégovine[8].