Affaire Edwige Alessandri
affaire criminelle française
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L’affaire Edwige Alessandri est une affaire criminelle française datant de l’année 2000. Le 17 juillet, Richard Alessandri, 42 ans, propriétaire et gérant d’un Intermarché à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, est tué la nuit à domicile, dans son lit, d’un coup de fusil tiré à bout portant. Selon Mme Alessandri, le couple a été victime d’un braquage destiné vraisemblablement à obliger son mari à livrer le contenu de la caisse de l’Intermarché.
Les enquêteurs et le juge refusent de croire à cette version, et pensent qu’à la suite d’une violente dispute entre les époux, c’est Madame Alessandri qui a tué son mari. Le fils ainé d’Edwige Alessandri, âgé de 18 ans, mis en garde à vue, va confirmer d’abord le récit de sa mère, puis s’accuser lui-même du crime, puis accuser sa mère d’avoir tué son beau-père. Il se rétractera par la suite et maintiendra son premier témoignage.
Incarcérée en novembre 2000, Edwige Alessandri est libérée le 22 août 2002 après 21 mois de détention provisoire. En janvier 2006, elle est condamnée à 12 ans de prison lors d’un premier procès au tribunal d’Avignon, puis condamnée de nouveau en appel à Nîmes en décembre 2006. Libérée 11 mois plus tard, après validation de son pourvoi en cassation, elle est condamnée à Lyon pour la troisième fois, le 9 février 2009, mais à 10 ans de prison cette fois, au lieu de 12. Elle bénéficie d’une libération conditionnelle le 29 octobre 2010.
Mme Alessandri a engagé le détective Jean-François Abgrall en 2001 pour l’aider à prouver que le meurtre a été effectué lors d’un braquage, interrompu par un tir accidentel qui a tué son mari. Son avocat, Maître Damien Brossier, a déposé le jeudi 5 mars 2026 auprès de la Cour de révision des condamnations pénales une requête qui se base entre autres sur les révélations du livre du journaliste Geoffrey Le Guilcher Les deux mégots.
Les faits
À minuit cinq le , le SAMU d‘Avignon reçoit un appel d’une femme paniquée et en pleurs. Il y a de la friture, la communication est difficilement audible.
- Oui, excusez-moi (pleurs). Y’ a des gens qui sont venus chez moi, mon mari, il est mort. (elle donne son nom et essaie de donner son adresse mais on entend très mal).
- […] J’ai peur. J’ai peur, Monsieur. Y a du sang partout, j’ai peur (phrases inaudibles, l’opérateur ne comprend pas l’adresse, lui fait épeler le nom de la maison)
- Qu’est-ce qui s’est passé Madame ?
- Je sais pas. Je dormais, il est mort, monsieur … J’ai peur … j’en peux plus
- On lui a tiré dessus, ou bien ?
- Oui … (propos inaudibles). J’peux plus regarder mon mari… J’ai peur ….
- […] C’est ce soir qu’on lui a tiré dessus ?
- Oui, il y a dix minutes, Monsieur ! […] Envoyez quelqu’un, j’en peux plus, j’ai peur, j’ai peur, j’ai des enfants (elle donne son nom)
- […] Vous êtes toute seule chez vous ?
- (inaudible) J’ai mes enfants … J’veux pas… J’peux plus, j’peux plus voir mon mari, Monsieur, j’ai trop souffert !
D’accord, on va vous envoyer quelqu’un[1],[2].
Elle répètera 28 fois « j’ai peur » [3].Son fils ainé (17 ans) prend le téléphone de ses mains pour donner l’adresse exacte du mas de la Gasqui. Le SAMU appelle alors les pompiers et transmet le message que « une femme a tué son mari ». Les pompiers, un médecin et les gendarmes arrivent donc en ayant à l’esprit l’information qui vient de leur être donnée. Ils trouvent Edwige Alessandri au premier étage dans la salle de bains, en larmes, nue, le corps taché de sang, « dans un état de stupeur terrible » ; le pompier infirmier l’incite à se doucher et à s’habiller[4],[5].
Le médecin constate le décès de Richard Alessandri, blessé à l’épaule et sur la partie gauche de son visage. Il y a une forte odeur de poudre dans la pièce.
L'enquête
Premiers témoignages du 17 juillet
Edwige Alessandri fait remarquer aux gendarmes [6]qu’il y a de la terre et de l’herbe dans les escaliers, apportés par les agresseurs selon elle. Elle pense qu’ils ont dû passer par la fenêtre ouverte de la cuisine, qui ferme mal et se situe au-dessus du plan de travail. Elle se dit certaine que son mari avait verrouillé les portes, comme chaque soir. Elle raconte que ce soir-là, elle et son mari ont regardé la télévision, puis se sont couchés et ont fait l’amour (un préservatif qui a servi est retrouvé au pied du lit). Elle s’est endormie allongée en chien de fusil sur le côté droit, son mari tout contre elle, l’enlaçant. Un coup de feu l’a réveillée en sursaut : elle a aperçu un homme armé d’un fusil et l’a entendu crier : « Merde le coup est parti ! Tirez-vous, Tirez-vous ! ». Elle a senti couler contre son dos le sang de son mari et a compris qu’il avait été tué. Elle s’est alors laissé glisser par terre au pied du lit pour se cacher, et saisir son téléphone posé sur le sol, puis a fini par aller dans la salle de bains. Elle pense que les agresseurs sont venus obliger son mari à leur ouvrir la caisse de l’Intermarché, dont ils sont propriétaires, et qui a fait d’excellentes affaires depuis 2 jours.
Yohann Boguslaw, 17 ans, son fils ainé issu de son premier mariage, a entendu le coup de feu mais a d’abord cru que c’était un volet qui avait claqué. Il ne s’est pas levé tout de suite. Il rejoint sa mère au bout de quelques minutes dans la salle de bains, et donne au SAMU l’adresse de la maison. Tous deux attendent les secours dans la salle de bains, craignant le retour des agresseurs.
Justin, 11 ans, le 2e enfant, n'est pas dans sa chambre au premier étage à l'arrivée des pompiers. On l'aperçoit soudain en larmes dans le couloir. Il dit avoir regardé la télévision la veille au soir et s'être endormi sur le canapé du salon au rez-de-chaussée. Il dit ne pas avoir entendu le coup de feu et s'être réveillé dans la lumière des gyrophares des pompiers[7].
L’ancienne femme de ménage, qui avait donné sa démission récemment, indique qu’il y a eu des problèmes dans le couple Alessandri, et qu’il arrivait à Edwige de faire momentanément chambre à part[8].
Premières constatations des enquêteurs
Les TIC (Techniciens en identification criminelle) arrivent presque 2 heures après l’appel au SAMU au mas de la Gasqui et constatent qu’un grand nombre de personnes sont venues dans la maison depuis le meurtre, pompiers, médecin, gendarmes, famille, et que le site a été pollué ; les gendarmes ont toutefois « sécurisé » le jardin, le coin évier de la cuisine, la salle de bains et la chambre des Alessandri.
Le jardin : la maison des Alessandri est un mas provençal situé à plusieurs kilomètres de la ville, en pleine campagne. Il dispose d’un jardin avec une piscine située devant la maison et encadrée de deux haies décoratives. À côté de celle de droite, les TIC trouvent et ramassent deux mégots, et repèrent plusieurs empreintes de semelles dont ils prennent des moulages. La pelouse, encore humide, a été tondue l’après-midi même, et arrosée dans la partie située entre la maison et la piscine, où se trouve la haie, jusqu’à 21h15[9]. Aucune trace de pas conduisant à la maison n’est visible dans le jardin.
