Adjou Moh

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Naissance
Entre 1894 et 1905
Douar Miqbi, région Jbel Saghro
Décès
Nom de naissance
Adjou Moh Naït Khouya Ali
Nationalité
Adjou Moh
Biographie
Naissance
Entre 1894 et 1905
Douar Miqbi, région Jbel Saghro
Décès
Nom de naissance
Adjou Moh Naït Khouya Ali
Nationalité
Activité
Appartenance ethno-culturelle
Père
Hamad Naït Khouya Ali
Mère
Kheira
Autres informations
Religion
Ordre religieux
Amgharia
Idéologie
Titres honorifiques
"Lionne de l'Atlas"

Adjou Moh (ou Adjou Mouh) est une résistante amazigh marocaine qui a participé à la bataille de Bougafer en 1933. Elle est décrite comme belle et jolie[1]. Des poèmes ont été composés en son honneur et pour sa glorification par les poètes de sa tribu, hommes et femmes.

Adjou Moh Naït Khouya Ali appartient à la tribu des Ilmchan, l'une des branches des Aït Atta les plus farouchement opposées à la présence française[2]. Elle est issue plus précisément du clan des Aït Maarir, dans le douar de Miqbi, situé dans la région du Saghro, est né entre 1894[3] et 1905[4]. Adjou Moh était la fille de Hamad Naït Khouya Ali et de Kheira[4]. Elle est mariée très jeune à Lahcen Naït Bouh, un homme de la même tribu, conformément à la coutume des Aït Atta qui privilégiaient les unions internes afin de préserver la pureté de leur lignée[5],[6].

Adjo, qui était de petite taille, rejoint le champ de bataille à Boukafer alors mère de deux enfants, avec son mari et des centaines de membres de sa tribu. Elle y est tuée par les tirs de l'armée française le [7].

Bataille de Boukafer

Les femmes Aït Atta en général, et Adjou Moh en particulier, ont joué un rôle lors de la bataille de Bougafer. Elles préparaient les repas et apportaient de l’eau aux combattants, mettant leur vie en danger sous les tirs de l’artillerie française et les bombardements aléatoires de l’aviation, qui visaient même les points d’eau. Elles soutenaient également le moral des résistants par des youyous et des chants poétiques, utilisés comme une arme psychologique pour nourrir l’esprit de révolte, de défi et de refus de la reddition[8]. À cela s’ajoutait le soin apporté aux blessés. La nuit, elles s’approchaient discrètement du bétail ayant survécu aux bombardements français pour l’abattre. Elles ouvraient ensuite leur ventre afin d’en extraire les entrailles, qu’elles faisaient rôtir pour nourrir leurs époux combattants[9].

Les femmes des Aït Atta prenaient également part à la distribution des munitions et contribuaient à faire rouler des blocs de pierre depuis les hauteurs, causant des pertes dans les rangs de l’armée française[10]. Ces actions suscitèrent l’admiration des officiers supérieurs et des responsables militaires français, qui reconnurent le courage de ces femmes. Ils les décrivirent comme encore plus rigoureuses, résolues et déterminées à persévérer dans la résistance que les hommes eux-mêmes[10]. La femme Attawi ne différait en rien de l’homme: elle se tenait à ses côtés dans les moments les plus critiques, lui apportant vivres et soutien, bravant les rafales de mitrailleuses pour atteindre les points d’eau, soignant les blessés, distribuant des munitions, et allant jusqu’à remplacer les combattants tombés pour poursuivre le combat[11].

Henry Bournazel: L'Homme rouge

Tournant

La mort du commandant Marcel Bournazel, surnommé « l’homme rouge »[12], tué par un combattant des Aït Atta, constitua un tournant décisif dans le déroulement de la bataille de Bougafer en 1933. Elle eut également un impact profond sur Adjou Moh, figure féminine emblématique de la résistance. La nouvelle de la disparition de cet officier provoqua une onde de choc au sein du haut commandement français, qui y vit un revers symbolique et stratégique. En réaction, l’armée coloniale intensifia les frappes aériennes et les tirs d’artillerie de manière indiscriminée, visant notamment les zones d’approvisionnement et les points d’eau. Lors de l’un de ces bombardements, le mari d’Adjou Moh fut tué, son corps déchiqueté par un obus[13]. Cet événement marqua un basculement dans l'engagement d’Adjou Moh, qui jusque-là assurait des tâches de soutien logistique, médical et moral aux combattants. Profondément affectée, elle prit les armes en s’emparant du fusil d’un résistant tombé au combat, et rejoignit directement les lignes de front. Son passage à l’action armée fit d’elle une figure marquante de la mobilisation féminine dans la résistance des Aït Atta, au même titre que les hommes[14].

