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Affaire Frédéric Péchier

affaire judiciaire française From Wikipedia, the free encyclopedia

L'affaire Frédéric Péchier est une affaire judiciaire française impliquant l’anesthésiste Frédéric Péchier, reconnu coupable de plusieurs dizaines d’empoisonnements survenus à Besançon entre 2008 et 2017. Médecin reconnu dans sa spécialité, il est soupçonné d’avoir délibérément provoqué des arrêts cardiaques ou de graves complications chez des patients opérés, en empoisonnant les poches de perfusion d’anesthésiques. Il est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans et d'une interdiction définitive d'exercer la médecine le , et fait appel de sa condamnation.

TitreAffaire Frédéric Péchier
Fait reprochéHomicides
Chefs d'accusationAssassinats par empoisonnement
PaysDrapeau de la France France
Faits en bref Titre, Fait reproché ...
Affaire Frédéric Péchier
Titre Affaire Frédéric Péchier
Fait reproché Homicides
Chefs d'accusation Assassinats par empoisonnement
Pays Drapeau de la France France
Ville Besançon
Date de 2008 à 2017
Nombre de victimes 30 dont 12 décédées
Jugement
Statut Réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de 22 ans et d'une interdiction définitive d'exercer la médecine
Tribunal Cour d'assises du Doubs à Besançon (première instance)
Date du jugement 18 décembre 2025
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L’affaire éclate en 2017 lorsque plusieurs incidents médicaux atypiques suscitent l’alerte. Une première mise en examen intervient en 2017, élargie en 2019 puis en 2022, portant au total sur trente cas, dont douze mortels. Frédéric Péchier clame son innocence et dénonce une absence de preuves matérielles directes. L’instruction, complexe et très médiatisée, mobilise experts médicaux et enquêteurs afin de déterminer la responsabilité du praticien.

Le procès qui se tient à la fin de l'année 2025 revêt un caractère exceptionnel avec une durée de près de quatre mois dans une salle historique spécialement réaménagée, plus de 150 parties civiles et une cinquantaine d’avocats mobilisés.

Contexte

Frédéric Péchier naît le à Angoulême. Ses parents s’installent à Poitiers en 1973, où naissent trois autres enfants[1]. Son père, Jean-Michel Péchier, y exerce comme anesthésiste-réanimateur au centre hospitalier universitaire et sa mère comme infirmière[1],[2].

Après six ans d'études à la faculté de médecine de Poitiers, il effectue son internat de médecine au centre hospitalier universitaire de Besançon[3]. En 1997, il y rencontre Nathalie, future cardiologue, qu’il épouse en 1999[1]. Le couple s’installe dans une maison d'architecte à Montfaucon, une commune résidentielle huppée située sur les hauteurs de l’agglomération bisontine, et a deux filles et un fils[1],[4].

Au terme de sa formation, Frédéric Péchier rejoint la clinique Saint-Vincent de Besançon en 2005. Le , il intègre la Polyclinique de Franche-Comté, deuxième établissement privé de la ville, mais il quitte cet établissement le de la même année pour retourner à la clinique Saint-Vincent[1]. En 2014, il fait une tentative de suicide par absorption de médicaments, nécessitant l’intervention du SAMU. Le psychologue qui l’accompagne conclut à un état de surmenage professionnel.

Mis en examen en 2017, il est interdit d’exercice médical. À partir de 2019, il réside chez ses parents dans la Vienne, près de Poitiers, son contrôle judiciaire lui interdisant de paraître dans le Doubs. Le , l’année où son divorce avec Nathalie est prononcé, il fait une nouvelle tentative de suicide en se défenestrant du domicile familial. Son pronostic vital est un temps engagé. Une interrogation subsiste néanmoins sur d’éventuelles séquelles neurologiques liées au traumatisme subi à la tête[5].

Faits et enquête

La clinique Saint-Vincent de Besançon.