Le rez-de chaussée : Depuis le jardin, on entre dans la maison par deux portes-fenêtres dont l’une « est fermée, pas verrouillée » d’après les TIC ; on arrive dans une grande pièce à vivre : sur la gauche, un canapé fait face au mur du fond où se trouve la télévision. Il tourne donc le dos aux personnes venant de l’extérieur. C’est sur ce canapé que Justin dit avoir passé la nuit.
Du côté droit de la grande pièce, le plan de travail du coin cuisine est éclairé par une fenêtre coulissante donnant sur la piscine et la haie. L’un des panneaux ne se verrouille plus, et ce soir-là il est ouvert. Les jardinières qui étaient posées sur le rebord extérieur de cette fenêtre ont été enlevées et déposées plus loin dans le jardin, comme pour donner accès à cette ouverture. Edwige Alessandri dit être certaine qu’elles étaient en place la veille au soir. Dans ses conclusions, le rapport des TIC indique l’absence de traces de pas ou d’appui visible sur le plan de travail (on notera qu’il se contredit dans la partie détaillée de ses observations (voir infra) [10]. On y a seulement décelé des empreintes de chat.
L’adjudant N. Chevalier (TIC), est frappé de l’ordre qui règne partout : aucun objet n’a été renversé ou déplacé, et il trouve bizarre que rien n’ait été volé. En face de l’entrée par les portes- fenêtres, de l’autre côté de la pièce, à droite du canapé, un escalier conduit au premier étage. On trouve une trace de terre, une feuille de cerisier et un pétale de fleur sur les marches de l’escalier. Les TIC ne prélèvent rien sur le trajet entre la porte-fenêtre et le haut de l’escalier car il a été pollué par de trop nombreux passages[9]. Ils se contentent d’y prendre des photos.
Au premier étage : la poignée en bouton de la porte menant dans la salle de bains est tombée au sol à 2 mètres de la porte. Les TIC inspectent la salle de bains, avec des traces de sang sur des serviettes et un tapis de bain, et sur le mur, puis la chambre où Richard Alessandri est allongé sur son lit. Il y a des taches de sang au-dessus de lui jusqu’au plafond. Ils trouvent un préservatif « opacifié » qu’ils prélèvent. Faute de légiste disponible, ils font appel à un médecin qui examine le corps. Le côté gauche du visage est à moitié arraché, montrant une plaie en forme de grappe. Le médecin conclut que le calibre de l’arme qui a tiré était du 12. Les draps sont tachés d’une marque brune, (qu’on désignera dans le dossier par la suite comme « trace terreuse au niveau des genoux ») et de deux cercles noirs qui pourraient provenir du contact avec la bouche du double canon d’un fusil de chasse[11].
Les gendarmes réalisent des tamponnoirs sur les mains d’Edwige et de ses enfants, dans le but d’y déceler d’éventuelles traces de poudre. Ces prélèvements seront négatifs pour Edwige et Yohann, et mitigés pour Justin qui porte des particules pouvant évoquer des résidus de tir[12].
Premières hypothèses et interrogations des enquêteurs
L’hypothèse d’une attaque venue de l’extérieur est d’abord envisagée comme plausible, y compris par le chef de l’enquête. Il y aurait au moins trois agresseurs, puisque le tireur a crié : « tirez-vous ». Il s’adressait donc à au moins deux personnes. Les malfrats auraient voulu obliger le couple à donner le contenu de la caisse de l’Intermarché, ou effectuer des retraits d’argent à un distributeur. Le coup de feu non prévu les aurait fait fuir. D’après le Directeur adjoint de l’enquête, ce genre de « home-jacking » n’est pas rare dans la région qui est « criminogène ». Pourtant, le Directeur de l’enquête indique que « très rapidement », les enquêteurs vont se poser des questions car ils ont du mal à croire à une intrusion par la fenêtre de la cuisine, en l’absence de traces visibles sur le plan de travail, alors qu’il y a des traces dans l’escalier (terre, feuille et pétale de fleur). Dès le début, la famille Alessandri est mise sur écoute[13].
Dans les semaines et mois suivants, les enquêteurs fouillent tout le terrain à la recherche d’une arme, y compris dans la fosse septique[14]. ; ils cherchent à savoir si Edwige a un amant, sans résultat, et pourquoi elle a eu rendez-vous, un soir d’octobre, avec un assureur dans un motel au bord d’une autoroute[15]. De son côté, le médecin légiste, qui n’a vu le corps qu’en photos, émet l’hypothèse qu’il a peut-être été déplacé entre la prise des photos et le tir mortel[16].
Enfin, les gendarmes se demandent si, après le coup de feu, Edwige pouvait encore entendre l’agresseur crier : « Merde, le coup est parti ». Le niveau sonore du tir ne l’a-t-il pas assourdie momentanément [17]?
Hypothèse du drame familial
L’hypothèse finalement retenue par les enquêteurs est celle d’un drame familial : il n’y a pas eu d’intrusion, le meurtrier est donc l’une des personnes présentes dans la maison.
À l’appui de cette thèse, outre les éléments énumérés ci-dessus, ils présentent plusieurs observations :
- Dans une retranscription du dialogue d’Edwige Alessandri avec le SAMU, effectuée par les gendarmes, elle dit « J’ai mes deux enfants dans la salle de bains ». Dans ce cas, si Justin se trouve auprès d’elle, il n’a donc pas dormi au rez-de-chaussée. Les enquêteurs doutent qu’il n’ait pas entendu le tir et qu’il ait pu voir les gyrophares depuis le canapé du salon, qui tourne le dos aux portes-fenêtres. Edwige et ses fils ont donc menti sur le déroulement des faits ce soir-là[18].
- Qui pouvait savoir que la fenêtre, à cet endroit, ne pouvait être verrouillée, à part les habitants de la maison ?
- Pourquoi y a-t-il une trace de terre, une feuille et un pétale non écrasés dans l’escalier, alors qu’il n’y a pas eu d’intrusion par la fenêtre de la cuisine ? Cette interrogation les amènera à envisager une modification de l’état des lieux du crime pour faire croire à une attaque de malfaiteurs.
- Les enquêteurs s’interrogent aussi sur la position du corps, qui aurait été modifiée, sur les taches de sang dans la salle de bains, sur la poignée de la porte, tombée par terre inexplicablement à 2 m de la porte, et sur le non-déclenchement de l’alarme.
Les enquêteurs admettent toutefois que les traces de semelles, près de la haie, ne correspondent à aucune chaussure connue[19].
Quant à l’arme du crime, un fusil de calibre 12, on ne l’a pas retrouvé. Si le crime n’était pas prémédité, et s’il a été commis par un des habitants de la maison, il faut admettre que ce fusil se trouvait sur place. Aucune des deux armes appartenant à Richard ne peut être celle du crime. Les gendarmes interrogent de nombreux témoins et déduisent des réponses hésitantes de trois personnes que trois armes manquent dans la maison. La mise en accusation n’en retiendra finalement qu’une seule (voir infra)[20].
Pour le Directeur adjoint de l’enquête, ce drame est accidentel. « Je me souviens de cette femme ruisselante de larmes, suppliant le juge d’instruction de la croire en disant : « J’aimais mon mari. J’aime mon mari […] ça n’est pas feint ». Le meurtre n’aurait donc pas été prémédité, mais pourrait être dû à « une dispute extrêmement violente de la soirée qui se prolonge dans la chambre »[21].
L’hypothèse du mobile financier, un temps examiné, ne sera pas retenu. Me Marc Geiger, avocat de Brice, note que le vice-procureur a reconnu qu’on n’a jamais trouvé de mobile pour ce meurtre[22].
