Agriculture en Camargue

From Wikipedia, the free encyclopedia

Céréales en Camargue

L’agriculture en Camargue est depuis des siècles l'élément primordial de l'aménagement du delta du Rhône. Elle est parvenue à se développer en dépit de l'omniprésence de l'eau salée. D'abord cantonnée sur les rives du Rhône, terres alluviales de plus faible salinité, elle a gagné des terres sur le centre du delta grâce à l’endiguement du Rhône, à la fin du XIXe siècle, qui a permis l’apport d’eau douce, puis au plan Marshall, qui a financé d’importantes infrastructures hydrauliques. Son influence est déterminante sur l'environnement et elle reste l'un des atouts majeurs de son évolution.

Carte de la Camargue en 1711

Si en Camargue, les aménagements se firent essentiellement dès l’Antiquité à l'embouchure du Rhône, ce n'est qu'au cours du XVIIIe siècle, que les variations du delta ont été cartographiées. Les cartographes[1], ont noté : « Les tours construites par les Arlésiens pour surveiller les rivages servent de témoin à la progression du delta du Rhône. Le Baron signale l'accroissement du rivage depuis 1350, la tour de Méjannes, depuis 1508. Une autre ligne d'ancien rivage passe par les tours de Saint-Genest et celle de Baloard »[2].

Dans cette série de tours-sémaphores se distinguent la tour Saint-Louis, bâtie en 1737, en bordure du Grand Rhône, près de l'écluse du canal, celle de Saint-Genest édifiée en 1656 et celle de Tampa, construite en 1614. Sur le rive droite, se trouvaient les tours de Mondovi, de Vassale et du Grau, sur la gauche, celles de Mauleget, de Saint-Arcier, de Parade et de Belvare[3].

Chaussée longeant un canal de drainage
Zone de ségonaux

Cette conquête de la terre a laissé des traces toujours visibles à partir du Petit-Rhône et du Grand-Rhône. En s'écartant du fleuve, se repèrent successivement ségonaux et chaussées. Les ségonaux, se situent entre la chaussée située sur une zone surélevée et protectrice et le fleuve. Cette zone de dépôt d'alluvions, est noyée à la moindre montée des eaux. Le plus souvent elle est le témoin d’une reconquête de l'inondation et de la destruction d’une chaussée antérieures[4].

Les chaussées, premier élément de protection contre les eaux du fleuve, ont été un moyen de jonction entre le rivage marin et le pays d’Arles. Elles ont servi de chemin de halage pour les barques remontant vers la foire de Beaucaire, le transit du sel du Roi du marais de Peccais, de pacage et refuge pour les ovins lors des inondations[4].

Les anciennes lignes d'alluvions des lits fluviaux du Rhône sont devenues des terres labourables où poussent les céréales. Situées à 3 ou 4 mètres d'altitude, elles ont permis la construction de mas. En dessous, à 1 mètre d’altitude, se trouvent les herbages et les marais aux frontières indécises. Les herbages sont périodiquement inondés puis évacuée par les eaux, les marais sont constamment recouverts d’eaux douces ou saumâtres. Ils occupent les plus vastes superficies du secteur central de la Camargue en direction de l’étang du Vaccarès ou vers Aigues-Mortes. De formation géologique récente, c’est le secteur agricole le plus déshérité du delta du Rhône[4].

À chaque grande inondation, son rôle agraire est modifié. Les terres labourables redeviennent des herbages et ceux-ci se reconvertissent en marais. Le charriage du fleuve dépose des nappes de graviers et de sables qui stérilisent les sols. Et la végétation saline, l'engane, progresse aux dépens par remontée en surface des sels marins. Toutes ces perturbations affectent durablement l'économie agraire[4].

Conditions historiques

Jusqu’à la Révolution, les baux d'affermage de ne perdre aucune parcelle de terre cultivable, d’utiliser pour amender les sols les boues retirées lors des curages des fossés de drainage, de lutter contre la remontée du sel en recouvrant les terres cultivables d’une couche de végétaux, de respecter l'assolement biennal avec jachère morte. Pour ce faire, il est imposé de « mener les terres en guéret temporieux ou en deux gauzes, comme elles se trouvent à présent, sans restoubler »[4].

Les gauzes désignent les soles à culture périodique, restoubler signifie emblaver de nouveau une terre qui vient de produire une récolte, d'où appauvrissement d'un sol privé de suffisante fumure. Le chaume des restoubles était travaillé, tout au long de l'année, par des labours pour recevoir les prochaines semailles[4].

Le fermier camarguais jouissait de libertés (ou profits) dans son exploitation. Ces droits étaient au nombre de quatre : la margalière, les pasquiers, les luzernières et la pâture[4].

La margalière consistait à tirer profit du margal, herbe de printemps, pour ses ovins. Elle n’était disponible dans les restoubles que de mars à avril et aux premiers labours. Les pasquiers correspondaient à la fraction de terres labourables converties en prairies annuelles. On y semait avoine, orge et vesce noire (ou barjalade). Le surplus fauché trouvait preneur auprès de charretiers qui voituraient le sel de Peccais[4].

Taureaux camarguais au pâturage
Camarguais en pâturage humide

Les luzernières (sainfoin et luzerne), si elles étaient limitées par contrat, servait à l’engraissement du troupeau qui par ses déjections fumait les terres labourables. La pâture équine et bovine permettait aussi le fumage en utilisant la méthode des parcs périodiquement déplacés. Le nombre élevé de chevaux se justifiait par les labours et le dépiquage des grains après moisson), pouvaient s’y substituer mulets et bœufs. La zone des marais constituait le séjour habituel « des bœufs noirs, seule variété résistant aux fièvres, et qui ne sauraient vivre ailleurs qu'en ces immenses espaces »[4].

Cette économie, dans les siècles passés, était dominée dans la crainte de la disette, par le besoin de produire des céréales. La Camargue tint une place de choix dans l'ensemble de la production frumentaire en Provence et Languedoc grâce à la touselle blanche, un blé à épi blanc, dont le rendement de 6 pour 1 était alors considérable. Une production céréalière de qualité caractérise toujours l'économie du delta[4].

Agriculture actuelle

Notes et références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI