Ahmad Fanākatī, également orthographié Ahmad Banākatī (persan: احمد فناکتی / احمد بناکتی; chinois simplifié: 阿合马; chinois traditionnel: 阿合馬; pinyin: Āhémǎ), né avant 1242 et mort le 10 ou , est un Persemusulman originaire du Kara-Khitan qui sert comme chancelier et ministre des finances de la dynastie Yuan sous le règne de Kubilai Khan. Il devient un ministre principal sous Kubilai et on lui attribue la mise en place du système financier de la dynastie Yuan. Dans les histoires dynastiques, il est cependant considéré comme un «ministre scélérat» en raison de la corruption qu’on lui attribue.
Ahmad obtient un poste auprès de Kubilai grâce à la Khatun Jamui, qui le connait avant son mariage[4]. Il occupe la fonction d'intendant chargé de l'approvisionnement de la maison du prince en Chine du Nord. En 1262, Kubilai le nomme commissaire principal des finances et préfet de Kaiping, l’une de ses capitales en Mongolie intérieure[5].
Carrière politique
Ahmad accroît les recettes provenant des monopoles impériaux, notamment ceux liés aux métaux, aux ressources minières et au sel. À titre d’exemple, la contribution fiscale sur le sel de la région de Taiyuan est augmentée à plusieurs reprises entre 1264 et 1271. Il encourage Kubilai à réduire les exemptions fiscales dont bénéficient certains groupes, tels que les marchands, le clergé, les militaires ou les artisans. En , il est promu pingzhang (administrateur principal) au sein du secrétariat, l’organe central du gouvernement. Ses relations avec les autres fonctionnaires, principalement mongols ou chinois proches du confucianisme, sont cependant conflictuelles[5].
En 1270, Kubilai approuve la création d’un département des affaires d’État placé sous sa direction et distinct du secrétariat. L’expérience s’avérant peu efficace, Ahmad est ensuite réintégré dans le secrétariat, où il s’appuie sur un réseau de collaborateurs. Il favorise également l’ascension de membres de sa famille, notamment son fils Husain, nommé commandant militaire à Dadu[5].
En 1275, au moment où les armées Yuan progressent dans le sud de la Chine, il persuade l’empereur de convertir la monnaie-papier de la dynastie Song en billets Yuan à un taux très défavorable et d’étendre immédiatement les monopoles fiscaux aux territoires nouvellement conquis[5].
Critiques de sa politique
Le système fiscal d’Ahmad acquit cependant une mauvaise réputation auprès des Chinois, car il était appliqué avec dureté et différait considérablement des systèmes traditionnels chinois. Ahmad avait la réputation d’être rapace et d’avoir abusé de sa position pour accumuler de grandes richesses personnelles[6],[7]. Malgré ces accusations, il conserve la confiance de Kubilai, notamment grâce à sa capacité à assurer les ressources financières nécessaires aux campagnes militaires contre la dynastie Song[5].
Bien qu’il soit parfois présenté dans certaines traditions musulmanes comme la cible de rivalités ethniques, Ahmad ne dirige pas de groupe politique musulman organisé; plusieurs de ses principaux collaborateurs sont en réalité des fonctionnaires chinois[5].
Marco Polo mentionne son nom sous la forme «Bailo Acmat (Achmac)»[8]. Il rapporte qu'Ahmad avait 25 fils et avait accumulé une immense fortune[9].
Assassinat
En 1282, un complot est organisé contre lui par Wang Zhu et Gao Heshang. Profitant de l’absence de Kubilai Khan et de son héritier Zhenjin, alors en déplacement à Shangdu, les conspirateurs se font passer pour la suite du prince et obtiennent l’accès au palais. Dans la nuit du 10 ou , Ahmad Fanakati et plusieurs de ses proches collaborateurs sont tués[5].
Bien que les assassins d’Ahmad aient été exécutés, Kubilai Khan, après avoir entendu les nombreuses accusations de corruption formulées contre lui par ses ennemis, ordonna que le corps d’Ahmad soit retiré de sa tombe et profané: il fut jeté aux chiens pour être dévoré, puis ses os furent broyés à l’aide de roues de char[10],[11].
Kubilai ordonna également l’exécution des fils d’Ahmad[5].
↑Eurasian Influences on Yuan China, vol.15 of Nalanda-Sriwijaya series, Institute of Southeast Asian Studies, (ISBN978-9814459723, lire en ligne), p.20
↑George Lane, Eurasian Influences on Yuan China, vol.15 of Nalanda-Sriwijaya series, Institute of Southeast Asian Studies, (ISBN978-9814459723), «CHAPTER 1 Whose Secret Intent?», p.20Alt URL
↑Martha Avery, The Tea Road: China and Russia Meet Across the Steppe, 五洲传播出版社, (ISBN7508503805, lire en ligne), p.29
↑Sir Henry Yule, The book of Ser Marco Polo, the Venetian: Concerning the Kingdoms and Marvels of the East, vol.1, London, , p.421
12345678Christopher P. Atwood, Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, New York, Facts On File, coll.«Ancient and Medieval History Online», (lire en ligne), «Ahmad Fanakati», p.15-16
↑Niv Horesh, Chinese Money in Global Context: Historic Junctures Between 600 BCE and 2012, Stanford University Press, (ISBN978-0-8047-8854-0, lire en ligne), p.58
↑Rashīd al-Dīn (trad.John Andrew Boyle), The Successors of Genghis Khan, New York, Columbia University Press, (ISBN0-231-03351-6, lire en ligne), p.12
↑Jonathan Neaman Lipman, Familiar strangers: a history of Muslims in Northwest China, University of Washington Press, (ISBN0-295-97644-6, lire en ligne)
↑Martha Avery, The Tea Road: China and Russia Meet Across the Steppe, 五洲传播出版社, (ISBN7508503805, lire en ligne), p.30
↑Jonathan Neaman Lipman, Familiar strangers: a history of Muslims in Northwest China, University of Washington Press, (ISBN0-295-80055-0, lire en ligne), p.32
Liens externes
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