Les gardes à vue
Il est donc décidé la mise en garde à vue d’Edwige Alessandri et de son fils Yohann, qui a tout juste 18 ans. Un gendarme signale que lorsqu’ils sont allés arrêter la famille, Edwige Alessandri « semble croire que nous allons lui annoncer l’arrestation du meurtrier de son époux » [23]. Justin, du fait de son âge, est seulement mis « en rétention » pour 10 heures maximum. Les interrogatoires commencent le 28 novembre à 7 heures.
Justin maintient sa description des faits. Il ajoute que le soir du drame, il y avait eu une dispute entre ses parents au sujet de Yohann[24].
Edwige Alessandri maintient sa version des faits pendant les 48 heures de sa garde à vue. Elle va toutefois reconnaître avoir eu une dispute avec son mari[25]. Elle dira plus tard au juge avoir concédé cette histoire de dispute devant l’insistance des gendarmes, car elle n’en pouvait plus, et confirmera qu’il n’y avait pas eu de dispute[26].
Yohann donne d’abord la première version des faits, celle de l’intrusion des agresseurs. Il déclare qu’il n’y a pas eu de dispute entre les parents, que c’était surtout son beau-père qui lui parlait, lui faisant des reproches sur son comportement, puis admet que les parents se sont disputés[27].
D'après les gendarmes[28], le soir du premier jour de garde à vue, à 21h30, il a refusé de descendre dormir en cellule, à côté de celle de sa mère. Les gendarmes l’ont alors autorisé à rester dans leur bureau pour dîner et se reposer. Pendant les heures qui ont suivi, ils ont discuté avec lui hors interrogatoire, « et donc, on va parler de choses diverses, tout à fait calmement » explique l'un des gendarmes ; après ce temps de repos de 7 heures, vers 4h30 du matin, après 22h de présence, Yohann se décide à leur dire la vérité, et reconnaît que tous les trois ont modifié l'état des lieux du crime.
À 6h30, les gardes à vue d’Edwige Alessandri et de Yohann sont alors prolongées de 24h[29].
Dans le procès-verbal d'audition, son témoignage comporte des contradictions et variantes. Il dit avoir entendu les parents se disputer, puis un coup de feu vers 22h30. Il trouve sa mère dans la chambre, avec un fusil à canons superposés - ou juxtaposés - sur le lit. Elle lui dit que c’est un accident. Tous deux empêchent Justin d’entrer pour lui éviter de voir son père décédé. C'est lui qui a l'idée de simuler une intrusion de malfaiteurs en procédant à une modification de l’état des lieux, ou bien c'est sa mère qui a cette idée. Yohann ouvre la fenêtre de la cuisine, Justin enlève les pots de fleurs sur le rebord de cette fenêtre, ils pensent même à poser dans l’escalier une feuille et un pétale de fleurs pour donner l’impression qu’ils ont été apportés par les agresseurs.
Sa mère appelle le SAMU tout de suite, ou bien elle n'appelle qu'après la modification de l'état des lieux. C'est elle qui cache le fusil, il ne sait pas où, il ne l'a ni vu ni touché, ou bien elle demande à Yohann d’aller le faire disparaître et il sort alors dans le jardin et le cache dans la haie ... Pour Le Guilcher, il "semble ainsi adapter son discours " à ce que les gendarmes vont trouver plausible.
Informée de ces déclarations de son fils, Edwige Alessandri dira qu’il a menti[30]. Après 48 heures de garde à vue, le 30 novembre au matin, Yohann est remis en liberté, et sa mère conduite devant un juge du Tribunal de Carpentras qui la fait incarcérer[31].
Pour les gendarmes, Yohann a eu l’air heureux d’avoir soulagé sa conscience et les a même remerciés. Il a agi ainsi pour préserver sa famille[32]. Pour le Directeur adjoint de l’enquête, les aveux de Yohann sont crédibles car il ne fait pas ses aveux tout de suite mais se décide finalement à dire toute la vérité, « et il démarre, et j’ai encore en mémoire ces pages […] qui se succèdent, sans aucune question, sans aucune interruption de la part des enquêteurs »[33]. Il parle « avec une spontanéité absolument bouleversante et désarmante […] c’est un flot de paroles avec des détails que seule une personne qui a été témoin de ce qu’il décrit peut donner »[34].
À la suite des aveux de Yohann, les enquêteurs chercheront le fusil dans la haie, mais n’y découvriront aucune arme[35].
Yohann se rétracte
Six jours plus tard, Yohann écrit au juge pour revenir sur ses déclarations en garde à vue et maintenir sa première version, celle d’une agression extérieure. Il dira avoir été « un petit peu manipulé par les gendarmes et par leurs techniques » et mettra en cause leurs « façons de procéder dans le timing, de pas vous laisser dormir », et qu’on lui a fait avouer des éléments dont il n’avait pas connaissance et qui lui ont été donnés en garde à vue[36]. Les gendarmes, interrogés également par Hondelatte dans Faites entrer l’accusé sur ces propos de Yohann, disent qu’il a eu tous ses temps de repos, qu’il a pu s’alimenter. Ayant mis sa famille sur écoutes, ils attribuent cette rétractation à la pression de son père et de sa grand-mère. Et de fait, à la fin de sa garde à vue, Yohann a appelé son père et lui a dit « Viens me chercher, Edwige a tué Richard ». Ce n’est qu’à partir du lendemain qu’il dira que tout cela est faux[37].
Détention provisoire et rencontres avec le juge
En détention provisoire pendant 20 mois, Edwige Alessandri est amenée six fois devant le juge pour interrogatoire[38]. Les questions du juge portent sur les relations, dites houleuses, entre les époux, et la dispute le soir du drame, sur le moyen de contraception employé (l’utilisation du préservatif par Richard Alessandri a été attestée), sur les interventions gynécologiques subies par Edwige Alessandri, sur l’usage ou non de stupéfiants par Yohann et son attitude en classe, sur la présence d’une chaussette qui sert de doudou à Edwige, posée sur le drap ensanglanté, mais ne paraissant pas tachée sur les photos. Le juge lui demande ce qu’elle a voulu dire, en parlant au SAMU, par « j’peux plus voir mon mari, j'ai trop souffert ». Était-elle maltraitée par son mari, au point de ne plus le supporter ? Le juge note : « La personne mise en examen pleure en hurlant qu’elle n’a pas tué son mari, qu’elle veut qu’on trouve les auteurs […] »[39].
Lors du 5e interrogatoire, le juge se dit choqué que les parents d’Edwige aient eu recours à un huissier pour prouver que, depuis le canapé du salon, tourné vers le mur du fond de la pièce, on peut très bien percevoir la lumière d’un gyrophare. Lors du 6e interrogatoire, il s’interroge au sujet de l’état de désespoir et d’épuisement d’Edwige Alessandri qui avait alarmé les surveillantes de la prison au point de la faire hospitaliser ; pour ne pas inquiéter sa famille, elle lui avait en effet écrit des lettres optimistes et rassurantes, ce qui pouvait mettre en doute qu’elle ait souffert de pulsions suicidaires[40]. Edwige Alessandri, de son côté, reproche à l’enquête de ne pas effectuer les investigations nécessaires à la découverte de la vérité, comme par exemple la recherche d’empreintes. Il lui est répondu que la recherche d’empreintes était impossible sur la surface poreuse des jardinières[41].
Exaspérée que la justice n’enquête pas, selon elle, pour trouver les coupables, elle embauche en juillet 2001 un détective privé : Jean-François Abgrall.
La contre-enquête du détective Jean-François Abgrall
Ancien gendarme de la section de recherches de Rennes, Jean-François Abgrall est connu pour avoir travaillé sur les affaires Émile Louis et Francis Heaulme ; à cette époque, il travaille encore sur cette deuxième affaire pour faire innocenter Patrick Dils. Jean-François Abgrall commence par s’appuyer sur les constatations des TIC, et se rend ensuite sur les lieux pour une analyse criminelle[42].
