Affaire Steinheil
affaire judiciaire
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L'affaire Steinheil, appelée aussi « double assassinat de l’impasse Ronsin », est une affaire criminelle française qui occupe la presse et le public entre et la fin de l'année 1909.


Ce double crime a pour cadre une maison située impasse Ronsin à Paris, celle de la famille Steinheil dont le mari Adolphe Steinheil est un peintre portraitiste et son épouse, Marguerite Steinheil, une demi-mondaine en vue.
Le 31 mai 1908, le mari et la mère de Marguerite Steinheil sont retrouvés assassinés et cette dernière, ligotée et bâillonnée sur son lit. Longtemps soupçonnée de la mise en scène de ce crime, Marguerite Steinheil multiplie les versions, accusations et mensonges mais est acquittée au terme d'un procès d'assise en novembre 1909. L'affaire demeure ainsi en grande partie non élucidée.
Récit de l'affaire
Le au matin, le peintre Adolphe Steinheil ainsi que sa belle-mère, Émilie Japy, sont retrouvés morts, dans la maison-atelier située au 6 bis, impasse Ronsin à Paris. Mme Japy a succombé par étouffement et étranglement, notamment avec de l'ouate retrouvée dans sa bouche. Marguerite Steinheil, l'épouse d'Adolphe, a quant à elle été retrouvée ligotée, à moitié nue, sur son lit. C'est le jeune domestique berrichon de la maison, Rémi Couillard (1888-1916)[1], qui fait la découverte et donne l'alerte[2].
Les autorités policières n'ont pas soupçonné tout de suite Marguerite. Le domestique rapporte dans les journaux du qui ont couvert l'affaire, que les portes des chambres étaient restées entrebâillées. C'est ce qui lui a fait penser que quelque chose n'allait pas. Après l'annonce du double meurtre dans les journaux le lendemain matin, l'opinion publique va se passionner pour cette affaire. De nombreux faits étranges mettent en question la véritable implication de Marguerite Steinheil dans l'affaire, car il n'y a aucune trace d'effraction et les liens de Marguerite ont été noués d'une manière étrange et lâche[3].
Alphonse Bertillon travaille sur l'enquête mais ne réunit pas suffisamment d'éléments tangibles pour prouver la culpabilité de Marguerite, bien qu'il ait fait appel au prélèvement d'empreintes digitales, utilise la photographie métrique... Les nombreuses déclarations de Marguerite ne convainquent pas la police, qui ne la trouve pas crédible. Ces meurtriers, selon elle, sont quatre inconnus venus dans l'intention de cambrioler la demeure : trois hommes assez grands et vêtus de longs vêtements ainsi qu'une femme rousse qui aurait menacé Marguerite de la tuer[4]. Elle déclare face au juge d'instruction Paul Leydet deux semaines après la nuit du crime : « [les meurtriers] avaient dû interroger mon mari et ma mère auparavant ; sans succès »[5].
Marguerite Steinheil

Surnommée « Meg » par ses proches, Marguerite Steinheil était une femme appartenant à une dynastie d'industriels, elle est la fille d’Édouard Louis Frédéric Japy (1832-1888)[6]. Son mari peignait souvent des portraits pour Félix Faure, ils sont donc devenus bons amis et « Meg » et lui se sont beaucoup rapprochés jusqu’à, selon la rumeur d'alors, devenir amants : nous sommes avant 1899. Après la mort, très commentée, du président Faure, en présence de Marguerite, celle-ci acquiert une certaine notoriété dans le monde politique et serait devenue la maîtresse de nombreuses personnalités publiques, incluant jusqu'au roi du Cambodge.
Après l'affaire Félix Faure, Meg est surnommée « la pompe funèbre » : « elle a horreur d’entendre ce surnom de mauvais goût que lui accole la presse depuis plusieurs années »[7].
Un dénouement controversé
Le procès s'ouvre à Paris le , Marguerite Steinheil joua la comédie en feignant le malaise et les pleurs[8], mais elle s'en tint tout de même à sa version versée au dossier d'instruction. Alexandre Wolf, maquignon et fils de la gouvernante et cuisinière des époux Steinheil, ainsi que le domestique Rémi Couillard, sont qualifiés « d'étrangers à l'affaire ». Durant les huit jours que dura le procès, Marguerite proféra de nombreuses allégations, accusant diverses personnes, ou bien elle s'évanouissait lorsqu'elle n'avait pas l'intention de répondre. Sa culpabilité dans l'affaire paraissait établie mais le ministère public manquait de preuves formelles. On l'accusa alors d'avoir tué son mari mais, à cause d'une imprudence, l'accusation perdit de sa légitimité. C'est alors que maître Antony Aubin, avocat de Marguerite Steinheil, fit un plaidoyer qui dura sept heures trente ; les délibérations du jury durèrent elles deux heures trente et Marguerite Steinheil fut acquittée sous les applaudissements du public[9],[10].