Albéric de Porta Ravennate
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Alberic de Porta Ravennate (en latin : Albericus, en italien : Alberico di Porta Ravennate ou di Porta Ravegnana) est un juriste bolonais de l'école des glossateurs, professeur à l'université de Bologne dans la seconde moitié du XIIe siècle, mort à Bologne vers 1194.
Peu d'informations de la vie de ce juriste bolonais de l'école bolonaise de glossateurs sont connues. D'après Friedrich Carl von Savigny, Albéric a été l'élève de Bulgarus[1]. Seuls six documents, datés respectivement de 1165, 1168, 1173, 1179, 1191 et 1194, permettent de dater approximativement l'activité juridique d'Albéric, « causidicus » , « iudex » , « legum dominus », « legum doctor », pour des avis juridiques dans d'importants litiges à Bologne et à Reggio. Il était probablement bolonais, comme le confirme l'épithète « Porta Ravennate » elle-même, parfois ajoutée à son nom, à l'instar de celles de deux maîtres légèrement antérieurs, Hugo de Porta Ravennate et Jacobus de Porta Ravennate ou de Boragine, et qui vise à indiquer l'appartenance de la famille au quartier de Porta Ravennate. Mauro Sarti a également émis l'hypothèse, se fondant ce nom commun, d'une parenté avec Hugo aussi appelé Ugo de Alberico dont le père était Albericus Lombardus d'origine lombarde[2], devenu par la suite le patronyme Alberic. Cette hypothèse est plausible, mais invérifiable. De plus, le nom du glossateur apparaît le plus souvent dans les sources sous la simple forme Albericus, et est abrégé en Al. dans les gloses ou les citations des glossateurs postérieurs, plus rarement en A., Alb. ou Albri. Il est parfois confondu par les copistes ou les typographes avec le nom de l'autre juriste, Alderico ou Aldrico.
Des éléments d'information sur sa vie et sur son enseignement à l'université de Bologne se trouvent dans les commentaires du Corpus iuris d'Odofrède, écrits un bon demi-siècle après la date présumée de sa mort. Il y est présenté comme un contemporain, « immo senior estate », de Giovanni Bassiano, qui comme lui, fut un élève de Bulgarus. Il est décrit comme un amateur de bon vin et de joyeuses réunions, au point qu'un groupe d'érudits espagnols profita un jour de l'occasion pour l'inviter à déjeuner, l'enivrer et, ainsi réduit à l'état d'ivresse, le persuader de se porter garant pour eux et de leur prêter sa « scripta sua » (son manuscrit). Cette anecdote, confirmée par Accursius, n'est pas la seule à jeter le discrédit sur Albéric : diverses sources insistent sur des interprétations fallacieuses par lesquelles, à deux reprises dans sa vie, il aurait contraint le droit romain à dire ce qui l'arrangeait[3]. Mais il est difficile de démêler le vrai du faux à partir de ces récits qui ont pu être ajouté par pure malice pour égayer la monotonie des longs cours. Un autre fait, plus important encore, est également rapporté par Odofrède : Albéric avait tellement d'étudiants qu'il devait donner ses cours non pas chez lui, comme c'était l'usage, mais à l'hôtel de ville.
Albéric a acquis une grande autorité de son vivant par ses gloses sur diverses parties du Corpus iuris civilis. Accursius a inclus dans ses écrits de nombreuses de ses gloses. D'autres gloses sont disséminées dans divers manuscrits : douze d'entre elles sont recensées par Friedrich Carl von Savigny, qui en a publié quelques extraits. Le rôle qu'aurait joué Albéric dans un recueil de Distinctiones attribué à Hugo de Porta Ravennate et à lui-même a fait l'objet de diverses interprétations. Il semble s'être limité à un travail de complétion et de réorganisation. Un outil plus pertinent pour évaluer la personnalité savante d'Albéric est la Summula de testibus, découverte au début du XXe siècle par Emil Seckel et publiée par Erich Genzmer : un traité clair, objectif et bien structuré, qui occupe une place de choix dans la littérature procédurale ancienne du ius commune qui semble dater des années 1170-1180. Des fragments des cours d'Albéric sont encore conservés : découverts par Meijers, ils n'ont cependant jamais été publiés ni étudiés.