Au rez-de-chaussée, sur le plan de travail de la cuisine, il note que si le rapport des TIC conclut à l’absence de traces, les constatations détaillées de ce même rapport relèvent au contraire « la présence de petits débris végétaux » sur le plan de travail, et « une multitude de traces de plusieurs semelles » à la lumière rasante d’un projecteur. On ne peut donc exclure une intrusion par cette fenêtre.
Les TIC avaient aussi noté que la porte-fenêtre du salon n’était pas verrouillée. Dans cette éventualité, il envisage que les agresseurs ont pu d’abord préparer le passage par la fenêtre de la cuisine, en enlevant les pots de fleurs, puis y avoir renoncé lorsqu’ils eurent réalisé que le passage par la porte-fenêtre était possible[43].
Dans le secteur du jardin qui a été arrosé, les empreintes de semelles à côté de la haie et les deux mégots révèlent selon lui qu’un guetteur a été posté là, devant la maison et la fenêtre de la cuisine ; il a eu le temps de fumer deux cigarettes, et n’avait pas pour mission de s’approcher de la maison. Dans le reste du jardin, l’herbe n’a pas été arrosée : on pouvait donc y marcher sans laisser d’empreintes.
Dans la maison, il pense que les malfrats n’ont pas vu l’enfant allongé dans le noir, le canapé du salon étant face au mur, et sont passés tout droit vers l’escalier, sans faire de bruit. Ils peuvent avoir apporté par mégarde une feuille et un pétale de fleurs, accrochés à leurs sacs remplis de matériel de « home jacking » (gants, cagoules, cordes, etc.). Les murs de ce mas traditionnel sont très épais et isolent du bruit. Justin, qui dormait au rez-de-chaussée, peut très bien ne pas avoir entendu le coup de feu. Au premier, la poignée de porte de la salle de bains a pu être projetée en ouvrant brusquement la porte, ou déplacée d’un coup de pied.
La date du rapport des TIC[44]. Une question se pose : pourquoi le rapport des TIC est-il daté du 14 novembre 2000, presque 4 mois après le crime, au lieu du lendemain, ou au plus tard de la semaine suivante comme c’est l’usage ? Ce 14 novembre est le jour de la seconde reconstitution des faits, sur place, par les enquêteurs [2]. Cette reconstitution aurait-elle orienté le rapport ?
L’enquête de voisinage. Le rapport de synthèse note que rien n’aurait été constaté d’anormal dans le voisinage ce soir-là. Pourtant, les gendarmes avaient été informés par le voisin qu’un grillage entre sa propriété et la Gasqui avait été aplati à un endroit précis, et que son locataire sur place avait été réveillé en pleine nuit par un bruit, derrière sa maison, lui faisant penser à une galopade. Ni ce témoignage, ni le grillage aplati ne figurent dans le rapport de l’enquête de voisinage[45].
Les faux-aveux de Yohann. Jean-François Abgrall estime que Yohann a été poussé à faire de faux aveux. Il travaillait sur cette question dans l’affaire Patrick Dils. D’après une étude américaine, False confessions or Admissions – Innocence Project 2017, les faux aveux apparaissent à partir de 16 heures d’interrogatoire. Les enfants y sont particulièrement exposés. Il constate d’abord, en lisant le procès-verbal des interrogatoires, que Yohann a passé toute sa garde à vue sur une chaise, dans le bureau des gendarmes, toujours en présence d’un gendarme, les « temps de repos » consistant seulement en l’interruption des questions, mais pas des conversations. Il n’a jamais pu aller s’allonger pour dormir. En 2024, Yohann détaillera à Abgrall les moyens utilisés pour l’impressionner, lui faire craindre les sévices en prison, l’empêcher de dormir[46].
D’après les procès-verbaux des gendarmes eux-mêmes, le temps de repos de 7 heures, de 21h30 à 4h30 du matin, s’est passé sur la même chaise, dans le bureau, sans retranscription écrite, et toujours sans avocat. Yohann dit n’avoir pas souhaité l’assistance d’un avocat au début de sa garde à vue, imaginant qu’il n’en avait pas besoin, n’ayant rien à se reprocher[47]. Il n’a aucune notion du temps (la fenêtre est obturée) et ne sait pas que la garde à vue doit s’arrêter au bout de 24 h et qu’il ne lui reste donc que 2 heures à tenir ; sauf si la garde à vue est prolongée de 24h, ce qui sera le cas du fait de ses aveux.
Il dira être devenu fou, et qu’il a commencé à s’accuser lui-même du meurtre de son beau-père[48]. Les gendarmes ne notent pas cet aveu, auquel ils ne croient pas, et, d’après lui, l’amènent à faire sa grande déclaration, selon laquelle c’est sa mère qui a tué, et qui leur a demandé de « modifier l’état des lieux du crime ». Cette expression, tirée du code pénal et mise dans sa bouche dans le rapport des gendarmes, ne semble pas compatible, pour Jean-François Abgrall, avec le langage d’un jeune homme d’à peine 18 ans[49].
Jean-François Abgrall estime aussi que le juge donne à chaque élément une interprétation systématiquement à charge contre Edwige Alessandri : par exemple, un jour où une reconstitution était prévue sur les lieux, un gendarme surprend Mme Alessandri qui se parle à elle-même en répétant : « Il ne faut pas que je craque ». Ces paroles seront comprises comme un aveu implicite, (il ne faut pas que j’avoue), alors que l’on peut aussi considérer que le retour sur ces lieux de cauchemar est une épreuve pour elle[50]. De même pour l’interprétation de « J’peux plus voir mon mari », qui a été portée à charge, alors que l’on peut comprendre que son mari mort et défiguré offrait un spectacle insoutenable.
Le détective a effectué des recherches dans la région et trouvé, pour la seule année 2000, six agressions du type de celle dont il est question à la Gasqui. Il dénonce aussi les « qualificatifs à visée accusatoire » des psychologues, l’une d’entre elles doutant, par exemple, de la sincérité des sanglots d’Edwige Alessandri[51].
Edwige Alessandri est libérée
En août 2002, Edwige Alessandri est subitement libérée, à la suite d’une demande de libération de son avocat, et se retrouve dans la rue, sans argent, sans téléphone portable et sans savoir où elle est. Elle sera aidée par des bénévoles, qui tiennent une antenne radio juste en face de la prison pour les prisonniers et leurs familles[52]. Elle n’a plus son magasin, Intermarché l’ayant « virée », et le supermarché ayant été vendu. Après une période de dépression, elle achète une maison dans un village et la transforme en gîte.
Controverse à propos de la mise en accusation
Le 30 juillet 2003, le juge signe sa mise en accusation. Edwige Alessandri va être renvoyée devant une cour d’assises. Cette mise en accusation va donner lieu à une vive controverse sur chacun des points soulevés pour la justifier. Outre le travail du détective Jean-François Abgrall, et du journaliste Emmanuel Charlot en 2012[53], le journaliste Geoffrey Le Guilcher se lance de 2023 à 2025 dans l’étude approfondie du dossier de 7 000 pages de l’affaire[54], avec l’aide d’un collaborateur bénévole : lecture de l’ensemble des pièces, analyse de chaque document, classement des données, établissement de schémas, d’une chronologie, regroupement et recoupement des données sur chaque sujet, par personnage ou par thème. Pour la commodité de l’exposé, ces personnes seront nommées ici « les défenseurs ». Les principaux points controversés de la mise en accusation sont les suivants.