L'enquête, dirigée par Olivier Verguet, chef de la brigade criminelle au service interdépartemental de la police judiciaire de Besançon, débute après que deux événements indésirables graves ont eu lieu lors d’opérations en à la clinique Saint-Vincent[6].

Le , lors d’une intervention chirurgicale au dos, Sandra Simard, 36 ans, a subi un arrêt cardiaque. Le docteur Péchier n'est pas son anesthésiste mais participe alors aux manœuvres de réanimation avant que la patiente ne soit transférée vers le CHU de Besançon. L’anesthésiste en charge, étonnée par cet incident survenu chez une patiente jeune et sans antécédent particulier, demande que les poches de soluté utilisées soient mises sous scellés pour analyses. Les examens révèlent qu’une poche de réhydratation contenait une dose de chlorure de potassium environ cent fois plus élevée que la concentration normale, une quantité potentiellement mortelle[7],[8]. La tentative d'empoisonnement est signalée au procureur de la République[9].

Le , alors que les enquêteurs sont déjà à la clinique, un nouvel incident intervient, lors de l'opération d'un cancer de la prostate. Cette fois, Frédéric Péchier est anesthésiste. Il laisse entendre qu'il a été victime d'une malveillance. Cette attitude déclenche une suspicion à son égard. L'accusation jugera plus tard que Frédéric Péchier tentait de se créer un alibi. Ce cas, très analysé, restera particulièrement incriminant pour le Dr. Péchier[9].

Le Monde indique que trois événements indésirables graves (EIG) ont eu lieu à la polyclinique de Franche-Comté lorsque le docteur Péchier s'y trouvait. Avant son arrivée en 2009 dans cette polyclinique, cette dernière « n’avait jamais connu d’EIG suspect », et « après son départ, il n’y en a plus jamais eu ». Le journal ajoute que les EIG suspects « avaient cessé à la clinique Saint-Vincent lorsqu’il en est parti, ils ont repris lorsqu’il y est revenu »[6].

Frédéric Péchier est mis une première fois en examen en 2017 pour sept empoisonnements. Il est laissé en liberté, placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction d'exercer sa profession[10].

L'affaire est relancée en , l'anesthésiste étant suspecté par les enquêteurs d'avoir empoisonné vingt-quatre personnes, dont un enfant de quatre ans[11].

Ces supposés actes malveillants, survenus à la clinique Saint-Vincent et à la Polyclinique de Franche-Comté à Besançon, auraient conduit à des arrêts cardiaques mortels dans certains cas et à de lourdes séquelles dans d'autres. Le , à l'issue d'une garde à vue prolongée de 48 heures, le médecin est déféré devant le juge des libertés qui décide cependant de ne pas le mettre en détention provisoire[12].

À la fin du mois de , la défense estime qu'aucune preuve directe à charge, qui puisse permettre d'établir un lien entre l'anesthésiste et ces empoisonnements, n'a été communiquée par les enquêteurs[13].

Néanmoins, selon le Ministère public, les indices graves et concordants à l'encontre du Dr Pechier sont nombreux. Il est le seul dénominateur commun des empoisonnements de la clinique Saint-Vincent et de la polyclinique de Franche-comté[14].

Liste des victimes présumées

L'affaire Frédéric Péchier compte à l'ouverture de son procès 30 victimes présumées, dont 12 mortes[15].

Davantage d’informations Date, Nom ...
Date Nom Âge Statut
Damien Iehlen53 ansDécédé
Suzanne Ziegler74 ansDécédée
Bénedicte B.41 ans
Michel V.48 ans
Nicole D.65 ans
Éric G.49 ans
Sylvie G.41 ans
Monique Varguet64 ansDécédée
Ulysse B.61 ans
Christian P.63 ans
Micheline G.52 ans
Denise M.80 ans
Pascal B.
Annie Noblet66 ansDécédée
Monique C.62 ans
Anne-Marie Gaugey66 ansDécédée
Armand Dos Santos72 ansDécédé
Jean Benoit79 ansDécédé
Odile L.43 ans
Edith Bongain89 ansDécédée
Sylviane Baugey57 ansDécédée
Christian D.66 ans
Wilhem B.16 ans
Tedy H.4 ans
Laurence Nicod50 ansDécédée
Kévin B.26 ans
Bertrand Collette56 ansDécédé
Henri Quenillet73 ansDécédé
Sandra Simard36 ans
Jean-Claude Gandon70 ans
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Procès

Le palais de justice de Besançon.