Tuez-la pour les Français

La célébrité d’Adjou Moh ne tient pas uniquement à son acte héroïque d’avoir saisi le fusil d’un combattant Attawi tombé après avoir assisté à la mort tragique de son mari, ni à son engagement sur le terrain aux côtés des résistants. Ce qui a véritablement marqué son histoire et sa renommée, c’est un incident précis où, d’un seul coup, elle réussit à tuer quarante recrues de l’armée française, un exploit qui fit d’elle une figure légendaire de la résistance et un symbole de la lutte contre l’occupation coloniale[1]. Grâce à sa connaissance approfondie de la géographie et du relief de la région, Adjou Moh choisit un emplacement stratégique, fortifié, au cœur des sommets du mont Bougafer. Un matin, observant un groupe mixte de Goums et de soldats français s’engager dans un ravin en direction des résistants, elle leur fit signe de ne pas avancer, attendant que le dernier soldat ait grimpé avant de donner l’ordre d’agir[1]. Dès qu’Adjou Moh comprit que plus de 200 soldats français s’approchaient, elle réagit rapidement en faisant rouler d’énormes pierres sur eux, écrasant les ennemis sans laisser de survivant[14].

Les pieres utiliser par Adjo Moh.

Son plan de guerre était simple mais efficace consistant à faire rouler des pierres sur les soldats français, dans un environnement particulièrement hostile, témoigne d'une stratégie digne d'un ingénieur militaire. La plupart des récits oraux qui subsistent aujourd'hui lui attribuent l'invention et l’initiation de cette technique, ce qui lui valut le surnom de « Lionne de l'Atlas »[1]. Ce plan stratégique a été évoqué par plusieurs hauts responsables français, tels que le général Huré, commandant des forces françaises durant cette bataille et auteur de La pacification du Maroc: dernière étape 1931-1934, ainsi que le médecin militaire français Jean Vial, qui relata cet incident dans son ouvrage Le Maroc héroïque. Henri de Bournazel, universitaire et auteur, qui visita le site de la bataille, mentionna également cette tactique. Tous reconnurent la redoutable efficacité de cette méthode, soulignant la terreur qu'elle semait dans leurs rangs. Jean Vial, notamment, fit référence à l’utilisation des pierres roulantes par les femmes de Bougafer. Celles-ci surveillaient les rassemblements des isolés, distribuaient des munitions, prenaient la place des combattants blessés et lançaient d’énormes pierres sur les assaillants, semant la mort dans la vallée[15].

Mort

Fosse commune d'Akran à Boukafer

Adjou Moh meurt le 28 février 1933 à l'âge d'environ quarante ans, le même jour où Henri Bournazel, âgé de moins de 35 ans, est tué[16]. Adjou Moh n'a pas de tombe connue. Lors de cette bataille, les combattants des Aït Atta n'eurent pas le temps d'enterrer leurs morts, dont le nombre se comptait par milliers: enfants, jeunes, vieillards, hommes et femmes. Ils furent enterrés collectivement dans des fosses, appelées localement « Agren » (pluriel: « Igrennan »). Jusqu'à récemment, les crânes des défunts étaient dispersés à travers les vallées et sommets de Bougafer, souvent accompagnés de restes de bombes, dont certaines mesuraient plus d'un mètre de long. Alors que de nombreuses rues, quartiers et institutions marocaines portent les noms d'officiers français responsables de milliers de morts, comme celui de l'officier Bournazel, les tombes des moudjahidines tués par Bournazel et ses hommes restent inconnues. Même l’homme qui aurait prononcé avant sa mort « J’ai débarrassé la montagne de l’homme rouge » demeure anonyme, et il est fort probable qu'il ait été tué avant de pouvoir en faire part à son voisin[12].

Poèmes immortels d'Adjo Moh

Adjou Moh et les oubliés de Bougafer

Sources et références

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