- Au sujet de l’effet acoustique du coup de feu, qui aurait empêché Edwige Alessandri d’entendre « Merde, le coup est parti. Tirez-vous ». Pour les enquêteurs, s’il est établi qu’elle n’a rien pu entendre après le coup de feu, c’est qu’elle a menti. Or le rapport acoustique réalisé par les experts le jour de la reconstitution n’est pas aussi catégorique, et mentionne seulement le risque d’altérations passagères ou définitives des facultés auditives[55]. Consulté par Emmanuel Charlot, un expert en balistique, Jean-Claude Schlinger, atteste qu’un coup de fusil ne rend pas sourd ; une reconstitution des faits est organisée devant le juge et les gendarmes, avec trois femmes différentes, qui toutes ont été capables de répéter ce qui avait été dit après un coup de feu tiré dans les mêmes conditions que le soir du meurtre[56].
- Au sujet de la position du corps qui aurait été déplacé, car sa position après le tir n’est pas la même qu’avant le coup de feu. Il y a deux explications à cela d’après les défenseurs : Richard Alessandri était en train de s’asseoir dans son lit lors de l’agression, et le coup de feu l’a rejeté en arrière, donc dans une position différente. En outre, l’impact des plombs a fait fléchir la tête sur le côté. Ce qui, d’après eux, correspond exactement au témoignage d’Edwige Alessandri[55].
- Au sujet de l’absence de traces sur le plan de travail de la cuisine et dans le jardin : on a vu ce que Jean-François Abgrall a constaté à ce sujet (voir supra). Il y a des traces sur le plan de travail, et le guetteur posté près de la haie n’avait pas pour mission de s’approcher de la maison. Me Roubaud, avocat d’Edwige Alessandri, fera remarquer que les gendarmes se contredisent à propos de l’absence de traces de pas entre la haie et la fenêtre de la cuisine : ils y voient un signe que personne n’est passé là, tout en affirmant que les enfants ont circulé dans le jardin pour installer la mise en scène (pots déplacés, fusil caché dans la haie)[57].
- Au sujet des deux mégots retrouvés à côté de la haie de la piscine, et dont l’ADN va servir à innocenter deux personnes. Ces mégots ne sont pas évoqués dans la mise en accusation[58]. Le journaliste Emmanuel Charlot notera que la pelouse ayant été tondue l’après-midi même, les mégots ont été forcément déposés là dans la soirée, vraisemblablement après la tombée de la nuit, sinon ils auraient été broyés par la tondeuse[59]. Pour Maître Marc Geiger, les mégots ont été jetés après l’arrêt de l’arrosage, puisqu'ils étaient secs[60].
- Au sujet de l’arme du crime. Les enquêteurs ont pu déterminer que l’arme qui a tué Richard Alessandri est un fusil de calibre 12 à double canon. Richard Alessandri avait une carabine à canon simple et un fusil de chasse de calibre 12 à canons superposés, n’ayant pas servi depuis longtemps. Ces armes ne pouvaient donc être l’arme du crime. Or il est admis que si Edwige Alessandri a tué son mari, ce n’était pas prémédité. Il fallait donc prouver qu’il existait dans la maison une troisième arme. Les gendarmes ont fouillé la maison, le jardin et les alentours, et écumé en vain tout le pays pour trouver la trace de l’achat d’un autre fusil à double canon. Ils ont interrogé de nombreuses personnes connaissant Richard Alessandri, qui confirment toutes qu’il possédait deux armes. L’une de ces personnes, un transporteur d’Intermarché, a dit l’avoir vu avec un fusil de chasse « à canons juxtaposés, il me semble ». Les enquêteurs ont aussitôt conclu qu’il manque dans la maison un fusil à canons juxtaposés, alors que le témoin était hésitant à ce sujet, et que la confusion est courante entre les canons juxtaposés et superposés. Les défenseurs parlent de "l’invention d’un fusil imaginaire"[61].
- Au sujet de la présence des deux enfants dans la salle de bains pendant l’appel au SAMU. Ce point est important pour l’accusation, car si les deux enfants étaient au premier étage avec leur mère au moment de l’appel, cela prouverait que Justin a menti au sujet de son endormissement sur le canapé du salon, ce qui conforterait la thèse selon laquelle ils mentent tous les trois. L’appel d’Edwige Alessandri au SAMU a d’abord été retranscrit par les gendarmes, puis par le service spécialisé de l’IRCGN, doté d’un matériel performant pour supprimer les bruits parasites. A la question : « Vous êtes toute seule chez vous ? », Edwige Alessandri répond : « J’ai mes enfants … J’veux pas… J’peux plus, j’peux plus voir mon mari, monsieur, j’ai trop souffert ! j’ai peur … » sur celle de l’IRCGN et « J’ai mes deux enfants dans la salle de bains, je ne peux plus voir mon mari, j’ai peur » sur la retranscription des gendarmes D’après le relevé de l’IRCGN Edwige Alessandri n’a donc pas dit qu’elle était dans la salle de bains avec ses enfants. Or la mise en accusation va utiliser l’enregistrement des gendarmes, qui n’a pas été validé par l’IRCGN, pour affirmer qu’elle a menti sur la position des enfants ce soir-là dans la maison, et utiliser au contraire celle de l’IRCGN pour suggérer que son mari la faisait souffrir. Les défenseurs parlent de "méthodes déloyales"[62].
- Sur la souscription d'un contrat d'assurance-vie par Richard Alessandri 15 jours avant les faits. Or ce contrat a été établi au nom de son frère Loïc, et non d’Edwige[63].
- Sur la mauvaise entente entre les époux Alessandri. Les défenseurs ont répertorié l’intégralité des témoignages, obtenus depuis le début de l’enquête, au sujet des relations entre les époux Alessandri. Au début de l’enquête, tous parlent d’époux unis, et même très amoureux, quoique leurs forts caractères les amènent souvent à se disputer ; même les membres de la belle-famille d’Edwige parlent d’un « couple uni ». Peu à peu, au fil de l’enquête, cinq personnes de la famille de Richard Alessandri, ou des proches, changent d’opinion et semblent s’être persuadées que ça n’a jamais bien marché entre lui et sa femme ; elles insistent sur leurs fréquentes séparations, et leurs disputes au sujet notamment de Yohann. Loïc Alessandri, frère de Richard, s’offusquera notamment de l’attitude de sa belle-sœur, qui s’est hâtée de lui faire signer un protocole bancaire, et un document la nommant directrice de l’Intermarché, juste après la mort de son mari[64]. Les défenseurs constatent que ces cinq personnes sont systématiquement citées dans la mise en accusation, et jamais les autres[65].
Au sujet des séances d’hypnose d’Edwige Alessandri et de son fils Yohann. Proposées par les gendarmes, ces séances d’hypnose n’ont pas été mentionnées dans la mise en accusation, car elles ont été menées alors que ces deux personnes étaient soupçonnées d’un crime, ce qui peut être considéré comme une manœuvre déloyale. Mais on notera qu’Edwige, comme son fils, lors de ces séances sous hypnose, n’ont pas dévié de leurs premières déclarations, concernant l’attaque venue de l’extérieur[66].
Janvier 2006 : première condamnation en Avignon
Le 30 juillet 2003, Edwige Alessandri est mise en accusation, le juge étant persuadé qu’elle a menti, avec ses enfants, et qu’elle a mis en scène une agression venant de l’extérieur.
