Affaire Angélique Dumetz
affaire criminelle en France
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L'affaire Dumetz ou affaire Angélique est une affaire criminelle française qui s'est déroulée en 1996 à Compiègne, dans le département de l'Oise.
| Affaire Angélique Dumetz | |
| Titre | Affaire Angélique Dumetz |
|---|---|
| Fait reproché | Homicide |
| Auteurs | José Mendes Furtado |
| Pays | |
| Ville | Compiègne |
| Nature de l'arme | Arme blanche |
| Date | |
| modifier |
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Cette affaire est célèbre pour avoir conduit à la mise en service et à l'extension du Fichier national automatisé des empreintes génétiques, en abrégé, le FNAEG[1].
Faits
Le matin du , le corps d'une jeune femme est retrouvé allongé sur le dos dans un fossé en forêt de Compiègne par un cycliste.
La victime présente des plaies mortelles causées par arme blanche, elle est égorgée, presque décapitée, et son pantalon laisse voir ses intestins. Sur la route attenante, se trouve une flaque de sang d'environ 50 centimètres. Pendant le ratissage de la zone, les policiers retrouvent un blouson en cuir et un couteau de cuisine de modèle courant dont la pointe est cassée. L'identification du corps est impossible dans l'immédiat puisque ni sac ni papiers ne sont retrouvés sur la scène de crime[2].
Le médecin légiste constate lors de son examen que les chaussures sont correctement lacées, sa culotte est roulée sur ses hanches et son jean remonté mais déboutonné, ce qui pourrait indiquer que la jeune femme aurait pu être déshabillée puis rhabillée. Le corps est lardé de coups de couteaux et présente des ecchymoses au poignet et au cou, des plaies profondes au niveau du poignet, du coude, sous un sein, puis une large plaie d'éviscération qui laisse apparaitre ses intestins. Le taux d'alcoolémie relevé est de 1,35 grammes d'alcool par litre de sang. Malgré la présence de sperme dans ses organes génitaux, le médecin ne relève pas de traces de violences sexuelles, il n'est donc pas possible d'établir si ce rapport sexuel a été consenti ou non[2].
L'analyse de ce sperme permettra de déterminer qu'il appartient au groupe sanguin B+, groupe relativement rare puisque concernant seulement 9% de la population[3].
Le médecin légiste estime l'heure de la mort entre 6 et 8 heures avant la découverte du corps, soit environ 5 ou 6 heures du matin le .
Pendant ce temps, Marie-Pierre Mazier s'inquiète de plus en plus de l'absence de sa fille de 18 ans, Angélique Dumetz, partie fêter l'anniversaire de sa meilleure amie la veille. Lorsqu'elle se présente au commissariat de Compiègne plus tard dans la matinée, un policier lui demande une photo d'Angélique. Marie-Pierre Mazier lui montre, et le policier lui répond simplement "oui c'est elle", avant de la laisser patienter à nouveau à l'accueil, sans même l'avoir informé de la découverte du corps de sa fille.
Etudiante à Amiens, Angélique était descendue à Compiègne, dont elle est originaire, après ses cours le vendredi à l'occasion des 18 ans de sa meilleure amie Nathalie. Elle passe la journée du samedi à se préparer pour l'anniversaire, et sort de chez elle à 19h pour rejoindre une salle des fêtes toute proche. Elle remonte chez elle à 22h une première fois, puis vers 23h50 pour demander à sa mère de l'emmener en voiture avec une amie dans une boîte de nuit du centre-ville. Celle-ci accepte, et dépose les deux amies devant la discothèque. Ce sera la dernière fois que Marie-Pierre Mazier verra Angélique.
A l'intérieur, Angélique retrouve son ex petit ami, ils sortent de l'établissement un moment pour pouvoir discuter, se disputent mais finissent par regagner la boîte ensemble. Vers 3h45, une amie lui propose de la raccompagner, mais elle refuse. Le dernier témoin, une de ses connaissances, la voit sortir de la discothèque vers 4h du matin. Cependant, le videur qui la connait lui aussi, indique aux policiers lors de son audition ne pas l'avoir vu partir.
Pour rentrer chez sa mère, Angélique doit parcourir seule un trajet d'environ une heure à pied. C'est donc à ce moment-là qu'elle croisera la route de son agresseur, puisque son corps sera retrouvé quelques heures plus tard.
Suspects et pistes
Le premier suspect sera l'ex petit ami d'Angélique car ils se sont disputés quelques heures seulement avant la mort de la jeune femme. Encore sous le choc de la nouvelle, il est conduit au commissariat, interrogé et examiné. Son corps ne présente pas de traces de coups ni de griffures. Après vérification de son groupe sanguin, le jeune homme est définitivement écarté de tout soupçon.
Les autres amis d'Angélique seront également tous mis hors de cause. En effet, aucun d'eux n'est du groupe sanguin B+ retrouvé sur le corps.
Les policiers se concentrent d'abord sur la discothèque, dernier endroit où Angélique a été vue. L'ensemble des personnes présentes le soir des faits ont été auditionnés par les enquêteurs, ces derniers vérifient aussi les relevés des distributeurs automatiques de billets sur la place de la mairie de Compiègne où se trouve la boîte de nuit. L'investigation s'étend sur les élèves de l'établissement de la victime situé à Amiens. Ces pistes s'avèrent infructueuses, aucun profil ne correspondant au groupe sanguin B+.
En un an, entre 100 et 200 personnes auront été entendues, analysées et disculpées par leur groupe sanguin ou leur ADN[2].
