Akhbarisme

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L’akhbarisme (en arabe : اخباري) est un courant minoritaire au sein du chiisme duodécimain. Cette branche rejette l’ijtihad et considère que seuls le Coran et les hadith doivent être utilisés.

Le mot vient de khabāra, qui signifie information ou tradition.

Ce courant est présent principalement à Bahreïn.

Origines historiques

L’akhbarisme s’enracine dans les premiers siècles du chiisme, lorsque la communauté vivait encore sous le choc de l’Occultation du douzième Imam, Muhammad al-Mahdi, aux alentours du IX siècle. Confrontée à une question centrale : comment appliquer la Loi en l’absence de l’autorité infaillible.

Face à l’absence de l’autorité légitime ultime, des réponses émergèrent :

  • une réponse minimaliste : se limiter strictement aux textes transmis (akhbarisme),
  • une réponse constructiviste : reconstruire l’autorité par la méthode (usulisme).

Durant les premiers siècles, la tendance dominante reste traditionaliste : les savants privilégient la compilation, la transmission et la conservation des paroles attribuées aux Imams, sans développer de méthodologie juridique autonome.

Cette période est marquée par une méfiance structurelle envers le ra’y (raisonnement personnel) et qiyās (l’analogie), déjà critiqués dans les traditions attribuées aux Imams chiites.

Les grands compilateurs de hadiths chiites, tels que al-Kulaynī et al-Ṣadūq au Xe siècle, ou al-Ṭūsī au XIᵉ siècle, ne sont pas des akhbaris au sens strict, mais leur méthode repose sur l’idée que la norme religieuse est déjà contenue dans le corpus transmis.

L’historiographie usulie iranienne qualifie parfois cette phase de « pré-usulie », mais reconnaît qu’elle constitue le socle intellectuel sur lequel l’akhbarisme ultérieur s’appuiera pour légitimer son refus de l’ijtihad.

À partir du XIᵉ siècle, une autre approche se développe : l’usulisme, qui vise à formuler des uṣūl al-fiqh (principes méthodologiques) permettant au juriste de produire des normes en l’absence de texte explicite.

Cette évolution reste longtemps contestée, et les débats entre traditionalistes et rationalistes traversent les siècles sans aboutir à une domination claire de l’un ou l’autre camp.

Ce n’est qu’à l’époque safavide, entre XVIᵉXVIIᵉ siècles, lorsque le chiisme devient religion d’État en Iran, que la question de la capacité du droit chiite à gouverner une société entière devient politiquement centrale[1].

L’akhbarisme s’est cristallisé comme courant identifiable au XVIIe siècle, notamment avec Muhammad Amin Astarabadi, c’est dans ce contexte qu’il systématisera l’akhbarisme comme doctrine consciente et polémique, il dénonçait l’extension du raisonnement juridique comme une usurpation de la souveraineté de l’Imam absent[2].

Dans al-Fawāʾid al-Madaniyya, il accuse les juristes usulis de :

  • produire des normes sans mandat explicite,
  • substituer leur raisonnement à l’autorité de l’Imam,
  • transformer une science religieuse en pouvoir normatif autonome.

Astarabadi ne propose pas une réforme, mais une réduction volontaire du champ juridique, considérant que toute extension de l’autorité humaine constitue une usurpation de la souveraineté de l’Imam occulté.

À la fin de l'ère safavide, les pressions liées à la montée de l'impérialisme mondial ont exacerbé ces préoccupations. En réaction, certains oulémas ont été incités à élaborer des cadres idéologiques permettant d'étendre l'autorité de l'État sur la population chiite par tous les moyens nécessaires.

Dans ce contexte, la renaissance de l’akhbarisme – souvent qualifiée de « néo-akhbarisme » – est impulsée par Yusuf Al Bahrani. Il est l’un des principaux représentants d’une critique akhbari systématique de l’usulisme institutionnalisé au XVIIIe siècle, en partie motivée par les faiblesses perçues au sein de l’autorité juridique des juristes usulis au sein des institutions religieuses de l’État safavide.

Références

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