Son premier procès a lieu en janvier 2006. Jean-François Abgrall s’aperçoit que l’avocat n’a pas envoyé au juge toutes les demandes d’actes qu’il lui avait suggérées, et déplore de n’avoir pas été interrogé par cet avocat, lors du procès, comme il avait été convenu entre eux, ce qui l’a empêché d’entrer dans le détail des constatations qu’il avait faites. Après le procès, l’avocat lui dira avoir subi des menaces, et que ses deux voitures ont été volées et incendiées . Edwige Alessandri estime qu’elle n’a pas été jugée sur l’affaire mais sur sa personne, sa personnalité, son attitude dite « bling-bling », son amour de l’argent : l’avocat général la traitait de « mante religieuse » ; quant à la Présidente, elle a refusé de placer l’ADN trouvé sur les mégots au FNAEG (Fichier national des empreintes génétiques). Edwige Alessandri dit n’avoir fait que pleurer pendant les quinze jours du procès. Elle est finalement condamnée à 12 ans de prison et s’évanouit à l’annonce du verdict[67]. Me Marc Geiger, avocat de Brice, précise que l'un des magistrats ayant siégé au délibéré en est parti furieux de la condamnation, "car il a la fibre de la culture du doute"[68].
Quatre mois plus tard, elle est libérée, son appel ayant été accepté. Elle prend un nouvel avocat, Thierry Lévy, et prépare sa défense pour le procès en appel qui doit avoir lieu en décembre[69].
Décembre 2006 : deuxième condamnation en appel à Nîmes
Maître Thierry Lévy, estimant que l’affaire a été rendue « implaidable » par les méandres de l’enquête et de l’instruction, et qu’une seconde condamnation est probable, choisit de multiplier les incidents pour provoquer un vice de procédure, susceptible de faire casser la décision.
En décembre, Edwige Alessandri est encore condamnée à 12 ans de prison, et s’évanouit de nouveau à l’annonce du verdict. Elle retourne à la prison de Nîmes, où elle va passer les onze prochains mois. Et effectivement, comme l’avocat l’avait prévu, la Cour de cassation casse la décision de la cour de Nîmes pour vice de forme[70]. Edwige Alessandri est libérée.
Février 2009 : troisième condamnation à Lyon
En février 2009 a lieu le troisième procès d’Edwige Alessandri, à Lyon, son avocat ayant demandé et obtenu que son affaire soit dépaysée. Cette fois, les constatations faites par Jean-François Abgrall vont être clairement expliquées, au moyen d’une maquette de la Gasqui, et le Président du tribunal demande que l’on place l’ADN des mégots au FNAEG. Mais l’ADN du fumeur ne « matche » avec aucun autre ADN. Edwige Alessandri est condamnée à nouveau, mais à 10 ans cette fois, incarcérée à Saint-Etienne, puis transférée à Rennes[71]. Sa belle-famille reste persuadée qu’elle a tué son mari[72].
Un an plus tard, l’une des jurées témoignera dans l’émission d’Emmanuel Charlot que pas un des jurés n’avait été certain de sa culpabilité[73].
Libération conditionnelle le 29 octobre 2010
Edwige Alessandri a donc été condamnée cette fois à 10 ans de prison au lieu de 12. En tenant compte du temps déjà passé en prison, de son comportement pendant l’incarcération, des remises de peine, et du fait qu’une amie lui assure un travail de mise en rayons dans un autre Intermarché, elle bénéficie d’une libération conditionnelle le 29 octobre 2010[74].
L'ADN trouvé sur les mégots est identifié
Le 22 juillet 2009, les gendarmes de Carpentras enregistrent au FNAEG l’ADN d’un individu qu’ils avaient arrêté pour vol en septembre 2008. Et cet ADN « matche » avec celui du fumeur ayant jeté ses mégots près de la haie [75]. L’audition de cet homme, un certain Guillaume C., est confiée aux gendarmes de Carpentras, malgré les protestations de Maître Levy. Dans le cadre d’une nouvelle information judiciaire, saisir un service ou un officier de police ayant participé à l’enquête à l’origine d’une condamnation est en effet discutable, et sera d’ailleurs interdit par la loi du 20 juin 2014.
L’audition de Guillaume C. commence à 14h30 le 21 octobre 2009 et va durer une heure et demie. Ses réponses sont vagues, contradictoires, et elles évoluent dans le temps : il ne se souvient pas être jamais allé à la Gasqui, ou bien il y a peut-être fait un repérage, il a pu passer par là en coupant à travers champs, il vole parfois des melons dans les environs…
Une deuxième audition est demandée le même jour par le procureur de Carpentras. Les gendarmes continuent donc à interroger Guillaume C. en tant que petit voleur de jardins, qui revient chez lui « en passant par des petits chemins », et ne relèvent pas qu’il mentionne lui-même le fait de se cacher « derrière la haie » : or la haie des Alessandri n’est pas mitoyenne avec les chemins alentour, elle est incluse au cœur du jardin en tant qu’élément décoratif, on pourrait donc s’interroger sur sa présence dans cette propriété privée, juste devant la maison. Il ne lui est pas demandé quel est son alibi pour le soir du crime. Pour justifier sa présence sur les lieux, il affirme qu’il n’avait pas de voiture à l’époque et se déplaçait à pied à travers la campagne. Aucune question sur ses chaussures ni sur son arme de chasseur. A 18h, il est relâché. Sa concubine est interrogée 30 mn[76].
Quant aux protestations de Maître Levy, elles ont finalement été entendues : les gendarmes de Carpentras sont dessaisis de cette affaire, qui est confiée au capitaine Benoît A. de la police judiciaire d’Avignon[77].
De nouveaux témoins se mettent à parler
Le capitaine Benoît A. reçoit en mai 2010 le témoignage d’un jeune homme, Mathieu R. : sa mère, Béatrice F[78] lui a dit avoir appris le meurtre de Richard Alessandri par son mari, qui se trouve être le frère d’un des agresseurs, nommé Alain R.. Elle lui a aussi nommé un complice d’Alain, surnommé Le Boiteux. Interrogée par le policier, cette femme dit avoir trop peur pour parler. Son fils se dit prêt à témoigner contre son oncle Alain R.[79].
Le capitaine Benoît A. interroge à nouveau Guillaume C. en septembre 2010 et constate que ses témoignages varient, qu’il a été impliqué dans plusieurs affaires de vol, qu’il ment en prétendant n’avoir pas eu de voiture à l’époque du crime [80], qu’il connaît Le Boiteux, l’un des suspects cités par la mère de Mathieu R. Il donne un alibi qui sera contesté par la suite.
La cour d’appel de Nîmes décide alors d’en rester là. Les investigations s’arrêtent[81].
En février 2011, puis en octobre, et ensuite en février 2012, la mère de Mathieu R. alterne les moments où elle dit qu’elle va parler, puis ceux où elle y renonce. Elle est terrifiée car son ex-concubin est dangereux et menaçant. En octobre 2011, elle remet aux policiers une lettre rapportant tout ce qu’elle dit savoir du meurtre et des agresseurs, dont elle précise l’identité, sauf celle du tireur : outre son beau-frère Alain R., elle désigne Le Boiteux et une femme. C’est de nouveau le procureur de Carpentras, proche de la gendarmerie, qui est chargé du dossier. Après la troisième audition de Béatrice F., le policier clôt la procédure. Les demandes répétées de protection de cette dame et de son fils restent lettre morte[82].
Un nouvel informateur anonyme parle - Requête en révision
Le lendemain de la diffusion de l’émission d’Emmanuel Charlot, en septembre 2012, Jean-François Abgrall est contacté par un homme affirmant connaître les auteurs du crime. Cet homme, un receleur, va rappeler par la suite et donner trois noms : celui de Guillaume C., celui du Boiteux, et celui du beau-frère de Béatrice F, Alain R.. Il précise que le tireur est décédé mais qu’il ne connaît pas son nom[83].
Les témoignages de cet homme recoupent ceux de Béatrice F., qu’il ne connaît pas, et l’ADN pris sur les mégots, près de la haie, le soir du crime, a « matché » avec celui de Guillaume C.. Forte de ces éléments, Edwige Alessandri dépose une requête en révision qui va être acceptée le 22 octobre 2012[84].