Le procès se tient devant la cour d’assises du Doubs, du au , au palais de justice de Besançon, dans la salle historique dite du Parlement, entièrement réaménagée pour l’occasion avec dispositifs techniques (sonorisation, captation d’image) et retransmissions dans une salle annexe en raison de sa capacité limitée. L’accusé comparaitra en liberté, placé sous contrôle judiciaire depuis le début de l’affaire. La présidente de la cour d’assises du Doubs, Delphine Thibierge, sera chargée de diriger les débats, assistée de magistrats et jurés populaires[16].

La défense de Frédéric Péchier est initialement composée des avocats Randall Schwerdorffer, Lee Takhedmit et Samuel Estève. Samuel Estève annonce son retrait pour raisons financières[17] et les deux autres avocats menacent de faire de même, critiquant le montant insuffisant de l'aide juridictionnelle (environ 37 500  hors taxes pour la défense sur la durée entière) pour un procès de cette ampleur et de cette durée. Les avocats revendiquent d'obtenir un régime comparable à celui du procès des attentats du 13 novembre 2015, une médiation étant organisée le par l’Ordre des avocats pour tenter de débloquer la situation.

L'avocat Lee Takhedmit se retire du dossier quelques jours après le début du procès. Il explique : « Mon retrait est lié à des divergences de vues sur la manière de conduire la défense à l’audience. »[18]

Lors de l'analyse de la personnalité de Frédéric Péchier pendant le procès, des experts estiment qu'il pourrait être une sorte de « Docteur Jekyll et Mister Hyde », habité par deux personnalités qui s'ignorent entre elles. La psychocriminologue Peggy Allimann déclare que dans ce type de double personnalité, basée sur un « clivage », une sorte de « mécanisme de défense psychique », il existe un « moi » adapté à la société et un « moi » invisible capable du pire : « Le premier n’a pas conscience de l’existence du second et ces deux parties ne doivent surtout pas se rencontrer. »[19]

Le , au terme d'un réquisitoire de deux jours, l'avocate générale Christine de Curraize requiert la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans et de l'interdiction définitive d'exercer la profession de médecin[20]. Selon elle, le prévenu a commis les empoisonnements par pure irrationalité : une simple contrariété pouvait servir de stimulus déclencheur[21]. Pour l'accusation, Péchier était en conflit avec des médecins, et a commis les empoisonnements pour leur porter préjudice[21].

Le , la cour d'assises du Doubs déclare Frédéric Péchier coupable de 30 empoisonnements, soit la totalité des cas évoqués lors des débats, et le condamne à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une peine de sûreté de 22 ans et d'une interdiction définitive d'exercer la médecine. L'audience consacrée aux intérêts civils est fixée au [22].

Frédéric Péchier fait appel de sa condamnation le lendemain de cette dernière[23].

Le , la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Besançon rejette la demande de mise en liberté du condamné, qui devra donc demeurer en détention jusqu'à son jugement en appel[24]. Le 1er avril 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation désigne la cour d'assises du Rhône pour organiser ce procès en appel[25].

Le 12 mai 2026, la Cour de cassation confirme le rejet de la demande de mise en liberté de Frédéric Péchier prononcé le 11 février 2026[26]. Une nouvelle demande de mise en liberté, formalisée par les avocats de l'ex-médecin – entre-temps radié par le conseil national de l'ordre des médecins –, est examinée le 16 juin 2026 par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon ; le 23 juin 2026, cette juridiction rejette une nouvelle fois la demande de mise en liberté[27]. Le procès en appel débutera pour sa part en septembre 2027[28].

Références

Articles connexes

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