Le , un habitant de Compiègne se présente spontanément à la police. Fernando Gomes-Ferreira, un marginal de 28 ans d'origine portugaise, dit avoir été spectateur du meurtre, et connaître la personne qui serait l'auteur des faits. Il s'agirait d'un de ses amis, Raphaël, d'origine portugaise lui aussi. Malgré ses propos confus et désordonnés, Gomes-Ferreira décrit des éléments troublants qui coïncident avec les faits, notamment sur le lieu de la découverte du corps d'Angélique, "une forêt avec un chemin de fer", qui correspond bel et bien à cet endroit ou se trouve une voie ferrée désaffectée. Il parle également de "sang sur le ventre de la jeune fille", qui correspond aussi à l'éviscération constatée, élément uniquement connu des enquêteurs. Cependant, Gomes-Ferreira ne donne pas de date précise, ni d'horaires cohérents, et change de version lors de sa seconde audition. Son ADN le disculpe, et les enquêteurs se déplacent alors au Portugal ou réside son ami Raphaël afin de l'interpeller. Les policiers portugais procèdent au prélèvement de son ADN qui le disculpe également. Fernando Gomes-Ferreira est un déficient mental et fut interné en hôpital psychiatrique après un an et demi de prison. Le juge d'instruction signera une ordonnance de non-lieu en sa faveur en .
Après la délocalisation du dossier à la police judiciaire de Lille en 2005, deux enquêteurs travaillent à temps plein sur l'affaire. Ceux-ci remarquent un détail : le videur de la discothèque qui connaissait Angélique mais avait prétendu ne pas l'avoir vu sortir. Ils découvrent que trois jours avant le meurtre, sa femme avait déposé plainte contre lui pour violences volontaires, avant de quitter Compiègne quelques jours plus tard. Son ADN n'avait donc pas été prélevé à l'époque. Il est interpellé dans le sud de la France, et déclare finalement avoir bien vu Angélique partir contrairement à sa première déclaration. Il ment ensuite lorsque les policiers l'interrogent sur son groupe sanguin. C'est lors de la perquisition de son domicile que sa carte de groupe sanguin est retrouvée : il est du groupe B+. Mais après analyse, son ADN n'est pas celui retrouvé sur le corps d'Angélique.
Les policiers ne se découragent pas, et se concentrent sur les deux objets retrouvés à l'époque sur la scène de crime : le blouson en cuir, volé dans une voiture à Compiègne, et le couteau de cuisine. Objets qui pourraient appartenir à des "roulottiers", des cambrioleurs de voitures. La pointe cassée du couteau pourraient être due à son introduction dans la serrure d'une voiture. Ils vérifient et analysent donc les délinquants connus de ces faits. Cette piste ne donnera rien elle non plus.
Le , soit 15 ans après le meurtre d'Angélique Dumetz, le fichier des empreintes génétiques trouve enfin une correspondance avec l'ADN retrouvé sur son corps. Il s'agit de celui d'un capverdien de 51 ans nommé José Furtado. Sept mois auparavant, sa femme, Alice Furtado, avait déposé plainte contre lui pour violences au commissariat de Compiègne. C'est dans ce cadre que son empreinte génétique avait été prélevée 4 mois plus tard. Par le plus grand des hasards, Marie-Pierre Mazier est convoquée par le juge d'instruction le jour où il est appelé par le FNAEG. Il lui apprend alors que le meurtrier présumé de sa fille a enfin été identifié, mais que celui-ci est décédé deux mois plus tôt, le , à quelques kilomètres de Compiègne. Après avoir provoqué un accident de la route, José Furtado s'est suicidé en se jetant dans un étang. Il venait d'assassiner sa femme Alice d'une dizaine de coups de couteaux une heure plus tôt, avant de mettre le feu à son corps dans une forêt.
Création de l'association et création du FNAEG
Face au deuil de sa fille, Marie-Pierre Mazier se laisse dépérir. Elle ne s'alimente plus et n'arrive plus à plus dormir. C'est alors qu'elle fait la connaissance de sa voisine Martine, et de sa fille, Isabelle, qui ont à coeur de l'aider dans son épreuve. Trois ans plus tard, les trois femmes fondent l'association Angélique, un ange est passé.
L'association organise des manifestations, des marches blanches, mais c'est surtout pour son combat pour la mise en place d'un fichier national d'empreintes génétiques qu'elle va se distinguer. En effet, il n'existe à l'époque pas encore de fichier de ce type en France, contrairement à d'autres pays ou il est déjà utilisé à grande échelle, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis. L'association va donc interpeller le grand public et les politiques afin d'en accélérer la mise en place. Le FNAEG voit le jour en 1998 et devient opérationnel en 2000[4], mais il ne se limite alors qu'aux délinquants sexuels déjà condamnés. En 2001, le fichier est finalement élargi à tous les criminels.
En juin 2005, face à la stagnation du dossier, l'association se tourne vers Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à l'époque, qui les convie à la journée des victimes aux côtés d'autres associations[1]. Celui-ci promet à Marie-Pierre Mazier un rendez-vous avec Martine Monteil à Paris, patronne de la police judiciaire française. Monteil décide de délocaliser le dossier Angélique de Creil à la police judiciaire de Lille. Une cellule spéciale est créée, et deux policiers travaillent à temps plein sur l'affaire.
L'association Angélique, un ange est passé donne sa dernière assemblée générale le [5].
Documentaires télévisés
- Faites entrer l'accusé - Combat pour Angélique (2016)[2]
- Chroniques criminelles - Angélique, le combat d'une mère (2014)
- Enquêtes criminelles - L'insaisissable meurtrier d'Angélique (2011)
Publications
- Angélique : l'empreinte d'une vie de Murielle Bellier-Kant (avocate de Marie-Pierre Mazier et de l'association Angélique, un ange est passé), Editions du Panthéon[6]