La Commission de révision de la Cour de cassation demande alors un supplément d’information[85].
Le SRPJ de Montpellier est chargé de l'affaire
Dès l’annonce de l’acceptation de la requête en révision, l’informateur anonyme se manifeste à nouveau et accepte de rencontrer Jean-François Abgrall. Ce dernier contacte alors la police judiciaire : la rencontre prévue et la suite de l’affaire seront suivies par Nathalie Galabert de la division criminelle du service régional de la police judiciaire (SRPJ) de Montpellier, sur commission rogatoire de la Cour de cassation[86].
Le rendez-vous d’Abgrall avec l’informateur a lieu début janvier 2013, sous la surveillance discrète de la police. L’homme, un receleur, précise que les malfrats l’ont prévenu de la préparation de l’agression contre la Gasqui plusieurs jours auparavant. Il donne les noms de trois d’entre eux, qui correspondent aux dires de la mère de Mathieu R.. Il livre aussi des détails sur le tireur, dont il ne connaît pas le nom : ce dernier a tiré sur Richard Alessandri par accident, et avait été, en prison, le codétenu de l’un des agresseurs, Alain R., qui lui a sauvé la vie alors qu’il était pris d’un grave malaise ; le tireur avait une voiture rouge, et il est mort depuis quelques années. L’informateur explique comment les malfaiteurs se rendent dans les fêtes de village pour repérer les personnes riches ; il mentionne une autre agression violente, perpétrée en 1999 par le même groupe dans une autre maison ; il révèle enfin que dans les jours suivant le meurtre les quatre complices sont allés déjeuner dans un restaurant fréquenté par les gendarmes, ce qui leur a permis d’apprendre que l’enquête commençait à viser Edwige Alessandri. Après cet entretien, il accepte de rencontrer un officier de police, mais prévient qu’il ne signera rien[87].
Le lendemain, il confirme ses dires devant Nathalie Galabert, en présence d’Abgrall, mais sans qu’il soit établi de procès-verbal, car les individus qu’il dénonce sont dangereux. Le jour-même, Nathalie Galabert et Jean-François Abgrall vont déjeuner dans un restaurant fréquenté par le Boiteux. Par chance, celui-ci « débarque » justement alors qu’ils sont encore dans les lieux. L’individu est en cavale, et recherché par la police, mais il n’est pas possible de l’appréhender, faute d’en avoir reçu l’ordre de mission officiel[88].
Ces entretiens ont donné une véritable moisson d’informations. Le SRPJ de Montpellier interroge alors la personne qui avait été cruellement agressée par le groupe en 1999. L’un des agresseurs savait qu’il y avait un coffre dans la maison, et même où en trouver la clé. Or l’ex-compagne de cet homme était une proche de Guillaume C.. Autre détail : les malfrats ont dérobé dans cette maison sept armes de chasse, dont deux fusils de calibre 12 à canons superposés[89].
En février 2013, c’est le journaliste Emmanuel Charlot qui apporte des précisions à Nathalie Galabert. Il a en effet réussi à entendre la mère de Mathieur R., dont les déclarations corroborent les dires de l’informateur, alors que ces deux personnes ne se connaissent pas. Elle confirme la grande dangerosité de son ex-mari et du frère de celui-ci qui se livrent à des cambriolages et à des agressions à domicile[90].
Rapport du SRPJ à la Cour de cassation
Nathalie Galabert rédige son rapport à la Cour de cassation, dans lequel elle passe en revue les différentes missions qui ont été remplies en cinq mois d’enquête.
- Elle a obtenu le témoignage de Béatrice F. et vérifié sa cohérence, notamment parce qu’il recoupe les dires de l’informateur anonyme, alors que ces deux personnes ne se connaissent pas
- Elle a identifié et même interrogé l’informateur anonyme, et vérifié les liens qui existent entre les quatre agresseurs, tous connus comme voleurs et braqueurs
- Elle a pu examiner l’alibi de l’homme aux mégots et constater sa fragilité : un cousin serait venu passer avec lui le week-end du meurtre. Mais ses explications sont contradictoires, la date donnée ne convient pas et la mère du cousin ne se souvient pas de ce déplacement de son fils lors dudit week-end[91].
La Cour de cassation rouvre une information judiciaire sans la dépayser
Les magistrats de la Cour de cassation admettent que la nouvelle thèse du SRPJ tient la route et que « ça ne peut pas être Madame Alessandri ». Mais ils ne pensent pas à dépayser le dossier. D'après Geoffrey Le Guilcher, dans leur esprit, l’enquête et l’instruction initiales, de même que les cours ayant eu à juger Edwige Alessandri, ne disposaient pas des éléments qui viennent d’être mis au jour par le SRPJ de Montpellier. Il suffit donc de les leur fournir pour qu’un nouveau jugement puisse éventuellement l’innocenter. Geoffrey Le Guilcher écrit : « La toile d’araignée tissée par le Juge originel et les gendarmes n’a donc été ni analysée ni détricotée. Et c’est la tragédie de cette affaire. Personne ne soupçonne le moindre acharnement à construire la culpabilité d’Edwige Alessandri »[92].
Juin 2013 : La Cour de cassation confie l’affaire à la cour d’appel de … Nîmes, qui en charge le procureur de la république d’Avignon. Ce dernier nomme deux juges dont la première décision est de dessaisir le SRPJ de Montpellier de l’affaire et de cosaisir … la brigade de gendarmerie de Carpentras et l’antenne d’Avignon du SRPJ[93].
Les directeurs du SRPJ de Montpellier protestent, les magistrats de la Cour de cassation s’indignent, l’avocat d’Edwige Alessandri, maître Damien Brossier, leur écrit en juin 2013, rien n’y fait car il n’est pas possible de contraindre les deux juges à changer d’avis[94]. Ainsi le sort d’Edwige Alessandri est confié aux gendarmes et aux cours de justice l’ayant inculpée et condamnée par trois fois ; juste un an avant que la loi du 20 juin 2014 leur eût interdit de le faire[95].
Devant le tollé suscité par leur décision, les juges d’Avignon vont toutefois, en juillet 2013, interdire que l’on confie les interrogatoires ou les investigations de cette commission rogatoire aux gendarmes ayant déjà travaillé sur cette affaire.
2013-2017 Une enquête finale controversée
Nathalie Galabert note tout ce qui se passe pendant cette enquête finale, à laquelle elle ne peut participer, et qu’elle intitule : « sabotage ».
En avril 2014, les policiers de l’antenne d’Avignon insistent pour entendre Béatrice F. qui est terrorisée, ne voit pas pourquoi il faudrait l’interroger encore alors qu’elle a dit ce qu’elle savait et n’est aucunement protégée des menaces. Elle et son fils sont mis sur écoute.
Les policiers entendent aussi son mari, le frère de l’un des agresseurs. Il admet que lui-même et son frère Alain sont des cambrioleurs, mais affirme que son frère ne fait pas de braquages ; il insulte et menace son ex-femme[96]. Il sera réentendu ultérieurement, pendant 30 minutes, après un dépôt de plainte de son fils pour insultes et menaces de mort.
En juin 2014, les gendarmes de Carpentras mettent en garde à vue Guillaume C., l’homme qui a jeté ses mégots, fortement soupçonné d’un home-jacking ultra-violent en 1999 ; il affirme toujours être un simple voleur de jardins. Pire encore, les enquêteurs lui dévoilent en détail tous les éléments donnés par l’informateur anonyme et lui demandent ce qu’il en pense. Guillaume C. nie, ne sait rien, n’y est pour rien. Il « hallucine ». La seconde audition de la journée dure 1h et 10 minutes. Les enquêteurs vont jusqu’à lui dévoiler l’identité de l’informateur anonyme, qu’il traite de « gros receleur » ou « gros voyou », et celle de Béatrice F..
Les gendarmes interrogent Alain R., le beau-frère de Béatrice F., récemment sorti de prison, l’un des principaux suspects. La garde à vue dure 2 h 30 mn. Il nie tout en bloc . Geoffrey Le Guilcher résume ainsi les gardes à vue : « […] les faits recoupés par les différentes investigations ne sont, la plupart du temps, jamais rappelés […] Les suspects ne sont ni contredits quand ils mentent, ni relancés quand ils omettent des éléments »[97].
Un deuxième informateur anonyme, ex-cambrioleur et receleur cité par Béatrice F., est interrogé par l’antenne de police d’Avignon. Il confirme les dires de Béatrice F., ce qui n’empêche pas la réalisation d’un procès-verbal de « carence » de cette dame[98].
L’antenne de police d’Avignon, en état de sous-effectifs, demande un délai car elle est surchargée de travail. Quant aux gendarmes de Carpentras, ils mettront deux ans à trouver Le Boîteux, alors qu’il avait été repéré par Galabert et Abgrall le jour-même de leur entretien avec l’informateur anonyme, dans un restaurant (voir supra). Il va nier toute implication dans l’affaire.
Une requête auprès de la cour d’appel de Nîmes est déposée par Me Marc Geiger, avocat de Justin, en juillet 2014, après la publication de la loi du 20 juin 2014 relative aux requêtes en révision des condamnations pénales : dans le cadre d’une telle requête, cette loi interdit de confier les investigations à des gendarmes ou des magistrats ayant déjà été saisis de la même affaire dans le passé[99]. La garde à vue du Boiteux sera donc annulée, car elle est postérieure à l’entrée en vigueur de la loi du 20 juin 2014. Il va donc falloir l’interroger à nouveau. Ce n’est qu’en septembre 2017 que Le Boiteux sera enfin réentendu par l’antenne d’Avignon du SRPJ, lors d’une garde à vue qui durera 2 heures[100].
Aucun de ces suspects ne sera mis en examen, ni même présenté à un juge[101]. Le recours va être jugé irrecevable « faute d’éléments nouveaux »[80]. Le 20 avril 2018, les juge rédigent une ordonnance de non-lieu. Pour les magistrats Béatrice F. est « un peu fada », ne coopère pas avec l’enquête, le fumeur aux mégots près de la haie est « un autostoppeur », « un petit voleur de jardins », les notes manuscrites de l’informateur n’ont pas été retrouvées[102]. Le non-lieu est aussitôt frappé d’appel[103].
Nouvelles révélations
Lors de son enquête de 2014, la police judiciaire est orientée vers une veuve qui va lui donner des détails sur son mari, décédé en 2003. Or ces détails correspondent point par point avec ceux que l’informateur anonyme avait donnés au sujet du tireur, dont il ne se souvenait plus du nom[68]. Le juge n’a pas tenu compte de cette convergence, considérant que les éléments fournis par l’informateur n’ont pas été confirmés par les investigations[104].
Enfin, l’ex-compagne de l’un des malfrats, souhaitant être défendue par l’avocat de Justin dans une affaire personnelle, lui a révélé qu’elle avait témoigné spontanément auprès des gendarmes de Pernes-les-Fontaines, puis de Carpentras, en septembre 2015, impliquant alors son mari dans l’agression, et mentionnant phonétiquement le nom du tireur[105].
Requête en révision déposée le 5 mars 2026
En 2026, Maître Damien Brossier est l’avocat d’Edwige Alessandri depuis 13 ans. Il l’assiste bénévolement, car elle est ruinée, les honoraires de ses précédents avocats et les frais de justice lui ayant coûté 1,2 millions d’euros ; sa retraite se monte à 1.100 euros par mois[106].
Le 5 mars 2026, une nouvelle requête en révision est déposée, basée sur les révélations obtenues par Geoffroy Le Guilcher auprès, notamment, de l’ex-compagne de l’un des cambrioleurs. Le livre qu’il a rédigé « Les deux mégots », paru le 6 février 2026 aux Editions Goutte d’Or, a été déposé à l’appui de la requête[107].
Bibliographie
Geoffrey Le Guilcher, Les deux mégots, Lonrai, éditions Goutte d’Or, janvier 2026, 491 p. (ISBN 979-10-96906-59-8).
Presse écrite
- Muriel Gensse, « Condamnée trois fois pour le meurtre de son mari, Edwige Alessandri espère une révision », Provence-Alpes, 20 octobre 2012
- AFP, « Condamnée pour le meurtre de son mari, elle obtient un supplément d’information », Le Point, 22 octobre 2012
- François Barrère, « La PJ de Montpellier relance l’enquête sur la mort du Vauclusien Alessandri », Midi Libre, 07 mars 2013
- Patrice Barrère, « Justice Treize ans après la mort de Richard Alessandri, abattu dans son lit Des suspicions sur la contre-enquête La procédure de révision du procès d’Edwige Alessandri, condamnée à dix ans de prison pour le meurtre de son mari, est-elle mal engagée ? Les mêmes gendarmes enquêtent … », Vosges matin, 26 juillet 2013
- Bruno Hurault, « Vaucluse : un couac procédural dans l’affaire Alessandri », La Provence, 14 septembre 2015
- Brice Theate, « Pernes-Les-Fontaines Pas de nouveau procès dans l’affaire Alessandri », Le Dauphiné Libéré, 10 mai 2018
- Bruno Hurault, « Edwige Alessandri croit encore en un 4è procès d’assises », La Provence, 11 mai 2018
- Damien Delseny, « Affaire Alessandri : dix-neuf ans de mystère », Le Parisien, 28 mai 2019
- Geoffrey Le Guilcher, « « Edwige Alessandri est innocente » : les extraits du livre-enquête « Les Deux Mégots » qui dénonce une incroyable erreur judiciaire », Le Monde, 4 février 2026
- Yann Bouchez, « Dans l’affaire Alessandri, une requête en révision bientôt déposée : « Je cherche une reconnaissance », Le Monde, Aix-en-Provence, 27 février 2026
- Mélanie Ferhallad, « Meurtre de Richard Alessandri à Pernes : 26 ans après, l’avocat de son épouse Edwige dépose une requête en révision », La Provence, 5 mars 2026
- Marion Ballet, « Une lueur d’espoir pour Edwige Alessandri », Le Dauphiné.com, 23 octobre 2012
Emissions télévisées ou radiophoniques
- Spécial investigation : Affaire Alessandri Contre-enquête Sur Un Meurtre Mystérieux, Emmanuel Charlot, Canal +, 24 septembre 2012.
- Faites entrer l’accusé, présenté par Christophe Hondelatte : « Les trois procès d’Edwige Alessandri », réalisé par Bernard Faroux, 17 Juin Media, France Télévision, 5 août 2025 1h 31minutes.
- Faites entrer l’accusé
- Au bout de l’enquête La fin du crime parfait ? : « Affaire Richard Alessandri Le mystère de la chambre à coucher », réalisé par Raphaël Aupy, France Télévisions et Enibas productions, présenté par Marie Drucker avec Alain Bauer, professeur de criminologie, et Clémence Badault, 3 septembre 2022, 49 minutes 25 secondes.
- C à vous, présenté par Mohamed Bouhafsi : « Affaire Edwige Alessandri : l'épouse a-t-elle tué son mari ? Me Damien Brossier, Geoffrey Le Guilcher », Journal de France 2, 7 février 2026, 12 minutes 47 secondes.
- L’heure du crime, présenté par Jean-Alponse Richard : « Edwige Alessandri : le mystère des deux mégots », RTL, 9 février 2026, 44 minutes 56 secondes.